Je sais, j'ai du retard, mais pour me faire pardonner j'y ai travaillé toute la soirée et je vous livre ce chapitre à 1h30 du matin pour que vous puissiez en bénéficier dès votre réveil (si c'est pas une preuve d'amour, ça... !).

J'ai eu du mal à l'écrire en fait... mais finalement je m'en suis à peu près sortie. Il est en grande partie axée sur le personnage de Magdalena qui, j'espère, vous plaira (va bien falloir de toute façon :P). J'ai essayé d'illustrer le caractère possessif (voire carrément dépendant) de Kassidy vis à vis de Severus et aussi son tempéramment anxieux. A part ça, je ne sais pas trop ce que vous allez penser de mon passage avec Sirius (c'est celui qui m'a donné le plus de mal).

Rien à voir mais je serais curieuse de savoir ce que vous pensez de Circée Sanders... :)


Chapitre 3 : La renaissance.

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Je déboulai dans la salle de classe, essoufflée, échevelée. Le cours avait débuté dix minutes auparavant et je n'avais pas même l'ébauche d'une excuse valable à fournir au professeur.

Devant cette entrée grotesque, Slughorn pinça les lèvres en frottant d'une main son crâne dégarni tandis que les élèves, concentrés, remarquaient à peine la perturbation que mon arrivée aurait dû constituer.

« Vous êtes en retard, Kassidy.

– Excusez-moi… professeur… j'ai été… retenue. »

Il ne se laissa pas un instant abuser par ce mensonge. C'était un Serpentard après tout, il s'y connaissait en matière de tromperies… Il sembla peser le pour et le contre, se rappela très certainement avec quelle brusquerie j'avais refusé ses nombreuses tentatives pour m'intégrer dans son petit club fermé, ouvrit la bouche pour annoncer la punition et se ravisa. Un large sourire éclaira son visage moustachu et il lança avec son habituelle bonhommie :

« Allons, ce n'est pas grave. » Court silence. « C'est hors-de-propos mais je donne une petite soirée prochainement ; si vous pouviez venir j'en serais extrêmement honoré.

– A vrai dire… »

Son soudain froncement de sourcil m'avertit que c'était là ma seule chance d'éviter un retrait de points bien mérité.

« … je pense que… ça ne devrait pas trop poser de soucis. » Je poussai le zèle jusqu'à afficher un petit sourire figé qui parut le satisfaire car il répéta patiemment les instructions de la potion du jour et m'autorisa même à prendre sur ma pause pour terminer la concoction.

Severus, installé à proximité du bureau, m'interrogea du regard. Je lui fis signe que je lui raconterais plus tard, bien que sachant pertinemment que je garderais secret le motif de mon retard.

Je doutais qu'il approuvât le fait que je venais d'envoyer une lettre à Rabastan Lestrange ; moi-même n'étais pas certaine d'en assumer les conséquences.

J'avais été honnête dans l'ensemble en lui assurant que je ne me faisais pas d'illusion mais que simplement son histoire m'intriguait et que j'aurais été curieuse d'en savoir plus – j'espérais qu'il ne condamnerait pas la maladresse de ma requête. J'avais glissé la suggestion avec toute la subtilité dont j'étais capable qu'il pourrait accompagner son frère à Pré-au-Lard, lorsque ce dernier rendrait visite à mon amie Narcissa, sa fiancée.

Il me semblait avoir encore sous les yeux l'image du hibou gris et fauve qui en quelques battements d'ailes paisibles s'éloignait avec mon courrier dans le ciel orageux. C'était une scène qui me hantait, et qui se répétait inlassablement dans ma tête. Un leitmotiv infernal.

Brusquement j'étais persuadée d'avoir pris la mauvaise décision, d'avoir été gauche et grossière dans le choix de mes mots. Il allait me mépriser. Dépêcher une chouette avec une Beuglante acerbe et me laisser mortifiée devant toute la Grande Salle. Je me retrouverais sous les quolibets de mes camarades durant des mois. Mère l'apprendrait et une punition à la hauteur de ma faute me tomberait dessus sans crier gare. Mon fiancé le prendrait contre lui et renoncerait au mariage – mais n'était-ce pas ce que je désirais le plus au monde après tout ? Oui, si cela pouvait mettre un terme à ces stupides projets d'épousailles, je n'avais aucune raison de m'en plaindre. Qu'il soit donc offusqué, qu'il ridiculise le nom des Andersen pour les trois générations à venir et qu'il me sauve de cette vulgaire vente aux enchères qu'on déguisait sous l'appellation « mariage » !

Du… Somnambulbe… mais qu'est-ce que c'était encore que ce truc ?

Etre proche de Severus avait fait de moi une élève relativement douée en potions. Je connaissais quelques uns de ses trucs qui permettaient d'améliorer tel ou tel type de philtre, je maîtrisais le vocabulaire compliqué et savais reconnaître la plupart des ingrédients au programme – mais pas tous malheureusement. Oh bien sûr je n'avais aucune initiative personnelle ; je laissais ça aux deux génies de la classe : Severus et Evans.

Mon niveau devait se situer quelque peu en dessous de celui de Lupin et d'Avery. Mais nettement au dessus de celui de Black qui, au fond de la classe, paraissait sur le point de s'arracher les cheveux. Je l'entendais d'ici grommeler des insultes à son chaudron et à ses tentacules de calamar récalcitrants. Amusée par sa détresse, je lui adressai un petit salut moqueur auquel il répondit par un regard haineux.

Et je me remis au travail pour de bon, le cœur rendu plus léger par cet échange hostile.

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La gifle résonna fort dans le couloir. Déséquilibrée par la violence du coup, Circée Sanders avait glissé au sol, près du mur, et avait manqué de s'y assommer.

Ses grands yeux chocolat écarquillés étaient surlignés d'un fard à paupière sombre et pailleté qui rappelait sa lourde chevelure brune aux ondulations soignées. Ce matin-là elle avait ouvert comme d'ordinaire les trois premiers boutons de son chemisier blanc afin de laisser admirer à tous l'opulence de ses formes car elle se savait être une des jeunes filles les plus séduisantes de l'école et ne dénigrait pas les avantages que cela pouvait lui fournir. Son décolleté lui assurait des nuits brûlantes, des nuits de danses endiablées sous des draps multicolores – rouges pour ses amants passionnés à Gryffondor, bleus pour les paisibles Serdaigle prêts à combler ses moindres désirs, jaunes pour ceux qui ne juraient que par elle et attendaient avec impatience son retour nuit après nuit (naïfs Poufsouffle !) et verts pour les Serpentard immoraux et lubriques qui ne se lassaient pas d'elle. Elle aimait la compagnie des hommes et savait comment l'obtenir.

Face à elle, sa coupe au bol toute ébourriffée, ses iris bleu opalin vibrant de fureur, se dressait sa rivale. Une jupe d'écolière savamment raccourcie, une cravate à demi nouée et des bas rayés vert, gris et noir, c'était Magdalena Pomfresh qui lisait des magasines de mode américains et s'en inspirait jour après jour comme une dévote de sa bible de poche.

« Qu'est-ce qu'il y a, ma belle ? Tu ne supportes pas l'idée que je couche avec Avery ? susurra Circée avec sur le visage un air de jubilation démoniaque. »

Ainsi c'était ça le motif de leur dispute ! J'étais intriguée malgré moi et mes pieds s'étaient arrêtés d'eux-mêmes à l'angle du corridor, pour me permettre d'embrasser la scène du regard. Quoiqu'il arrive, je ne m'interposerais pas. Serpentard était la maison du chacun pour soi, de l'individualisme, de l'amitié dénuée d'obligations morales. Je pouvais apprécier Magdalena tout en me tenant en retrait et c'était ce que j'aurais attendu d'elle si les rôles avaient été inversés. La seule intrusion que je tolérerais jamais était celle de Severus, et c'est ce qui faisait de notre relation une étrangeté chez les Serpentard. Il y avait entre nous une loyauté digne de Poufsouffle, une communion de cœur et d'esprit quasi mystique, une compréhension de l'autre au delà de toute explication logique.

« Tu mens. »

La voix de Magdalena me rappela où je me trouvais et ce qui s'y déroulait.

« Tu aimerais bien, hein ? »

Circée passa sa langue sur ses lèvres prédatrices.

« Je t'avais dis, petite fille, qu'il ne fallait pas jouer avec mes amis. Si tu avais laissé Edward tranquille, je n'aurais pas touché à ton ex.

– Avery n'est pas mon ex. »

Sanders gloussa : « Oh oui, excuse-moi ! J'avais oublié qu'il t'avait jeté de son lit après votre partie de jambes en l'air… »

Magdalena lui adressa une œillade dédaigneuse.

« Tu ne sais rien, tu ne sais pas ce qui s'est passé alors ferme-la ! »

Prenant appui sur le mur, Sanders se redressa. Elle était plus grande que Lena, avait ce charme exotique des métis à la peau dorée, et mon amie me parut soudain affreusement banale avec son physique d'anglaise typique. Elle dut le ressentir aussi car ses épaules s'affaissèrent légèrement et elle détourna le regard.

« Tu vois, Maggie chérie, souffla Circée en se penchant à son oreille, on ne joue pas dans la même cour. Retourne minauder devant les cinquièmes années et laisse-moi les grands garçons. Ils te feront du mal à toi, ma toute petite chose. » Elle caressa du bout des doigts la joue qui rosissait de honte. « Tu es adorable mais tu n'es pas faite pour la séduction. Tu es trop fragile, trop commune. Regarde-toi enfin ! Où est ce charme aguicheur que tu te targues tant d'avoir ? Le rouge-à-lèvre ne suffit pas, tu sais, c'est un roulement de hanches, un état d'esprit, un art réservé à une élite. Ce n'est pas parce que tu couches avec la moitié de Poudlard que tu peux affirmer être une séductrice. » Elle savoura un silence doucereux avant de lui porter le coup fatal : « Pour moi, tu es juste une catin supplémentaire dont la seule originalité consisterait à se vendre gratuitement. »

Se penchant en avant, elle effleura sa pommette d'un doux baiser, lui souhaita une agréable journée et s'en fut de sa démarche souple et féline. Aussi incroyable que cela puisse paraître, même le son de ses hauts talons rencontrant le sol à chacune de ses enjambées avait quelque chose d'irrésistiblement sensuel. Elle dégageait le parfum capiteux de la tentation charnelle, était l'icône du fantasme masculin et le savait pertinemment. Elle jouait avec ce fait avéré.

Semblable à une statue de marbre, Magdalena demeura quelques secondes immobile, trop choquée pour réagir. Je l'entendis pousser un soupir misérable puis elle réajusta son sac sur son épaule et, d'un pas maussade, prit le chemin de son cours de runes.

Elle ne décrocha plus un mot de toute l'après-midi.

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« Avery ? »

Le colosse inclina vers moi son visage anguleux.

« Je suis désolée pour l'autre jour. C'était déplacé.

– Tu es très attachée à Severus, je comprends que tu réagisses mal à notre… intrusion. »

Il prononça ce dernier mot en grimaçant, pour signifier que lui-même n'interprétait pas les choses ainsi mais qu'il pouvait toutefois concevoir que je le ressente de cette manière.

« Je n'aime pas votre manière de penser.

– Au sujet de l'importance du sang ?

– Oui. Et je trouve hypocrite votre attitude envers Severus. C'est commode de faire de lui une exception à vos idéaux si cela vous permet de vous en faire un allié. Sa magie –

– Au début, Andersen, nous ne souhaitions que le profit, c'est vrai. On se disait qu'il serait pratique d'avoir un « ami » en la personne de Severus. Mais depuis on a découvert en lui un esprit unique. Il a des réflexions, des idées grandioses que nous n'aurions jamais eues. Crois-le ou non mais je l'apprécie sincèrement pour ce qu'il est, et non plus seulement pour ce qu'il nous apporte. »

Toujours cette même voix de basse qui envoûtait les cœurs les plus durs et les âmes les plus sceptiques. A croire que malgré son physique peu avenant le charme des Vélanes parcourait ses veines. J'en venais à comprendre l'attirance qu'avait eue Magdalena à son égard (et qu'elle avait peut-être toujours d'ailleurs) : s'il possédait l'épaisse carrure d'un titan et les traits durs d'un bourreau, il y avait toutefois dans son timbre de voix quelque chose d'infiniment troublant. Et de séduisant, indéniablement…

« Bien. Et tu sais, Junior, que si vous lui faites le moindre mal, je n'hésiterai pas à tous vous abattre ? »

Il rit de bon cœur :

« Oh oui, ne t'en fais pas, je suis au courant : Severus te dépeint comme un monstre sanguinaire.

– Et il a bien raison. »

Je souriais à l'ennemi, plus tout à fait certaine qu'il méritât mes craintes et ma méfiance.

J'allais me détourner quand une question me vint, franchissant mes lèvres avant que j'eusse le temps de déterminer si j'étais en droit de le questionner si familièrement :

« Tu as couché avec Sanders ? »

Il me dévisagea en silence, stupéfait par mon audace. Puis il baissa le regard, gêné.

« Quelle importance ? » Davantage pour lui-même que pour moi, il ajouta avec une singulière douceur : « Avec elle, ça ne voudra jamais rien dire. »

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Dans le calme de la bibliothèque, je m'échinais à motiver une Magdalena démoralisée.

« Tu sais que ce devoir est à rendre pour demain ? »

Elle haussa mollement les épaules et replongea sa tête entre ses bras croisés, le front plaqué contre le bois brut de la table. Une voix d'outre-tombe s'échappa de la petite masse avachie : « M'en fous. »

Je décidai de lui venir en aide quelles que puissent être ses réticences : « Bon alors, je te rédige ton plan. En première partie, tu peux rappeler les écrits d'Amphioxus sur l'animation tridimensionnelle. Sans ça, le Quidditch serait limité à un jeu au sol. Il s'est avéré que la moitié de son ouvrage sur le sujet était truffée d'erreurs mais c'est quand même lui qui a posé les bases de la théorie de l'animation telle qu'on la connaît aujourd'hui. Ensuite –

– Te donne pas ce mal, Kassidy, je rendrai pas ce devoir. »

Je m'échauffai : « Ah oui ! Et je peux savoir pourquoi ? »

Elle grommela une explication inintelligible.

« Est-ce que ça a un rapport avec Avery ? »

Je la vis tressaillir mais elle ne dénia pas sortir la tête du creux de ses bras repliés.

« Ça a un rapport avec le fait qu'il se soit tapé Sanders ? »

Sa chaise manqua de vaciller tant elle s'était redressée violemment. Dans ses prunelles la colère et la peur se disputaient la place.

« Je… je ne vois pas de quoi… tu parles. »

Elle avait la respiration hachée, les yeux hagards et sa frimousse d'ordinaire si joviale avait perdu toute malice. Elle présentait le teint maladif d'une patiente de Sainte-Mangouste en phase terminale et était blême au point de concurrencer un fantôme.

Ses doigts tremblants se refermèrent autour du dossier de la chaise, qu'elle replaça correctement avant de se rasseoir face à moi.

« J'ai assisté à ton altercation avec Sanders l'autre jour, reconnus-je.

– Et qu'est-ce qui te fait croire que ses propos m'ont touchée ? »

Je préférai ne pas relever le ton acide qu'elle avait employé.

« Et bien pour commencer tu l'as giflée. Et ta réaction lorsque j'ai parlé des déboires sexuels d'Avery prouve que tu n'y es pas aussi indifférente que tu voudrais le laisser croire.

– Je me contrefiche d'Avery et de ses appétits libidineux. Mais il fait parti de mon groupe d'amis intimes et je ne tolèrerais pas qu'une trainée lui fasse son numéro de charme. »

Niait-elle en espérant que je serais dupe ou croyait-elle vraiment à ce qu'elle avançait ? Mystère…

« Si règle il y a, tu l'as bafouée en sortant avec River l'année dernière : tu sais très bien que Circée et lui sont officieusement fiancés. » Je tentai le tout pour le tout, malicieusement : « A bien y réfléchir, la revanche de Sanders était méritée. »

Elle serra les poings. Ses joues se colorèrent d'un rose évocateur.

« Tu es du côté de cette pétasse ? »

Ses yeux bleus lançaient des éclairs.

« Si ce n'est qu'une question de droits de propriété, comme tu as l'air de le dire, alors elle s'est honorablement vengée. Vous êtes quittes.

– Quittes ? Quittes ! Elle a couché avec Avery ! »

Je souris : « Rappelle-moi d'y réfléchir à deux fois avant de t'emprunter un chemisier… T'as pas l'air très commode en affaires finalement. »

Elle attrapa rageusement son sac et ses parchemins et se permit une sortie digne d'une reine. Carrant les épaules, elle avança d'un petit pas rapide mêlant fureur et froide dignité et disparut sans plus m'adresser un coup d'œil, vexée très probablement, et frustrée que je ne la soutienne pas.

Bien sûr, elle l'ignorait, mais je lui avais rendu service. Je lui avais permis d'abandonner son abattement pour deux sentiments plus nobles : la colère et l'orgueil, qui ne pourraient lui être que plus bénéfiques. Bientôt elle aurait retrouvé le sourire. Et moi, durant ce lapse de temps, je sonderais l'ami Avery pour connaître le fin mot de cette histoire.

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Perdue dans mes pensées je quittai la bibliothèque, ou du moins en avais-je l'attention ; car alors que je m'apprêtais à franchir les larges portes, il se trouva qu'un rêveur autre que moi avait décidé de les traverser dans le sens inverse.

Résultat : je percutai de plein fouet un torse masculin et laissai échapper trois des cinq livres dont je venais de faire l'acquisition pour la semaine à venir.

« Oh ! Désolé ! »

J'écarquillai les yeux en reconnaissant Black. Agenouillé devant moi il ramassait les grimoires.

« Black, tu fais quoi là ? »

Au son de ma voix, il les lâcha précipitamment, comme s'il réalisait qu'à leur contact il exposait sa chair à de graves brûlures. Ils retombèrent au sol dans un bruit mat qui passa heureusement inaperçu – sans quoi nous aurions eu droit au discours moralisateur de la bibliothécaire sur l'importance de la conservation du patrimoine culturel sorcier…

« Excuse-moi, Andersen, je ne t'avais pas reconnue. Tu penses bien que sinon je n'aurais pas pris la peine de me salir les mains !

– Toujours aussi serviable à ce que je vois… Tes parents ne t'ont pas enseignés à te comporter en être civilisé ou cette tare t'incombe à toi seul ? »

Sa mâchoire se crispa, ses poings aussi, mais il choisit de s'enfermer dans un silence rageur plutôt que de répondre à ma provocation.

« J'ai touché un point sensible ? l'interrogeai-je d'un air faussement contrit. »

Il préféra changer de sujet – c'est fou tout de même ce qu'il pouvait être prévisible !

« Ça ne t'a jamais ennuyée que ton petit-ami ait été le souffre-douleur de toute l'école ?

– Severus n'est pas mon petit-ami.

– Quel dommage, vous formeriez un couple adorable. » Il baissa la voix : « Lui avec son physique ingrat et toi, tout aussi laide à l'intérieur. Vous êtes complémentaires, c'est indéniable. »

Ma baguette me démangeait tout contre ma cuisse et mes phalanges l'étreignaient fermement dans la poche de mon jeans, prêtes à céder à la tentation si mon cerveau leur en laissait l'opportunité.

« Il n'existe personne à même de refléter ta stupidité, Black. Ote-toi de mon chemin maintenant. »

Il croisa les bras et ne bougea pas d'un pouce : « Sinon quoi, brindille, tu vas me lancer un sort ? » Les plis de sa bouche étaient frappants d'ironie et je saisis soudainement l'horrible vérité : le temps où il respectait ma baguette, où il s'était fixé une limite à ne pas dépasser pour éviter d'en venir à la confrontation magique était révolu. De quand déjà datait le dernier sortilège que je lui avais envoyé ? Sept ? Huit mois ?

Une terreur sans nom gagna mon esprit et se diffusa, avec la lenteur d'un poison pervers, dans l'intégralité de mon être chétif. Qu'étais-je à ses yeux si je n'étais plus digne d'être sa rivale ? Une gamine de Serpentard facile à provoquer, une camarade un peu toquée qui s'estimait toute-puissante alors que ses grands airs ne parvenaient qu'à déclencher l'hilarité des Gryffondor ? Se pouvait-il qu'on rie de ma personne ? Se pouvait-il que sans le savoir je sois devenue la risée de tout Poudlard ?

« Et bien, tu ne te rappelles plus de comment on lance un Expelliarmus ? Tu veux que – »

Il ne termina jamais sa phrase. Une lumière bleu jaillit de l'extrémité du bâton, le frappant de plein fouet et le laissant titubant, le souffle coupé. Il fit deux pas en arrière avant de perdre l'équilibre et de s'affaler lamentablement. Depuis le sol, il leva sur moi de grands yeux hébétés puis, sur ses lèvres, joua l'ombre de ce sourire si particulier que je ne lui avais pas vu depuis près d'un an.

« La revoilà, la Andersen inconsciente qui se lance tête baissée dans un duel ! » Il inclina imperceptiblement le buste, comme saluant une vieille amie qu'il aurait perdue de vue il y a des siècles de cela et sur qui il venait de retomber tout à fait par hasard.

Il jubilait. J'exultais moi-même.

« Elle t'avait manquée, Black ? »

Il s'était relevé et dans ses longues mains d'albâtre trois ouvrages de sortilèges attendaient d'être récupérés. Je m'en emparai sans empressement, attentive à sa réponse qui ne tarderait guère.

« Elle est à ma mesure, c'est tout, lâcha-t-il avec un rien d'arrogance. »

Nous nous contemplâmes longuement. Je détaillai ses cheveux trop longs qui lui caressaient la nuque, noir corbeau, noir comme mon regard qui renaissait sous le sien. Ses iris d'acier qui luisaient à nouveau de ce feu ancien, comme deux coulées d'argent liquide paresseusement enroulées autour de ses prunelles. Je lisais sur ses lèvres la même satisfaction masochiste qui gonflait mon cœur réanimé, car j'étais de retour. Et en l'observant ainsi, je discernais mon propre reflet dans la psyché de ses yeux gris métallique, et j'y étais plus belle que je ne l'avais jamais été avec cette haine tout juste ressuscitée, m'éveillant du long sommeil d'un contrôle de soi aussi vain qu'avilissant. Il avait ravivée la noble et grandiose malveillance qui lui était toute entière destinée, avant.

Il m'apparut que ce j'avais pu ressentir ces derniers mois n'était que le souvenir paisible d'une vieille inimité. Une inimité que je me figurais toujours aussi ardente. Mais ce n'était qu'une illusion, je le savais désormais puisque à nouveau brillait en moi la flamme de la Rage la plus pure, la plus sauvage, la plus intense. Il y avait sur ses traits éblouis l'admiration qui m'était due et qu'il m'avait retirée lorsque j'avais cessé d'éprouver ma colère dans toute sa puissance.

A l'instar du phénix, ma fervente antipathie réapparaissait, plus jeune et plus vigoureuse que par le passé.

« Ote-toi de mon chemin. »

Le ravissement qui éclaira son visage à ces mots me remplit d'une fierté sans borne. Il s'écarta sans se départir de son air idolâtre et je le dépassai, glorieuse de cette renaissance inattendue.

Kassidy Andersen revenait d'un long voyage.

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« A votre avis, Gary et Ann Phillips sont apparentés à Cytise Phillips ?

– Cytise ? Tu veux dire… la belle brune qui traîne tout le temps avec McLinden ?

– Oui. »

Devinant que les commérages ne tarderaient pas, j'intervins pour couper court à la conversation : « On s'en fiche de sa famille, non ? »

Embarrassée, Narcissa s'agita sur le sofa. Puis elle se décida à lire la conclusion d'un article qui illustrait la une de la Gazette :

« Selon l'enquêteur Adams, chef de la brigade anti-incendie envoyée sur place, il s'agit d'un acte criminel. Grièvement brulée, Ann Phillips a été conduite en urgence à Sainte-Mangouste. Le père de famille, Gary, et leur fille cadette, Piper, sont désormais hors de danger et se rétablissent lentement, sous l'étroite surveillance des Aurors chargés de leur protection. Demetrius Adams envisage la possibilité d'un lien entre cette affaire et les attaques perpétrées sur Byzance MacMillan et la famille Prewett en mai dernier. »

Toute la satisfaction que je ressentais depuis ma récente altercation avec Black s'envola à tire-d'aile à quelques kilomètres de Poudlard et je demeurais coite.

« Merde, j'espère que ce sont pas ses parents et sa petite sœur. » Magdalena avait mis le doigt sur ce qui me dérangeait. Autant les inconnus aux quatre coins de la planète m'indifféraient totalement, quels que soient leurs malheurs et leurs souffrances au quotidien, autant savoir qu'une de mes camarades était peut-être morte de terreur dans son dortoir exigu me mettait atrocement mal à l'aise.

« Mais qui pourrait faire ça ? murmura Lena. Pourquoi ? C'est monstrueux, c'est… » Mais je n'écoutais déjà plus ses vagues lamentations compatissantes. A quelques pas de là, administrant une tape affectueuse dans le dos d'Avery, Evan Rosier riait. Je n'entendais pas les propos qu'ils échangeaient mais je me heurtais d'ici à leur gaieté inconvenante. Savaient-ils pour les Phillips ? Non, j'étais stupide, bien sûr que non. Qui pourrait se réjouir ainsi du sort cruel qui les laissait sans domicile et qui plaçait Ann Phillips dans un équilibre précaire entre la vie et la mort ?

Severus s'avança. Je m'apprêtais à quitter mon fauteuil, croyant qu'il descendait me rejoindre mais il se dirigea aussitôt vers les deux acolytes. Il formula une question, obtint une réponse concise, et ses épaules tressautèrent. Il s'esclaffait.

Une femme allait peut-être mourir sous les draps livides d'un lit hôpital, et mon ami s'esclaffait.

Il ne m'avait jamais paru aussi lointain, avec son visage cireux qui irradiait d'une allégresse inconcevable. Un pressentiment funeste troublait mon âme et il n'était pas auprès de moi, à tenir ma main et à prononcer des mots que je savais emprunt de sagesse et de bon sens. Comment pouvait-il rire alors qu'à quelques pas de lui, la deuxième moitié de son être sombrait dans un tourment indéfinissable, se glaçait d'un effroi sans racine, se perdait dans une appréhension qu'il ne percevait apparemment pas ? Qui était ce garçon à l'apparence négligé ? Le connaissais-je, cet adolescent frivole aux manches élimées ?

Il ressentit sûrement le poids de mon regard dans son dos car il pivota. Son enjouement s'était mué en angoisse avant même qu'il ne me repère dans la salle commune.

En un battement de cil il avait prit place sur le canapé face à moi et, sa paume contre la mienne, il apaisait mon esprit affolé comme lui seul parvenait à le faire, avec des paroles justes et belles. Son inquiétude si vive adoucissait la mienne, l'enveloppait comme un manteau chaleureux, l'étouffait jusqu'à ce qu'elle ait disparu. Et même encore, elle restait là, m'enlaçant étroitement pour affronter si nécessaire d'éventuelles réminiscences, quelques relents de désarroi qui lui aurait échappés initialement.

Je serai là pour toi quoiqu'il arrive, avait-il dit deux semaines auparavant, et c'était vrai. Que c'était-il donc produit en moi pour que je doute de sa promesse ?

Absolument déroutés, Evan et Junior nous dévisageaient et je me délectai du savoir nouveau que je venais d'acquérir : jamais Severus ne les aimerait autant qu'il ne m'aimait moi.