Bonjour!
Voilà! Une fois de plus, je suis à la bourg pour la trad mais bon, je vais m'attacher à publier plus régulièrement côté français (environ toute les deux semaines) et quand la trad sera prête (pas encore pour tout de suite...) pour les anglais pour ne pas priver les uns par rapport aux autres.
Comme toujours, je vous remercie beaucoup pour vos rewiews et vos remarques qui m'aident à améliorer l'histoire. Je sais que certains d'entre vous sont un peu déconcertés par certains aspects "techniques" de l'histoire mais j'ai bien l'intention d'agrémenter cette histoire sur des bases plausibles et il faut bien les caler quelque part pour expliquer certaines choses ensuite... L'histoire du monde sorcier et la politique seront aussi part de cette fanfic, et oui, ça m'a bien intéressé d'imaginer les détails laissés en plan par Rowling (ouais, toujours pas à moi...) et d'inventer ou de remodeler les choses à ma sauce... Ne m'en voulez pas mais je ne supprimerais pas ces passages car ils feront aussi avancer l'histoire plus tard.
Trève de blabla et bonne lecture!
Chapitre 4
Les ennuis commencent
Après une matinée consacrée à la préparation de ses travaux en laboratoire, quelques expériences mineures de tests sur le travail de ses employés et un bon repas, il travailla pendant l'après-midi sur le restockage des potions pour l'infirmerie de Poudlard avant de se décider à sortir. Il s'habilla à la mode moldue – l'un des avantages à avoir été éduqué comme un moldu était de savoir comment ne pas paraître ridicule au contraire de bien des sorciers – et transplana dans une allée sans issue (Circus Mews) peu fréquentée de Londres. Il se dirigea d'un bon pas vers Marylebone Road, passant devant St Marylebone Parish Church avant de bifurquer dans la rue recherchée, marchant d'un bon pas dans son complet noir, muni de son attaché-case, inaperçu au milieu des passants. Une fois l'ouvrage précieux récupéré et soigneusement protégé dans sa mallette, il choisit de se promener un peu et de rejoindre le Chaudron Baveur à pied.
Il avait besoin de quelques ingrédients et pour une fois, il n'avait pas envie de passer commande par hibou. Il aimait choisir lui-même les plantes, plumes et autres éléments pour s'assurer de leur qualité, voire se laisser aller à quelques achats supplémentaires, sous le coup d'une impulsion ou grâce à la livraison inattendue d'ingrédients rares et précieux. Il continua sur Thayer Street puis James Street (Merlin qu'il détestait cette rue) et ce, jusqu'à Oxford Street pour rejoindre ensuite le métro londonien à la station de Bond Street. Il paya son ticket, bénissant tous les Dieux que la rame soit quasiment vide, lui évitant les nuisances de la cohue humaine grouillante des citadins londoniens. Il s'arrêta à Westminster pour descendre le long des berges de la Tamise sur Millbank et plus spécifiquement dans les Victoria Tower Gardens et sa fameuse Aiguille de Cléopâtre.
Le temps était loin d'être au beau ce qui expliquait qu'il n'y ait quasiment personne en cette fin de journée, lui permettant de jouir de la vue et du paysage avant de retourner s'enfermer dans son laboratoire. Il se l'accordait rarement alors il souhaitait en profiter, météo ou pas. Son attention fut soudainement attirée par un curieux spectacle. Plus tard, il en viendrait longtemps à osciller entre se féliciter pour sa présence en ces lieux et s'en vouloir pour n'avoir pas choisi de passer par le Chaudron Baveur sans s'arrêter comme il en avait d'abord eu l'intention avant de se laisser tenter par cette petite ballade. Le temps tournant à l'orage et peu de gens étant de sortie ce jour-là, le Maître des Potions fut étonné de voir un petit garçon de six peut-être sept ans, aux vêtements passablement loqueteux (les enfants sont vraiment peu soigneux de nos jours pensa t'il) et surtout seul, alors que le soir tombait, penché sur la rambarde de pierre au bord du fleuve. Il s'arrêta dans sa marche sans trop savoir pourquoi, intrigué. Il avait toujours écouté son instinct et là, ledit instinct lui disait de prêter attention à cette vision. Il vit l'enfant déposer des lunettes, manifestement recollées plusieurs fois avec du scotch, bien à plat sous le banc à côté de lui.
Curieux.
Il vit l'enfant s'avancer et jeter un coup d'œil prudent autour de lui. De là où il était, il ne pouvait voir Severus. S'étant assuré que personne ne le regardait, l'enfant enjamba avec précaution la barrière de sécurité et, après juste un instant, sans que le professeur puisse réagir, il sauta simplement à l'eau. Stupéfait pendant une poignée de secondes, le Maître des potions n'y réfléchit pas plus et, lâchant sa précieuse valise, courut jusqu'à l'endroit où l'enfant avait sauté, maudissant au passage la stupidité sans borne des enfants. Avait-on idée de se jeter ainsi à l'eau ? Etait-ce un défi idiot, un jeu ? Ça dépassait son entendement. Il plongea dans les eaux glaciales de la Tamise et se jeta rapidement un sort de tête-en-bulle avec sa baguette à la main. Le courant était fort et il usa d'un accio informulé pour faire venir le corps de l'enfant à lui. Dès qu'il sentit plus qu'il ne vit le corps inerte du garçon, il remonta rapidement à la surface avec un sortilège d'ascensio. Il réussit à trouver des points d'appui sur le bord pour pouvoir grimper, tirant toujours l'enfant par ses vêtements tout en cherchant à ne pas perdre sa baguette, tâche hautement ardue. Personne ne s'était arrêté pour l'aider et Severus gronda contre l'imbécillité et l'insensibilité des moldus qui préféraient passer leur chemin plutôt que de s'impliquer. Parce que, du coup, c'était lui qui avait dû s'y coller.
Et Merlin savait à quel point il détestait être mouillé.
Il allongea le garçon sur le pavé froid et utilisa ses connaissances en médicomagie pour utiliser alternativement et discrètement le Aqua Sputare et le Halitus Vitalis afin de permettre l'évacuation de l'eau avalée et faire reprendre la respiration. Finalement, c'était une bonne chose que les passants ne s'arrêtent pas car Severus auraient bien été en mal d'expliquer au Ministère ses actes de magie devant les moldus, même si un mouvement de baguette au dessus d'un corps n'était pas très spectaculaire ni révélateur. Tant que ceux-ci ne s'approcheraient pas, il était tranquille. Les Moldus ne voyaient que ce qu'ils voulaient bien voir de toute façon. Il pouvait sentir un faible pouls mais il fallut cinq interminables secondes pour que les sorts ne fassent effet et qu'il ne voit le gamin se redresser un bref instant pour cracher l'eau et insuffler de l'air.
Avant de retomber inconscient.
Parfait. Vraiment parfait, se disait Severus, irrité. Heureusement qu'il avait eu le réflexe de jeter discrètement un sort de Ne-me-remarque-pas à sa mallette en quittant la librairie sinon il aurait pu risquer de se la faire voler et il aurait vraiment perdu sa journée ! Il maudit le morveux pour l'avoir obligé à se jeter dans le fleuve. Merlin, qu'il détestait être trempé ! La Tamise n'était pas franchement une destination à la mode dans son agenda. Il récupéra discrètement sa mallette et son précieux contenu d'un accio bien ajusté avant de se demander ce qu'il devait faire du gosse. Il n'allait quand même pas devoir, en plus, le prendre en charge… Si ? Des badauds commencèrent à arriver (maintenant qu'il avait dû se débrouiller seul !) et les policiers moldus et leurs services d'urgence allaient bientôt faire leur travail. Il fallait qu'il s'échappe sans tarder sinon il en aurait pour le reste de la journée à faire sa déposition. Il commença à se relever avant que son regard ne se fige sur la figure du mioche.
Sur une partie bien précise de sa figure en fait.
Une cicatrice. En forme d'éclair. Sur le front. Impossible de se tromper et pourtant, il aurait vraiment voulu avoir tort pour une fois. Son cerveau réfléchissait à toute vitesse : il avait un Harry Potter, Sauveur du Monde Sorcier, idole du côté de la Lumière, Héros Exterminateur du Seigneur des Ténèbres… etc, seul, et manifestement atteint de la même stupidité que feu son géniteur James Potter, inconscient devant lui. Que faire ? La solution s'enfuir à toutes jambes le tentait grandement mais le vœu à Lily l'en empêchait. Déposer le gamin à l'infirmerie de Poudlard et laisser Albus s'en occuper était certainement la bonne stratégie à adopter, avec un ou deux sortilèges d'amnésie pour faire bonne mesure vis-à-vis du ministère. Sauf que le Directeur était également absent pour Merlin seul savait combien de temps, en conférence avec le Magenmagot. Et Poppy était à Sainte Mangouste pour l'été. Ne restait que lui. Certaines personnes sont nées sous une mauvaise étoile. A l'évidence, il en faisait parti. Au cas où il en aurait encore douter bien entendu.
Puis il contempla l'enfant.
Harry Potter avait huit ans, presque neuf à ce qu'il en savait, mais il le trouva soudain petit et… vulnérable. Pensée hautement détestable, soit-dit en passant. Mais bon, ce n'était sans doute qu'une apparence. Après tout, le papa avait le chic pour réussir à paraître angélique et à se faire disculper de toutes charges même quand toutes les preuves étaient contre lui. Un truc génétique sans doute mais lui, il savait à quoi s'attendre. Et il ne se laisserait pas attendrir. Il vit les policiers moldus arrivés et s'entendit répondre avec aplomb aux policiers qu'il était médecin et qu'il avait plongé pour rattraper l'enfant tombé accidentellement dans le fleuve en jouant. Ses années d'espion avaient l'avantage de lui permettre de faire face avec calme à toute situation. Et de mentir de façon convaincante. Les policiers lui donnèrent deux couvertures pour lui permettre de ne pas attraper froid et d'entourer le môme qui commençait à sérieusement claquer des dents avant de proposer de l'emmener en voiture à l'hôpital le plus proche. Cela permit de disperser la foule des curieux et d'offrir une occasion au Maître des Potions de s'éclipser avec le môme ni vu ni connu. Un des deux policiers lui amena les lunettes laissées telles que par le gamin un peu plus haut avant de le laisser monter avec le petit dans ses bras (Merlin ! Il est vraiment léger comme une plume remarqua t'il). Lorsqu'ils furent sur le point de démarrer, il lança un sortilège de confusion et, bien protégé derrière les vitres fumées, il transplana avec le garçon directement dans son salon.
Il posa les affaires qu'il tenait d'une main et de l'autre maintint le garçon contre lui avant de lancer un sort de séchage sur leurs vêtements pour le déposer ensuite sur le canapé et le recouvrir d'un édredon épais. A part quelques gémissements, le gamin ne montra aucun signe d'éveil. Il lança un charme de verrouillage sur toutes les entrées de la maison ainsi qu'un charme d'alerte silencieuse, au cas où le môme se réveillerait pendant qu'il se changerait. Ensuite, il s'autorisa à se rendre dans la salle de bain pour se doucher et prendre des vêtements propres. Revenu dans le salon, il fit contre mauvaise fortune bon cœur et se résigna à attendre que le môme se réveille pour que sa journée, qui avait si bien commencé avant d'être pourrie par le moufflet, ne reprenne son cours normal lorsqu'il aurait déposé ledit moufflet chez ses relatifs.
Il décida finalement qu'il n'y avait aucune raison pour que la présence du Morveux-qui-avait-survécu-pour-lui-pourrir-la-vie l'empêche de respecter son emploi du temps. Il transporta le gamin toujours dans les vapes dans son bureau où il pourrait le déposer sur le sofa pendant que lui essaierait de rattraper le retard que l'interlude de la Tamise avait produit. Il entreprit de continuer à répondre à son courrier, de donner ses directives à l'usine ainsi qu'au directeur du chantier pour son agrandissement et de répondre aux notes personnelles de ses chercheurs avant d'enfin pouvoir se consacrer tranquillement à son nouvel achat. Il prit plume, encre et parchemin et se plongea dans la lecture fascinante des sorts et potions régénératrices. Il en avait pratiquement oublié l'enfant lorsqu'un mouvement attira son attention. Un bruit de toux pour être plus explicite. Jurant au nom de Merlin que décidément il n'y avait qu'un Potter pour réussir à gâcher ce qui aurait dû s'annoncer comme une journée idéale. Le caractère d'Emmerdeur-Patenté-De-Snape était manifestement génétiquement transmissible. Il se résigna à se lever pour aller s'enquérir de la santé de son indésirable invité.
Un examen rapide et ciblé lui apprit que le môme avait une bonne fièvre, que ses poumons commençaient une bonne congestion et qu'il n'avait aucune chance pour que cela passe juste avec un peu de sommeil. Donc, il allait non seulement devoir administrer le traitement adéquat mais en plus surveiller et attendre qu'il fasse effet. Ce qui signifiait qu'il allait avoir le môme sur les bras au moins jusqu'au matin à cause de l'effet de somnolence induit par les potions. Merveilleux. Il lança un sort de réchauffement sur la couverture et fit absorber les potions directement dans l'estomac du gosse, se demandant comment il allait gérer son affaire. Il allait travailler encore un peu mais il allait se coucher à un moment donné. Mettre le gamin dans une des chambres n'était pas franchement une bonne idée. Il n'aimait pas l'idée de laisser un Potter sans surveillance dans sa maison mais le prendre avec lui… Pas question.
Il se résolut à repousser le problème lorsqu'il se coucherait. Il avait l'intention pour le moment de lire son livre et de travailler dessus. Il verrait bien après. Il improviserait. Un elfe lui apporta un potage froid qu'il mangea distraitement, de nouveau plongé dans ses calculs et feuilles de note, dérangé uniquement de temps à autre par le son des expectorations du môme. Même endormi, songea t'il exaspéré, il cherchait encore de l'attention, l'empêchant de mener tranquillement ses recherches. Au bout de deux heures, il abdiqua et décida d'aller se coucher. Il dut se résigner à emmener le moufflet. Il transporta le gamin dans sa chambre et transfigura une de ses chaussettes en une couche simple où il déposa son fardeau enveloppé. Un sort de monitorage plus tard, il put enfin se coucher. En cas de réveil inopportun du gamin, il serait automatiquement alerté. Pas que cela l'enchantait vraiment mais il n'avait pas le choix, hélas.
Lors qu'il s'éveilla, il constata que le môme dormait toujours. Il jeta un charme de diagnostic qui lui apprit que la fièvre ne s'était pas dissipée, prolongeant la torpeur. Il maugréa. Il allait en plus devoir nourrir le gamin avant de lui redonner une nouvelle dose de potion. Il appela de nouveau un elfe qui apporta une potion de nutrition qu'il passa de nouveau directement dans son organisme. Pendant que l'assimilation se faisait, il alla chercher de nouvelles fioles d'anti-fièvre infantile et de décongestionnant ainsi qu'un peu de revitalisant pour requinquer le morveux au plus vite. Une fois sa tâche achevée, il chargea un elfe de l'avertir en cas de réveil et alla s'habiller puis prendre son petit-déjeuner, son journal du Monde des Potions en main. Il réfléchit au programme de la journée. Avec ce qu'il avait commencé à lire dans les textes de Paracelsus, il avait pu identifier au moins deux postulats immédiatement exploitables mais il aurait besoin de l'avis de ses consultants avant tout. Il se résolut à retourner à son bureau pour leur écrire. Il demanda à l'elfe chargé de la surveillance d'amener le garçon dans le bureau et de le recoucher dans le sofa avant de se remettre au travail. Il travailla une heure avant d'entendre un gémissement quasi-inaudible.
Harry avait toujours été prompt à l'improvisation. Seulement, même à lui, il lui fallait un peu de temps pour s'adapter. Quand il s'était réveillé, il avait été désorienté et confus. Il n'avait pas ses lunettes et son environnement lui semblait étrange et absolument pas familier. Il n'avait pas bougé de prime abord, examinant les lieux à travers ses paupières mi-closes, continuant à réguler sa respiration pour faire croire qu'il était toujours assoupi. Il se décida à procéder avec logique. Il se rappelait avoir pris le bus pour aller à Londres avec l'argent de sa Tante. Il avait passé une bonne journée même s'il avait été un peu frustré. Evidemment, on ne laisse pas entrer un enfant non accompagné dans les musées ou autres lieux intéressants, il avait dû rebrousser chemin à plusieurs reprises, même en ayant de quoi payer. Mais il avait pu prendre le métro pour la première fois et ça avait été vraiment une expérience intéressante même s'il n'aimait pas trop être enfermé sous terre. Néanmoins, il avait fini par descendre à la station Queensway et était entré dans Hyde Park. Il avait été émerveillé devant les allées pour flâner, le petit lac et… toute cette verdure !
A part les trajets entre la maison de ses relatifs, son école, la bibliothèque et l'épicerie où sa Tante l'envoyait parfois, Harry n'avait pas vraiment eu l'occasion de voyager ni de visiter beaucoup d'endroits. Bien sûr, l'école avait organisé un certain nombre d'excursions mais il n'avait jamais été autorisé à y participer à cause de sa « santé fragile », l'excuse servie par sa Tante pour justifier ses absences, sa dispense aux activités sportives ou sa non-inscription aux différents clubs après l'école. La seule expérience avec laquelle il pouvait comparer l'étendue de couleurs qui s'étendait devant lui était les jardins du voisinage et plus particulièrement le petit jardin de ses relatifs. Ce qui n'avait rien à voir. Des fleurs, des parterres de fleurs et de la pelouse, des arbres à perte de vue. Il avait eu l'impression d'être en dehors de la ville, en voyage presque et ça avait été merveilleux. Il avait utilisé un peu de son argent pour acheter un sandwich à un vendeur ambulant. Il avait toujours voulu faire ça ! Ça avait été le meilleur repas qu'il eut jamais fait. Le plus complet aussi, impossible de tout manger ! Il s'était assis sur un banc et une petite tâche de poil roux s'était glissée vers lui avant de se planter à ses pieds, pas farouche pour deux sous.
Un écureuil qui le regardait avec envie en lorgnant sur son sandwich. Il avait été heureux d'avoir quelque chose à partager pour une fois. Et les douleurs dans ses côtes, ses bras ou son dos avaient semblé moins difficiles à supporter même s'il devait continuer à faire attention et à marcher lentement pour éviter de souffrir et de rouvrir les plaies. Il avait déjà dû courir pour échapper aux questions indiscrètes de l'employé de Buckingham Palace qui voulait l'emmener pour appeler ses gardiens et il s'était fait mal. Depuis, il y allait avec précaution. Finalement, il avait décidé qu'il y avait trop de foule devant le palais royal et qu'il valait mieux éviter de se faire remarquer. Ensuite, il avait continué dans les jardins de Buckingham. Ça avait été trop tentant. Il découvrait qu'il aimait les endroits paisibles et avec le temps qu'il faisait, il avait été quasiment le seul à profiter des haies et du spectacle grandiose de ce petit coin de nature. Tante Pétunia aurait détesté, avait-il pensé. Les parterres n'étaient pas très nets, la pelouse avait besoin d'être tondue, parsemée de fleurs sauvages, et les allées étaient jonchées de feuilles mortes. A lui, ça lui avait plu tout ce désordre. Le côté aseptisé du jardin des Dursley l'avait toujours irrité, et pas seulement parce que c'était lui qui s'en occupait mais parce qu'il y avait quelque chose de malsain à vouloir toujours faire ressembler son jardin à une carte postale plastifiée. Mettre la nature en cage. Il se sentait plus à l'aise dans un décor qui bougeait, respirait avec le vent et qui ne semblait pas vouloir ni pouvoir être discipliné. Où l'homme n'était qu'un invité ne faisant que passer. Juste la liberté d'être soi-même sans qu'on cherche à vous faire entrer dans un moule trop étroit où vous ne pouviez qu'étouffer.
Après, il était sorti de St James Park, passant devant le musée Churchill (où il ne pouvait entrer), et avait longé la Tamise dans les Victoria Tower Gardens. Il se sentait serein, apaisé. Le temps avait encore fraîchi et il frissonnait dans ses vêtements trop larges et trop fins pour le protéger du vent mais il était reconnaissant de ne pas avoir dû affronter la pluie. Il avait un peu mal à la gorge aussi mais ça n'avait aucune importance maintenant. Il s'était arrêté devant le petit muret surplombant le fleuve. Un rapide coup d'œil autour de lui avait confirmé qu'il n'y avait personne pour le voir. Il avait enjambé le parapet servant de garde-fou avec toute la précaution autorisée par son corps endolori. Il avait décidé de ne pas réfléchir. Sa décision était prise de toute façon. Il voulait juste garder à l'esprit cette sensation de bien-être qui l'avait accompagné toute la journée. La liberté. L'eau glacée l'avait accueillie et aspirée sans qu'il ne résiste, il avait eu le réflexe de chercher de l'air bien sûr et son corps avait naturellement paniqué à n'en pas trouver. Il savait ce que l'eau faisait, sa Tante le lui avait bien appris. Mais son esprit revivait les instants passés dans le parc et le reste ne comptait pas. C'était terminé.
Ensuite, tout était devenu noir.
Et maintenant ? Réfléchit, pensa Harry. Manifestement, il n'était pas mort. Et il n'était ni à l'hôpital ni dans les services de l'aide sociale à l'enfance à moins que ces instances soient pourvues de décors victoriens, ce qui était plutôt improbable. Donc, il était chez un particulier, vraisemblablement la personne qui l'avait sauvé de la noyade. Ce qui était plutôt suspicieux à vrai dire car un adulte sain d'esprit, même bienveillant, ne prend pas en charge un parfait inconnu, surtout un enfant, sans en référer aux autorités compétentes. Ça, ce n'était pas bon. Les paupières toujours à demi closes, il tenta de discerner le paysage au travers de la fenêtre. Il distingua la cime d'un arbre donc, il était à l'étage d'un quelconque édifice. Restait à savoir : que faire maintenant ? Il réfléchit rapidement : il lui fallait examiner l'endroit pour trouver une éventuelle porte de sortie sans se faire remarquer ou au pire, affronter le maître des lieux et savoir ce que celui-ci voulait faire de lui. Après, il improviserait. Il sentait que la personne était proche à cause des bruits de papiers et d'une sorte de crissement dessus. Trop proche pour partir discrètement. Tactique N°2 donc. Il s'agita sur le canapé et laissa échapper volontairement un léger gémissement pour lui faire savoir qu'il était réveillé.
Le garçon-qui-avait-survécu-pour-le-tourmenter se réveillait. Severus se leva de son bureau et alla s'asseoir dans le fauteuil face au sofa. De grands yeux verts émeraude s'ouvrirent et il s'obligea à ne pas frissonner devant ce témoignage – vivant – de l'héritage de Lily. Il darda un regard sans complaisance sur le môme dont le visage se composa rapidement et qui lui rendit impassiblement son attention. Il était d'un naturel patient mais Potter Sénior avait toujours eu le don de le faire sortir de ses gonds. Il semblerait qu'il en soit de même pour le fils :
- Nous allons faire simple, Mr Potter, afin de nous faire gagner à tous les deux un temps précieux. Je me moque de ce que vous faisiez seul, sans gardien, à Londres, bien que je me doute que ce soit une marque de votre tempérament de fauteur de trouble, contentez-vous donc de me donner votre adresse pour que je vous ramène immédiatement à vos relatifs et reprenne le cours ordinaire de mon existence, c'est à dire débarrassé de votre présence- Nous allons faire simple, Mr Potter, afin de nous faire gagner à tous les deux un temps précieux. Je me moque de ce que vous faisiez seul, sans gardien, à Londres, bien que je me doute que ce soit une marque de votre tempérament de fauteur de trouble, contentez-vous donc de me donner votre adresse pour que je vous ramène immédiatement à vos relatifs et reprenne le cours ordinaire de mon existence, c'est à dire débarrassé de votre présence.
Le garçon l'observa un instant avant de déclarer lentement :
- Qui êtes-vous ? Comment connaissez-vous mon nom ? Pourquoi devrais-je confier mon adresse à un inconnu ?
Irrité par l'arrogance sans bornes du fils-de-son-père, il rétorqua :
- Respectivement : vous n'avez pas à le savoir, idem et vous ne voulez pas me contraindre à vous y obliger, je vous assure.
Le môme sembla réfléchir un instant avant de paraître perplexe, observant le soleil de fin de matinée :
- Ai-je dormi longtemps ?
La patience de Severus acheva de se dissiper :
- Mr Potter, je ne sais pas si c'est dû à la mort par noyade des quelques neurones dont vous ont gratifié votre géniteur ou si vos capacités sont naturellement équivalentes à celles d'un véracrasse mais, au cas où vous ne l'auriez pas encore compris, vous êtes en mauvaise posture et je n'ai pas l'intention de laisser un moufflet de la taille d'un Botruc me dicter ma conduite dans ma propre maison.
Il marqua une pause avant de fixer son interlocuteur dans les yeux (en réalité, un point juste au dessus) et de terminer :
- Donnez-moi votre adresse que je vous reconduise chez vous, menaça t'il, la voix sourde. Maintenant.
Le ton sembla infléchir l'insolent qui lâcha :
- 4 Privet Drive, Little Whinging, Surrey.
Comme Severus se levait, il ajouta :
- Mais il n'y aura personne.
Se rasseyant, le Maître des Potions se contint et demanda froidement :
- Et pourquoi donc ?
- Parce que mon Oncle, ma Tante et mon cousin Dudley sont partis en vacances à l'heure qu'il est, affirma avec aplomb le garçon, le visage toujours aussi impassible (arrogant, comme son père, songea Severus).
- Et ils seraient partis sans vous ? Allez racontez vos sornettes à d'autres, Mr Potter, moqua le professeur.
- Je ne me moque pas de vous, monsieur, répliqua sérieusement l'enfant en maintenant le contact visuel. Le gamin était vraiment le portrait craché de son géniteur, pensa Severus avec dédain.
Le même irrespect pour ses aînés et pour les règles. Mais il ne se ferait pas avoir. Pas lui.
Et le gamin lui expliqua une fable selon laquelle il devait passer, à l'origine, les vacances auprès d'un de ses amis avec sa famille mais qu'il y avait eu un appel d'un proche juste avant le départ annonçant le décès d'un parent, annulant ainsi le projet initial pour se rendre aux obsèques. La famille de son ami habitant à seulement une rue, ils avaient demandé à Harry de rejoindre la maison de sa Tante. Seulement, en rentrant, il avait trouvé la maison fermée à clef. En déduisant que ses relatifs s'étaient momentanément absentés et profitant de l'argent de poche qu'on lui avait donné, il avait décidé de son propre chef d'aller faire un tour à Londres avant de revenir le soir venu, sa famille devant partir elle-même en vacances au petit matin. D'après ce que retint Severus cela signifiait que la famille de Potter n'était pas au courant de son absence et n'avait donc aucune raison de s'inquiéter et qu'il allait devoir se le coltiner. Evidemment. A tout hasard, avec un espoir vacillant qui s'enfonçait de plus en plus dans les affres du désenchantement, il demanda où les relatifs du môme passaient leurs vacances mais à part « ils font un périple en Italie du Sud » et un haussement d'épaules, il n'obtint aucune précision. Il décida quand même d'aller vérifier l'histoire du gamin. Ce ne serait pas la première fois qu'un Potter aurait l'air tout à fait convaincant tout en mentant…
Il ordonna au Morveux-qui-existait-pour-l'ennuyer de ne pas bouger et après mûres réflexions, pour être certain de ne pas le retrouver à vagabonder dans la maison à faire Merlin seul sait quelle bêtise, il utilisa le même sort que Poppy à l'infirmerie pour attacher le moufflet au sofa. Il transplana devant le numéro indiqué sous un sort de désillusion et dut, à son grand désespoir, reconnaître que Potter Junior n'avait pas menti. Pas de voiture. Portes, fenêtres et volets clos. Au cas où il en aurait un jour douté, il était maudit. Résigné, il interrogea un voisin pour connaître la date de retour et eut très envie de décapiter le misérable qui lui annonça que son calvaire en Potter-sitting allait durer deux semaines. Il se retint néanmoins, se contentant de le terroriser jusqu'à l'os. Il demanda tout de même, en désespoir de cause, si le pauvre homme savait où la famille du razmoquette-scotché-à-son-canapé était allée mais il n'en savait rien et le regardait avec l'envie manifeste qu'il s'en aille au plus tôt. Il devait s'en aller avant d'attirer trop l'attention. Il serra les dents et s'éloigna dans une allée sombre pour transplaner de nouveau.
Qu'est-ce qu'il allait faire du môme ?
L'homme le détestait. C'était évident. Et il le connaissait. Plus important encore : il avait bien l'intention de le renvoyer le plus vite possible chez les Dursleys. Gagner du temps. Il lui fallait du temps. Il commença par poser des questions somme toute légitimes a priori mais qui semblèrent énerver encore plus son interlocuteur. Il enchaina avec une question plus simple même si la réponse était évidente. Il avait dû dormir un long moment car il se sentait pleinement reposé, ce qui n'était pas courant et, d'après la position du soleil, on approchait de midi. La réponse, bien que sarcastique et cassante, lui permit d'apprendre plusieurs choses : L'homme ne le détestait pas, c'était bien plus profond que ça. Et sans doute en rapport avec son père, qu'il semblait avoir suffisamment connu pour le reconnaître en lui. Il ressemblait donc à son père. Cela lui fit plaisir quelque part, il avait toujours seulement pu imaginer auquel de ses deux parents il pouvait bien ressembler quand il se regardait dans le miroir étant petit. Quand il se regardait encore.
L'homme avait profondément abhorré son père et donc lui, par extension. A en juger par le ton, son père avait dû faire quelque chose de grave pour que la rancune perdure au delà de sa mort. Il savait que son Oncle rejoignait Tante Marge ce matin et les Dursleys allaient y rester au moins deux semaines. Le temps de s'échapper. Et… de finir son… projet. Rien n'avait changé de ce côté-là. Il ne retournerait pas là-bas. Il lui fallait juste un motif pour que l'homme ne se doute de rien. Ça ne regardait personne. Il ne supporterait pas qu'on sache la vérité, qu'on sache à quel point il était faible de se laisser abuser. Alors il avait inventé cette histoire. L'homme connaissait peut-être ses parents mais pas lui, ce qui lui donnait un avantage. L'homme ne le crut pas tout d'abord et parut sceptique avant de se décider à aller vérifier par lui-même. Harry en aurait presque sourit. Il pourrait trouver un moyen de partir pendant ce temps-là. Sauf que l'homme avait sorti un étrange bâton de ces vêtements et l'avait fixé vers lui avant de murmurer quelque chose. Avait-il l'intention de le frapper avec ?
Par réflexe, il essaya de se lever mais ne put bouger du sofa. L'homme parut satisfait et disparut soudainement. Il fallut exactement dix bonnes secondes à Harry avant de reprendre ses esprits. L'homme avait fait de la magie. Comme lui, mais en mieux. Et plus efficace. Il était comme lui. C'est sans doute pour ça qu'il ne l'avait pas conduit ailleurs. Il avait peut-être remarqué qu'il était anormal lui aussi ? Oncle Vernon parlait souvent de sa « sale engeance » mais il n'avait jamais considéré qu'il put vraiment y en avoir d'autres comme lui. Apparemment, il y avait au moins l'homme en noir et ses parents. Il se dit que, finalement, il pourrait peut-être rester un peu. Histoire d'en apprendre plus. Peu importait que l'homme ne l'aime pas, il avait l'habitude mais il pourrait peut-être l'emmener ailleurs, chez d'autres gens comme eux et… Il secoua la tête, amère. Décidément, il pensait vraiment que ça lui était passé cette manie d'espérer sans raison. Il devait garder son objectif en tête : ne pas retourner chez les Dursley. Jamais. Pour l'instant, il allait attendre le retour de l'homme et agir en fonction. Et faire abstraction de la douleur de ses côtes. L'homme avait dû le déplacer sans faire attention.
Mais au moins, il n'avait rien remarqué, c'était déjà ça de gagné.
Severus était contrarié. Non. Il était au delà de ça. Il avait des projets, des études et des recherches à faire. Il avait des affaires à gérer, des potions pour l'infirmerie et des cours à préparer et il détestait les contretemps. Potter était la cause de ces contretemps. Et il allait devoir se le coltiner pendant deux longues semaines. A son retour, il lança un regard dur au gamin qui le fixait tranquillement, toujours impassible, réclamant de ses yeux le silence pour pouvoir penser. Il ne pouvait pas passer son temps à surveiller le gamin constamment, il avait autre chose à faire et le laisser aux soins des elfes était une mauvaise idée. Bien que compétent dans leur domaine, les elfes de maison avait une tendance agaçante à obéir sans questionner dès lors qu'il s'agissait de sorciers. Potter serait à même de les embobiner. Comme son père. Il fit une grimace éloquente. Non, impossible de le laisser livrer à lui-même.
Mais qu'en faire ?
Il fit appel à la force de la logique : elle ne l'avait jamais laissé tomber. Il ne pouvait s'occuper du gosse donc il devait le confier à d'autres, au moins pendant la journée. Il ne pouvait laisser entrer d'autres personnes chez lui ou l'envoyer ailleurs parce que le Garçon-qui-a-survécu ne pouvait pas être vu dans le monde sorcier. Restait le monde moldu. Il y avait le village de Stonehaven et il savait, pour l'avoir lu dans le journal local, que Mrs Macfarlane, la directrice de la Arduthie Primary School, organisait des sessions d'été pour les enfants en difficulté scolaire. Il y avait peut-être là une solution. Il pouvait laisser Potter là-bas entre 9h et 15h et, le déjeuner étant pris sur place, il serait libre d'organiser son temps comme bon lui semblait sans se soucier du môme. Il y avait finalement un peu de lumière au bout du tunnel. Il dirait simplement qu'une amie avait dû s'absenter en urgence et lui avait confié son enfant pour deux semaines mais que, ayant lui-même des obligations, il ne pouvait assumer de le garder avec lui tout le temps.
Ce serait crédible. Les gens du village le connaissaient, bien qu'il passât rarement. Officiellement, pour les moldus, il habitait l'ancienne maison du gardien du château qui lui servait de résidence d'été. D'après ce qu'il avait raconté durant les rares échanges avec son voisinage, il était professeur dans une école privée et ne rentrait que pour les congés, ce qui n'était pas loin de la vérité. Comme le cottage était équipé de toutes les installations communes courantes et que le sort d'illusion ne permettait pas aux villageois et aux visiteurs de contempler autre chose qu'une petite chaumière, il n'avait jamais été ennuyé par leurs questions ni les visites, vive les sorts repousses-moldus. De toute façon, ici, les gens étaient discrets et ne se mêlaient que rarement de ce qui ne les regardait pas. Il téléphonerait demain. Non, mieux, il s'y rendrait avec le gosse, avec un peu de chance, elle pourrait le prendre immédiatement. Rasséréné d'avoir trouvé une solution, il cessa sa marche en rond et se tourna vers le gamin qui l'observait soigneusement de ses grands yeux verts. Sans s'en rendre compte, il laissa échapper :
- Les yeux de Lily…
Il n'avait pas vraiment pris le temps de le regarder, pressé par l'urgence de trouver une histoire plausible puis stupéfié par la magie de l'homme mais, maintenant qu'il pouvait le voir en train de marcher de long en large, pour savoir quoi faire de lui manifestement, il s'adonna à son activité favorite. Il avait déjà beaucoup d'éléments à sa disposition mais il pourrait sans doute faire mieux. Les vêtements étaient souvent un indice important de la personnalité de la personne, Harry l'avait souvent remarqué. Son attitude corporelle aussi et sa voix. Néanmoins, parfois, il arrivait que des personnes ne correspondent pas du tout au costume – social notamment – qu'elles portaient aussi il était important de prêter attention au reste. L'homme était habillé en noir. Choix personnel ou signe de deuil. Sans doute les deux, décida Harry. Habit de haute qualité donc situation aisée, conforme au décor. L'attitude corporelle de l'homme suggérait plusieurs choses : une profonde tristesse dans la façon dont il se tenait rigidement droit mais avec les épaules courbées vers l'avant, comme pliées sous le poids d'un fardeau (des regrets ?) et le pli amer de la bouche suggérait que cela ne datait pas d'hier.
Il se déplaçait avec fluidité et presque avec grâce pourtant il ne semblait pas du genre sportif mais avait cependant des réflexes aiguisées, tout son corps le trahissaient. Ses yeux… A priori, il aurait dit qu'ils étaient noirs mais en y prêtant plus attention ce n'était pas vraiment ça. Plutôt bleus très foncés, comme s'ils ne voyaient jamais la lumière. Tout comme sa peau, affreusement pâle et presque cireuse. Il ne semblait pas malade cependant. Il était jeune, peut-être trente ans à son avis mais quelque chose le rendait plus ancien, comme si la vie l'avait prématurément vieillie. Des mauvaises expériences dans le passé… son père ? Les dents étaient jaunes et inégales, non adepte du dentiste et du soin de lui-même donc. Ses cheveux paraissaient graisseux mais c'était étrange d'avoir les cheveux si gras, justement alors que l'homme paraissait propre sur lui autrement. Ça lui rappelait les onguents de soin que mettait sa Tante le soir pour passer la nuit. Ça sentait très mauvais et, personnellement, il trouvait cela affreusement répugnant mais paraît-il que cela les rendait plus beaux. Il n'avait jamais vu de différence mais s'était bien gardé de le dire. Dans cette hypothèse, l'homme avait besoin de ce genre de soin probablement pour protéger ses cheveux, pour son travail certainement car si cela avait été pour ses loisirs, une simple charlotte aurait suffi. Quel genre de métier pouvait-il exercer ?
Les mains étaient grandes, avec de longs doigts fins aux ongles jaunis, habituées à travailler et à manipuler des substances qui imprègnent la peau mais qui ne semblaient pas calleuses. Un métier semi-manuel donc mais il ne voyait toujours pas lequel. Sa voix. Elle était profonde, basse et riche. C'était l'élément le plus déterminant. Une voix profonde mais sèche, veloutée mais autoritaire et habituée à être obéie sans être haussée. Et il y avait surtout de la force chez l'homme, mais cachée, dissimulée. Tout comme sa dangerosité. Elle était présente mais bien tapie. Cet homme pourtant n'était pas mauvais, Harry le sentait. Il l'avait exaspéré et il y aurait eu longtemps qu'il se serait pris une bonne raclée chez son Oncle s'il avait osé répondre ainsi – s'il avait osé répondre tout court, ou parler même – mais l'homme n'avait rien fait à part manifester sa colère et ses sentiments envers lui. Il lui avait clairement dit ce qu'il attendait de lui, l'y avait même contraint mais ne lui avait pas fait mal ni menacé de lui faire mal. Et apparemment, depuis qu'il était revenu, il cherchait une façon de se charger de lui pendant que ses relatifs seraient absents.
Soudain, l'homme s'était arrêté et tourné vers lui, semblant se perdre un moment et murmurant :
- Les yeux de Lily.
'J'ai les yeux de ma mère', pensa t'il. Sa gorge se serra. Il en avait plus appris sur ses parents en une heure avec cet inconnu qu'en huit ans chez les Dursley. Là-bas, la règle était simple : « ne pose pas de questions ». Tout ce qu'on lui avait dit c'était qu'ils étaient morts dans un accident de voiture comme les bons à rien d'ivrognes qu'ils étaient et qu'ils méritaient bien ce qui leur étaient arrivés. La seule chose qu'ils regrettaient, c'était qu'ils auraient au moins pu avoir la décence de l'emporter avec eux au lieu de leur imposer sa présence indésirable. L'homme avait connu sa mère donc mais, contrairement à son père, sa disparition semblait l'avoir affecté. Donc sa mère devait avoir été appréciée et c'est pour cela qu'il n'aimait pas le regarder dans les yeux, fixant un point juste au dessus. La différence était subtile mais bien là. Masquant son trouble, il tourna son regard vers la fenêtre, tout en laissant l'homme dans sa vision périphérique, pour surveiller ses gestes. Il avait rencontré et connu ses parents. Ça le rendait nerveux. Il avait tant de questions mais ne se sentait pas de les poser.
L'homme prit une grande inspiration.
- Très bien, Mr Potter, commença lentement Severus. Tout d'abord, puisque nous allons être obligés, du fait de votre manque de jugeote digne d'une Ciseburine, de cohabiter jusqu'au retour de vos relatifs, je suggère que nous établissions quelques règles pour que cela se passe au mieux.
La « suggestion » n'était pas du tout suggérée, songea Harry qui se contenta de hocher la tête.
- Une réponse verbale complète, Mr Potter, admonesta le Maître des Potions, exaspéré par le manque de politesse du parasite de huit ans.
- Oui, Monsieur… Monsieur ? Se hasarda à demander Harry. Il n'allait quand même pas passer deux semaines avec un inconnu quand même ? L'homme en noir examina la question un instant, avant de déclarer à contrecœur :
- Je suis le professeur Severus Snape. Vous vous adresserez à moi par les termes « Monsieur » ou « Professeur Snape », est-ce clair ? Déclara d'un ton ferme Severus.
Quelqu'un devait apprendre un minimum de manière au garçon, ne serait-ce que pour éviter qu'il prenne le chemin de son père. Si c'était encore possible, évidemment.
- Oui, professeur Snape, répondit docilement le gamin.
- Bien, reprit Severus avec satisfaction. Dès demain, je vous conduirai au village à proximité d'ici, appelé Stonehaven, où je compte vous faire inscrire aux cours d'été.
Il s'attendait à entendre des cris stridents, des hurlements qu'on ose priver Le-Petit-Prince-Potter de ses vacances et de ses jeux pour le forcer à retourner à l'école mais il n'eut pas droit à la moindre forme d'opposition, juste une écoute attentive et polie. Il fronça les sourcils mais après tout, il avait certainement suffisamment effrayé le gamin pour pouvoir espérer se faire obéir de lui. Bien, ça allait peut-être être supportable, se dit-il avant de poursuivre.
- Vous serez là-bas du lundi au vendredi, de 9h à 15h et mangerez sur place. J'attends de vous que vous vous comportiez respectueusement avec vos professeurs, que vous répondiez à leurs demandes et que vous étudiez très sérieusement sinon vous n'aimerez pas les conséquences, je vous assure.
Il se stoppa pour avoir confirmation :
- Oui, professeur.
Il continua :
- Vous mangerez à la cantine mais les elfes de maison vous prépareront votre repas que vous emporterez avec vous, est-ce clair ?
- Oui, professeur.
- Je vous emmènerai à 8h30 et viendrai vous chercher à la sortie chaque après-midi mais ne comptez pas pouvoir rôder dans la maison. Vous descendrez dans mon laboratoire avec de la lecture à faire si vous n'avez pas de devoirs à rendre. Le dîner sera servi à 19h et le petit déjeuner à 7h30. J'exige la ponctualité et il est hors de question de faire le difficile. Vous mangerez ce qui vous sera servi et il ne sera pas fait d'exception. Une fois que le dîner sera terminé, j'attends que vous alliez dans votre chambre et ne croyez pas que je ne le saurais pas si vous faites des détours. Vous pourrez uniquement voyager de votre chambre à la salle de bain entre le moment où vous regagnez votre chambre et le moment où j'irais vous chercher pour le petit-déjeuner. Compris ?
- Oui, monsieur.
- Bien. Autre chose : il est inutile de chercher à amadouer les elfes de maison, ils n'obéissent qu'à moi et ils auront des ordres stricts (une fois que j'aurais discuté avec eux, songea t'il) de même qu'il est inutile de chercher à sortir de la propriété sans moi, les barrières ne laissent entrer ou sortir personne sans mon consentement… que vous n'aurez pas, s'il fallait vous le préciser, ajouta t'il sarcastiquement.
- Non, monsieur.
- Les deux week-ends que nous passerons ensemble seront consacrés à l'étude également mais aussi à d'autres activités calmes. Il accentua le dernier mot avec emphase. Vous pourrez faire des suggestions mais je vous conseille de me demander la permission avant d'entreprendre quoi que ce soit.
- Oui, professeur.
- Avez-vous des questions ?
Severus espérait bien que non, il avait l'intention d'aller manger, d'aller chercher un livre pour le gamin et de le faire descendre avec lui au laboratoire jusqu'à l'heure du souper pour le conduire ensuite à sa chambre. Programme complet. Il vit le garçon perdre un peu de cette agaçante impassibilité dont il avait fait preuve jusque maintenant. Il se mordillait la lèvre et il dut se retenir de détourner les yeux devant cette mimique si familière à Lily. Il ne put s'empêcher de claquer sa langue contre son palais et de lâcher :
- Et bien ? Posez votre question !
- Est-ce que vous êtes un magicien ?
Pris par surprise, il fronça les sourcils et releva le menton pour inciter Potter à développer. Le gamin sembla comprendre et précisa :
- Vous avez fait de la magie avec votre bâton… Est-ce qu'il y en a beaucoup des gens comme nous ? Est-ce que ça s'apprend ? Qu'est-ce qu'un elfe de maison ? Quelle matière enseignez-vous ?
Il n'avait pas osé demander à propos de ses parents car le sujet semblait sensible. Mais la magie, ça, ça l'intéressait. Peut-être qu'il pourrait trouver un moyen d'utiliser plus facilement la sienne pour se protéger des Dursley. C'était une idée à creuser. Ou peut-être qu'il trouverait un moyen de rejoindre les gens comme lui et de trouver un moyen de survivre, quitte à travailler, ça ne le dérangeait pas. Mais il fallait qu'il en sache plus. Et sa seule source d'information, c'était le professeur Snape. Le programme que lui proposait le professeur semblait intéressant même s'il appréhendait un peu l'école. Il allait sans doute s'ennuyer comme d'habitude mais cette fois, il n'y avait pas de Dudley et il pourrait être honnête sur ses capacités et faire de son mieux. Et peut-être se faire des amis !
Il allait pouvoir étudier toute la journée et il avait le droit de proposer lui-même des activités juste en demandant l'autorisation. Et le professeur n'avait pas parlé de corvées à effectuer. Harry se dit qu'il ferait quand même son lit, rangerait la chambre et nettoierait après son passage dans la salle de bain. Il verrait ensuite ce qui lui serait demandé. Il allait même avoir une chambre rien qu'à lui et le professeur s'attendait à ce qu'il mange de tout sans discuter. Ça semblait franchement un peu trop beau pour être vrai mais après tout… Il attendrait de voir après les deux semaines, il trouverait bien un moyen de ne pas retourner chez les Dursleys et, en attendant, ce serait sans doute les meilleurs vacances d'été qu'il aurait jamais eu. En même temps, c'était ses premières…
Un magicien ? D'autres comme eux ? Un bâton ? Misère… Non, dîtes-moi que ce n'est pas vrai. Le Garçon-Qui-A-Survécu, le Symbole de la Lumière du monde sorcier, l'héritier d'une des dix plus importantes et anciennes fortunes sorcières de Grande Bretagne, d'un titre de Lord… etc, ne pouvait pas ne pas être au courant de sa condition ou de son histoire ? Albus avait dit que le môme avait été envoyé en sûreté dans le monde moldu, loin de l'agitation de leur propre univers et défendu par la protection du sang léguée par Lily. Mais dans la tête de Severus, cela n'empêchait pas que le gamin serait instruit sur ses origines, voire même entraîné pour le retour du Lord. De plus, en tant que Lord Potter, même mineur, il devrait normalement être proprement instruit dans ses droits et devoirs, éduqué à l'étiquette sorcière pour quand viendrait l'heure de siéger au Magenmagot. Lui n'en avait pas bénéficié car son grand-père ne l'avait pas imaginé en tant qu'héritier digne du nom des Prince et c'est seulement grâce à Lucius qu'il avait acquis les bases même s'il ne siégeait pas officiellement. Ça n'avait pas de sens. Albus devait s'être assuré de ses détails en tant que tuteur magique. A moins que le gosse ne cherche à le faire marcher mais il y avait trop de curiosité impatiente, même dans la voix policée du moufflet pour douter de sa sincérité. Ça allait être des semaines bien longues et il faudrait qu'il en parle à Albus à son retour début août.
Il y avait certainement une explication.
Les deux semaines passèrent relativement rapidement tout compte fait. Il avait pu déposer Potter dès le lendemain matin à l'école mais le reste du dimanche avait été long car il avait fallu expliquer le B.A-BA de la société sorcière (5 minutes et une démonstration basique à l'appui) avant de lui fourrer un livre d'histoire du monde magique entre les mains et de l'emmener à son laboratoire où il avait pu brasser le premier chaudron des potions pour l'infirmerie de Poudlard afin de pouvoir ensuite être libre pour ses recherches, calant le môme dans un fauteuil pour le surveiller du coin de l'œil pendant qu'il travaillait, un fond de Mozart sur la platine. Le gamin n'avait pas cillé tout du long. C'était étrange cette sorte de détachement mais il imaginait que le fait de se retrouver chez un inconnu, loin de sa famille adorée et obligé de se conformer à un règlement strict ne devait pas réjouir l'enfant chéri-gâté-pourri et que sa façon de manifester était de bouder. Tant mieux, au moins il avait la paix. Il avait presque oublié sa présence alors qu'il allait remonter. Heureusement, le gamin l'avait suivi. Un Potter sans surveillance dans un laboratoire, c'était comme de laisser une araignée sous le nez d'un Boursouf. Ça ne pouvait pas bien se terminer. Néanmoins, il n'allait pas relâcher sa garde sur le fils de James Potter. Cela lui épargnerait sans doute bien des tracas, à n'en pas douter.
Il avait expliqué à la directrice de l'école son histoire et elle avait accueilli l'enfant avec bienveillance. Il avait insisté à ce qu'elle soit vigilante sur le comportement du garçon et à ce qu'elle n'hésite pas à lui faire savoir s'il causait des problèmes. Après quelques jours, elle lui avait fait remarquer que le gamin semblait distrait et qu'elle avait du mal à capter son attention. Egalement, elle lui avait appris qu'il ne semblait pas s'entendre avec les autres, ayant demandé à rester dans la bibliothèque de l'école pendant les récréations après un incident avec les autres enfants. Severus avait sifflé de dédain. Monsieur Potter se trouvait trop bien pour les gens du peuple probablement. Même s'il n'était pas au courant de ses origines jusqu'à maintenant (sans doute que ses relatifs n'avaient pas voulu lui monter la tête avec sa « célébrité »), cela ne signifiait pas pour autant qu'il n'était pas aussi arrogant et gâté que son paternel. Cette façon qu'il avait de toujours répondre poliment, avec le minimum de mots, comme si le fait de daigner lui répondre était déjà un privilège en soi, était extrêmement irritante mais de toute façon, le cauchemar allait bientôt cesser. La famille de Potter revenait dans deux jours pour le délivrer.
Enfin.
Ça avait été les deux semaines les plus intéressantes qu'il eut jamais passées. Après avoir appris l'existence du monde magique, il s'était vu remettre plusieurs ouvrages par le professeur Snape et il les avait dévorés en un rien de temps. Après, il avait même eu l'autorisation de se servir dans la magnifique bibliothèque du professeur, excepté pour les livres interdits avec sortilège de protection et d'alarme qui n'était apparemment pas de son âge. C'était fascinant tout ce qu'il y avait à apprendre. Tant de nouvelles choses et, quand il n'étudiait pas la magie et son histoire, il allait à l'école et il n'avait pas à faire semblant d'être stupide pour une fois. En plus, Mrs Macfarlane était gentille. Il continuait à s'ennuyer mais tant que son travail était fait, elle le laissait relativement tranquille. Ainsi, il pouvait reprendre sa lecture – les livres du professeur étaient enchantés pour que le contenu apparaisse ordinairement inintéressant pour les moldus (c'est comme ça que s'appelle les gens sans magie, avait-il appris) – et elle l'avait même laissé chercher des livres à la bibliothèque de l'école pendant les récréations.
Il partageait ainsi ses lectures entre ouvrages magiques et moldus. Les livres de l'école comprenaient une grande section sur les romanciers classiques contrairement à Little Whinging et il se délectait de Rudyard Kipling, Jonathan Swift, Sir Arthur Conan Doyle et tant d'autres. Bien sûr, tout n'était pas parfait. Le premier jour, il avait essayé de se mêler aux autres mais il ne savait pas quoi dire et il ne connaissait pas les jeux auxquels ils jouaient. De plus, il n'était que de passage alors qu'ils se connaissaient tous. S'il fallait en rajouter, il avait toujours réponse aux questions de l'institutrice et cela ne les avait pas mis dans de bonnes dispositions, eux qui étaient considérés « en difficulté ». Ils avaient commencé à le bousculer et il ne s'était pas défendu. Ça n'aurait rien changé, il le savait. Cette leçon-là, il l'avait apprise il y a longtemps. Au moins, les choses étaient-elles claires maintenant. Ça devait venir de lui, finalement, se disait-il.
Cette fois, ce n'était pas à cause de Dudley qui proférait des menaces sur les autres si jamais ils essayaient de l'approcher ou de lui parler, il avait vraiment un problème. Etre triste ne changeant rien à la situation de toute façon, il en avait pris son parti. Il avait l'habitude d'être seul de toute façon et s'en accommodait fort bien, merci beaucoup. La directrice l'avait autorisé à rester à l'intérieur à lire. Il savait qu'elle avait pitié de lui et ça le mettait en colère. Il ne supportait pas ses regards-là. La colère, le mépris, l'agressivité, il pouvait le supporter mais pas ça. Il s'était retranché dans les livres, ignorant le reste. Ils étaient les seuls compagnons qui ne l'avaient jamais déçu.
Mais il y avait une autre chose qui l'avait vraiment marqué pendant ces deux semaines avec le professeur : la mort de ses parents. Il avait lu « Les Grands Evénements de la Sorcellerie au XXe siècle » où était racontée la fin de ses parents, la vrai cette fois, où ceux-ci avaient donné leur vie pour lui. Sa haine pour les Durleys avait dépassé les limites du retour. Jamais il ne pourrait leur pardonner. Ils avaient menti sur toute la ligne, ses origines, la mort de ses parents. Toute sa vie était un mensonge. Ça l'avait vraiment bouleversé. Apparemment, le Mage noir, un certain Voldemort, un sorcier dont on ne devait même pas prononcer le nom – à quoi servait d'en avoir un si ce n'était pas pour s'en servir ? – était venu pour les tuer et quand il avait essayé de s'en prendre à lui, le sort s'était retourné contre lui, on ne savait trop comment, le faisant disparaître.
Mais le plus étonnant, c'est que tout le monde pensait qu'il y était pour quelque chose. Il n'avait que quinze mois ! Et il était célèbre pour cela apparemment. Même dans le monde magique il était une sorte de monstre. Ou alors c'était la preuve que les sorciers étaient des imbéciles. Sans doute un peu des deux. Mais au moins, maintenant, il savait la vérité. Et devait aussi faire face à la réalité. Il n'y avait plus d'échappatoire possible, sa seule piste était fermée. On le reconnaîtrait partout où il essaierait de se cacher dans le monde sorcier. A cause d'une stupide cicatrice. Il l'avait aimé parce qu'elle le rendait différent, unique. Maintenant, il la détestait parce qu'elle lui rappelait la mort de ses parents et sa responsabilité dans celle-ci.
Il ne retournerait pas chez les Dursley cependant. Il était un monstre, une curiosité et une anormalité des deux côtés. Soit. Aucun des deux ne voulait connaître Harry. « Juste Harry » n'avait rien de particulièrement intéressant d'ailleurs mais il avait quand même eu des projets, des envies. Pendant ces deux semaines, il avait pu développer d'autres envies, d'autres projets. D'autres regrets. Maintenant il était dos au mur. Le délai était presque écoulé et il savait ce qu'il ferait. Ce serait sa façon à lui de l'emporter même s'il aurait vraiment apprécié de leur faire payer. Il en avait même rêvé. Attendre patiemment que sa majorité approche. Attendre qu'ils dorment tous. Les éliminer comme les insectes qu'ils étaient et toucher l'héritage. Entamer des études dans une bonne université et leur montrer à tous qu'il pouvait y arriver. Mais il n'en aurait pas l'opportunité car il n'y retournerait jamais.
Mais être ici, avec le professeur, lui manquerait.
Le professeur Snape avait été peu causant et il n'avait pas osé parler en sa présence car, dès qu'il prenait la parole, cela semblait énerver le sombre Maître des Potions. Toutefois, il le laissait descendre avec lui dans son laboratoire et c'était les moments qu'il préférait. Il le laissait choisir un livre dans la bibliothèque ou faire les quelques devoirs donnés par l'institutrice et le laissait se mettre à l'aise. Sa seule consigne c'était le silence absolu. Ce qui ne posait aucun problème à Harry. Voir le professeur concentré sur sa tâche avait quelque chose de fascinant et d'étrangement réconfortant. C'était comme d'être invité à un spectacle donné rien que pour vous. Le visage de l'homme devenait très expressif dans ces moments-là. Il fronçait les sourcils, plissait la bouche, se pinçait l'arête du nez, marmonnait des phrases inintelligibles et ajoutait des ingrédients étranges (voir franchement répugnants) dans un grand chaudron.
Et il y avait la musique aussi. Il y avait eu Mozart, Bach, Mendelssohn, Verdi et tant d'autres. Harry avait toujours aimé les cours de musique même si, dans son école, cela se résumait souvent à un peu de chant et de lecture de notes. C'était comme un langage secret que seuls quelques uns pouvaient comprendre. Il y avait énormément de possibilités. Il y avait les noirs, les blanches, les croches, doubles, simples, tellement de nuances quasi-infinies… Même les rythmes étaient différents selon le temps sur lequel ils se jouaient. Et tous ces sons différents suivant les instruments. Les aigues du violon, la mesure donnée par les percussions, le tapotage du piano… Chacun apportant leur contribution à l'ensemble en une harmonie sans fin.
Il aimait quand le professeur l'emmenait et l'invitait à s'asseoir sans bouger d'un geste de main ou de tête. Il faisait ses devoirs ou lisait tranquillement avec un fond de musique et c'était la chose la plus proche du paradis qu'il ait jamais connu. De plus, il n'avait pas une seule fois été puni (il ne voulait pas découvrir comment le professeur aurait prévu de le réprimander) et toutes ses blessures commençaient à bien guérir. Il avait regardé attentivement dans le miroir de la salle de bain. Il avait encore mal aux côtes mais moins qu'avant. La magie aidait bien et plus vite quand il était bien nourri et reposé, mis à part les cauchemars évidemment, mais ce n'était rien d'important.
Et le professeur lui avait donné des vêtements. Un peu usés, totalement noirs, mais à sa taille ! D'après le Maître des Potions, il s'agissait de ses propres vêtements d'enfance. Et il lui prêtait. Il les avait même ajustés à sa taille. C'était vraiment gentil. L'homme aurait sans doute réfuté l'argument. Il ne semblait pas aimer Harry mais il lui donnait pourtant plein de choses. Et il tenait à ce qu'il mange trois repas par jour. Harry avait eu du mal avec cette partie-là. Il avait toujours pensé que, s'il en avait l'occasion, il mangerait jusqu'à plus soif comme Dudley, mais en fait, alors que, pour la première fois, il avait pu se tenir à table pour prendre son repas, tout cet étalage de nourriture dans son assiette, cela l'avait simplement écœuré.
De plus, il ne savait pas vraiment comment utiliser les couverts (les Dursleys n'étaient pas un exemple en la matière et il n'avait pas eu l'occasion de vraiment pratiquer) alors il avait fallu observer le professeur mais il s'en était plutôt bien sorti même si le professeur lui avait fait corriger ses manières. Avec des remarques plutôt cinglantes mais il ne pouvait pas lui en vouloir. Il avait honte de ne pas savoir comment se tenir à table. Mais au moins, ça lui permettait de s'améliorer et c'était constructif. Seulement, même en mangeant lentement, par petites bouchées, une fois parvenu au milieu de son assiette, il avait su qu'il serait malade s'il continuait. Monsieur Snape n'avait pas été content, l'accusant de gaspiller la nourriture et Harry avait fini son repas. Il s'était vraiment senti coupable. Tellement coupable qu'une fois arrivé à l'heure du coucher, il n'avait pu s'endormir, l'estomac trop noué.
Finalement, une heure après s'être couché, il avait dû se lever en vitesse pour aller vomir. Il n'avait pas atteint la cuvette à temps. Il en avait été horrifié, terrorisé d'imaginer les conséquences. Le professeur était venu et Harry avait eu peur. Quand il réveillait Oncle Vernon lorsqu'il avait fait un cauchemar ou qu'il était malade, ça se passait mal, très mal même. Mais le Maître des Potions avait seulement soupiré, grommelé, nettoyé ce qui devait l'être avec sa baguette et lui avait donné une potion pour calmer son estomac. Il avait même veillé à ce qu'il aille se recoucher. Harry ne comprenait pas pourquoi il agissait comme ça alors qu'il ne lui apportait que des ennuis. Il ne lui avait même pas crié dessus. C'était quelque chose qu'Harry n'avait pas compris.
Le professeur était vraiment quelqu'un de gentil. Il prenait soin de lui sans avoir l'air de le faire. Aux repas suivants, il avait laissé Harry se servir lui-même et n'avait pas commenté. Avant, Harry avait toujours faim. Maintenant, son estomac semblait toujours trop plein et le moment des repas était un moment d'appréhension énorme à l'idée de devoir manger, même les faibles portions qu'il se servait lui-même. Heureusement, à l'école, il pouvait tricher en donnant son repas au chien de Mrs Macfarlane et personne ne surveillait ce qu'il mangeait réellement. Il regrettait seulement que cela arrive bientôt à son terme mais il se disait qu'il avait eu de la chance de rencontrer le professeur. Il n'était pas question d'affection, Harry ne voulait pas s'attacher à qui que ce soit de toute façon. Il ne savait même pas s'il en était capable mais le professeur Snape l'avait accueilli chez lui alors que cela l'ennuyait manifestement, il s'était occupé de lui et lui avait offert plus que ce qu'avaient jamais fait les Dursleys en seulement deux semaines. Il lui avait permit d'apprendre ce qu'il voulait, d'écouter de la musique et surtout, d'être protégé. La sensation avait quelque chose d'étrange et d'inhabituelle mais pas déplaisante.
Le Maître des Potions lui tenait la main pour ne pas qu'il tombe sur le sentier escarpé qui menait à Stonehaven. Sans serrer trop fort, sans tirer sur son bras, juste en lui maintenant fermement la main mais en contrôlant sa force. Personne n'avait jamais fait attention à ce qu'il ne tombe pas, ne se perde pas ou ne se fasse pas mal. Bien sûr, c'était parce que l'homme voulait lui faire tenir le rythme et le surveiller mais quand même, c'était… agréable. Même s'il ne fallait pas s'habituer. Ce n'était pas comme si le professeur tenait à lui ou quoique ce soit dans ce genre-là. Il avait quand même prévu d'écrire une lettre pour lui, pour le remercier avant son « départ ». Pour le remercier. Il n'avait pas peur, pas vraiment. Bon, peut-être un peu mais il ne voulait pas y penser. Quand il commençait à douter, il songeait à toutes les raisons pour lesquelles il fallait le faire. Il n'avait même pas l'idée de se confier au professeur. D'abord, parce qu'il était certain qu'il ne le croirait pas. Il ne l'aimait pas même s'il ne lui faisait pas de mal, après tout. Ensuite, que pourrait-il faire ? Il n'était pas de sa famille et, même s'il avait connu ses parents, il n'avait aucun droit sur lui. Et puis, il ne voudrait certainement pas le garder. Il ne fallait même pas y croire une seconde tellement il semblait satisfait chaque fois que son regard se posait sur le calendrier. Personne ne voudrait de lui pour ce qu'il était. Juste Harry. Et Harry ne valait pas grand chose en soi.
Pour les Dursleys, il était un fardeau, un idiot doublé d'une tare le rendant anormal. Pour le monde sorcier, il était une sorte de sauveur, une sorte de symbole, bon nombre de livres ne faisaient que l'affubler de surnoms ridicules tels que le « Garçon-qui-a-survécu » et autres aberrations. Pour les autres moldus, il n'était rien qu'un orphelin un peu bizarre dont on ne se souciait pas. Et pour le professeur, il était la réminiscence de souvenirs douloureux qui attendait avec impatience la fin de son calvaire représentée par son retour chez les Dursleys. Parce que lui aussi, au final, s'en fichait. Harry avait pourtant essayé d'être le moins gênant possible pour le Maître des Potions. Il n'avait pas posé de questions ni interrompu le professeur pendant qu'il travaillait. Vraiment. Seulement, le sombre professeur semblait toujours dérangé et agacé quand son regard croisait le sien. Et ils n'avaient échangés qu'une cinquantaine de mots durant son séjour. C'était une bonne chose que ce soit bientôt terminé finalement.
Il n'ennuierait bientôt plus personne. Jamais.
Voilà!
Un chapitre de plus... Il est plutôt soft je trouve. Rassurez-vous, ça va bientôt se détériorer (mine sadique)...
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