Et voilà ! Déjà pratiquement une semaine d'écoulée depuis le dernier chapitre, ça passe vite ! Bonne lecture !


Un rayon de lumière blafard traversa l'un des carreaux de la fenêtre de la chambre. Il alla caresser le visage du Dieu de la mort avachi disgracieusement sur son lit et endormi. Peu à peu, la pièce encore plongée dans une pénombre s'éclaircit. Le filet de jour réveilla le si romantique tronçonneur qui fut, quelques secondes, aveuglé par l'ensoleillement.

Grell Sutcliff venait juste de sortir de son profond sommeil. Il était resté éveillé jusqu'à très tard dans la nuit, après avoir fouillé les appartements de son patron et avoir essayé le costume qu'il escomptait revêtir lors de l'apparat qui allait bientôt se tenir.

Mollement, le Shinigami aux cheveux rouges tendit un bras pour saisir son réveil. Les yeux encore embrumés par la fatigue, il mit du temps à lire l'heure indiquée sur la petite pendule. Difficilement, donc, il réussit progressivement à déchiffrer les indications données par les aiguilles.

Ses yeux s'écarquillèrent. Il était dix heures trente du matin. Il n'était pas douché, pas maquillé, pas habillé. Il n'était, en outre, pas présentable et surtout, il n'avait guère pu accomplir son irruption journalière dans le bureau de son supérieur. Violemment, il écarta ses draps de satin rouge et quitta sa couche en poussant un cri aigu et perçant.

Il courut vers la salle de bain après avoir ramassé sa tenue noiraude et son manteau pourpre qui gisaient sur le sol. Il retira rapidement la majestueuse robe qu'il portait et dont il avait tant pris soin la veille. Ces actions négligentes envers le précieux vêtement le firent grogner. L'empressement l'obligeait, malgré lui, à commettre des actes vraiment atroces.

À présent nu, il détacha ses cheveux qui allèrent se frotter au le bas de son dos. Il poussa un faible soupire de contentement lorsqu'une de ses mèches vint chatouiller son nez. L'odeur suave et masculine de William avait légèrement parfumée sa chevelure. Ses joues prirent une couleur carmine lorsqu'il repensa aux choses qu'il s'était permis de faire alors que son supérieur hiérarchique sommeillait paisiblement. A cet instant, il regretta amèrement de ne pas avoir été plus loin. Après tout, rien ne lui aurait fait barrière. Will plongé momentanément dans un état de léthargie ne représentait aucune menace.

Il secoua vigoureusement la tête pour effacer ses pensées délicieusement obscènes et il pénétra dans la douche. Il alluma le jet et laissa l'eau chaude couler plusieurs minutes sur la peau son corps.

Les gouttelettes qui glissaient sur son derme pâle le brûlaient. Il grimaça lorsqu'il senti le liquide transparent s'abattre avec violence sur la plaie de son épaule qui lui avait été infligée par Sebastian lors du combat pendant l'affaire de Jack l'éventreur. Le démon l'avait tant malmené que son omoplate portait à présent une trace violacée. Cela faisait plus d'une semaine que l'hématome était présent sur son tégument blême mais ce dernier le faisait toujours autant souffrir. Le bellâtre à la chevelure corbeau était si puissant...

Il ferma les yeux et passa ses doigts sur ses chairs douloureuses. Il palpa la contusion colorée et gémit. Il souffrait mais cette blessure lui rappelait son majordome. Il frémit en enroulant ses bras autour de sa taille et se plaqua de côté contre le carrelage froid de la cabine.

- Ah... Sebastian... Hm ~ Cette nuit fut si torride… Mon corps encore endolori n'oubliera jamais l'arde de tes coups et la férocité de ton regard. Tout ce rouge que tu as sauvagement fait couler te rendait si séduisant. Si diablement élégant. Notre bataille, éclairée par la pureté de l'astre lunaire, rendait ce moment passionnel. DEATH ~

Le bruit du ruissellement de l'eau rendait ses mots presque inaudibles alors qu'il se frottait sensuellement au mur blanc et glacé. Glacé... Comme le regard de William lorsqu'il l'avait sauvé de la mort alors que le Démon des Phantomhive allait le déchiqueter.

Ses pensées se tournèrent alors vers son supérieur. Spears le détestait-il autant qu'il le laissait transparaître ? En près d'un siècle, cet homme si froid ne lui avait jamais adressé un geste d'affection. Toutefois, s'il ne l'appréciait pas, pourquoi lui avait-il si souvent apporté son aide ?

Il planta ses dents en pointues dans sa lèvre inférieure. Les réponses à ses interrogations étaient simples et évidentes. Le Dieu austère n'avait fait cela que dans son intérêt : Il lui avait porté secours pour que Grell reste à jamais à ses côté. Pour qu'un beau jour ils puissent unir leur profond amour par un mariage…

Les idées folles qui flottaient dans son esprit le firent pousser plusieurs complaintes complaisantes alors qu'il se retournait pour se coller contre le dallage lilial du mur opposé. Il était onze heures et Grell n'avait toujours pas terminé sa toilette.

Il quitta son logement. Promptement, il descendit les étages qui le séparaient du bureau de Will qu'il n'avait pas vu depuis prêt d'une demi-journée et avec qui il devait parler de sa présence à la fête donnée dans la soirée.

Sur le chemin, il croisa des regards dédaigneux et moqueurs. À leur vue, la bouche rougeâtre de l'excentrique Dieu se déforma en un rictus dangereux. Il détestait que les gens fassent preuve de mépris à son égard mais ce qu'il abhorrait davantage était le manque de respect. Le comportement de ces Shinigamis contentieux était vil et abject.

Son sourire carnassier s'effaça lorsqu'il fit face à l'entrée du bureau de William. Sans même prendre la peine de frapper il ouvrit la porte et s'introduit en grand fracas dans la pièce, une risette enfantine accrochée aux lèvres.

- Mon Willy, je suis enfin là ! Hm… J'espère ne pas t'avoir fait trop attendre mais, vois-tu, une femme à besoin de temps pour se préparer et il faut qu'elle sache se faire désirer ~

Il s'était dandiné en prononçant ces mots mais ses tortillements excités ne furent qu'éphémères. En effet, Spears n'était pas assis derrière son bureau à remplir de la paperasserie comme il en avait l'habitude.

Le visage enjoué de Grell se décomposa. Il s'avança vers le meuble sur lequel était posé un document où les deux premières lignes seulement étaient remplies. Il n'avait jamais vu une telle chose. Comment quelqu'un qui attachait tant d'importance au professionnalisme aurait pu abandonner une tache si substantielle ?

- Mais… Où es-tu Willy ? Où te caches-tu ?

Il avait piaillé comme un animal blessé, perdu et déconcerté par cette situation plus qu'inhabituelle. Il s'assit lourdement sur le fauteuil bleu – dont la tache de café marronnée paraissait toujours – placé derrière la table de travail. Il s'installa confortablement et prit un crayon dans un des pots soigneusement disposé sur la surface blanche.

Il posa le bout du stylo sur le rapport incomplet placé devant lui et y griffonna quelques mots : "William, je constate avec tristesse que tu n'es pas là. Pour cette raison, je t'écris ce message. Je souhaiterais connaître le choix que tu as fait pour ce soir. Essaie de me transmettre ta réponse avant le début des réjouissances. J'espère que tu accepteras de t'offrir pour un soir à la plus charmante des Ladies". Il signa au dessous de son écrit et combla les vides laissés par de petits dessins.

Sur ce, il se redressa et quitta le siège. L'horloge suspendue au mur indiquait midi passé. William avait peut être pris exceptionnellement sa pause déjeuné et était parti se restaurer.

Il arriva devant le grand réfectoire où beaucoup de ses collègues mangeaient et discutaient joyeusement, assis autour d'une table. Grell avait perdu l'habitude de venir dans ce lieu. Il n'arrivait pas à supporter le poids de la solitude et cela, surtout pendant les repas. Cherchant Will, il balaya la pièce du regard lorsqu'il senti une main se poser sur son épaule.

- Hmm… Willy ~

Excité et convaincu qu'il s'agissait de celui qu'il essayait de trouver, il se retourna en gloussant. Son interlocuteur, que le Shinigami rouge venait juste de reconnaître, hocha négativement la tête.

- Oh… C'est toi Ron.

- Hm-hm… Tu sembles déçu que ce ne soit que moi. Je me trompe ?

- J'aurais préféré voir…

- Notre cher patron ?

Pour toute réponse, les pommettes de Grell prirent une teinte rougeâtre. Il passa un doigt sur le vermeil de ses lèvres et murmura un faible "Oui". Il plongea alors ses yeux dans ceux de la jeune recrue.

- Sais-tu ou il se trouve ? Je sais qu'il s'occupe parfois de t'enseigner les usages des Dieux de la mort. Il a sûrement dû te confier quelque chose…

Ronald ne savait pas exactement où se trouvait Spears mais il en avait une petite idée. Il ouvrit la bouche pour révéler tout ce qu'il savait à Grell mais il la referma rapidement, se rappelant des interdictions que lui avait intimées son supérieur. Il se racla bruyamment la gorge.

-… Je ne sais pas.

Grell était une personne quelque peu folasse et névrosée mais il était loin d'être crédule. Aussi, il savait, la plupart du temps, reconnaître le mensonge et cela surtout lorsqu'il s'agissait de William. Ce que lui disait Ronald n'était pas la vérité.

- Ne me raconte pas d'histoires. Tu sais où il se trouve.

- Non, non… Je t'assure. Je ne sais rien… Rien du tout !

D'un geste outrageusement théâtral, il plaça le révère de sa main sur son front et se cambra légèrement les yeux clos, tentant d'accentuer le dramatisme de la scène.

- Oh… Quelle hérésie. Je ne pensais jamais avoir à assister à une telle ineptie. Comment un jeune homme de bonne famille peut-il refuser d'apporter sa modeste connivence à une demoiselle en détresse ?

Sa comédie fit soupirer son vis-à-vis. Naturellement, Ronald savait le goût prononcé de Grell pour les tragédies mais l'exagération de son petit esclandre était bien trop flagrante et cela rendait l'algarade plutôt pathétique.

- Grell... Je vais te dire où il se trouve. En réalité je sais peu de chose. Il… Il était malade alors il s'est… réfugié… aux sanitaires...

L'acteur Mortel pencha la tête sur le côté, les yeux plissés tandis que le blondin passait une main négligente dans ses cheveux rebelles qu'il frotta et ébouriffa. Le mensonge était peu convainquant et Ronald en était contient mais celui-ci suffit à faire s'éloigner le Shinigami féminin qui partit après avoir généreusement enlacé son ami – resté coi par l'étreinte.

Il monta difficilement les marches du grand escalier, lasse de réitérer ce même acte plusieurs fois dans ses journées. Selon son collègue, William qui ne se sentait pas bien, s'était cloîtré dans les vespasiennes. Si c'était le cas il était hors de question qu'il reste seul dans cet endroit étroit et sale. Grell était plus que décidé à lui tenir compagnie.

Une fois de plus, ses projets s'effondrèrent lorsqu'il aperçu William arriver au loin, se dirigeant vers son bureau. De toute évidence, Ron s'était joué de lui et n'avait pas été sincère.

Il vit Will tourner légèrement le visage dans sa direction. Lorsque leurs regards se croisèrent les yeux de Grell devinrent pétillants d'excitation. A l'inverse, ceux de son patron restaient froids et inexpressifs. La bouche en cœur, le Shinigami rouge s'élança et courut en direction de son supérieur.

- Oh, mon Willy, tu es là ! ~ Viens dans mes bras.

William feint de ne pas remarquer la présence de Grell et passa la porte. Parvenu devant cette dernière, l'excentrique romantique essoufflé entendit le bruit singulier d'une clef tournée pour enclencher un verrou. Spears n'allait tout de même pas le laisser là !

Faussement désespéré par le manque de tendresse que lui portait son Dieu favori, il tomba à genoux et, de ses ongles peints, il gratta le bois de la porte en pleurnichant avec supplication.

- Ouvre-moi... Ouvre-moi je t'en prie.

L'absence de réponse le fit abandonner. Il connaissant Will et il s'avait pertinemment qu'il avait décidé de l'ignorer. Il était inutile d'insister et de rester là plus longtemps. Il se redressa et reprit son ton jovial.

- Mon Willy adoré, je te laisse te préparer. Un homme qui refuse de laisser entrer une jeune femme dans une pièce pour se préparer, c'est tellement excitant ! DEATH !

Il se tortilla quelques secondes avant d'adresser un baiser volant à l'homme qu'il ne pouvait pas voir puis il retourna à ses appartements. Après tout, lui aussi avait besoin de temps pour se pomponner et s'habiller.


Deux fantasques palefrois ténébreux tiraient une calèche dans laquelle une jeune personne attendait la fin du trajet. Grell avait revêtu sa robe érubescente et dorée. Autour de son cou, il avait passé un bijou serti de rubis et de topazes. Ses longs cheveux rouges étaient coiffés d'une tresse peu serrée et décorée par de petites branches de perles.

Les chevaux émirent un hennissement sourd et la voiture se stoppa devant une imposante maison. Grell releva gracieusement l'avant de sa tenue en soulevant quelques uns des jupons du costume. Il tendit élégamment sa main au cochet qui était venu l'aider à descendre. En remerciement, le Dieu de la mort lui adressa un sourire poli.

Il faisait à présent face à un immense bâtiment de briques grises. C'était en ces lieux que Ronald Knox avec décidé de célébrer la fête de Noël. Ce grand manoir était celui dont le jeune Shinigami avait hérité après la mort de ses parents et qu'il avait réussi, par quelques malversations, à conserver après la sienne.

Le jardin situé devant la noble demeure était richement décoré. Des haies taillées étaient alignées pour former une grande allée où étaient disposés des graviers blancs. Autour du chemin, se dressait un jardin savamment entretenu. Les feuilles des arbres qui l'ornaient semblaient tirer leur couleur d'une émeraude dont le joaillier avait apporté un soin à la hauteur de sa préciosité et de son raffinement. La couleur vive des fleurs de rosiers dispersées de-ci de-là dans l'Eden végétal du domaine témoignait que la flore ne se voyait pas imposer les dérives de l'humanité. Au centre de la drève, entre les deux espaces verdoyants, se tenait une vieille fontaine sur laquelle des sylphides de pierre brossaient leur lourde chevelure.

Il s'engagea dans le hall de l'habitacle et progressa gaiement dans la grande salle richement décorée qui suivait. Pour l'occasion, Ronald avait fait appelle à des musiciens philharmoniques qui jouaient quelques mélodies pour faire patienter les commensaux présents.

Grell prit une coupe de champagne proposée par l'un des serveurs et alla s'accouder contre un mur, de manière à pouvoir surveiller l'entrée. Il trempa ses lèvres dans le liquide alcoolisé et sirota une gorgé. Il se laissa doucement bercer par les notes mélodieuses des arias flottant dans l'air, attendant sagement son cavalier.

La musique cessa subitement et il entendit un bruit rauque. Il porta alors toute son attention sur Knox qui venait de faire une irruption brutale. Le jeune Shinigami monta sur la longue table sur laquelle étaient disposé les petits-fours et, d'une cuillère, il tapota le cristal du verre qu'il tenait pour réclamer l'attention de ses convives.

- Mes amis... Que la fête commence ! Yeah, yeah, YEAH !

Suite à cette annonce explosive, l'orchestre reprit et interpréta au violon un morceau au rythme des plus endiablé. Ronald, encore perché sur son estrade improvisée, les bras tendus vers le ciel, débuta une danse pour le moins étrange… La fête venait de commencer mais Grell ne s'en réjouissait étrangement pas. Le si ponctuel William T. Spears qu'il avait invité n'était toujours pas arrivé. Peut être ne viendrait-il jamais…


... On parie combien que Will va finir par arriver XD (non non non ce n'est abslument pas cliché ! )