CHAPITRE 4: TOMBÉ AU PREMIER REGARD
Au Château, Le Roi était assis sur son trône seul et pensif. Cela fait 4 jours qu'il n'avait aucune nouvelle de sa petite-fille. Certes, il avait demandé à ne plus la voir, avant l'arrivée au château des prétendants Asabel ; mais il ne pensait pas qu'elle prendrait la fuite, sans dire à quiconque où elle allait, pas même à ses sœurs. Le Général Aknadin, entra dans la salle du trône, faisant sursauter le souverain, surpris par la soudaine intrusion de son commandant.
« Pardonnez-moi, Majesté. Ai-je perturbé vos pensées ?
- Ce n'est rien. Qu'est-ce qui vous amène Général ?
- Hélas, une mauvaise nouvelle Sir.
- Mauvaise nouvelle ?! Cela concerne Heba ?
- Non, Majesté.
- Ouf ! Alors, dans ce cas, quelle est cette mauvaise nouvelle ?
- Un de nos messagers, vient de revenir du champ de bataille. Il semblerait que la guerre soit terminée Majesté.
- Nos soldats, ont été vaincus ?
- Non, dieu soit loué.
- Donc, nous avons remporté la victoire.
- Non, plus Sir. C'est à propos de notre ennemi, le Roi Akhnamkanon. Il est...
- Il est quoi ? Parlez voyons, que ce passe t-il avec notre ennemi ?
- Il est mort Majesté.
- Mort ?! Comment a-t-il osé mourir sans prendre la peine de m'avertir ?!
- Je crains Sir, que ce soit un des faits de la vie que l'on ne peut guère prévoir.
- Oui, c'est vrai, vous avez raison Général. Mais, le fait qu'il soit mort, ne veut pas dire que la guerre est finie.
- Dans ce cas qui va le remplacer au combat ?
- Son fils Atem, bien entendu. Ah, si seulement mon fils était encore en vie, ou si j'avais eu un petit-fils...
- Mais, Majesté, c'est encore un enfant.
- Oh non Général. Le temps passe aussi bien pour lui que pour nous. Atem est loin d'être un enfant, il vient t'atteindre sa vingtième année et c'est un jeune homme vaillant et plein d'énergie. Son père l'avait envoyé à l'étranger pour qu'il apprenne une autre approche de l'art de la guerre. C'était très intelligent de l'avoir préparé aux nouvelles méthodes de combats, il a acquis tout le savoir nécessaire et est épaulé par deux vaillants conseillés, Seto et Mahad. Ils sont aussi vifs d'esprit et de bras que peut l'être leur prince. Pour notre grand malheur, ce n'est plus un seul commandant en chef que nous devrons combattre, mais trois. »
Dans le royaume voisin, la cérémonie de passation d'arme est sur le point de se terminer. Les divers, serviteurs, équipaient leur nouveau roi avec l'armure de son prédécesseur. Une armure pour le moins intimidante et encombrante. Il y avait d'énormes pointes de part et d'autre des épaules, sur les gantelets et sur l'extérieur des genoux. De plus, elle était d'une lourdeur incommensurable, à tel point que l'ancien souverain avait épuisé des dizaines de chevaux sous son poids. Une fois placé sur son cheval, Atem enleva son casque, avec beaucoup de difficulté à cause des pointes.
« Par les dieux, ce n'est pas une armure, c'est un véritable piège !
- Ne faites pas de sacrilège Sir, c'est l'armure d'intronisation obligatoire. Tous les rois de votre lignée l'ont porté, vous devez la porter à votre tour, c'est la tradition.
- Les traditions changent d'un roi à l'autre n'est-ce pas ? Et bien en ce qui concerne celle-ci, malgré tout le respect que je lui dois, elle va changer immédiatement ! Plus personnes ne portera jamais cette horrible armure.
- Avant de descendre du cheval, veuillez enlever vos gantelets Sir, et faites attention aux pointes pour ne pas blesser le cheval. »
Atem, descendit avec précaution de son cheval, pour ne point le blesser et atterrit lourdement sur le sol. Le jeune roi avait des cheveux bruns, indomptables défiant toute gravité avec les pointes coloré d'un sublime rouge carmin. Quelques mèches blondes encadraient son visage au teint mat qui soulignait parfaitement ses yeux de couleur grenat. Il n'était pas excessivement grand, mais avait un corps suffisamment tonique et musclé pour attirer les regards et être convoité par de nombreuses jeunes filles dans le royaume.
Il se sentait mal à l'aise dans cette armure, il ne voulait qu'une chose, qu'on la lui enlève.
« Seto ! Mahad ! Où est-ce que vous êtes ?
- Jamais très loin, comme toujours. Répondit Mahad.
- Prêt à répondre au désir Votre Altesse. Ironisa Seto.
- Sortez-moi de ce piège !
- Ce n'est pas un piège, Sir, mais une tradition.
- Si vous ne la portez pas comment voulez-vous que l'on couronne sa Majesté.
- Oh, s'il vous plaît arrêter de m'appeler Sir, ou Majesté, ou je vous le ferai regretter avec mon épée ! »
Les deux compagnons du jeune roi, l'aidèrent à enlever les encombrants éléments de l'armure, en ricanant.
« Il n'y a pas de quoi rire. Mon père, vient de mourir... Est-ce que vous l'auriez oublié ?
- Non. Mais ce n'est pas pour ça que nous rions Atem. Regarde la tête des dignitaires, tu verras qu'il y a de quoi rire.
- Ils ont l'air complètement pétrifié par ta décision. »
La cérémonie terminée, le nouveau souverain, alla se changer dans ses appartements, avant de descendre voir son peuple. Il n'avait pas encore eu l'occasion de parler à la population de son royaume depuis la mort de son père. Toutes les attentions de tous les membres de la cours étaient rivées sur lui, afin de procéder au nouveau couronnement rapidement, pour qu'il puisse au plus vite remplacer son père sur le champ de bataille.
La Guerre. Atem, n'avait pas envie de continuer cette guerre. Il fallait qu'il trouve une solution. Seto et Mahad, sont venus le chercher pour l'accompagner à distribuer le pain aux villageois. Une fois qu'ils arrivèrent devant les portes du château, ils commencèrent à distribuer le pain. Atem était heureux de voir la joie et la reconnaissance dans les yeux de son peuple, il aimait le voir ainsi. Mais hélas, avec la guerre, c'était rarement le cas.
« Dorénavant, nous distribuerons le pain deux fois par jour !
- Ce n'est pas possible Sir. Le Pain est un met rare, les paysans, ont abandonné leurs champs avec la guerre. Si nous le doublons sa distribution, nous connaîtrons bientôt la famine.
- Sauf, si la guerre s'achève.
- À quoi bon être un Roi, si tu ne fais pas la guerre Atem.
- Mais Seto, ce n'est pas MA Guerre. Je ne sais même pas pourquoi nous combattons contre le Roi Salomon. Pourquoi me battre pour des raisons que j'ignore ? Et le peuple est fatigué de cette guerre, tout comme moi, et j'en ai assez de le voir souffrir ainsi.
- Mais Atem, pour que la guerre s'arrête, il faut la remporter.
- Et pour la remporter, tu dois te battre ! »
Atem monta à cheval et se dirigea sur la place du village, pour faire une annonce.
« Mes fidèles sujets, mes fidèles amis ! Pour survivre, et retrouver nos récoltes, il faut arrêter cette guerre fratricide. Je tiens à vous dire que je m'engage à y mettre fin. Pour cela, j'affronterais, l'un des soldats ambassadeur des forces ennemi dans un combat singulier. Et le vainqueur de ce duel, ne sera pas considéré comme un héros de guerre, mais comme le héros de la paix. »
Après avoir fait cette annonce, le jeune souverain décida, d'aller explorer son royaume, il entra donc dans la forêt, avec Seto et Mahad sur ses talons, pour le guider.
« Atem, où vas-tu ? C'est dangereux vers cette direction.
- Mahad, j'ai besoin d'explorer, je ne connais pas mon royaume.
- Mais si tu continues dans cette direction, tu vas connaître celui de l'ennemi juste après la colline.
- C'est l'occasion d'aller faire connaissance.
- Mais qu'est-ce que tu fais ? Tu es devenu fou ? »
Le Roi, ignora la remarque de son ami Seto et commença à galoper en direction de la colline. De l'autre côté de celle-ci quelques centaines de mètres plus loin, Heba était en train d'apprendre sa nouvelle leçon de tir à l'arc avec le Chevalier blanc.
« Votre bras et la corde, ne doivent faire plus qu'un et l'arc deviendra ainsi le prolongement de vous-même. Vous me suivez ?
- Oui.
- Très bien. La flèche est un message important, vers une destination lointaine, qu'il y parvienne n'est pas essentielle pour le moment, mais il faut que vous essayiez de l'envoyer vers cette destination. Et pour ça vous devez tendre votre arc davantage. Maintenant choisissez une cible. »
Tout en gardant son arc tendu, Heba regarda autour d'elle, afin de choisir la destination de sa flèche.
« Un des arbres là-bas, ça ira ?
- Non, il est beaucoup trop près de vous, la flèche risquerait de ricocher. Ayez plus d'ambition, visez vers le soleil.
- Mais je ne peux pas, c'est impossible.
- C'est impossible pour celui, dont la foi est trop subalterne. Allez-y, courage ! Visez le soleil !
- Croyez-vous qu'un jour, je pourrais l'atteindre?
- Vous ne le saurez jamais si vous n'essayez pas. On ne gagne jamais si on joue en se croyant déjà perdant. Tendez l'arc encore plus, ajustez votre posture, vers votre cible. Encore un peu plus haut... Maintenant tirez. »
Heba s'exécuta et tira la flèche en direction de l'astre brillant. Cette flèche a suivie sa trajectoire pour s'encastrer dans un arbre passant juste devant le cheval d'Atem qui prit peur. Le Jeune, homme tenta de calmer son cheval et se mit à galopé vers la direction d'où venait la flèche.
« Atem, attend, tu vas atteindre les limites de notre territoire !
- Où est-ce que tu vas ? Qu'est-ce qu'il lui prend Mahad ?
- Je n'en sais rien Seto, il est bizarre. Atem attends-nous ! »
Les cris des cavaliers arrivèrent aux oreilles du Chevalier Blanc, il comprit que la flèche de son élève était arrivée jusqu'à eux et qu'ils cherchaient qui était le tireur.
« Heba, montez à cheval vite ! Allez vous cachez dans les sous-bois, dépêchez-vous !
- Mais vous ?
- Ne vous inquiétez pas pour moi, ils ne peuvent pas me voir. Allez-y partez ! »
Atem vit quelqu'un partir à cheval en contre-bas, il se hâta vers sa direction afin de connaître l'identité de ce cavalier, se doutant qu'il devait s'agir de la personne qui avait tiré cette flèche. Il rattrapa progressivement sa cible, et se trouva maintenant à quelques mètres d'elle, il vit qu'il s'agissait d'une jeune femme, il accéléra afin de pouvoir l'interpeller. Heba accéléra davantage, afin de ne pas être rattrapé. Elle finit par atteindre un coin brumeux des sous-bois, elle en profita pour descendre de cheval et se cacher derrière les feuillages. Reprenant doucement son souffle elle entendit l'étranger qui la poursuivait s'approcher et ralentir.
Atem descendit de cheval, et commença à chercher la jeune cavalière, il trouva un carquois avec des flèches sur le sol.
« Elle ne doit pas être bien loin » se dit Atem en sortant son épée, pour commencer à se frayer un passage à travers les feuillages. Heba, elle, observait nerveusement le souverain s'approcher, elle ne bougea point, espérant que la brume la cacherait suffisamment, mais à sa grande déception, elle commençait à se dissiper. Après quelques coups d'épée dans les branchages, Atem regarda autour de lui, et ses yeux croisèrent le regard de la jeune femme. Tout ce qu'il voyait, c'était de sublimes yeux améthyste, qui le fixaient. Il n'avait jamais vu des yeux d'une telle couleur, il entraperçut à travers les feuillages les longues boucles brunes de cette mystérieuse cavalière. Lorsqu'il tenta de l'approcher, Heba recula dans les branchages pour mieux se cacher et trouver un moyen de s'enfuir.
« Non, attendez ne partez pas ! Restez, je ne vous veux aucun mal, n'ayez pas peur. Revenez ! »
Ne regardant pas ou elle reculait, Heba finit par trébucher sur les racines d'un vieux chêne et tomba à la renverse en criant.
« Ne t'inquiète pas, je te tiens Princesse. Comment tu aurais fait sans moi ? Tu n'aurais pas pu trouver une meilleure cachette » Le chêne, l'avait rattrapé avec ses autres racines et la cacha d'Atem, qui se frayait un passage à travers les branchages, en se demandant où la jeune femme avait pu passer.
« Quelle forêt étrange, on y voit rien, à part du brouillard et d'étranges apparitions !
- Ma Forêt me plaît tel qu'elle est ! Vous n'êtes pas obligé d'y rester monsieur, si vous ne l'aimez pas. »
Près du Chêne sous lequel Heba était caché, Bakura s'avança vers Atem pour l'empêcher de s'approcher d'avantage.
« J'ignorais que la forêt vous appartenait.
- Mère Nature, a fait de moi, son gardien spirituel. Sachez que je n'apprécie guère les étrangers qui se frais un passage à coup d'épée en blessant les jeunes pousses qui protègent ses secrets.
- Je vous présente mes excuses. J'étais à la recherche d'une jeune fille.
- Une jeune fille, armée d'un arc et de flèches ? Dites-moi, à quoi ressemblait-elle ?
- Elle des yeux vraiment magnifiques, et de longs cheveux bruns, c'est tout ce que j'ai pu voir d'elle.
- J'ai bien peur, que vous cherchiez une créature, ne faisant pas partir de votre monde jeune homme. C'est certainement une nymphe du lac.
- Pourtant, je l'ai entendu crier.
- Elle était affligée, de s'être fait surprendre par un mortel. Vous devez y renoncer, vous ne ferriez que l'effrayer.
- Mais ses yeux, ce regard...
- Cherchez-les dans les yeux d'une femme de votre rang, et lorsque vous l'aurez trouvé, vous accéderez à un amour éternel. Partez maintenant, jeune homme, et ne dites à personne ce que vous avez pût découvrir ici. Au revoir chevalier. »
Sans chercher à contredire l'esprit de la forêt, Atem rebroussa chemin, et remonta à cheval pour retrouver ses compagnons.
« Tiens le voilà, alors qu'est-ce que tu as trouvé ?
- Rien, j'ai eu beau chercher, je n'ai absolument rien vu.
- Dans ce cas, il serait préférable de retourner au château.
- Oui, tu as raison Mahad. Il va falloir prévoir un message pour notre ennemi le Roi Salomon. »
Sur tout le long du chemin du retour, Atem ne pensait à rien d'autre qu'aux splendides joyaux améthyste de cette mystérieuse jeune femme. Cela lui paraissait surprenant, mais c'était un fait qu'il ne pouvait pas nier, il était tombé amoureux.
De retour dans les sous-bois, Bakura aida Heba à sortir de sa cachette. Le sourire de cette dernière s'estompa doucement, en voyant que ce n'était pas son ami le Chevalier.
« Merci, je crois que sans, vous et ce vieux chêne, j'aurais été capturé. Dites-moi, où est le Chevalier Blanc ?
- Il explore, la forêt, mais il a ramené, votre cheval.
- Je vais le retrouver.
- C'est inutile que vous le cherchiez. Il ne reviendra jamais.
- Mais non, c'est impossible, il a encore plein de choses à m'apprendre.
- Il sait que vous êtes parfaitement capable de vous en sortir seule.
- Mais il y a encore tellement de choses que j'ignore en ce qui concerne le monde.
- Il vous considère comme une élève, douée et brillante, bien qu'il ait dit que vous étiez un peu trop impatiente, vous savez, la patience est une grande vertu.
- Il vous a donc parlez de moi... Mais pourquoi à vous ?
- Je suis son ami, vous pouvez avoir confiance.
- Le Chevalier était le seul... Le seul qui m'ait aimé, le seul à m'avoir dit des mots gentils. Il a été le seul à m'écouter et à me comprendre. Il était mon seul et unique ami et maintenant...
- Ne soyez pas triste Heba, vous laissez envahir par le découragement, ne vous apportera rien. Vous devez réagir et être forte. Retournez au château maintenant et oubliez vos problèmes.
- Je ne crois pas que j'y arriverai toute seule.
- Est-ce que je dois comprendre que vous avez déjà oublié tout ce que le Chevalier blanc vous a enseigné ? Est-ce que vous doutez qu'il ait véritablement existé ? Est-ce qu'il aurait perdu le temps qu'il vous a consacré ?
- Non ! Il m'a appris à me battre, à avoir confiance en moi, à comprendre le monde autour de moi, à communiquer avec la nature, et à comprendre ce que veut mon cœur.
- Gardez la foi, vous êtes prête à affronter tous les obstacles qui se présenteront à vous. Si vous suivez votre instinct, jamais vous ne serez seule.
- Je ne sais pas qui vous êtes, mais je vous remercie. Et si par l'heureux des hasards, il vous arrive de recroiser le Chevalier, dites-lui que ses leçons ont été retenues.
- Je n'y manquerais pas.
- Au revoir. »
Remontée en scelle, Heba se dirigea vers le château en re songeant à ses derniers jours passés aux côtés du Chevalier. Elle se sentit, grandit et se dit que Le Change Cœur avait raison, elle était suffisamment forte pour surmonter ses problèmes. En parlant de problème, elle devait faire face au fameux prince avec lequel son Grand-père veut la marier. Comme à son habitude, Heba ne se laissera pas faire, quitte à s'attirer les foudres du Roi.
« Suis ton instinct Heba, il n'y a que comme ça que tu accompliras ton destin. »
