Note : le dernier chapitre, enfin ! j'ai un peu plus tardé que prévu, mais j'espère que sa longueur excusera ma lenteur ! On change d'environnement et on voit enfin d'autres personnages. J'ai beaucoup aimé le réécrire, j'espère que vous prendrez le même plaisir à le lire.
Aria : merci pour ta review ! on ne saura jamais ce qui se passe exactement dans la tête de Rey, mais les gestes qu'elle a pour Ben, ses paroles aussi en disent long sur ce qu'elle ressent. Un changement d'ambiance dans ce dernier chapitre, j'espère qu'il te plaira.
Je vous laisse lire la suite, on se retrouve exceptionnellement pour une dernière note en bas !
Il attend, les bras ballants assis sur la souche d'un arbre qu'il a pulvérisé, les yeux rivés sur le Faucon Millénium. Rey lui a assuré qu'il ne lui restait plus que quelques réglages à faire et que dans quelques minutes elle pourrait tenter de le redémarrer et peut-être contacter la Résistance.
Des fracas lui parviennent en écho. Rey peste, jure et finalement crie. Un bruit sourd s'élève au milieu de la forêt, les lumières s'allument : elle a réussi. Il se redresse, avance et la rejoint à l'intérieur. Il reste à l'entrée du cockpit, là où il se plaçait déjà tout petit lorsqu'il montait dans le vaisseau avec son père. Mais ce n'est plus lui qui pilote désormais.
Rey sait ce qu'elle fait. Elle pianote sur le tableau de bord avec une certaine aisance. Elle cherche à envoyer un signal et à en recevoir un.
– Ici le Faucon Millénium.
La radio grésille. Elle insiste plusieurs fois sans jamais perdre patience, puis un son plus clair se fait entendre. Un hologramme flou apparaît et une voix leur répond à l'interphone.
– Rey ? Rey ? Est-ce que c'est bien toi ?
Elle est coupée, recouverte par un bruit désagréable.
Ils doivent être si loin dans la galaxie pour que la communication soit si mauvaise.
– Finn, dit Rey.
Ben n'a jamais vu un plus grand sourire naître sur ses lèvres depuis qu'ils se sont écrasés. Elle paraît si heureuse, soulagée.
Enfin.
– C'est bien moi. Je suis en vie. Est-ce que tu me reçois ? Ça coupe ici.
Pour toute réponse, elle entend :
– REY EST A L'AUTRE BOUT DU FIL !
Elle rit, puis s'écarte des enceintes et la voix s'éloigne. Ils ne peuvent plus comprendre ce qu'elle dit, mais un brouhaha s'élève et toutes les voix se mélangent jusqu'à ce que Finn leur demande à tous de se taire.
– Est-ce que tu vas bien ? Est-ce que tu nous as déjà envoyé tes coordonnées ?
– Je l'ai déjà fait. Je vais bien, répond-elle, des trémolos dans la voix. Tout va bien.
Des larmes coulent sur ses joues, mais c'est de la joie, un bonheur pur qu'elle ressent.
Ben voudrait pourtant les balayer de ses pouces.
– Rey, on arrive. Je te le promets, on arrive.
La communication est interrompue. Rey se lève et lui fait face. Elle le regarde droit dans les yeux, puis laisse échapper un autre cri de joie avant de se jeter à son cou. Maladroit, Ben la serre dans ses bras.
Il voudrait partager son sentiment, mais il ne peut se réjouir autant qu'elle de ce sauvetage car il n'y a rien qui l'attende dans l'espace – hormis de très longues années de repentance.
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Il s'allonge une dernière fois dans le sable et contemple l'horizon.
Rien ne l'oblige à partir. Il pourrait rester ici, seul jusqu'à la fin de ses jours. Il s'est habitué à cette vie qu'il mène. Il pourrait.
Mais il n'a pas encore accompli tout ce qui lui reste à accomplir.
Il entend les remouds de la mer qui vont et viennent en vagues légères chatouiller la plage, le bruissement des feuilles au-dessus de sa tête, quelques cris d'oiseaux encore. Mais tout est si calme. Lorsqu'il ferme les yeux, il n'y a plus de hurlement, ni d'explosions, de sonneries suraiguës, de pleurs, ni même la voix grinçante du général Hux pour venir le déranger.
Il n'a jamais été si apaisé qu'à ce moment – malgré le vide tout au fond de son âme amputée d'un bout de lui-même. Il n'a pas encore fait la paix avec Kylo Ren, il n'est plus tout à fait Ben Solo, le gamin faible et lâche qui a cru aux mensonges de Snoke et tué son père.
Une ombre s'abat sur lui. Il reconnaît Rey qui se tient devant l'astre dans le ciel et le regarde, les bras croisés sur sa poitrine. Elle s'allonge à côté de lui et glisse sa main dans la sienne. Elle n'hésite plus.
Ben sent son cœur se serrer dans sa poitrine.
– Tout ira bien, lui dit-elle. Je le sais.
Il la croit ou du moins fait-il semblant. Il doit bien s'en convaincre.
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Le ciel est balayé par des bourrasques de vent. Le bruit est assourdissant – et c'est fou comme on peut oublier en si peu de temps le bruit désagréable d'un moteur.
Ben se tient droit sur la plage avec l'intégralité de l'accoutrement de Kylo Ren sur le dos.
Rey est à quelques centimètres de lui. Un grand sourire illumine à nouveau son visage. Elle suit du regard le vaisseau qui descend jusqu'à effleurer l'eau de la mer devant eux et vient se poser dans le sable.
Une porte se lève et laisse apparaître Finn, armé jusqu'aux dents. Ses yeux naviguent entre eux deux, puis il braque l'arme dans sa direction.
Ben murmure sans bouger à l'oreille de Rey :
– Tu aurais peut-être dû parler leur parler de moi, non ?
Elle ne prend pas la peine de lui répondre. Elle court se réfugier entre les bras grands ouverts de Finn. Leur étreinte est longue, pleine de non-dits, de soulagement surtout.
Lorsqu'ils s'éloignent l'un de l'autre, Finn pointe à nouveau son arme vers lui. Ben ne bouge pas. Il reste droit, ne lui offrira même pas un signe de reddition.
De là où il se tient, il ne peut entendre ce que Rey dit, mais ses lèvres bougent. Ses mains fouillent dans son sac et en sortent le sabre de Kylo Ren qu'elle tend à Finn. Il la jauge, confus, puis se tourne vers lui et le sonde à la recherche d'une réponse. Il baisse finalement son arme, mais Ben est presque certain que ce ne sont que les paroles de Rey qui l'ont convaincu.
Il fait un aller-retour dans le vaisseau avant de disparaître définitivement à l'intérieur. Cette fois-ci, il ne lui prête pas un regard.
Rey lui fait signe d'approcher. Ben se presse. Le vaisseau est prêt à décoller – avec ou sans lui.
La porte se referme derrière eux sans qu'il n'ait pu jeter un dernier regard à la plage.
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Le vaisseau stationne. Ils attendent de pouvoir se poser dans celui, plus grand, qui accueille la Résistance fraîchement reformée. Elle s'est peut-être encore agrandie après sa disparition. Il n'est pas certain qu'ils aient pu être la préoccupation première du nouveau Suprême Leader.
Ben prend une grande inspiration. La porte ne tardera pas à s'ouvrir sur une foule de Résistants qui rêvent tous de lui faire la peau. Il devra garder la tête haute et son calme – surtout son calme. Il marchera droit, sans les voir, ni les entendre.
Finn se poste devant lui et lui présente deux bracelets en métal.
– Que veux-tu que j'en fasse ? demande Ben.
Il reconnaît là les menottes du Premier Ordre, celle qu'il a pu faire passer autour des poignets de Poe Dameron avant de l'interroger. Particulièrement efficaces, surtout pour les sujets agités comme le pilote. En cas de rébellion, les capteurs présents à l'intérieur des bracelets envoient des électrochocs qui sonneraient même les prisonniers les plus costauds.
Il n'imaginait pas que la Résistance puisse utiliser les armes du Premier Ordre. Comment se les sont-ils procurées d'ailleurs ? Est-ce que quelqu'un s'est infiltré dans l'un des vaisseaux pour subtiliser les armes ? Est-ce que la Résistance se les fournit auprès des mêmes revendeurs d'armes ? Est-ce que Finn a pu concevoir ce modèle ?
Mais la vraie question, celle qui l'inquiète à l'instant même, c'est : pourquoi Finn les lui présente-t-il ?
Il sait, mais il préfère se dire que c'est une blague.
Il ricane justement, détourne le regard. Il se sent humilié, mais il se moque. Ce ne sont pas de simples menottes qui pourront le retenir.
– Tu dois les porter. Tu es notre prisonnier jusqu'à nouvel ordre. Jusqu'à ce que la Résistance décide de ton sort et pour la sécurité de tous tu porteras des menottes.
– Mais tu sais que ça ne m'arrêtera pas si je …
– Des menaces, déjà.
Finn rit jaune.
– Ren, je te croyais plus malin que ça. Tu sais aussi bien que moi que le Premier Ordre avait en sa possession des menottes qui permettaient de neutraliser même les êtres sensibles à la Force. Si tu oses ne serait-ce que lever le petit doigt pour nous menacer, tu recevras une onde de choc qui t'assommera pour plusieurs heures. J'ai moi-même réglé ces menottes au cas où nous croiserions … quelqu'un de très mal intentionné.
Ben voit sur son visage beaucoup de colère, mais quelque chose de plus mesquin aussi qu'il connaît bien.
De la vengeance. C'est de la vengeance.
Devrait-il seulement s'en étonner ? Il a bien failli tous le tuer, à plusieurs reprises. Finn a tous les droits de le haïr et de vouloir sa mort.
Mais Ben n'a pas dit son dernier mot.
– Rey ne te laissera pas faire.
– Rey n'a pas son mot à dire dans cette histoire, avoue Finn.
– Tu ne lui fais pas confiance, provoque Ben en retour.
Cette remarque a au moins le mérite de retirer toute trace de sourire sur le visage de Finn. Il est remplacé une seule et unique rage non-feinte. Finn serre ses poings autour des menottes, ses mâchoires se contractent.
– Je fais confiance à Rey plus qu'à n'importe qui. Ce n'est que parce que je lui fais confiance que tu as eu le droit de monter dans ce vaisseau. Si ça ne tenait qu'à moi, tu serais resté à pourrir sur cette île déserte jusqu'à la fin de tes jours. C'est en toi que je n'ai pas confiance.
Ils se jaugent du regard. La tension monte entre eux et Ben sent son cœur s'agiter dans sa poitrine. Il serre les dents. Il ne veut pas capituler si facilement.
– Je ne veux que ce soit Rey qui me les passe, dit-il.
– Ainsi soit-il, crache Finn en s'éloignant.
Ben attend seul devant la porte, sa poitrine qui se soulève à un rythme rapide. Il respire bruyamment et sursaute, lorsqu'il sent une main se poser sur son épaule.
Rey le regarde avec de grands yeux.
Il lui soumet ses poignets.
– Je préfère que ce soit toi qui le fasse.
Il glisse ses mains à l'intérieur des bracelets qui se referment brusquement sur ses poignets. Le cliquetis résonne à ses oreilles.
Il est prêt.
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La porte s'ouvre sur deux longues rangées de Résistants qui le fixent comme un seul homme de leurs regards sombres. Tous, ou presque, sont armés, prêts à tirer, comme si les menottes qu'on venait de lui accrocher aux poignets ne lui suffisaient pas.
Il avance dans l'allée. Finn et Rey se tiennent derrière lui.
Il n'y a pas un bruit d'abord, mais peu à peu les murmures s'élèvent. Ben n'entend pas, il ne les regarde pas. Il ne sait même pas si Leia est présente – il ne veut pas savoir.
Il entend pourtant un grognement.
Il s'arrête, rien qu'une seconde, avant de reprendre sa route, mais c'est trop tard. Tous ont lu la confusion dans ce pas mal assuré et Chewbacca ne se tait pas.
Ses souvenirs du Shyriiwook sont anciens. Son père s'était chargé de lui enseigner les bases, Ben n'avait pas appris plus de quelques phrases, mais Chewbacca se souvient et s'est assuré de bien se faire comprendre.
Ben ne répondra pas. Il doit se contenter de marcher jusqu'à la porte par laquelle il prendra un couloir pour rejoindre une cellule.
Il doit garder la tête haute, surtout garder la tête haute et ne plus rien laisser paraître.
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Il attend pendant un temps qui lui semble incalculable seul dans une pièce exsangue où ses mains restent liées. Il fait les cent pas entre le mur du fond où un banquette en métal est attachée et la porte. Il contourne la table et revient sur ses pas.
Il finit par s'asseoir. Finn lui a peut-être menti. Les menottes qui retiennent les êtres sensibles à la Force sont rares parce que particulièrement difficiles à concevoir et il n'est pas impossible qu'il se soit contenté de bluffer pour qu'il ne tente pas de s'en défaire. Peut-être qu'elles ne lui feront rien. Peut-être qu'il pourra s'en défaire et embarquer dans le premier vaisseau trouvé, partir loin, tellement loin que ni la Résistance, ni le Premier Ordre ne pourrait jamais le retrouver.
Il ne fait rien. Il n'essaye même pas de tirer sur ses menottes. Il est à peu près sûr qu'aucun des membres de l'équipage n'aurait accepté de l'emmener sur leur vaisseau s'ils n'étaient pas certains de pouvoir le neutraliser.
Il soupire et se laisse tomber la banquette. Il espère que quelqu'un ne tardera plus à venir. Il n'a pas la moindre idée du temps qu'il a passé à attendre. Peut-être qu'une journée s'est écoulée depuis leur sauvetage.
Il sursaute lorsque la porte s'ouvre et se lève. Ses bras retombent, déçus, en reconnaissant le visage avenant de l'homme qu'il a kidnappé par le passé – un qui n'oubliera jamais toutes les tortures qu'il a pu lui infliger. Le pilote, Poe Dameron, se tient devant lui, le front plissé. Il tient dans sa main un objet cylindrique qu'il tend à Ben. Il le prend, le caresse du bout des doigts, autant que les deux pinces de fer autour de ses poignets le lui permettent. Ses poils se hérissent sur ses bras. C'est comme un courant électrique qui vient de passer dans tout son corps.
Il a souffert pour le mériter.
Il le repousse, le glisse dans l'une des mains de Dameron et le regarde droit dans les yeux. Il n'a pas l'intention de laisser apparaître ne serait-ce qu'une seule faiblesse.
– Qu'est-ce que c'est ? demande Dameron.
Il n'a pas non plus l'intention d'être pris pour un imbécile.
– Un sabre-laser, répond-il d'un ton neutre.
– C'est le tien, n'est-ce pas ? Pourquoi est-il en la possession de Rey ?
– Parce que je le lui ai donné.
Dameron hausse un sourcil interrogateur bien que tout son corps tendu crie la défensive.
– Quel genre de tour est-ce là, Ren ?
Ben ne tique pas à l'emploi de ce nom, lui qui a prié pendant des années qu'il soit pris au sérieux, mais Poe semble sérieusement attendre une réponse.
– Il n'y a aucun tour –
– Je ne te crois pas, coupe Poe.
Et il est vrai que Dameron n'a aucune raison de le faire. Ben sait que tous sur ce vaisseau le déteste, qu'ils rêvent de le voir mort et que si Rey n'était pas là il aurait probablement été lynché en public mais il n'a que faire de leur avis. Il est un monstre qui doit vivre avec toutes les atrocités qu'il a commises. Il aura bien assez de la haine et de la honte qu'il ressentira pour le restant de ses jours.
A vrai dire, il n'y a qu'un seul avis qui compte vraiment et celle qui pourra l'émettre n'est pas dans cette pièce.
– Ça m'est égal. Je veux seulement voir Rey.
Cette fois-ci, Dameron ricane et quitte la pièce. Quelques instants plus tard, la porte s'ouvre à nouveau. Ben redresse la tête et lorsqu'il aperçoit la silhouette de Rey se glisser par l'entrebâillement de la porte, il se précipite à son encontre. Il aimerait tendre les bras, mais les deux bracelets qui l'enserrent le retiennent. Ses bras retombent ballants le long de son corps et son sourire se fane aussi vite qu'il est apparu sur ses lèvres. Il recule d'un pas que Rey franchit sans hésiter.
– Est-ce que tout va bien ? demande-t-elle, mais ses yeux dérivent sur les menottes, avant de chercher à accrocher son regard.
– A ton avis ? répond-il, en agitant, agacé, les bracelets devant ses yeux.
Elle n'a pas besoin de répondre. Il suffit qu'ils se regardent suffisamment longtemps pour se comprendre.
Ben finit par s'asseoir.
– Est-ce que ça va, toi ? Est-ce que ça te fait la même impression ?
– Que tout est trop bruyant ?
Il acquiesce.
– Je ne pensais pas ce que serait si étrange de rentrer à la maison, dit-elle naturellement.
Jakku n'a jamais été rien de plus qu'une prison pour elle. Il ne fait aucun doute que ce sont ses proches qui constituent son foyer, qu'importe la planète, le vaisseau ou la pièce où elle se trouve.
– Ecoute, Ben, poursuit-elle en s'asseyant à côté de lui sur la froide banquette en métal de sa cellule. Ce que je peux leur dire à ton égard n'a aucun intérêt. Personne n'oubliera ce que tu as fait. Ils voudront te garder enfermer, peut-être pour toujours et …
– Rey, l'interrompt-il.
Les menottes contraignent ses mouvements, mais il peut encore effleurer ses mains du bout des doigts. Il peste tout de même de ce contact si fugace alors elle met fin à cette infime distance pour glisser ses mains dans les siennes, beaucoup trop larges, dans lesquelles elles pourraient presque se perdre.
– J'en ai conscience. Tu n'as pas à me défendre, mais je te remercie d'essayer, d'avoir toujours essayé avec moi, même quand tout semblait perdu.
Il n'est plus capable de se souvenir de la dernière fois qu'il a prononcé ses mots.
– Il faut aussi que tu saches que je ne resterai pas jusqu'à la fin de mes jours dans une cellule.
– Je sais.
Ils restent silencieux l'un à côté de l'autre. Ils se quitteront en temps venus et cette seule pensée écrase son cœur contre sa poitrine – toutes ses années, toutes ses années pour ça.
ooo
La banquette en métal sur laquelle il doit dormir brise peu à peu son dos. Ses heures de sommeil n'ont plus rien de réparateur et il se lève autant qu'il se couche dans la douleur. Il manque à deux ou trois reprises de s'écraser à terre. Ses lourdes paupières laissent parfois apparaître Rey, mais elle n'est qu'un mirage et ce répit que ses rêves lui accorde n'est que de courte durée.
Ses rêves ne sont pas faits que de lumière et d'étoiles et il arrive qu'ils soient aussi noirs que la nuit. Ces rêves-là agitent son sommeil plus que n'importe quels autres. Il a beau essayé, rouvrir les yeux lui semble impossible.
Il soupire en se retournant sur sa banquette et ferme les yeux. Il espère que ses rêves ne seront pas de ce genre-là ce soir.
Mais le noir l'envahit bien vite. Il se crispe sur sa couchette et ses mains s'accrochent aux menottes qui les maintiennent.
Le vide se fait autour de lui jusqu'à ce qu'il aperçoive une lueur dans les ténèbres.
– Laisse-le mourir, il entend.
La voix de Rey l'appelle. Il se retourne dans un mouvement lent. Elle se tient derrière lui, un sabre rouge brandi qui ensanglante son visage.
Il l'a si souvent rêvé par le passé, la voir se dresser à ses côtés, terrible et meurtrière. Ses mains tremblent aujourd'hui de la voir ainsi.
– Laisse-le mourir, elle répète.
Le sabre s'abat sur son visage et une violente douleur le foudroie. Tout son corps se tend quelques secondes avant de tomber à terre. Il s'écrase dans un bruit mat.
– Ben, Ben, Ben.
Il entend toujours sa voix, mais l'a perdue du regard. Il sent une pression dans ses bras, une chaleur dans son dos. Il parvient à ouvrir les yeux.
Elle l'aide à se redresser, puis passe ses mains sur ses poignets. Les menottes tombent, mais des anneaux rouges cerclent toujours sa peau avant de disparaître sous les doigts de Rey.
– Ce n'était qu'un cauchemar, murmure-t-elle en le tenant toujours contre elle.
Ce n'était qu'un cauchemar, il se répète. Un cauchemar qu'il ne cesse pourtant de faire depuis qu'il l'a rencontrée.
Ce n'est qu'à présent qu'il le comprend.
ooo
Elle lui a remis ses menottes lorsqu'elle est partie. Elle n'a pas eu besoin de s'excuser, ses yeux le criaient. Il ne dort pas mieux, ses muscles sont toujours aussi engourdis et il hait toujours autant cette cage, mais au moins, il ne rêve plus.
Rey lui rend visite plusieurs fois par jour. Elle lui apporte ses repas, mange avec lui. Parfois, elle parle, commente son retour parmi la Résistance, mais elle garde secret leurs actions et leur position au-dehors. C'est à peine s'il est toléré. Sa présence sur ce vaisseau est un danger pour tous. Il pourrait, s'il changeait d'avis, risquer leur vie, risquer tout ce qu'ils ont construit et ce pourquoi ils se sont battus. Ils reviennent de si loin, ils ne peuvent se permettre une seule erreur le concernant. Lui faire confiance serait la pire de toute.
Il imagine qu'ils craignent son retour parmi le Premier Ordre, mais peu importe ce qu'il décidera de faire dans le futur, Ben sait qu'il n'y a plus sa place. Le Premier Ordre devait être une alternative à l'impuissance de la République : il n'a finalement été qu'un instrument de plus entre des hommes puissants. S'il a cru dans sa jeunesse aux beaux discours de Snoke, ils se sont peu à peu effacés face à sa colère. Le Premier Ordre n'a jamais été qu'une coquille vide.
Il se demande tout de même où ils en sont. Il lui est arrivé de surprendre Hux s'attarder dans la salle où Snoke siégeait autrefois malgré son absence. Il se tenait droit, les mains derrière le dos avec cette attitude très autoritaire qu'il lui a toujours connu. Il regardait ce fauteuil – rien qu'un simple fauteuil. Comme happé, il paraissait incapable de lever les yeux, même lorsque Ben tout vêtu de son habit de Suprême Leader le surprenait quand il entrait dans la pièce. Hux devait se rêver à sa place. Aujourd'hui tous ses désirs ce sont sans doute réalisés.
Le Premier Ordre n'a plus d'importance pour Ben, mais il doit quand même avouer qu'il prendrait un malin plaisir à remettre à leur place Hux et quelques-uns de ses officiers pour l'avoir abandonné à son sort.
On frappe à la porte. Rey apparaît aussitôt et lui sourit, mais referme très vite la porte derrière elle. C'est à peine si Ben a le temps de reconnaître une silhouette dans le couloir.
– Quelqu'un voudrait te voir.
Il sait, elle n'a pas besoin de prononcer son nom, il sait.
Mais il ne peut pas.
Non, pas maintenant.
C'est trop tôt, beaucoup trop tôt.
– Je ne peux pas, pas encore. Je suis désolé.
Il hausse le ton en espérant qu'elle l'entende à travers la porte de sa cellule.
Rey sort quelques secondes avant de reparaître et de fermer à nouveau la porte derrière elle. Elle réduit la distance entre eux deux et pose une main rassurante sur son épaule.
Il se tient le dos courbé, appuyé des deux bras sur la table. Il a bien du mal à garder l'équilibre et sa respiration devient douloureuse. Elle reste bloquée dans sa gorge et ce sont des pierres qui gonflent ses poumons.
Il n'est pas prêt à l'affronter – quand il parvient à peine à supporter l'image que lui renvoie son miroir.
ooo
Il baisse les yeux.
Rey lui a apporté ce miroir il y a quelques jours maintenant. Il ne tient généralement pas plus de quelques secondes ce regard dur qu'il a trop longtemps ignoré. Il s'était confectionné un masque à son image, un masque qui cachait son regard – celui de son père – et ce visage qu'il détestait et qui appartenait à un garçon lâche et peureux. Il l'avait retiré quelques années plus tard, mais le regard n'avait pas changé. Il était toujours resté aussi difficile à soutenir.
Il le sent, Kylo Ren est toujours en lui. Il le juge, l'insulte et tente de le briser de l'intérieur. C'est ce qu'il a fait autrefois en exploitant ses faiblesses.
Ben lève à nouveau les yeux vers le petit carré devant lui qui lui renvoie cette image qu'il a cachée et qu'il déteste, mais un bruit l'interrompt. La porte grince, il sursaute.
Rey glisse sa tête dans l'entrebâillement de la porte.
– Est-ce que je te dérange ?
Il secoue la tête et l'invite à entrer.
Comme il ne bouge pas, elle vient se placer à côté de lui. Ils fixent alors le miroir devant eux qui leur renvoie leur reflet sous un néon grésillant.
Il a toujours autant de mal à supporter son image, mais il ne peut détacher son regard du miroir et de Rey qui se tient à ses côtés. Ils sont réunis – comme dans ces rêves qui l'ont si souvent hanté. Il a un peu de mal à y croire et doit finalement se tourner vers elle pour s'assurer qu'elle est bien là.
– Je sais ce qu'il me reste à faire, dit-il.
S'il veut pouvoir tenir son regard, dormir la nuit – et ne plus craindre Kylo Ren.
Rey lui répond par un sourire.
ooo
Il respire profondément, a les yeux fermés et fait le vide en lui. Rey détache toujours ses menottes lorsqu'elle le rejoint dans sa cellule. Elle les laisse tomber à terre dans un bruit sourd. Il est à peu près sûr qu'elle n'en a pas averti la Résistance. Dans cette pièce, il n'y a qu'eux deux et personne pour s'interposer.
Il sent Rey à ses côtés, assise en tailleur. Ses paupières sont closes aussi. Sa poitrine se soulève à un rythme régulier et ses mains entourent ses genoux. Il discerne un léger sourire sur ses lèvres qui en retour en fait naître un sur les siennes. Il est à peu près sûr que Rey le voit faire.
C'est la première fois qu'ils méditent ensemble et c'est comme un soulagement pour Ben. Il y a si longtemps qu'il n'a plus revu la lumière. Il parcourt un chemin qui ne lui est plus familier et la peur de s'y perdre l'étreint. Il a tâtonné quelques secondes avant de sentir la présence de Rey qui l'a rejoint. Il retrouve rapidement ses marques. Même s'il ne se sent pas tout à fait à l'aise, il y a ce sourire qui l'encourage.
Il aperçoit tout le vaisseau, les officiers dans la salle de pilotage, les ouvriers chargés de l'entretien qui rangent le vaisseau, nettoient, réparent, les pilotes qui s'entraînent, puis il y a Leia, assise seule dans une chambre qui lui est réservée. Ses traits sont tirés, son visage plus dur que jamais. Elle paraît si fatiguée. Il pourrait poursuivre sa visite du vaisseau, mais il ne peut plus repartir. Quelque chose le retient dans cette pièce avec sa mère. C'est peut-être la culpabilité qui le contraint à rester. Il n'a pas envie de la quitter.
Sa mère se redresse et ses yeux cherchent dans la solitude de la pièce une présence, mais son regard se perd dans le vide.
Il ouvre les yeux et c'est dans sa cellule qu'il se trouve, Rey à ses côtés.
Elle se tourne vers lui et il lui dit :
– Rey, je suis prêt.
Lorsqu'elle ramasse les menottes et s'apprête à les lui passer autour des poignets, il hoche la tête et renonce à sa liberté.
Elle ouvre la porte et le sort de sa cage. Ils traversent le vaisseau, lui devant elle, guidé par ses indications. Les couloirs lui semblent immenses, interminables et remplit d'ennemis. Les Résistants s'arrêtent sur son passage et le foudroient du regard. La haine brille dans leurs yeux.
Il leur a tant pris, plus qu'il ne pourra jamais rendre et même s'il peut mener à bout ses projets, il sait que jamais il ne sera excusé.
Il ne doit pas, il ne doit jamais oublier.
Il garde tout de même la tête haute.
Ils s'arrêtent finalement devant une grosse porte qui coulisse. Une fenêtre donne vue sur l'espace. Au milieu de la pièce, un siège leur tourne le dos. Rey entre la première et lui demande de l'attendre à l'extérieur. Elle s'adresse à quelqu'un que Ben ne peut voir. Il se fige, tremble. L'attente est longue et il craint que Rey vienne le voir avec une mauvaise nouvelle. Il comprendrait une réponse négative, il n'en serait pas moins déçu.
Elle se retourne et hoche la tête. Ils entrent dans la pièce, elle lui retire ses bracelets et le quitte. Les portes se referment derrière elle.
Le siège pivote aussitôt. Elle se lève – la princesse Leia – et s'approche de lui jusqu'à lui faire face. Ils se jaugent un moment qui lui semble infini et il est prêt à baisser les yeux parce qu'il est trop dur de se plonger dans le regard plein de déception, de colère et de pitié mêlées de sa mère.
La claque est dure contre sa joue – elle ne l'a jamais frappé.
Il le mérite aujourd'hui plus que jamais – et pire encore.
Son visage reste baissé, ses yeux fixent ses pieds.
– Qu'as-tu donc fait ? demande-t-elle.
Mais la question est rhétorique. Il n'est là que pour s'excuser, autant qu'il le faudra.
– Je suis désolé. Je regrette tout ce que je vous ai fait.
Il n'a pas besoin d'en dire plus.
Elle entoure ses bras autour de lui, mais elle tremble si fort et lui aussi. Il sait qu'il a brisé le cœur de sa mère à tout jamais.
ooo
Dameron rit.
Il se fout de sa gueule comme jamais personne ne s'est foutu de sa gueule. Si la situation avait été toute autre, s'ils s'étaient croisés à un autre moment, Kylo Ren l'aurait probablement étouffé avec son propre rire.
– Ou tu peux toi-même t'introduire dans les vaisseaux du Premier Ordre. Je crois que tu en gardes un bon souvenir, non ? provoque Ben.
Il n'y a qu'eux deux dans cette pièce. Il peut bien se permettre de remettre Dameron à sa place.
– Tu en gardes un bon souvenir, répète Dameron dans une imitation très mauvaise. Ce n'est pas parce que l'on fait face à un cul-de-sac qu'on doit accepter l'aide de n'importe qui.
– De toute façon, vous n'avez pas le choix.
Ben se laisse retomber sur son siège, ses mains toujours liées par ces foutues menottes. Cela fait des semaines qu'il les porte maintenant et malgré les quelques heures durant lesquelles Rey les lui retire ses poignets restent toujours aussi tuméfiés. Il ne s'y fera jamais.
Il poursuit :
– Je suis le seul à connaître aussi bien le Premier Ordre de l'intérieur.
C'est une véritable opportunité qui se présente à lui, non seulement de montrer à la Résistance, à sa mère et à Rey – à Rey par-dessus tout – qu'il n'est plus celui qu'il était, de mener à bien ses projets et de peut-être même de pouvoir se débarrasser une bonne fois pour toute de ces satanés bracelets.
– Rien ne nous dit que les informations que tu vas nous donner ne serons pas erronées et que tu n'es pas en train de nous monter un plan pour nous piéger tous.
Ben roule des yeux.
– C'est pour ça que je veux y aller moi-même. Je me fiche d'être surveillé par une bonne dizaine de Résistants et de n'être pas armé. Je sais que je suis le seul à pouvoir vous aider. Vous pouvez même monter un plan, vous faire passer par des officiers du Premier Ordre et me trimbaler dans les vaisseaux menotté comme un prisonnier. Je suis le seul à pouvoir vous aider.
– Le seul à pouvoir nous trahir, corrige Dameron.
– Laissez-moi y aller seul si c'est ce que vous inquiète ! Je pourrais vous être un réel atout si vous me laissiez faire.
– Nous ne pouvons prendre le risque que tu nous échappes.
Ben se redresse, toise Dameron et lui lance un rictus de biais.
– Je ne vous sers à rien ici, vous ne faites rien de moi, vous n'avez même pas esquissé l'ombre d'un jugement et si le Premier Ordre m'attrape, ils essayeront de me tuer avant que j'ai le temps de riposter. Je suis un montre pour eux. Je n'étais pas apprécié, ils craignaient seulement tout ce que je représentais, l'héritage de Vador, mon pouvoir et la connaissance des Jedis.
– Et tu pourrais parfaitement retrouver ta place. Tu as déjà mis fin à l'existence d'un Suprême Leader, tu pourrais très bien recommencer.
– C'est Hux, n'est-ce pas ? lui dit-il.
Il regarde ses mains attachées. Il est certain d'avoir raison, mais il n'en a pas encore eu la confirmation.
– C'est Hux qui a pris ma place.
Cette fois-ci, ce n'est même plus une interrogation. Dameron ne le lui a pas encore dit, mais Ben sait, au plus profond de lui, que personne d'autre qu'Armitage Hux ne peut occuper ce poste – son poste. Il n'a pas pu s'empêcher. Le temps où il régnait de son terrible vaisseau sur toute la galaxie n'est pas si loin.
Dameron ricane.
– Je ne te donnerai certainement pas ce genre d'informations.
– Mais moi je dois concéder à vous donner toutes celles qui sont en ma possession sans rien en retour ?
– Sans rien en retour ?
Dameron lui offre un énorme sourire.
– Rien en retour ? répète-t-il. Nous avons accepté de t'emmener dans notre vaisseau, c'est plus que nous pouvons nous permettre.
Ben grogne, mais il sait que personne ne cédera, pas même Rey.
ooo
Ils envoient quelqu'un effectuer une mission de reconnaissance – Finn. Un sabotage comme moyen de vérifier la véracité des informations que Ben leur a confiées. Dameron est venu le narguer le matin même et lui demander de confirmer ses informations.
Ben n'a rien de plus à ajouter. Il leur a déjà tout dit.
Il attend comme un lion en cage dans sa cellule. Il aurait vraiment préféré être à la place de Finn, mais il se dit que ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Après cette mission, ils l'enverront à son tour sur les vaisseaux du Premier Ordre et il aura enfin droit à un peu d'action.
La porte s'ouvre. Ce n'est pas Rey qui apparaît. Ben lève un sourcil, interrogateur. D'ordinaire, c'est toujours elle qui ouvre sa porte, même lorsque c'est Dameron qui souhaite lui parler. Elle l'accompagne toujours.
Le pilote a un sale sourire sur les lèvres que Ben aimerait décrocher.
La mission devrait bientôt prendre fin. Il est sans doute venu le sortir pour le conduire à l'avant du vaisseau où les Résistants se regroupent pour discuter de leur plan.
Il reste aussi neutre que possible et avance lorsque Dameron le pousse à l'extérieur comme n'importe quel prisonnier. Mais il n'est pas un prisonnier comme les autres.
Le chemin est long, mais désert. Les Résistants semblent avoir disparu. Au bout du couloir ils entrent dans une pièce bondée où tout le vaisseau semble y être regroupé. Sa mère se tient au centre. Il n'ose la regarder.
Mais quelque chose ne va pas.
Rey n'est pas là.
Il fait volte-face et foudroie Dameron du regard.
– Rey est allée effectuée la mission, n'est-ce pas ?
– Elle l'a spécifiquement demandé parce qu'elle est persuadée que tu ne nous mens pas. Mais tu n'as pas à t'inquiéter pour elle, puisque tu nous as donné toutes les informations que tu avais et que ton plan est sans faille. Elle reviendra sans encombre, c'est de Rey dont on parle.
– Mais tu as menti.
– Tu n'aurais pas réagi de la même manière si je t'avais dit que Rey effectuerait cette mission. Tu aurais peut-être ajouté quelques omissions …
Ben ne dit rien et attend. Il entend les murmures, voit les regards qui se tournent vers lui, mais il n'écoute pas, évite leur regard. Il attend juste le retour de Rey qu'il espère proche.
Ses jambes s'agitent. Il ne tient plus en place.
Il faut attendre encore de nombreuses et longues minutes pour que des pas traversent le couloir. Lorsqu'il se retourne, il la voit apparaître, Finn sur ses pas.
– Alors ? demande Dameron.
– Mission accomplie.
Elle sourit lorsqu'elle croise son regard.
ooo
La mission doit être rapide pour être efficace. Ils ne seront que deux à s'infiltrer dans le vaisseau du Suprême Leader, la Résistance fera diversion.
C'est à contrecœur que les Résistants ont accepté, mais Ben leur a offert de très nombreuses contreparties en cas d'échec – ou de trahison, c'est la trahison qu'ils craignent. Ils connaissant désormais tous les secrets des vaisseaux du Premier Ordre, la liste de leurs bases et s'il décide de les trahir, il devra maintenant rivaliser d'une certaine ingéniosité pour pouvoir les contrer car après tout il ne connaît pas grand-chose d'eux. Il ne peut même pas imaginer combien ils sont.
Ils entrent sans difficulté. Rey neutralise les premiers soldats et lui fait signe d'avancer. Dans le couloir ils avancent à tâtons. Ils ne pourront entrer par cette porte à moins de la transpercer avec un sabre-laser, mais ce serait un risque inutile à prendre quand ils peuvent se faufiler par une trappe secrète et emprunter des conduits suffisamment larges pour les accueillir tous les deux sans avertir qui que ce soit de leur présence.
Ben laisse entrer Rey en premier et la suit de près en veillant à correctement refermer le chemin derrière lui, puis il avance à quatre pattes derrière elle. Ils continuent ainsi sur plusieurs mètres, jusqu'à arriver à un cul-de-sac. Rey fait tomber d'un geste de la main la plaque qui les empêche d'avancer et s'extirpe rapidement pour le laisser passer. Cette fois-ci, ils n'ont pas le temps de se montrer aussi prudents qu'à l'entrée. Rey arrête déjà un premier tir de Trooper. Ben brandit alors son sabre, pour la première fois depuis cette nuit.
Ses deux mains sont libres de leur mouvement et il entame, plus agressif que jamais, un combat, court et violent. Ses mains sont tremblantes lorsqu'il éteint son sabre. Rey ouvre déjà la porte qui doit les conduire à l'avant du vaisseau.
Une alarme résonne. Même si c'est quelque chose qu'ils avaient envisagé, ils restent surpris et se lancent des regards entendus.
Plus de Troopers se pressent vers eux. Rey bondit alors devant Ben et c'est un ballet de coups qu'ils entament, côte à côte.
Jamais ils ne pensaient revivre cette nuit-là. Pourtant, il sent la même force envahir son corps, la même assurance gonfler son cœur. Il sait qu'il a fait le bon choix et son sabre ne s'arrête plus de fendre l'air. Il frappe, encore et encore, mais ses yeux restent rivés sur Rey qui n'a jamais été aussi puissante.
Leurs adversaires ne les ont pas ralenti plus de quelques minutes.
Ils reprennent leur chemin, plus déterminés que jamais.
Ben sait exactement quelle direction il doit prendre. Il pourrait avancer les yeux fermés dans le vaisseau – et il semble que Rey s'en souvienne elle aussi comme si c'était hier qu'ils étaient entrés, ensemble, dans la pièce où siège le Suprême Leader.
Lorsqu'ils prennent l'ascenseur, Rey lui prend la main et la serre si fort. Ils n'ont pas besoin de parler. Ils savent l'un comme l'autre ce qui les attend. Cette fois-ci, il n'existe plus aucun conflit entre eux.
Ils ouvrent la première porte qui les fait entrer dans un sas. Ils entendent les cris dans la salle. Ils se regardent et d'un geste sûr, commun, ils pointent leur main en direction de la porte. Ils la font plier ensemble.
Mais les tirs fusent avant même qu'ils ne l'aient détruite. Les cris du général Hux – Suprême Leader – protestent.
Il ne peut plus échapper à son destin.
D'une manière presque inattendue, il fait cesser les tirs et leur ordonne d'entrer.
Rey passe la première et Ben entre à sa suite. Le visage du Suprême Leader se tord de colère lorsqu'il l'aperçoit.
– Tue-la ! hurle-t-il.
Ben ne répond pas. Il fixe Rey.
Il ne sait combien de temps s'écoule, sans doute trop au goût de Hux qui ordonne à nouveau à ses hommes de tirer.
Mais ils ne peuvent plus rien désormais.
Ben les arrête, les uns après les autres, sans un effort.
– Ben, lui dit Rey, confuse.
– Je suis désolé, dit-il.
Il lève une main ferme dans sa direction et la repousse à l'extérieur de la pièce. Elle va s'écraser au loin, dans l'ascenseur et avant qu'elle n'ait eu le temps de comprendre quoi que ce soit, les portes se referment une à une sur elle.
Il ne faut que quelques secondes de plus à Ben pour éjecter cette partie du vaisseau. Il avait pourtant promis de ne lui avoir caché aucune information, mais il se devait de garder celle-ci pour lui, sans quoi elle n'aurait jamais accepté de l'emmener avec elle.
La pièce dérive un moment, puis les réacteurs se mettent en marche. Ils s'éloignent peu à peu du vaisseau maître, mais Ben s'est déjà retourné, le sabre rouge brandit, prêt à affronter les dirigeants du Premier Ordre – prêt à mourir pour en finir avec Kylo Ren.
ooo
Lorsqu'il se réveille, il se sent léger, plus léger qu'il ne l'a jamais été. Il sait qu'il a fait la paix avec lui-même, même si jamais ce qu'il a fait ne pourra être réparé.
Il se souvient de sa mission – son ultime mission – et du Premier Ordre. Il ne peut être certain que son œuvre a suffi. Seul le temps le dira, mais au moins les a-t-il suffisamment déstabilisés pour laisser le temps à la Résistance – et à leurs forces alliées – pour parvenir à les neutraliser.
Il est comme dans du coton et tout est blanc autour de lui. Une douce chaleur traverse tout son corps, mais la douleur est bien présente.
Luke lui a un jour dit, lorsqu'il était enfant, qu'on ne ressent pas la douleur une fois dans la Force. Se pourrait-il qu'il lui ait menti ?
Il a sa réponse lorsqu'il aperçoit Rey, assise à côté de lui. Elle s'approche d'un geste vif et fronce les sourcils, comme surprise de le voir éveillé.
Ce n'est qu'alors qu'il se rend compte qu'il est allongé sur un lit.
C'est aussi à ce moment qu'il se rend compte qu'il n'est pas mort.
Il grimace quand il essaye de se redresser.
Il ne peut la regarder droit dans les yeux.
– Je devais le faire, Rey.
Il n'a pas besoin de la regarder pour savoir qu'elle lui en veut – sans doute plus pour lui avoir menti que pour les actes qu'il a commis sur le vaisseau du Premier Ordre.
– J'ai dû venir te chercher. Tu aurais pu mourir.
– Je sais.
Il évite toujours ses yeux.
– Mais je devais le faire, poursuit-il. Je devais le faire seul et je sais que si je t'en avais parlé, tu n'aurais pas été d'accord. C'était trop dangereux.
Il tend la main pour toucher la sienne, mais la surprise le frappe lorsqu'il aperçoit les bouts de métal briller au bout de son bras. Il s'empresse de remonter sa manche. C'est tout un avant-bras qu'il a perdu. Il se laisse retomber dans son lit d'hôpital et éclate de rire. L'ironie du sort est telle qu'il a bien du mal à y croire. La situation amuse beaucoup moins Rey qui lui dit :
– Peut-être que si tu m'avais laissé t'accompagner, tu n'aurais pas perdu ton bras. Quand je t'ai retrouvé, tu avais perdu connaissance, tu te vidais de ton sang, tu avais perdu un de tes bras. Les médecins ont constaté de nombreuses blessures un peu partout sur ton corps, des tirs qui t'ont touché. Ils ont mis un moment avant de stabiliser ton état. J'arrivais quelques minutes trop tard et ils n'auraient rien pu faire pour toi.
– Et ils ont accepté de me soigner sans protester ? demande Ben.
– Ils n'ont pas eu le choix.
Cette fois-ci Rey esquisse un sourire.
Un silence gêné les surplombe quelques secondes avant que Ben ne le brise :
– Je devais le tuer, Rey.
– Qui donc ?
Elle le sonde du regard et Ben ne détourne pas les yeux. Elle sait, elle a compris, mais elle veut l'entendre le lui dire.
– Tu dois te l'entendre dire, ajoute-t-elle.
– Je devais tuer Kylo Ren, avoue Ben.
Elle sourit faiblement et se rapproche. Ils ne sont plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et alors qu'il l'enlace, il se laisse tomber au creux de son épaule. Il ne pleure plus désormais, il sourit parce qu'elle la conduit jusqu'à la Lumière.
Il veut aussi profiter du peu de temps qu'il leur reste ensemble. Il ne lui a encore rien dit, mais elle sait qu'il ne pourra rester indéfiniment dans ce vaisseau où tous le détestent. Il doit poursuivre sa route et c'est un ailleurs qui l'attend pour réparer ses erreurs.
– Rey …
Elle pose une main tendre contre sa joue et c'est une douce caresse qui l'accueille.
– Je sais.
– Je veux que tu viennes avec moi, mais ce n'est pas quelque chose que tu accepteras, n'est-ce pas ?
Elle secoue la tête, presque triste.
– Je ne peux pas, pas maintenant.
Ben se lève alors. Il enfile les vêtements propres que Rey lui apporte. Il lui est difficile de tenir sur ses deux jambes, si faibles d'être restées immobiles pendant des jours, et Rey doit parfois le retenir pour éviter qu'il ne tombe. Elle le conduit à travers des couloirs déserts jusqu'à la maintenance.
– Je connais un engin …
Mais Ben le voit et il rit d'un pareil destin.
Sérieusement ?!
– Ce tas de ferraille !
– Il est remis en état. Après notre sauvetage, la Résistance est allée le récupérer et je m'en suis occupée avec l'aide de Chewie.
– Il ne va pas aimer …
– Tu t'expliqueras avec lui en temps venus. Dépêche-toi maintenant. Les médecins ne vont pas tarder à s'apercevoir que tu n'es plus dans ton lit et il faut que … Ben, ils ne te laisseront jamais partir.
– Je sais.
Elle se blottit alors tout contre lui et il la serre dans ses bras, mais l'étreinte est bien trop brève et il doit partir.
Il se dirige vers le Faucon Millénium qui a toujours l'air de sortir de la casse. Il est prêt à y entrer, mais il se retourne, une dernière fois. Il le doit. Rey se tient derrière lui, elle attend et le regarde avec ces yeux plein d'espoir.
Alors il rebrousse chemin et en quelques enjambés fonce vers elle pour l'embrasser. Sa bouche s'écrase maladroitement contre ses lèvres. Leur baiser est court, mais intense et Ben peut maintenant partir l'esprit tranquille, sans aucun regret.
Il monte dans le vaisseau que son père a autrefois trimbalé à travers toute la galaxie et démarre l'engin. Il manque quelque chose cependant et comme s'il savait, il porte sa main à l'une des poches de son pantalon. Ses doigts touchent quelque chose de froid, de petit et de métallique. Il les reconnaît d'instinct. Il sort les fameux dés de son père qu'il accroche devant lui et sourit à Rey qu'il aperçoit au-dehors.
Ils se reverront bientôt. Il le sait. Mais pour le moment, la galaxie l'attend.
Je suis vraiment ravie de vous avoir offert ce texte et je vous remercie énormément que vous ayez été lecteurs occasionnels ou assidus, que vous vous soyez expriimés ou non. Vous m'avez énormément motivée à poursuivre ma lancée et à offrir plus au fandom et à écrire plus de Reylo. Je dois même vous avouer que j'ai commencé à réfléchir à une éventuelle suite avec Ben et Finn en personnages principaux et ... Rey qui apparaîtrait un peu plus tard. L'histoire serait écrite dans un registre assez différent, plus aventure, mais serait toujours centrée sur Ben. J'ai quelques autres idées en tête, des textes qu avancent et que j'espère pouvoir bientôt vous présenter. Dans tous les cas, merci encore à vous tous !
