Chapitre 3 : Seul dans les crocs du loup.

Il s'enfonçait dans un édredon moelleux, tout en rêvant qu'il était allongé sur un nuage dans lequel il s'enfonçait, s'enfonçait, s'enfonçait jusqu'à l'englober tout en entier, l'empêchant de respirer. Il suffoquait et tentait de se débattre, de se hisser hors du nuage, mais il ne parvenait qu'à s'enfoncer encore plus. Il étouffait et tentait de ruer dans tous les sens mais c'était comme se battre contre du coton. Soudain, il ouvrit les yeux au milieu d'un désordre indescriptible de coussins et d'édredon, le souffle court.

Un instant, il crut être de retour au 4, Privet Drive, dans sa chambre. Il tâtonna à la recherche de ses lunettes, les trouvant sur une vague forme de table de chevet très floue et il les enfila finalement, jurant entre ses dents lorsqu'il remarqua l'une des branches un peu tordue. Puis, alors qu'il y voyait enfin clair, tout lui revint en mémoire. Voldemort, les cachots... Il n'était plus dans la geôle glaciale mais dans une petite chambre agréable, aux murs de pierre, ornée de meubles en bois sombre et assis au milieu du désordre d'un lit à baldaquin démodé.

La sobriété de la chambre n'enlevait en rien au lieu un charme solennel qui le surprenait. Pourquoi l'avoir placé ici, et non dans les cachots ? C'était à n'y rien comprendre. Voldemort devait vouloir le déstabiliser – ce qui marchait parfaitement mais il ne lui ferait pas le plaisir de l'admettre.

Il avait moins mal à la tête et une main passée sur son crâne l'informa qu'il avait été soigné et lavé. C'est alors qu'il réalisa qu'il était en simple caleçon. L'idée même que qui que ce soit ai pu seulement le toucher lui était insupportable et lui causa un brusque excès de rage, faisant voler l'un des oreillers à travers la pièce avec un cri sourd.

Il était à la merci de l'assassin de ses parents et de tant d'autres et malgré ce qu'il avait pu prétendre à Voldemort, il n'était pas aussi certain que qui que ce soit le cherche en ce moment même.

Il doutait fortement que son oncle et sa tante aient signalé sa disparition, qui les arrangeait sans doute. Il se passerait des jours, voir des semaines avant que l'on s'inquiète, peut-être même pas avant qu'il doive aller à Poudlard. Ce constat le minait mais il se força à se lever tout de même, un peu endoloris de ses dernières mésaventures et il fit jouer ses jambes et ses bras avec raideur.

C'est alors qu'il remarqua sur le bureau un plateau avec des viennoiseries et un café odorant. Son estomac gronda et il se rendit compte qu'il mourrait de faim. Il essaya de faire le compte du temps passé depuis son enlèvement tout en emportant le plateau sur le lit, s'asseyant en tailleur pour réfléchir, trempant un toast dans le café noir dans lequel son visage se reflétait vaguement. Autant prendre des forces. Il doutait que Voldemort ait empoisonné la nourriture : il serait par trop aisé de le tuer autrement et ça n'aurait aucun sens – guère plus de sens en vérité que sa présence dans cette chambre.

Il en déduit que cela devait faire approximativement deux jours qu'il était captif, peut-être même un peu moins. Cela lui semblait une éternité. Une fois rassasié, il fit le tour de la chambre, contournant une agréable alcôve pour trouver une porte. Mais ce n'était que la salle de bain et la seconde porte était un placard contenant plusieurs tenues. Il prit le temps de se vêtir : il n'allait pas prendre la fuite en caleçon et il ne savait pas où se trouvaient ses vêtements – l'idée absurde de fuir en tee-shirt Pizza Speed et en caleçon lui arracha une grimace. Son esprit lui jouait des tours sous l'effet du stress, l'empêchant de réfléchir posément.

Voldemort devait avoir de drôles de goûts en matière de torture songea-t-il en se regardant dans le miroir derrière la porte du placard à vêtements. Il avait enfilé un pantalon noir bien coupé et une chemise beige, ce qu'il avait trouvé de plus sobre en fait. Pour ne pas rester pieds-nus, il avait déniché des bottes montantes en cuir. Et c'était le moins ostentatoire. Peut-être était-ce la chambre de quelqu'un ? Un Mangemort ? En tout cas c'était à sa taille. Il soupira. Cela avait de moins en moins de sens et en dehors de la salle de bain et du placard, il n'y avait pas de porte. Il flairait quelque magie derrière tout cela mais il ne fallait pas sortir de Poudlard pour comprendre ça.

Cela ne résolvait pas la question de savoir ce qu'attendait Voldemort pour le tuer. Il devait attendre ça depuis dix sept ans après tout !

Ce fut à ce moment là, alors qu'il tournait comme un lion en cage, qu'une porte se matérialisa dans le mur près du lit et qu'entra Voldemort, toujours aussi austère dans sa robe noire parfaite et sans un pli.

Aussitôt, Harry se figea, le dévisageant avec hostilité, affrontant les yeux rouges qui hantaient toujours ses cauchemars. Il y avait une haine sans bornes dans le regard du jeune homme. Mais Voldemort feignit de ne pas le remarquer.

"Bien dormi ?" Fit-il avec un brin de cynisme.

"Qu'attendez-vous de moi ? Si vous croyez que je vais balancer tous les secrets de Poudlard, de Dumbledore et la cachette de mes amis, vous vous mettez le doigt dans l'œil jusqu'au coude."

C'était l'explication la plus logique au fait que Voldemort ne l'ai pas tué, n'est-ce pas ? Car avant de le faire, il voudrait s'assurer de pouvoir éliminer tous les autres gêneurs et surtout Dumbledore, le seul capable de lui tenir vraiment tête.

"Harry, Harry... Tu es si terre à terre."

L'adolescent avait envie de l'étrangler.

"Mais tu sais, si tu veux éviter de « balancer » quelque chose, évite de boire ou de manger dans la demeure de ton pire ennemi."

Harry en resta coi, bouche ouverte.

"Tu connais après tout le Véritaserum."

Et ce sourire insupportablement doucereux, cette expression terriblement condescendante... Il aurait aimé l'étrangler, lui faire ravaler ses paroles mais il se sentait franchement stupide. Il n'y avait plus pensé. Il était beau, le Sauveur du monde Sorcier.

"Mais ne t'en fais pas, je n'ai rien glissé dans ta nourriture."

Harry sentit un nœud à son estomac se débloquer et il respira de nouveau, secouant la tête, perdu entre sa rage et son sentiment d'impuissance.

"Qu'allez-vous faire de moi ?"

Voldemort alla s'asseoir sur la chaise de bureau, croisant les jambes. Il se dégageait de lui une aura inquiétante et pourtant irrésistiblement attirante. Ses yeux rouges avaient une intensité diabolique.

Harry se prit à penser qu'il comprenait mieux pourquoi est-ce que tant de personnes étaient devenues des Mangemorts. Tom Jedusor avait dû être un leader atrocement magnétique et employer les mots justes, un art dans lequel il avait toujours excellé. Son ennemi croisa les doigts sur ses cuisses, impassible, paraissant doté d'une telle force d'âme qu'il semblait à Harry simplement impossible de seulement l'ébranler, même d'un coup de poing.

"Et bien, pour le moment rien."

Harry eut un hoquet et répliqua aussitôt avec rage :

"Arrêtez de mentir."

"Je ne mens pas." Fit patiemment le Lord.

"Oh d'la merde, vous allez bien me tuer ?! Vous n'essayez de faire que ça depuis que je suis bébé ! Alors allez-y, qu'on en finisse avec ces conneries !"

Harry sentait l'impatience le gagner, il écarta les bras d'un geste exagéré. Il en avait assez que Voldemort joue au chat et à la souris avec lui, tout en pressentant que cela ne faisait que commencer – c'était affreusement décourageant. Le mage noir se leva dans un bruissement de cape, s'approchant de lui, sa baguette pointée sur son torse. Un instant, Harry espéra que cela finirait comme ça. Qu'il pourrait rejoindre sa famille ad patres et que l'on en parlerait plus. Il y aurait bien quelqu'un de plus compétent que lui pour tuer Voldemort.

Mais le bout de bois appuya contre sa poitrine, s'enfonçant douloureusement entre deux de ses côtes mais il ne bougea pas, défiant l'adulte du regard. Sa cicatrice le tiraillait désagréablement d'être aussi proche de celui qui essayait inlassablement de l'éliminer. Il n'ajouta rien, tout était dit. Ce serait rapide et sans douleur et il n'y aurait personne pour se mettre entre Voldemort et lui, cette fois-ci. Personne ne mourrait plus par sa faute.

"Tu tiens tant que ça à en finir ?" Fit son aîné en le fixant droit dans les yeux, Harry soutenant son regard scrutateur.

"Finissons-en, Voldemort."

C'était presqu'une supplique.

"Je ne cherche plus ta mort, Harry. J'ai des projets pour toi, pour nous..."

Harry cilla et sentit sa bouche s'assécher d'angoisse.

"N... Nous ?"

"Oui, Harry... Imagine combien nous serions puissants, une fois alliés. Je ne te tuerais pas... Je veux que tu comprenne certaines choses... Je veux que tu puisse faire un choix, en ton âme et conscience... Un choix que tu n'as jamais eu... Un choix débarrassé de l'influence des autres... Qui te dictent tout... Qui te contraignent..."

La voix n'était plus qu'un murmure. Harry se sentait plongé dans une sorte d'engourdissement. Il ne parvenait pas à détacher ses yeux de ceux de son ennemi, sa cicatrice le démangeait mais il se sentait coupé de son propre corps, spectateur d'une scène surréaliste. Le visage élégant était tout près du sien, la baguette toujours enfoncée dans sa chair, causant par instant un élancement désagréable.

"N'as-tu jamais voulu le pouvoir... La force de te battre pour ce en quoi tu crois... La force de te dresser pour ce que tu penses juste, pour ceux que tu aimes..."

Ce fut cette dernière phrase qui le sortit soudain de son ensorcellement et il serra les dents en frappant violemment Voldemort d'un crochet du droit dans l'avant-bras, hurlant un « Jamais » qui résonna dans toute la pièce. La baguette effectua un arc de cercle en l'air et un instant Harry tendit la main pour l'attraper alors que Voldemort titubait en arrière. Ses doigts frôlèrent le bois mais son ennemi tendit aussi la main et la baguette s'y dirigea aussitôt, Harry ratant sa prise de peu.

Il y eut une explosion de lumière et il fut propulsé contre le mur opposé, son dos et sa tête heurtant la pierre. Un goût de sang inonda sa bouche et il tomba au sol dans un cri, relevant les yeux sur le Lord Noir qui le toisait d'en haut, ses yeux rouges brûlant de colère.

"Tu n'es qu'un lionceau servile à la botte d'un vieux fou."

Le souffle coupé par sa chute, Harry ne put qu'être le spectateur du départ de son ennemi, la porte disparaissant après lui dans un dernier bruit pour ne plus laisser que le silence et la solitude.