Kalas1209 : rhoo je suis désolée, je ne suis pas une grande adepte des chapitres longs ;-p


Chapitre 3- La flamme de l'ouest


Le Seigneur des Ténèbres était tombé depuis quelques temps déjà mais nombre de ses troupes s'étaient réfugiées au sud des plaines de l'Anduin. Les elfes de Mirkwood avaient forts à faire pour purifier leur forêt de la présence de ces êtres immondes qui en colonisaient les moindres recoins.

L'aide du peuple de la Lothlórien était précieuse mais pas déterminante et les batailles s'éternisaient plus que de raison. Legolas se jetait à corps perdu dans ce conflit qui s'enlisait, tout à la fois désireux de montrer un exemple de courage et de vaillance pour les siens que pour s'occuper l'esprit. Et ne pas penser à Lui.

Et ce soir-là, il s'était laissé surprendre par une attaque massive au pied de la chaîne des montagnes Emyn Duir, proches de la Route de l'Est, dont il avait sous-estimé les effectifs en présence.

Acculé, Legolas tentait vainement de trouver une échappatoire. Son carquois était vide depuis longtemps et sa dague était un rempart bien dérisoire face aux épées forgées dans la Morgul. Trop des siens étaient tombés sous l'attaque ennemie. Mais alors que l'Ourukaï l'avait à sa merci, le coup fatidique fut paré par une imposante lame aux reflets familiers.

Anduril. La flamme de l'Ouest.

Il n'eut pas le temps de réagir qu'Aragorn se dressait devant lui de toute sa stature, maniant l'épée reforgée avec une aisance telle qu'on aurait pu la croire de plumes. Comme un souvenir venu d'un passé -pas si lointain- qui se matérialisait soudain sous ses yeux.

- Estel… souffla l'elfe d'une voix tout juste audible.

Mais il n'eut pas de répit suffisant pour réaliser pleinement ce qu'il se passait, il se lança à nouveau dans la bataille, rapide comme un félin, animé d'un sentiment nouveau de vigueur.

- Depuis quand un Prince des elfes se lance-t-il dans le combat sans une armée ?

- Depuis quand un roi délaisse-t-il son royaume pour tailler de l'orque dans une forêt ?

Aragorn sourit, de ce sourire franc qui le caractérisait et laissa échapper un rire clair. L'évidence d'une complicité immédiatement retrouvée. Cela agit immédiatement comme un baume sur le cœur glacé de l'elfe.

- Vous m'avez manqué, concéda le guerrier Sylvain avec une sincérité désarmante.

- Pourquoi ne m'avez-vous pas appelé, mon ami ?

Mais sitôt après avoir prononcé ces mots, il se tut comme si la réponse s'imposait d'elle-même.

Parce que c'était trop difficile. Parce que te voir prêt de moi me retourne le cœur. Parce que je n'ai rien oublié. Parce que je ne voulais te faire courir aucun danger. Parce que tu es roi. Parce que tu l'aimes. Parce que je t'aime.

La question resta en suspend et ils combattirent ensemble comme au temps de l'Anneau sans échanger aucun autre mot. Et puis, la lutte prit fin quelques heures après cette rencontre providentielle et cette fois il leur fut impossible d'échapper au poids des retrouvailles, à tout ce qu'il y avait de contenu dans le regard qu'ils échangèrent enfin. Combien de temps depuis la chute de Sauron ? Depuis la réunification des royaumes ? Combien d'années ? Aragorn n'avait guère changé, même s'il n'avait plus rien du rôdeur de Bree que Legolas avait côtoyé. Tout chez lui respirait le sang royal reconquis. Il en avait la prestance, l'arête fière du nez, le profil altier, le regard profond. Toujours si incandescent. L'elfe baissa les yeux, incapable d'affronter l'acier bleu gris de ces prunelles.

- Comment avez-vous su ?

- Arwen est la petite fille de Galadriel, l'auriez-vous oublié ?

Le prénom de l'étoile du soir sur les lèvres de l'homme lui provoqua un pincement au cœur.

- Legolas…

C'était comme un murmure suave, comme le souvenir d'une autre époque. Ils se regardèrent en silence et le souverain mortel reprit :

- J'aurais été à vos côtés dès le premier jour si vous me l'aviez demandé. Vous le saviez.

- Et vous auriez risqué votre vie inutilement alors que vous avez un peuple à guider, un royaume à reconstruire, un héritier à élever…

La dernière partie de la phrase se perdit dans un murmure. Aragorn ne releva pas l'allusion à l'enfant qui allait naître.

- Pas inutilement.

Leurs regards se verrouillèrent à nouveau semblant sonder les pensées de l'autre sans un mot. Et l'homme fit le premier pas, ouvrant ses bras pour y accueillir l'elfe dans une accolade chaleureuse. Abandonné aux bras puissants de son ami, Legolas sentit couler la vie dans ses veines comme si toutes ces années sans lui, il avait été en hibernation. Ses sens, plus développés que ceux des hommes, s'éveillaient doucement à un million de sensations oubliées. Le parfum musqué et épicé d'Aragorn. L'effleurement léger de ses boucles brunes. Le contact rêche de sa barbe naissante contre sa peau fragile d'elfe, la force rassurante de ses bras… Dieu que tout cela lui avait manqué !

Le roi du Gondor mit fin à l'étreinte et d'une voix douce mais ferme, il demanda :

- Pourquoi es-tu parti ?

C'était la première fois que l'ancien rôdeur utilisait le tutoiement et Legolas n'avait jamais réalisé à quel point cela pouvait être si intime. Il déglutit et à nouveau, ne se sentit pas la force de répondre en le regardant en face.

- Le temps des elfes est révolu. Avec la destruction des anneaux de pouvoir, mon peuple finira par quitter ces terres pour les havres gris, je n'avais plus rien à faire auprès de vous.

- Donne-moi la vraie raison.

Il perçut une tristesse en demi-teinte dans son intonation et alors seulement, il osa affronter son regard pour se noyer immédiatement dans ses iris d'un gris métallique qui rendait insaisissable ses pensées les plus profondes.

- Vous la connaissez.

Sa voix s'était légèrement brisée sur la dernière syllabe et il se sentit plus vulnérable que jamais, pourtant sa fierté d'elfe lui interdisait de baisser à nouveaux les yeux. L'homme en face de lui sembla chercher ses mots, apparemment pas tellement plus à l'aise que lui pour conclure d'une voix qui ne tremblait pas :

- Mellon-nin, jamais vous ne serez de trop dans ma vie.

Ces mots eurent une curieuse résonnance dans la poitrine du guerrier sylvain. Ils étaient à la fois emprunts d'une tendresse possessive et sincère mais ils ne promettaient rien. Il y avait trop de choses qui demeuraient non formulées. La nature de leurs sentiments. Arwen. L'enfant. Sa condition de mortel. Leur rang, leur statut et leur devoir.

Bien sûr, l'intimité ne durait jamais longtemps sur un champ de bataille et Legolas fut rapidement rejoint par les siens et ainsi, brutalement rappelé à la réalité.

A suivre