Mauvaise herbe

Avant-propos

Il était important pour moi de vous montrer à quel point Rose et Albus sont proches, en tout cas dans mon histoire... C'est pour cela que le chapitre précédent était une courte pause dans la quête amoureuse de la petite Weasley! J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira...

Merci à tous mes reviewers! Je vous aime!

Chapitre 04:

Lightning

Le stade commençait à se remplir. Dans les vestiaires, les capitaines des deux équipes encourageaient une dernière fois leurs joueurs avec plus de ferveur que jamais. Les professeurs, dans leur tribune, faisaient des paris à voix basse, les Gallions voyageant sous les capes d'hiver à un rythme effréné. Les élèves tout excités débattaient sur les chances de victoires de chacune des équipes, égrenant les noms des joueurs comme un chant de guerre prompt à intimider l'ennemi. D'un côté du terrain, les gradins étaient pleins d'élèves arborant les fières couleurs de Gryffondor. De l'autre, les supporters de Serdaigle avaient l'air d'une véritable mer de bleu et de bronze. Et puis, en face de la tribune officielle, il y avait une cinquantaine de sièges destinés à ceux qui ne souhaitait pas prendre parti.

C'était toujours là que Scorpius prenait place, parmi la petite quinzaine d'élèves indécis ou si patriotes qu'ils ne tenaient pas à acclamer une autre Maison que la leur. Enfin disons que c'était là qu'il était quand Serpentard ne jouait pas... Car quand l'équipe vert et argent jouait un match, le jeune Malefoy restait au château. C'était une habitude qu'il avait prise depuis sa troisième année. Depuis, en fait, le jour où on lui avait interdit de passer les essais pour entrer dans l'équipe, sans lui donner de raison valable. Alors plutôt mourir que de supporter une équipe de salauds.

David, lui, était parti s'installer parmi les Serdaigle. David était attrapeur pour Serpentard depuis leur deuxième année. Et bien qu'il aime profondément son équipe et le rôle qu'il y tenait, le jeune homme ne s'était jamais plaint du comportement de Scorpius. Il s'installait même parfois avec lui du côté des neutres. Mais aujourd'hui, il désirait vraiment que Gryffondor perde. Car l'équipe victorieuse affronterait Serpentard au début du mois de mai... L'issu du match valait bien plus que de ne pas laisser son camarade seul.

Scorpius entendit une petite bande de jeunes Poufsouffle, derrière lui, chuchoter d'un air grave en lui jetant des coups d'œil en biais. Il ne leur adressa pas un regard. Comme d'habitude, il serait installé seul au milieu des gradins, avec suffisamment de place autour de lui pour se construire une confortable cabane. Cette idée le fit sourire et il se voyait déjà ramener des planches pour bricoler en sifflotant quand une voix timide et douce s'éleva à sa droite.

- Je peux me joindre à toi...?

Scorpius leva brusquement les yeux pour les poser sur les taches de rousseur de Rose Weasley qui lui faisait un joli sourire, quoiqu'un peu gêné. Le Serpentard mit un temps fou à réagir. Il resta immobile, la bouche entrouverte, la fixant de ses yeux gris, avant d'acquiescer d'un signe de tête. Il n'entendit même pas les chuchotements s'accélérer dans son dos, tant il était étonné de voir que quelqu'un d'autre que David voulait s'asseoir à côté de lui. Il regarda en silence la Serdaigle poser son sac à ses pieds et prendre place à sa droite, les paupières baissées, une fossette creusant sa joue rose. Il eut soudain un tel élan de gratitude envers la jeune fille qu'il dut se contenir comme un fou pour ne pas laisser éclater un grand sourire sur son visage.

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Bon. Ça y était, elle avait osé venir le rejoindre... Jusqu'au dernier moment, Rose avait pensé faire demi-tour, mais la tentation était plus forte. Elle avait enfin l'occasion de discuter tranquillement avec Scorpius, loin des sacs d'engrais et des plantes carnivores, et le plus loin possible d'Albus, posté dans la tribune officielle... c'est à dire à l'exact opposé de l'endroit où elle était assise. Elle aurait juste voulu que ces gradins soient un peu mieux garnis, pour que sa chevelure éclatante se fonde dans la masse d'élèves... Histoire d'être sûre de ne pas se faire remarquer. Mais bon, si des rumeurs commençaient à circuler dans les couloirs, elle prétendrait qu'ils discutaient Botanique. Vu que tout le monde la prenait pour un grimoire avec des jambes, le mensonge passerait ni vu ni connu.

Ce n'est qu'après s'être fait ce petit monologue intérieur qu'elle se rendit compte que cela faisait dix minutes qu'elle était assise et qu'ils ne s'étaient absolument rien dit. Cette constatation lui tomba sur les épaules comme une avalanche de pierres et elle fit un effort surhumain pour ne pas s'étaler sur le sol. Rougissant un peu, elle s'éclaircit la gorge avant de tenter un début de conversation.

- Ça va ?

Pitoyable. Mais elle avait assez de dignité pour ne pas s'enfuir en courant.

Scorpius tourna les yeux vers elle et fit un petit signe de tête affirmatif, un léger sourire sur les lèvres. Ce fut suffisant pour que Rose soit certaine d'avoir posé la question la plus intéressante du siècle.

- Et toi, qu'est-ce que tu fais ici? Tu ne soutiens pas ta Maison? demanda-t-il en se redressant un peu.

Rose, loin d'être passée maître dans l'art de dissimuler les pires mensonges, vira au cramoisi et balbutia quelques mots inintelligibles avant de porter son regard sur une Serpentard qui était assise deux rangs plus bas.

- Je... Je n'avais pas envie de me mettre tous mes cousins à dos. On n'est que deux Serdaigle, et tous les autres soutiennent Gryffondor donc bon... Histoire de ne pas me faire assassiner, que ce soit par ma famille ou mes amis, je préfère jouer la carte de la neutralité.

En réalité, elle s'en fichait bien de se faire haïr par ses cousins, elle soutenait toujours sa Maison face à la majorité... Mais elle avait apparemment réussi à convaincre Scorpius dont le sourire s'élargit. Rassurée, un léger soupir de satisfaction passa ses lèvres avant qu'elle ne lui sourit en retour.

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Scorpius aimait beaucoup Rose. De tous les élèves de Poudlard, elle était l'une des rares à lui sourire. Comme là, par exemple. Elle le regardait, souriante, les yeux pétillants, et c'était simplement parfait. Un instant, il s'en voulut de ne pas être plus bavard. Les filles, d'après ce qu'il savait, aimaient la conversation et les plaisanteries. Mais il ne sut rien faire d'autre que de la regarder dans les yeux et lui sourire.

Sans vraiment savoir combien de secondes avait duré leur échange de regards, il sursauta soudain quand une voix qu'il commençait à bien connaître s'éleva dans les hauts-parleurs du stade.

- BONJOUR! Soyez tous les bienvenus pour cette nouvelle rencontre au sommet! Je suis Albus Potter et je commenterai ce match... pour votre plus grand plaisir, je l'espère! Aujourd'hui, Gryffondor affronte Serdaigle, et le match s'annonce spectaculaire... Maintenant, accueillons sans plus attendre les sept joueurs de Serdaigle!

Scorpius reporta son attention sur le terrain et vit sept silhouettes vêtues de bleu s'élancer dans les airs. Albus égrenait leurs noms d'une voix tonitruante, on pouvait d'ailleurs voir sa minuscule silhouette s'agiter dans la tribune officielle, de l'autre côté du terrain.

- Voici maintenant les joueurs de Gryffondor, annonça-t-il beaucoup plus calmement, presque froidement. Dirigés par un capitaine plutôt médiocre, je parle bien sûr de James Potter.

A sa droite, Scorpius entendit Rose éclater de rire. Amusé, Scorpius lui jeta un regard, mais la Serdaigle ne fit que lui renvoyer son sourire lumineux. Ne cherchant pas en savoir plus, il secoua la tête et tourna de nouveau la tête vers le terrain.

Très vite, le match débuta et les actions s'enchaînèrent. Scorpius était concentré sur ce qui se passait sur le terrain, mais cherchait en même temps n'importe quel prétexte pour regarder Rose et s'assurer que son sourire n'avait pas disparu. Il était chaque fois soulagé de voir que rien ne semblait l'effacer du visage de sa voisine.

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Mais comment trouvait-elle encore le courage de sourire et de parler quand leurs hanches se frôlaient dangereusement? Chaque fois qu'un fragment de sa cuisse entrait brièvement en contact avec le corps du Serpentard, c'était une véritable décharge électrique qui lui traversait tout le corps. Des images lui traversaient l'esprit, des pensées qu'elle n'avait jusque là jamais eues et qui n'avaient rien à faire dans l'innocente imagination d'une jeune fille de seize ans. Atrocement gênée, elle regardait le match sans vraiment voir James foncer vers la tribune officielle pour frapper son frère ou Phylis marquer trois buts d'affilée. Elle se concentrait sur des détails froids et inintéressants, comme la peinture écaillée des bancs de la tribune ou le nombre de carreaux bleus qui ornaient le blason de Serdaigle. Mais rien à faire. Les pensées osées qui traversaient sa tête ne faisaient que se renforcer.

Elle n'allait pas en dormir... Encore que d'un côté, faire des rêves pareils aurait de quoi illuminer ses nuits...

Intimidée par cette seule idée, elle rentra sa tête dans ses épaules. Son visage affichait maintenant clairement la couleur d'une bouilloire en métal qu'on a oubliée sur le feu. On aurait presque pu voir de la fumée s'échapper de sa chevelure rousse. S'il la regardait encore une fois dans les yeux, c'était sûr, il y verrait tout ce qu'elle était en train de s'imaginer...

Rose jeta un coup d'œil à sa gauche, et malchance, croisa de nouveau le regard gris de Scorpius. Et bien, elle était apparemment une excellente actrice car il ne fit que lui adresser un charmant sourire... A moins que ce qu'il lisait dans les yeux de la jeune Weasley l'intéressait au plus haut point, et qu'il s'imaginait lui aussi aller profiter des vestiaires tant que personne n'y était...?

Rose secoua la tête en riant de ses bêtises et passa une main sur ses yeux. Il fallait qu'elle se calme. Avec un peu d'auto persuasion, elle réussit à se concentrer de nouveau sur le match. Mais son visage gardait une belle teinte rouge qui n'était pas prête de disparaître... Fichu gène Weasley.

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Les forces étaient étonnamment bien équilibrées sur le terrain. D'un côté, Potter menait son équipe d'une main de maître, et ses trois poursuiveurs se passaient le souafle avec une dextérité à toute épreuve. Du côté des Serdaigle, les batteurs étaient excellents et réussissaient à couvrir les poursuiveurs dès qu'ils entraient en possession de la balle rouge. Sans compter que leur gardien était aussi bon, voire meilleur que Potter lui-même.

Scorpius savait reconnaître un bon match quand il en voyait un, et là, il se délectait. Ravi, il se mit à commenter chaque action avec un air enthousiaste qu'il n'arborait jamais. Peut-être que le sourire de Rose était contagieux? Cette dernière l'écoutait gentiment, d'un petit air distrait, et lui répondait avec douceur.

Tout allait bien.

Le match durait depuis déjà près d'une heure quand Phylis McRight, une des poursuiveuses de Serdaigle, s'empara du souafle à nouveau et fonça vers les buts. Elle réussit à traverser la totalité du terrain, protégée par les terrifiants cognards que renvoyaient ses coéquipiers batteurs, et feinta James Potter avec habileté pour marquer dans l'anneau le plus loin d'elle. Tout le stade poussa une exclamation d'admiration, surtout du côté des Serdaigle. Même Potter l'applaudit poliment du haut de son perchoir, et la poursuiveuse fit le tour du stade sous les acclamations des Serdaigle.

- Très joli tir, dit Scorpius en se tournant vers Rose, qui applaudissait à s'en arracher les doigts pour féliciter son amie.

Mais apparemment, les mots de Scorpius s'étaient perdus et n'avaient pas atteint l'oreille de sa voisine.

- Pardon? demanda-t-elle en se penchant vers lui.

Il se pencha alors vers elle et répéta sa phrase, ses lèvres à quelques centimètres du creux de son cou.

Les yeux gris de Scorpius quittèrent un instant le spectacle des joueurs pour se poser sur l'oreille de Rose. Enfin, plutôt sur le petit espace qui se situait au croisement de sa mâchoire, du lobe de son oreille et de la naissance de son cou. Trois petits grains de beauté, régulièrement masqués par une boucle rousse ou un pan de son écharpe, semblaient s'y être installés, dégageant un parfum... un parfum! Doux, sucré, et si envoûtant qu'il pénétra dans le nez du Serpentard en lui ordonnant presque de goûter à ce petit carré de peau rose du bout des lèvres, juste du bout des lèvres... Où était-il, déjà? Pourquoi applaudissait-il? Comment avait-il pu ne pas sentir cette odeur exquise après toutes les heures qu'il avait passées avec Rose en Botanique? Il baissa davantage la tête, ses paupières glissèrent sur ses yeux gris...

Et puis soudain, comme frappé par un éclair, une horrible sensation l'envahit des pieds à la tête, parcourant tout son corps d'une espèce de frisson qui lui fit hérisser tous les poils du corps. Il se redressa brusquement, croyant qu'il allait faire un malaise, et regarda sa voisine comme si c'était la première fois qu'il la voyait.

Tout s'était passé en une fraction de seconde, et Rose ne s'était apparemment rendue compte de rien.

- C'est Phylis qu'il faudra féliciter, lui dit-elle les yeux brillants, ses joues davantage rosies par la fraîcheur de mars, un petit air intrigué sur le visage.

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Oh, Merlin. Elle avait senti son souffle chaud glisser sur sa peau nue. Toutes les images qu'elle avait réussi à chasser de son esprit revinrent à la charge toutes en même temps, et au galop qui plus est. Elle avait fermé un bref instant les yeux sous le choc avant de se reprendre. Rose avait réfléchi rapidement à ce qu'elle pourrait répondre, et elle n'avait pas trouvé quelque chose de totalement stupide. Mais en tournant la tête, elle avait fait face à un visage... terrorisé? Était-ce le mot?

Les yeux écarquillés, toute trace de sourire disparu, Scorpius la regardait avec un air effrayé. Elle sentit d'ailleurs qu'il s'éloignait un peu d'elle. Elle avait fait quelque chose?

Son sourire se fana un peu. Les sourcils légèrement froncés, elle ne fit aucun commentaire et tourna la tête. Qu'est-ce qui avait bien pu déclencher une réaction pareille chez le Serpentard? Peut-être avait-il deviné les pensées impies qui brouillaient ses pensées en regardant son oreille, qui était après tout un orifice menant au cerveau... Rose secoua la tête, atterrée par sa propre bêtise. Les oreilles ne sont pas des télescopes!

En tout cas, très vite, le jeune Serpentard ne fit plus le moindre commentaire sur le match. En fait, il ne parla plus du tout, et ne posa plus une seule fois ses yeux sur la jeune Weasley. Rose tenta bien d'entamer une conversation à plusieurs reprises, mais peine perdue. Il ne répondait que par grognements à peine audibles.

Enfin, sans prévenir, Scorpius se leva, prétexta un mal de ventre et quitta les gradins, laissant une jeune fille complètement déboussolée derrière lui. Rose continua de fixer les escaliers menant au parc bien après que Scorpius ait disparu. Que s'était-il passé...? Qu'avait-elle fait? Car si le départ du jeune homme était en effet dû à un mal de ventre, elle était prête à se raser la tête.

Et puis, un mauvais pressentiment lui chuchota à l'oreille, avec un souffle glacial, si différent de celui qu'elle avait pu connaître quelques minutes plus tôt, qu'elle venait de passer son dernier tête à tête avec Scorpius.

Gryffondor hurla sa victoire à plein poumons.

Quelques heures plus tard, ses cousins la taquinèrent gentiment en lui promettant que la prochaine fois ils laisseraient une chance à sa Maison, pourvu qu'elle arrête de pleurer.

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Scorpius respirait à grandes bouffées, comme s'il n'allait pas tarder à perdre la capacité de sentir l'air glisser dans ses poumons. D'un pas rapide, il se dirigeait sans réfléchir vers la chaleur de son lit.

Lui qui avait espéré que l'horrible sensation reste dans les gradins avec la Serdaigle se rendit vite compte qu'il était condamné à vivre avec jusqu'à ce que mort s'ensuive. Il avait beau marcher, puis courir, elle le suivait sans lui laisser de répit.

Complètement paniqué, il s'immobilisa à mi-chemin entre le stade et le château, haletant, et tenta de se calmer, ce qui relevait de l'exploit. La simple idée de savoir ce qui lui arrivait l'horrifiait.

A lui, Scorpius Hyperion Malefoy, ce genre de choses ne pouvaient pas arriver.

Pas avec elle.

Le menton haut, la mâchoire crispée, il tenta de chasser les idées saugrenues qui lui traversaient l'esprit.

D'un pas décidé, il reprit sa route. Le sentiment qui le suivait à chaque pas ne le quittait toujours pas. Scorpius décida de ne pas lui donner de nom, même s'il savait pertinemment ce que c'était. Non. C'était comme pour un mignon petit animal un peu trop collant. Lui donner un nom, ce serait s'attacher à lui, le nourrir, le montrer à tout le monde et enfin l'adopter.

En l'ignorant, il finirait bien par se lasser et le laisser tranquille...

...n'est-ce pas?