Chapitre 3 :
Chère Silvia,
Je suis ravi de voir que tu vas bien, Téria commençait à s'inquiéter et me harcelait en me demandant pourquoi ton hibou n'arrivait pas. Je n'en pouvais plus !
Au Manoir, le temps passe lentement mais sûrement, tout le contraire du mon travail en somme, et c'est très reposant. Sauf lorsque Marcus décide de faire quoique ce soit, bien sûr, auquel cas nous risquons de peu les catastrophes : il a cassé 8 vases (dont l'horrible chose verdâtre que ta tante Narcissa m'avait offerte. Depuis le temps que j'attendais qu'il s'y attaque !), 6 portes, 24 assiettes et 2 balais. Oui, il s'est calmé je le trouve un peu mou en ce moment, je crois que tu lui manques.
Adélaïde a pleuré lorsqu'elle a compris que tu ne reviendrais pas avant Noël, et il a fallu lui trouver de nouvelles occupations pour éviter qu'elle ne s'assèche. Elle s'est donc mise à la peinture, avec sa mère.
Et Scorpius… Et bien, Scorpius reste égal à lui-même, c'est-à-dire qu'il passe son temps à lire et à ses promener dans le jardin. Je ne sais pas de qui tiennent ces trois-là, mais je peur assurer que je ne me comportais pas ainsi étant enfant. Enfin, je crois…
Tu es à Serpentard, c'est très bien, je suis très fier de toi ! Téria est déçue, bien sûr, elle espérait que tu irais à Serdaigle, comme elle… Et puisque nous avions parié sur ta répartition et que j'ai gagné, elle devra s'occuper personnellement de promener les trois monstres pendant tout un mois ! Je sais, je suis horriblement diabolique, mais la vie est ainsi faite. (En fait, je crois qu'elle m'en veut un peu de la laisser tomber ainsi… Tant pis.).
Le nom de Kiana Nott réveille en moi des souvenirs que j'aurais préféré oublier mais ne culpabilise de m'avoir interrogé, il est normal que tu te poses des questions. Néanmoins, tu restes bien trop jeune pour que je te raconte l'histoire de cette jeune fille. Peut-être considérera-t-elle que tu es assez mure pour l'entendre et te la dira-t-elle, mais pour avoir une quelconque information de ma part, tu devras attendre au moins quatre ou cinq ans. Ce n'est pas le genre de chose que l'on dit à un enfant.
Je peux juste te dire qu'elle vit avec son demi-frère, Théodore Nott, qui était mon condisciple lorsque j'étais moi-même au Château.
Quand à Teddy… J'en parlerais à Andromeda. Et peut-être à Potter aussi, si je n'ai pas d'autre solution. Mais ne t'en fais pas, tout s'arrangera.
Pour Noël et le Nouvel An, Meda et Ted, ainsi que mes parents et la famille d'Astéria viendront dormir au Manoir.
A très bientôt ma petite Silvia.
Reçois tous mes sentiments.
Drago.
Ps : Un Malefoy ne trépigne pas !
Ma très chère petite Sissi,
N'écoute surtout pas ce que te dit ton cousin à mon sujet : il est vexé parce que c'est SON balai que Marcus a cassé, et pas le mien. De plus, sa mère est venue passer une semaine, tu sais dans quel état il est après. Parfois, je regrette presque que Lucius ne soit pas là pour rabattre son caquet à cette mégère. Mais tu sais que les déplacements le rendent particulièrement nerveux maintenant. Heureusement, il vient pour les fêtes. Je suis donc sauvée (elle s'est permise de critique ma robe préférée, en me traitant de gourgandine. Non mais je rêve !)
Je me suis permis de lire par-dessus l'épaule de Drago lorsqu'il a reçu ta lettre, et je peux te dire que j'ai déjà entendu parler des Protecteurs de Serpentard lorsque j'étais à l'université. Je n'arrive hélas pas à me souvenir ni de l'endroit ni du moment, comme dans le flou. Ce qui me laisse penser que le secret doit être magiquement gardé. Je ne peux donc pas t'aider sur ce coup.
Les petits ont voulu t'écrire un mot sur ce parchemin. J'espère donc que tu arriveras à les déchiffrer.
A Noël ma chérie.
Je t'embrasse.
Ta cousine préférée
Astéria.
Sissi. Tu me manque trop ! Je t'aime. Léa.
Reviens ! Marcus.
Silvia,
Pourrais-tu me ramener un exemplaire de Sortilèges de 4eme année datant de 1990 qui devrait se trouver parmi les rayons de la Bibliothèques de Poudlard, s'il te plait ?
Merci d'avance.
Scorpius Albertus Malefoy.
Silvia avait souri en lisant les lettres de son tuteur et de sa famille. Un sourire tendre, un peu amer et nostalgique. Même si elle s'amusait bien ici, elle aurait aimé rentrer, ne serait-ce qu'une heure, pour les revoir un peu. Etre ainsi mise en quarantaine ne lui plaisait pas vraiment, au final, se disait-elle. Et puis, la cloche retentit, coupant court à ses réflexions et l'obligeant à se dépêcher pour ne pas rater son premier cours de la journée.
Tous les enfants ont déjà joué à ça. Dans la rue, on marche sur les pavés, bien droit, en faisant attention à ne pas laisser son pied mordre la ligne qui sépare deux carrés de pierre.
Le premier semestre de Silvia se déroula de la même façon : elle faisait attention à bien rester dans les pavés (les cours, le couvre-feu, les promenades dans le Parc) sans marcher sur les lignes (les non-dits, les secrets que trainait chacun, Teddy). Et puis, un soir de décembre, une semaine avant les vacances de Noël, elle mordit.
C'était une soirée comme les autres : elle avait mangé (soupe de légumes, poulet et pommes de terre braisées, gâteau au yaourt) avec tous les autres, de 19 heures 30 à 21 heures puis, quand le repas avait été terminé dans la Grande Salle, elle avait rejoint la Salle Commune en même temps que les autres Serpentards. Elle avait ensuite fait ses devoirs, aidée par Yume qui lui racontait, de temps à autres, des anecdotes sur telle ou telle personne. Vers 22heures, elle avait été se coucher, car c'était ce que souhaitait Kiana. Et puis, elle avait tourné et viré dans son lit, trouvant soudain le matelas trop dur, les couvertures trop fines, l'obscurité trop incomplète. Elle s'était levée, le sol de pierre froid avait attaqué la plante tiède de ses pieds, la faisant grimacer. Dans le lit voisin, Elizabeth dormait. Elle ressemblait à un ange, avec ses cheveux dorés étalés sur son oreiller, ses joues rosées par le sommeil et son pyjama de satin. Doucement, sans faire un bruit, Silvia quitta sa chambre.
La Salle Commune n'était illuminée que par quelques faibles braises presque éteintes et la température avait commencé à chuter sensiblement. Toutes les portes étaient fermées et tous semblaient dormir. Sur la cheminé, une vieille horloge indiquait une heure du matin. Il était donc si tard que ça ?!
Sans qu'elle sache pourquoi, elle décida de grimper les escaliers. Si quelqu'un montait la garde cette nuit-là, il ne tenta pas de l'arrêter. Tout en haut des marches, se trouvait une porte, semblable à toutes les autres, si ce n'était le K de cuivre qui l'ornait. Timidement, Silvia frappa puis poussa la porte.
Dans sa vie, Silvia en avait connu des chambres. Elle pouvait ainsi citer celle, impersonnelle, qu'elle partageait avec Elizabeth, l'antre à garçons de Scorpius et Marcus, le repaire rose d'Adélaïde, ou encore la chambre de son tuteur et de sa femme, juxtaposées aux deux pièces les plus importantes du Manoir –à leurs yeux du moins- : leur dressing et la bibliothèque. Mais le refuge de Kiana était bien différent de ce qu'elle avait déjà vu : tout était sans dessus-dessous : vêtements, livres et affaires de cours recouvraient le sol, les ouvrages tombaient sur les étagères, les bijoux dorés côtoyaient de vieux flacons vides de parfum.
La Protectrice était bien là, assise en tailleur sur son lit, les mains pressée paume contre paume, doigts écartés et, durant un instant, Silvia eut l'impression qu'une aura bleutée entourait la jeune femme. Celle-ci ouvrit bien vite les yeux et scruta l'intruse de ces prunelles rendues ténébreuses par la nuit. Puis, un sourire vint fleurir sur son visage et elle lui fit signe d'entrer. L'enfant, bien qu'intimidée, ne se fit par prier et saisit la main que son ainée lui avait tendue pour la mener jusqu'au lit.
-Eh bien, petite fille, que t'arrive-t-il, demanda la jeune femme.
-J'arrive pas à dormir, avoua piteusement l'enfant. J'ai une drôle d'impression.
Le visage de Kiana se figea en une grimace. Une seconde. Son air maternel et rassurant revint.
-Tu peux dormir ici, si tu veux. Je me sens moi-même un peu seule en l'absence de Sean, ajoute-t-elle sur le ton de la confidence. Je reviens tout de suite.
Et elle disparut derrière la porte. De là où elle était, Silvia ne pouvait pas entendre ce que Kiana dit à celui qui gardait la Salle Commune, mais le murmure de leur conversation l'apaisa étrangement, et elle se sentit brusquement somnolente.
-Le marchand de sable est passé ?
Kiana était rentrée sans que Silvia s'en rende vraiment compte et la fillette ne put qu'hocher vaguement de la tête, faisant rire la plus vieille. Doucement, cette dernière aida l'enfant à se glisser dans le lit, puis disparut dans la salle de bain attenante pour se changer. Elle revint vêtue d'une chemise de nuit d'une ancienne mode, que l'on aurait bien vue portée par Wendy dans Peter Pan. Elle sourit en voyant l'air captivée que l'enfant jetait au vêtement.
-Elle te plait ? Elle était à ma mère, avant. Je l'ai prise dans ses affaires.
Kiana semblait amusée lorsqu'elle se glissa entre les draps près de la fillette.
-Elle est comment ta maman, demanda Silvia de sa voix endormie.
-Grande, belle, et douce comme un matin d'été, avec une peau dorée, des cheveux foncés –j'ai hérité ça d'elle- et de grands yeux bleu nuit –j'ai ceux de son père.
-Tu as l'air de l'aimer beaucoup.
-Oui, énormément. C'était la meilleure mère du monde.
Quelque part, dans l'esprit de Silvia, cette phrase entra en résonnance avec d'autres, issues de la lettre de Drago. « Le nom de Kiana Nott réveille en moi des souvenirs que j'aurais préféré oublier. » « Elle vit avec son demi-frère, Théodore Nott. » Mais il était tard, ses yeux se fermaient, et la voix de Kiana qui continuait à parler ressemblait à une berceuse qui emplissait la petite chambre de douceur.
Elle ne pourrait dire quand mais, durant cette nuit-là, elle entendit pour la première fois des bruits de bataille. Elle se crispa sous les couvertures et retint sa respiration.
-Tout ira bien.
Déchirant les coups et les cris, la voix de Kiana s'était faite caressante.
-Ce sont des Gryffondors et quelques Poufsouffles qui veulent prouver leur courage en venant attaquer les vipères dans leur nid. Mais il n'y aura aucun blessé. Du moins, chez nous…
-Mais Elizabeth, et Cygnus…
-Je n'ai pas été assez prudente, j'ai oublié d'insonoriser cette pièce. Ne t'en fais pas, ce n'est pas la première fois cette année qu'ils font ça. Généralement, on bloque les portes des plus jeunes par magie le soir. J'ai d'ailleurs été surprise que tu puisses sortir, mais venant de toi, j'aurais dû me douter qu'un petit sort ne t'empêcherait pas d'aller où bon te semble.
Elle se tut. En bas, le combat semblait presque terminé.
-Pourquoi font-ils cela ?
-Eh bien, ce sont généralement des deuxièmes ou troisièmes années à qui on a monté la tête en leur disant que l'on avait fait ci ou ça, et qui veulent venger les pauvres premières années que l'on torture. Ce n'est que par ignorance qu'ils agissent ainsi, ne les juge pas durement. Ils se sont éloignés de nous durant la guerre, et après, et nous n'avons jamais pu reconstruire de vrais liens avec ces deux Maisons. Les Serdaigles sont moins stupides : ils ne croient pas les rumeurs.
Même si Kiana parlait calmement, un grande tristesse pointait dans ses intonations. Elle ne veut pas de tout cela, réalisa Silvia. Elle voudrait qu'on vive tranquillement, heureux. Comme moi.
Le lendemain matin, il n'y avait aucune trace de bataille dans la Salle Commune, lorsque Silvia regagna sa chambre pour se changer. Kiana le lui avait bien dit, mais voir le contraste entre la pièce impeccable et les bruits de la nuit la laissa le souffle coupé et les bras ballants.
-Tu croyais quoi, souffla une voix à son oreille. Qu'on allait tout laisser saccagé ?
Elle sursauta et se retourna vivement, se retrouvant nez-à-nez avec Matthew, qui souriait d'un air qui se voulait énigmatique.
-Euh… Plus ou moins ?
Sa gêne fit rire le plus âgé, qui la poussa vers sa chambre en lui rappelant qu'il y avait cours moins d'une heure plus tard.
Sur son lit parfaitement fait, Silvia trouva, à sa grande surprise, son uniforme et sa robe noire de sorcière, pliés et prêts à être enfilés par les bons soins de sa colocataire. Assise sur sa propre couche, Elizabeth lisait un magazine moldu en l'attendant. Les deux petites se regardèrent un instant, avant de se sourire doucement. Elles sentaient, sans toutefois pouvoir expliquer pourquoi, que cette nuit qu'elles n'avaient pas partagée avait fait naitre une nouvelle confiance entre elles deux.
Jamais semaine de cours ne fut plus dure que celle qui précéda les vacances de Noël, d'une part parce que les professeurs semblaient décidés à les faire crouler sous les poids des devoirs qu'ils avaient à faire, et d'une autre à cause de l'animosité croissante qui emplissait les couloirs à l'approche du moindre vert et argent. Néanmoins, cela n'empêcha pas ces derniers de fêter dignement leur dernière soirée tous ensemble le vendredi, à grand renfort de musique, de boissons, de cigarettes et autres choses, toutes moldues, plus ou moins légales, que les plus âgés avaient ramenées d'une quelconque expédition.
-Avant le retour de Voldemort, ces fêtes étaient plus fréquentes, et rassemblaient des gens de toutes les Maisons. C'étaient des moments secrets de paix et de joie entre nous tous, expliqua Yume en attrapant un verre de liquide bleu pour le moins suspect.
L'asiatique regarda le fond du récipient d'un air méfiant, avant d'en avaler le contenu à grandes gorgées, cul sec. Elle fit la moue un instant, avant de délaisser les trois Première Année avec qui elle parlait pour aller s'en trouver un autre. Les deux fillettes et le garçon échangèrent un regard un peu surpris, puis Cygnus haussa les épaules et s'apprêta à se saisir de la même boisson. Mais le regard noir que lui lança Kiana le décida à plutôt porter son choix sur un jus de fruit parfaitement innocent. Les deux filles décidèrent, quand à elles, d'aller danser au milieu de la pièce, toutes riantes dans leur candeur et leur enfance.
Le lendemain matin, il fut difficile de se lever pour aller prendre le train. Les trois petits faillirent s'endormir en écoutant le monologue que leur fit Kiana pour leur souhaiter de bonnes fêtes et leur recommander la prudence et la sagesse. Le point positif de leur torpeur était qu'ils ne remarquaient pas le regard des autres sur eux.
Assise dans le train, Silvia somnolait, la tête appuyée contre la vitre. Face à elle se trouvait Cygnus, qui partageait un paquet de confiseries avec sa sœur Trina, Elizabeth, plongée dans la lecture d'un ouvrage traitant sur le commerce (« mon père veut que le lise avant de rentrer »), ainsi qu'une certaine Rebecca, amie de Yume, qui tentait tant bien que mal de faire du charme à un Matthew très peu réceptif.
Dehors, le paysage défilait, gris et monotone. Silvia ne savait pas si elle était heureuse ou triste de quitter le Château, de revoir sa famille. Une drôle de douleur douce-amère s'était installée dans son ventre et grossissait au fil des heures.
Sur le quai 9 ¾ de la gare King's Cross de Londres, Drago Malefoy attendait, avec une impatience grandissante, que cette saleté de train rouge arrive et lui rende sa pupille. Autour de lui, les parents se faisaient le même genre de réflexion, ou discutaient avec des connaissances pour tromper le temps.
-Et s'ils avaient un accident ? Qu'ils se revenaient jamais, marmonna soudain le sorcier blond.
-Dray, le réprimanda Astéria. C'est un train magique. Il ne peut pas avoir d'accident. Par ailleurs, il reste encore un bon quart d'heure avant qu'il n'arrive. J'aurais dû te laisser à la maison avec les enfants, ajouta-t-elle perfidement.
Drago regarda sa femme d'un air faussement blessé qui la fit lui tirer la langue. C'était toujours ainsi : ils finissaient toujours par se chamailler comme deux gamins, et alors adieu le beau détachement hautain des Malefoy !
Je n'ai jamais eu autant de mal à accoucher d'un chapitre que de celui-ci : c'était long, douloureux, et ça se passait surtout aux environs de minuit, une heure du matin, heures à laquelle les fautes pullulent -quelques incohérences ou coquilles peuvent donc être dissimulées ci-dessus, je m'en excuse. Je peux dire que ce chapitre ne me plait pas du tout, mais je ne vois pour l'instant pas trop comment l'améliorer, désolée. J'espère tout de même qu'il vous a plu.
La première année de Silvia devrait s'achever dans un ou deux chapitres et je dois dire que si j'arrive jusque là, ça sera déjà un très grand pas en avant (plus pour moi que pour l'histoire, néanmoins... ^^" ).
Merci à littlebeattle pour sa fidélité qui fait chaud au coeur, et pour avoir fait circuler mon histoire, et à santera, MeV16, manelor et senekata pour leurs messages qui m'ont poussée en avant.
C'est grâce à vous, lecteurs, que ma petite Silvia et son univers arrivent à avoir un pied dans le réel. Merci.
