Un jour plus tôt...

Le jour se levait à peine lorsque Mary guida Hermione jusqu'au centre ville. Un peu plus tôt, alors qu'Henley s'était absenté de ses appartements pour s'entrainer au tir à l'arc, Mary s'était introduite dans la chambre du frère et en était ressortie triomphante, avec à la main deux ensemble de culottes et une longue chemise blanche. En plus de cela, elle lui fournit aussi une chemise plus épaisse, autant par soucis de climat que par soucis de camouflage des formes féminines d'Hermione.

Elles gardèrent le silence en attendant l'arrivée du moyen de locomotion de Dame Hermione.

"Devrais-je rester avec vous, Madame?"

Hermione secoua la tête, voulant être seule, se retrouver avec elle-même avant ce voyage et cette aventure qui s'avéraient fort éprouvants. Tous les jours, un camion rassemblait le foin et les légumes. Placé sous la responsabilité des plus pauvres, c'est comme ça qu'ils payaient leurs taxes dans tout le royaume. Le camion, sans pause, voyageait jusqu'à la Garde Royale.

C'était le plan d'Hermione. Ce jour-là, qui ressemblait à un jour comme les autres, le camion devait s'arrêter par ici pour nourrir les chevaux de sa famille et rassembler les produits alimentaires. Hermione allait devoir profiter d'un moment d'inattention pour sauter à l'arrière du camion, et se cacher sous le foin. Mary, elle, voulait assurer ses arrières : pousser un cri strident pour attirer l'attention sur elle, prétextant une raison quelconque de ce manque de retenue. Une fois Dame Hermione fut hors de vue, elle pourrait s'excuser platement auprès du cocher et rentrera dans la demeure.

Évidemment, Hermione ne voulait rien de tout cela.

Alors, Dame Hermione lui fit ses adieux, et se dépêcha d'atteindre le bas de la rue, dans l'espoir d'y trouver un abri. Rapidement, la chaleur se faisait de plus en plus ressentir. Le soleil cognait fort la ville en ce Dimanche. Hermione observa les habitants les plus matinaux commencer cette journée, cachée derrière un arbre. Elle trouvait la chaleur des plus harassantes. Sa chemise se collait aux bandages de sa poitrine, et sa nuque dégoulinait de sueur.

Dieu merci, ses cheveux étaient courts!

Elle n'était pas encore habituée à cette nouvelle sensation de "légèreté", à cette nouvelle coupe de cheveux qui lui offrait bien des avantages. Ne serait-ce que pour le matin : plus la peine de se battre avec des nœuds pendant des heures ! Elle arrivait déjà à voir du bon dans la vie de garçon. Son petit rire attira l'attention de jeunes filles vendant des rubans au fond de la colline. Elles lui jetèrent un coup d'œil curieux et sourirent avant de se concentrer sur les clients qui se dirigeaient vers elles.

Hermione cligna des yeux. Il était sans doute mieux qu'elle ne rigole pas du tout.

Un peu plus loin, un chariot apparaissait dans l'horizon, s'arrêtant au cœur du marché, près d'un stand de couture. "Oh!" Hermione sortit de sa cachette, regarda encore une fois autour d'elle pour être sure que la voie était libre, puis elle se dirigea rapidement vers sa cible, comme si les chiens de l'Enfer la poursuivaient.

"Monsieur!" l'appela une des filles lorsqu'elle arriva à proximité de leur stand. "Peut-être souhaitez-vous acheter un ruban pour votre amie ?"

Hermione secoua sa tête en un non merci, et poursuivit sa route jusqu'au chariot abandonné. En la voyant s'approcher, le cheval produisit un doux hennissement et Hermione le calma en le caressant lentement, un doigt posé sur sa bouche.

"Alors, peut-être que vous pourrez le porter vous-même !" S'écria toujours la fille, avec dédain. "Vous avez les traits pour ça!"

Hermione poussa un long soupir, sa main tapotant la croupe du cheval. Elle jeta un regard en direction de l'auberge, là où le cocher venait tout juste de disparaître et elle décida que c'était maintenant ou jamais. Envoyant toute dignité se faire voir ailleurs, elle entra dans le chariot, et se laissant glisser sur le dos, se cacha tant bien que mal avec les bottes de foin déjà rassemblées.

L'odeur y était affreuse et elle étouffait, mais Hermione s'efforçait de garder son calme lorsque le cocher réapparut et déposa trois sacs de pomme, non loin de là où elle se tenait. Tout en murmurant un mécontentement à propos de la pauvre collecte de la journée, il retourna près du cheval et lança un grand cri, suivi d'un coup de cravache, pour les faire partir. Les chevaux, cambrés, firent se soulever le chariot et Hermione dut rudement se tenir à ce qui l'entourait pour ne pas rouler de l'autre côté. Finalement, au fur et à mesure du voyage, elle trouvait le trot du cheval rassurant – il la berçait. C'est ainsi qu'elle plongea rapidement dans un lourd sommeil réparateur, se remettant de toute cette adrénaline qui l'habitait.

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"Espèce de petit- DEBOUT!"

Hermione geint dans son sommeil. Quelque chose lui donnait des coups dans l'estomac, violemment, et elle se réveilla en suffoquant. "Owwww!" Elle tint son ventre et se mit en boule, espérant que cela suffise à calmer un peu la douleur. Elle papillonna des yeux et lui ouvrit finalement pour apercevoir ce qu'aucune fille ne devrait voir : deux grandes paires d'yeux noirs, un visage d'homme, un nez pointu, à seulement quelques millimètres de son visage.

Ça semblait presque intime.

"Aaargh!" Cria Hermione, qui donna un coup au visage de l'homme, en seul moyen de défense, avant de se lever précipitamment pour sauter du chariot, trébuchant, et maudissant cet homme.

"VOUS AVEZ OSÉ GRIMPER AVEC MOI JUSQU'À-!" Le teint de l'homme devint violet, et il fut incapable de terminer sa phrase.

"Écoutez-"

"VOUS POURRIEZ ÊTRE ARRÊTÉ POUR TRAHISON POUR ÇA-!"

"Je-"

"STOP!"

Hermione recula, sachant pertinemment qu'il n'aurait pas la patience d'écouter ne serait-ce qu'une minute de son histoire. En Dame, elle n'avait pas l'habitude des gens qui vous coupent la parole comme il venait de le faire. Encore moins quand sa parole était aussi spéciale que pour des excuses. Mais il fallait qu'il comprenne à tout prix-! Elle allait simplement rejoindre la Garde Royale! Elle était loyale au Roi et voulait seulement apprendre plus, toujours plus, avec les livres. Ainsi, elle pourrait mieux comprendre le monde dans lequel elle vivait.

Mais il suffit à l'homme de la menacer de son bâton, et Hermione comprit.

Il n'y aurait pas d'excuses aujourd'hui. Si Hermione ne trouvait pas très vite une solution pour se tirer d'affaire, il n'hésiterait pas à la passer à tabac. En prenant ses jambes à son cou, Hermione courut, comme si sa vie en dépendait. Bientôt, elle se perdit dans la masse de personnes présentes sur les lieux – un marché, un autre. Le soleil déclinait et Hermione était complètement désorientée. Cet endroit paraissait si grand.

Si le marché de chez elle était des plus importants, rien ne rivalisait avec celui-ci.

Et il y avait tellement de monde!

L'ignorante Hermione avait été transportée d'un humble village à une ville. Une immense ville. Au moins, elle était plus proche de son rêve que jamais auparavant.

Souriante, Hermione demanda où était la Garde Royale à la première personne qu'elle croisa.

"Ça ne sert à rien de me demander" déclara sans s'arrêter la vieille femme, portant à bout de bras un panier de marchandises pourries.

Déterminée, Hermione tenta encore sa chance, posant cette fois-ci la question à un homme installé à une table (« avachi » serait plus exact), à côté de la route.

"Excusez-moi, avez-vous déjà entendu parler de la Garde Royale?"

La seule réponse qu'elle obtint fut un ronflement.

Soupirant, Hermione posa ses mains sur ses hanches et observa les gens accourir de toutes parts, omnibulés par leurs propres personnes. C'était comme si personne n'était enclin à aider un pauvre garçon perdu, cherchant sa maison ! Peut-être avait-elle échoué très loin de la Garde Royale et très loin de tout, dans une ville où la notion de « sociabilité » a disparu dans les abysses.

Mais tout à coup, un peu plus loin, des voix résonnaient, fortes, brisant l'apparente tranquillité.

"Combattez-nous!" raillèrent-ils, "Combattez-nous!"

Hermione abandonna son poste, et suivit les quelques retardataires qui rejoignaient l'assemblée, en cercle, rassemblée autour de ce qui s'apparentait à une bagarre. Elle était beaucoup trop petite pour espérer voir quelque chose au dessus des larges épaules, alors elle s'agenouilla et rampa par terre pour pouvoir suivre confortablement ce qui se passait. Hermione fut étonnée de découvrir deux hommes dos à dos, avertissant quiconque de ne pas se frotter à eux, menaçant l'assemblée du bout de leurs longues épées.

Ils portaient des vêtements de cérémonie. L'un était brun, l'autre roux. Le brun semblait souffrir d'un strabisme.

"Allez!" La foule commençait à se faire entendre, et un homme, large, se distingua de ses semblables en allant bousculer les deux hommes.

"Nous venons en paix!" cria le plus jeune d'entre eux. "Nous avons seulement voulu nous cacher ici. Nous ne voulons pas nous battre."

"Alors pourquoi avoir des épées?" demanda l'homme qui venait d'user de la force, montrant les épées que le brun et le roux tenaient respectivement. Pendant une seconde, Hermione pensa qu'ils allaient être imprudents et ranger leurs épées dans leurs fourreaux. Mais ils restèrent armés.

"Les Gardes ne sont pas les bienvenus par ici," gronda une « sorcière » de la ville. "Partez!"

Les Gardes? Les Gardes? Hermione retint à grand peine un gloussement d'excitation. Tout était très clair: ces deux jeunes hommes appartenaient à la Garde Royale! Alors elle étaitbel et bien au bon endroit, Dieu merci. Mais pourquoi les gens étaient-ils si hostiles ? Au contraire, ils devraient montrer du respect pour ceux qui rejoignaient la Garde, sacrifiant leur vie pour leur pays.

Hermione devait les sauver. Mais comment ? Elle ne savait pas comment se battre, et elle doutait sincèrement que des hommes qui veulent en découdre écoutent subitement la voix de la raison.

Peut-être fallait-il qu'elle se sacrifie, pour prouver qu'elle valait quelque chose, et qu'elle avait le mérite d'être reconnue.

"Ne leur faites pas de mal!" s'écria-t-elle avant de se redresser, se montrant ainsi à tous. Et ça ne manqua pas : plusieurs paires d'yeux se tournèrent vers elle. Ceux des deux jeunes hommes, y compris. Elle se dirigea vers eux, prenant place à leurs côtés, avant de se tourner vers la foule pour affronter les regards furieux de tous une nouvelle fois.

"Que Diable faites-vous?" sa moqua l'homme, incrédule. "Les-défendez-vous?"

"Oui!" revendiqua courageusement Hermione, observant les alentours du coin de l'œil. "Et si vous me le permettez, je suis capable de vous montrer à quel point!"

Ronald et Harry brisèrent leur position de défense et s'échangèrent un regard. Qui était ce justicier-imbécile ? Petit, maigre, il ne faisait pas le poids face à tous ces habitants.

Et pourtant, il semblait sérieux!

"Mais-" le mystérieux garçon énonça une condition, et ils se jetèrent regard intrigué. "Ça vaut seulement pour l'un d'entre vous. Si je gagne, je veux que vous les laissiez partir."

Le porte-parole des habitants considéra cette proposition, un sourire en coin et un regard mauvais en guise de réponse. "Ça marche pour moi," il sourit d'un air satisfait, moqueur, et lui fit signe de prendre place. Oh quelle chance! L'endroit qu'il lui indiquait était un cul-de-sac, une ruelle sombre, avec aucune issue possible.

Hermione considéra la ruelle avec appréhension et avala difficilement sa salive. Elle tournait déjà les talons, n'écoutant que sa témérité. Mais elle tomba en arrière lorsque l'homme, qu'elle n'avait pas entendu venir juste derrière elle, la surprit et lui fit perdre l'équilibre. Ce-dernier la fixa de façon condescendante.

"Prêt à vous prendre la raclée du siècle?"

"ATTENDEZ!" cria-t-elle. "J'ai de l'argent!"

"Qu'est-ce qui m'empêche de vous donner la raclée du siècle et de prendre votre argent ?" demanda-t-il avec hargne.

"Rien," répondit-elle, honnête. "MAIS-! Si vous me laissez partir, je vous donnerai absolument tout mon argent, et même mes chaussures. Je ferai aussi en sorte que vous ayez au moins un repas chaud par mois. Je le jure."

"Et comment puis-je savoir si vous mentez ou non ?" demanda-t-il, soudainement suspicieux.

"Eh bien, si je mens, vous avez la permission de me donner la raclée du siècle, si nous nous recroisons un jour. Ce qui est assez judicieux."

Hermione retint son souffle alors que l'autre homme considéra sa proposition. Finalement, après avoir débattu avec sa conscience sur ce qu'elle venait de dire, il se recula et tendit une main massive vers elle. "Je suis Graup," dit-il poliment, autant qu'un homme ressemblant à un géant pouvait le faire. Il secoua lentement la petite main d'Hermione dans la sienne. Hermione se sentait quelque peu mal à l'aise face à la situation: les choses venaient de changer si brusquement, le voilà qui l'aimait bien, maintenant.

Au moins, maintenant, il était inoffensif. On pouvait lui reconnaître ça.

"Pouvez-vous me faire une autre faveur?" demanda-t-elle, sentant que maintenant il était prêt à tout.

"Quoi donc?"

"Je veux que vous me poussiez contre le mur. Juste histoire de donner l'impression d'une lutte aux autres. Et…Si vous pouviez faire semblant d'être blessé en retournant les voir, et les renvoyer chez eux ?"

"Je peux faire mieux que ça."

Hermione l'observa, un sourcil arqué. Qu'est-ce qu'il voulait dire ? Qu'il allait délibérément se faire du mal à lui-même pour paraître plus crédible face aux autres ?

"Non, Graup! Arrêtez!" cria Hermione, les yeux remplis de terreur. Graup leva son poing massive et s'infligea un violent coup dans l'œil. La peau se fendit presque automatiquement, et les vaisseaux, souffrant du choc, teintèrent la peau de l'homme de rouge et de violet, au fur et à mesure de l'afflux sanguin.

"Maintenant l'entrée en scène," grogna-t-il, avant de pousser Hermione contre le mur, comme elle venait de le lui demander quelques instants plus tôt. C'était loin d'être violent, juste une bousculade, et pourtant, au contact de la roche derrière elle, Hermione sentait quelques picotements dans la région de sa jambe, signe d'une quelconque blessure. Elle se retourna juste à temps pour apercevoir Graup sortir du cul-de-sac, faisant mine de tituber, une main pausée sur son œil blessé, mimant la peur. "TOUT LE MONDE! FUYEZ!"

Cela avait sans douté marché, puisqu'elle pouvait entendre les autres paniquer et crier aux autres de déguerpir sur le champ. "Graup!" cria-t-elle faiblement. "Vous avez oublié votre argent!" Il avait même oublié ses chaussures, qui lorsqu'elle s'était retrouvée poussée contre le mur, avaient voltigées dans l'endroit le plus sombre du cul-de-sac.

Tressaillant un peu, elle se retourna à nouveau et posa son front entre ses mains. Quelle journée. D'une Dame respectable, traitée comme une princesse, elle s'était transformée en moins de 24 heures en un fainéant, sale, qui combat des géants avec les mots plutôt qu'avec les muscles.

Mais Hermione pouvait aisément dire qu'elle s'était sentie vivante aujourd'hui. Beaucoup plus que les autres jours de sa vie. On ne pouvait pas comparer ça à lire des livres dans une bibliothèque ! L'adrénaline l'habitait tout entière, et puis elle s'y habituait, plus elle aimait cette nouvelle sensation.

"HEY!"

"VOUS LÀ-BAS!"

Les exclamations inquiètes des habitants s'étaient tues depuis quelques secondes, ce qui avait poussé Hermione à s'avancer un peu plus. Mais plus maintenant. Elle écouta les pas qui se dirigeaient vers elle, contrôlant ses emotions au maximum. Elle ne voulait pas faire de mouvement brusque – elle ne savait pas si sa blessure à la jambe était sérieuse ou non.

Deux hommes parvinrent enfin à sa vue, l'air inquiet. Un brun et un roux.

Hermione esquissa un sourire and et tenta de se redresser sans leur aide, prudemment.

"Je vais bien," grinca-t-elle, prenant une voix rauque. "Je vais bien, pas la peine de s'inquiéter-"

"Wow, vous l'avez vaincu seul ?" demanda le roux avec admiration. Hermione ne répondit pas.

"Il l'a fait, Harry! Vous savez ce que cela veut dire ?"

"Oh oui," Harry, derrière Hermione, hocha la tête. "Cela veut dire qu'il a une chance contre Malefoy."

Hermione poussa un cri de surprise lorsqu'ils s'approchèrent d'elle, chacun la maintenant par la taille, déterminés à la faire avancer, quitte à la faire appuyer sur eux s'il le fallait.

"Qu'est-ce que vous faites?" demanda Hermione, complètement alarmée, alors qu'ils s'y mettaient à deux pour la sortie du cul-de-sac.

"Vous venez avec nous."