Le voyage se passe exactement comme la dernière fois, excepté le fait qu'il fasse jour. Une fois passée la « deuxième étoile, tout droit jusqu'au matin » nous traversons dans les étoiles à une vitesse improbable et arrivons au dessus de la mer du Pays Imaginaire. Nous volons tranquillement jusqu'à l'île, magnifique, qui se découpe dans le soleil de l'après midi. Quelques minutes plus tard, nous atterrissons au beau milieu de la jungle, dans un endroit qui m'est inconnu. La végétation est importante, essentiellement composée de grands arbres, de lianes, de racines, de petits ruisseaux disséminés un peu partout et de grandes plantes au ras du sol. Les rayons du soleil passent à travers les arbres comme de grands faisceaux de lumière éclatante. Je commence à questionner Clochette:
- Bien. Où devons nous aller pour voir Pe… . Je m'interromps et appelle: Clochette ?
Je tends l'oreille pour percevoir le petit tintement si particulier mais je ne perçois que le bruit léger de ruisseaux. Je pivote dans tous les sens, paniquée, les yeux grands ouverts à la recherche d'une boule lumineuse.
Après de longues minutes de recherches infructueuses, j'abandonne et marche au hasard dans la jungle, en espérant croiser le chemin d'une personne pouvant m'aider. Je n'arrive pas à croire qu'elle m'ait abandonné ! Était-ce une ruse de Peter pour me forcer à rester pour toujours au Pays Imaginaire ? Ou Clochette voulait elle encore se débarrasser de moi ? J'élabore des théories de plus en plus farfelues en errant dans la jungle. Ça fait près d'une demi-heure que je ne sais pas où je vais, que Clochette m'a abandonné. Je rumine encore quand j'entends un froissement de feuille derrière moi. Je me retourne d'un bloc vers la source de ce bruit. Je plisse les yeux pour essayer de distinguer un quelconque animal mais aucune trace de l'étranger. Je me tourne lentement et me prépare à reprendre ma « balade » dans la jungle. Je fais presque une crise cardiaque quand je vois en face de moi un petit garçon habillé de quelques morceaux de fourrure et de ce qui semble être un bermuda. Je bondis en arrière, une main sur le coeur. Il doit avoir onze ans maximum. Son visage est tordu dans ce qui semble être un sourire. Je lui souris avant de demander :
- Qui es tu ?
Il respire un grand coup et place ses mains derrière son dos qu'il redresse.
- Chère Maman Wendy, Peter m'a chargé de te dire que peu importe si Clochette t'as amené ici, tu dois repartir, dit-il d'une façon laissant penser qu'il a appris par coeur son discours.
Je hausse les sourcils et lui demande:
- Ah. Et pourquoi Peter ne me l'a-t-il pas dis lui-même ?
Il se tord les mains, visiblement gêné.
- Eh bien…, il veut pas te voir, admet-il en baissant la tête.
Je reçois comme un coup de poing dans le ventre.
- Quoi ? Mais pourquoi ? je l'interroge presque au désespoir
- Je sais pas, il m'a pas donné plus d'informations. Désolé, dit-il avec un air penaud.
Des minutes passent pendant que je digère l'information. Le garçon commence lentement à partir mais je l'intercepte.
- Attends ! Où vas-tu ?
- À la chasse avec les autres, dans le sud, répond-il, pressé de partir.
- Est-ce que tu pourrais juste …
- Non, désolé ! Au revoir Maman Wendy ! me coupe-t-il. Et il court dans la jungle, me laissant seule. Encore.
J'attends encore quelques secondes, jusqu'à ce que je n'entende plus ses pas. Je tente de ne pas céder à la colère et l'exaspération qui pointent. Qu'avaient-t-ils tous à m'abandonner ? Ont-ils peur que Peter leur en veuille de m'avoir adresser la parole ou aider ?
Excédée par cette conversation à propos de Peter, je m'enfonce dans la jungle du Pays imaginaire. Les feuilles au ras du sol me caressent les tibias et la boue me salit les pieds. Ça fait maintenant plus d'une heure que je erre sans but quand j'aperçois un lac. Il est situé en plein milieu de ce qui semble être un plaine d'herbe verte, fraîche, coupée. Autour, la jungle est paisible. Une brise légère passe sur ma peau, joue dans mes cheveux et me revitalise. Une idée complètement déjantée me traverse alors l'esprit. Une partie de moi, que j'avais ignorée et repoussée au plus profond de mon esprit afin de m'intégrer dans la société depuis si longtemps parait s'être réveillé. L'eau bleu turquoise aux reflets d'argent semble n'attendre que moi. Je m'apprête à me jeter dedans quand je me rends compte qu'y plongée tout habillé ne serait pas très intelligent de ma part. Je ne voudrais pas me retrouver frigorifiée en sortant et je ne pourrais jamais nager correctement avec. Je regarde attentivement aux alentours à la recherche d'une présence étrangère mais il n'y a rien. Les garçons perdus doivent encore être à la chasse, au fin fond de la jungle. Peter, lui, ne veut plus me parler ou me voir, il doit donc s'occuper à m'éviter… . Au bout de quelques secondes d'hésitation, je passe ma chemise de nuit par dessus ma tête et me retrouve en sous-vêtements. Je rougis en pensant à ce que je vais faire. Avant de changer d'avis, j'avance d'un pas rapide jusqu'au bord du lac. Des petites vaguelettes s'écrasent doucement sur mes orteils et je sens l'eau tiède, délicieuse. Je ferme les yeux quelques secondes, les rouvre et je plonge enfin. Le contact de l'eau sur ma peau est incroyable. Je relève la tête et vérifie à nouveau que je suis seule. Je patauge encore un peu, nage à droite, à gauche quand je sens quelque chose m'effleurer la cheville. Je nage brusquement sur le côté en essayant de distinguer dans l'eau le poisson ou la chose qui m'a touché, mais je ne vois rien. Ah! Encore une fois, je sens une chose visqueuse me toucher la cuisse. Je nage sur place, paniquée, alors que cette fois, ce sont plusieurs de ces choses qui m'effleurent. Je sais que si je bouge il m'arrivera quelque chose. Je regarde toujours le fond quand soudain j'entends un bruit d'éclaboussure. Je relève prestement la tête et j'ai juste le temps d' apercevoir une queue. Une queue de Sirène. Si « La petite Sirène » a toujours été l'un de mes contes préférés, ces sirènes là, elles, ne me rassurent pas du tout. Une panique brute s'empare de moi et je suis comme paralysée, incapable de bouger pour retrouver la berge. Les créatures ne me laisse pas le temps de réagir autrement puisqu'elles m'attrapent brusquement par les pieds et me tirent vers le fond du lac. J'émets un hoquet de surprise et les flots m'engloutissent. Ma vision est floue sous l'eau, j'observe seulement des dizaines d'ombres étranges qui nagent rapidement autour de moi. Je me débats en agitant violemment mes jambes et mes bras dans tous les sens mais cet effort semble me couler encore plus. Mon corps est comme un poids qui s'enfonce lentement dans les profondeurs. Je continue tout de même à me débattre tandis que les ombres des créatures tournent autour de moi. Le manque d'oxygène ne me permet pas de réfléchir correctement à une solution pour m'en sortir. Mon corps s'affaiblit chaque seconde un peu plus et mes mouvements se réduisent à de faibles protestations. Ça doit faire une minute que je suis sous l'eau, mes poumons sont presque totalement vidés d'air. Je sais qu'il ne me reste que quelques secondes à vivre, alors j'arrête complètement de bouger et me laisse couler. Des dernières bulles s'échappent de mes lèvres et n'ont aucun mal à retrouver la surface, une demi-douzaine de mètres au dessus de moi. Je ferme les yeux, j'attends ma mort. Soudain, une main m'attrape. Elle me tire avec force vers le haut mais je ne peux bouger pour l'aider à remonter à la surface. J'essaye d'ouvrir les yeux pour voir ce qui se passe mais cet effort me coute le reste de mes forces et je tombe dans les pommes.
