Loki déambulait dans l'appartement sans but précis, essayant de détendre les muscles de son dos et de ses épaules, en vain. Il se sentait... crispé, tendu depuis son arrivée ici.

Il profita de cette petite visite nocturne pour mieux observer les lieux, auquel il n'avait pas tellement prêté attention jusque-là. Sobre, de taille moyenne, composé d'une chambre, une salle d'eau, un salon et une cuisine. Il était décoré simplement mais avec goût. Des murs crèmes, au sol un parquet sombre ciré mais pas glissant, une cheminée discrète dans le salon, un pan de mur entièrement rempli de livres. Il s'approcha, curieux de savoir quels types de livres intéressaient la Veuve Noire. Il aimait profondément la lecture, depuis tout petit. Malheureusement pour lui, à Asgard la force brute était privilégiée par rapport au savoir, et il n'avait eu que très peu l'occasion de lire des œuvres provenant de cette planète.

Victor Hugo, Tolstoï, Baudelaire, Verlaine, Jane Austen, Marc Lévi, J.K Rowling et Musso, il y en avait pour tous les goûts, dans toutes les langues. Au hasard, il saisit un ouvrage de cette Jane Austen, auteure anglaise du XIXe siècle dont il avait déjà entendu vanter les mérites pour son style d'écriture profond et ses réflexions intéressantes. " Orgueil et Préjugés " déchiffra-t-il sur la couverture. Il s'installa sur le canapé et ouvrit le livre pour s'occuper, lorsqu'il fit tomber par mégarde 5 petites photographies qui étaient soigneusement cachées dans un pli du livre en question. Il les ramassa, et les observa une par une.

Sur la première on pouvait voir un homme et une femme d'une quarantaine d'années environ, souriants, ayant ce petit quelque-chose qui fait que sans le savoir, on peut deviner leurs origines russes. Au bas de la photo, une unique inscription : *Vassiliè et Katerina Romanoff, 1996*

La seconde représentait Natasha et un homme qu'il ne connaissait pas, dans un lieu que les humains appellent "patinoire". Une fois encore, une inscription au bas disant *Dimitri et Natasha*

La troisième représentait l'ensemble des Avengers, tous souriants comme une bande de vieux amis tout ce qu'il y a de plus banal. Des gens ordinaires, si l'on faisait abstraction de l'armure de Stark, le bouclier du soldat, et les autres petits détails de ce genre.

Il eut un pincement au cœur en reconnaissant son frère Thor, présent sur la photo, un air heureux peint sur le visage.

La quatrième photographie devait être un peu plus ancienne, car on y voyait une Natasha avec des cheveux longs descendant jusqu'au creux des reins, enlacée par son coéquipier dans ce qui semblait être un jardin en fleurs. Ils ne regardaient pas l'objectif, mais partageaient un regard laissant transparaître les liens extrêmement forts qui les unissaient.

La dernière photo était un magnifique portrait en noir et blanc. Natasha, avec ses cheveux sauvages et ses discrètes taches de rousseur, arborant un sourire léger en regardant par la fenêtre. Elle avait l'air... Calme, en paix. Songea-t-il en admirant la beauté de cet instant. En la retournant pour la remettre à sa place, il vit une courte phrase écrite au dos.

* Pour toi Tasha, pour que tu n'oublies jamais cette merveilleuse soirée à Paris. Clint*

Il remit les photos à l'intérieur du livre et celui-ci là où il l'avait pris dans la bibliothèque. Il s'arrêta, surpris, en passant devant la chambre de Natasha, où la porte entrouverte laissait voir un lit défait, et elle assise par terre à côté, ses bras entourant ses genoux. Il s'approcha sans faire de bruit et seulement là il remarqua qu'elle pleurait. Elle pleurait silencieusement, le regard fiévreux, semblant encore en proie à un cauchemar. Sans savoir pourquoi, à ce moment précis, un sentiment indéfinissable naissant dans sa poitrine le fit s'avancer vers elle, puis, s'agenouillant doucement il la ramena contre lui, dans une étreinte qui se voulait rassurante. Elle se débattit un peu au départ, peu habituée à ce qu'un homme la prenne dans ses bras, mais s'arrêta lorsqu'il lui murmura :

- Je sais ce qu'on ressent après avoir commis un acte qu'on ne pourra probablement jamais se pardonner.

Alors elle se laissa aller contre lui, sa tête reposant contre son épaule, lui répondant dans un sanglot:

- Tu ne comprends pas. Tout est ma faute, je l'ai tué...

Le cœur serré à l'entente de ces mots, il prit son visage entre ses mains, et lui dit d'une voix ferme:

Natasha regarde-moi. Ce qu'il s'est passé là-bas n'est pas ta faute. Ce n'est la faute de personne. Tu lui as épargné une longue agonie et je suis persuadé qu'il est en paix, où qu'il soit.

Elle se tut alors, et se blottit dans ses bras, comme une petite fille qui avait besoin d'être rassurée.

Loki essuya délicatement les larmes de la jeune femme avec ses pouces, et la tint contre son torse jusqu'aux premières lueurs du jour, quand enfin il la sentit se détendre. Il se rendit compte qu'elle s'était endormie, paisiblement cette fois, et il la déposa doucement sur le lit en la recouvrant d'un drap. Il voulut s'en aller lorsqu'une main fine retint la sienne un instant, avant de retomber sur la couverture. Il la regarda, puis, hésitant, se pencha et déposa un léger baiser sur le haut de son front.

Il eut un léger sourire presque malgré lui, et se retourna, fermant la porte de la chambre.