Chapitre 4 : 'Casus Belli'
Asatani lui envoya un regard méprisant et retrouva son sourire lorsque son interlocutrice lui répondit.
— Bonjour, c'est Mitsuko. Je ne te dérange pas ?
— Non, pas le moins du monde. Que veux-tu ?
— Aurais-tu déjà entendu parler du 'Casus Belli' ?
— 'Casus Belli', dis-tu ?
— Oui.
— Ce nom me parle.
— Cet appareil doit effectuer un vol inaugural ce vendredi soir, si cela peux t'aider.
— Un vol inaugural.
— Oui.
— Ha ! Ca y est, j'y suis. Le 'Casus Belli' est un dirigeable dernière génération fabriqué à la demande d'un maniaque d'aéronautique répondant au nom d'Hanzo Seïki. Cet homme est soupçonné de fraudes, de fabrication de fausses monnaies et de trafiques en tous genre. Jusqu'à présent rien n'a été prouvé et le magna toujours relâché. Notre dernier indicateur en date, un détective privé, semble être sur une piste sérieuse pour pouvoir le coincer pour de bon.
— Un détective privé ? Ce n'est pas à ce genre de personne de traiter avec ces malfrats.
— Tu sais, Mitsuko, ces détectives sont tout de même plus libre que nous pour agir. Par moment il est préférable de les laisser gérer la situation à leur manière quitte à savoir fermer les yeux.
Asatani savait que son amie avait raison, pourtant…
— Je ne suis pas d'accord avec toi. On ne peut pas faire confiance à ce genre d'individus qui se croient intouchables et qui se la jouent super-héros, argua-t-elle.
— Toujours aussi têtue, Mitsuko ?
— Et toi, toujours aussi frivole, Saeko ?
— Tu connaitrais ce détective comme je le connais tu changerais d'avis… Même si aux premiers abords il paraît désinvolte. Par ailleurs, il fait équipe avec mon ancien coéquipier.
— Hideyuki a quitté la police ?
— Il y a été forcé.
— Désolée de l'apprendre, c'était un bon enquêteur.
Saeko esquissa un sourire, peut-être l'avait-elle convaincue.
— Si tu as besoin d'autre chose à propos du 'Casus Belli' ou d'Hanzo Seïki, n'hésite pas à me recontacter. Du reste, méfies-toi de cet homme, il est sans scrupule de plus, il paraîtrait qu'un tueur à gages travaille à sa solde régulièrement.
— Merci pour le conseil et l'avertissement, Saeko.
— Je t'en prie.
— Bonne journée.
— Merci, à toi aussi. Au revoir.
— Au revoir, raccrochèrent-elles.
'Pourquoi souhaitait-elle des informations sur cet engin ? Je croyais qu'elle avait été affectée à la brigade « anti Cat's ». Après tout, ce n'est pas mon enquête, je n'ai pas à m'en occuper… En ce cas, pourquoi cette soudaine envie de contacter Ryô ? Bizarre.' Songea Saeko avant de se replonger dans son affaire en cours qui concernait justement Hanzo Seïki.
Tapotant sur son bureau en relisant ses notes, elle n'y tint plus. Elle attrapa son téléphone et composa le numéro de son deuxième chevalier servant.
— Ryô Saeba, dit-il si durement qu'elle tressaillit à distance.
— Bonjour, Ryô. C'est Saeko.
— Saeko chan, fit-il de manière si enjouée qu'elle se demanda s'il s'agissait bien du même homme. Que veux-tu donc ? Tu préfères un massage à nu, ou bien préfères-tu que je couvre ton corps de baisés enflammés ? Interrogea-t-il avec beaucoup de sérieux.
— Ryô, gronda-t-elle.
'L'idée n'est pas si mauvaise… Non mais, à quoi je pense moi et Hideyuki alors.' Se toqua-t-elle la tête en silence.
— Je viens voir si vous avez du nouveau concernant Hanzo Seïki.
— Nous allons nous infiltrer sur le 'Casus Belli'. Il paraîtrait que ce qu'il transportera ne sera pas uniquement des V.I.P. et des toiles de peinture.
'Des toiles de peintures ? D'où l'intérêt de Cat's Eyes pour ce vaisseau.' Songea-t-elle tandis que Ryô continua.
— Son ventre cacherait d'autres fournitures et c'est ce que nous allons vérifier avant de te faire venir à nous.
— Tu sais très bien que je n'ai pas besoin de cela pour venir vous voir… Sinon, tout va bien ? Tu me sembles un peu tendu.
— Je suis toujours prêt pour toi, ma belle, dit-il la bouche en cœur.
'Non mais quel pervers.' Songea-t-elle en l'imaginant à raison en mode mokkori.
— Je ne pensais pas à cela, dit-elle en soupirant.
— Quel dommage ! Sourit-il. Je vais bien, merci. Je vais te laisser, j'ai l'impression qu'un gus se croit le roi du monde. Je vais aller lui remonter les bretelles et plus vite que ça, dit-il avant de raccrocher et de soupirer.
Il n'allait pas admettre qu'il s'en faisait pour une amie suite à son fiasco d'hier matin. Il regarda longuement son téléphone et fini par composer le numéro du Cat's Eyes. Le téléphone sonna longuement, les sœurs Kisugi ne répondaient pas. Soupirant, il se décida à aller directement au café, histoire de prendre de leurs nouvelles.
Il était arrivé plus tard qu'à l'accoutumé hier matin et avait trouvait porte close. Lorsqu'il était passé devant la banque aux alentours de midi, il avait réalisé qu'il y avait du grabuge à l'intérieur. Se rendant compte qu'Hitomi faisait partie des clients dans l'établissement, il avait cherché un moyen d'intervenir. Il avait réussi à éviter le pire à son amie en tirant sur l'arme à feu du tireur mais il avait été gêné pour parvenir à trouver une bonne place. Bon, d'accord, il avait aussi croisé une Miss Mokkori et n'avait pas réussi à se contrôler. C'est pourquoi il se trouvait fautif de ne pas avoir pu intervenir plus rapidement
Lorsqu'il arriva devant le café, il eut la surprise de le trouver complètement bâché. Des techniciens étaient sur place, aussi alla-t-il s'enquérir de la situation.
— Mesdames Kisugi ont pris deux semaines de congés. Nous en profitons pour désinsectiser la place et faire un petit ravalement de façade. Le café fera tout neuf à leur retour.
— Merci pour l'information, sourit Ryô.
— Mais je vous en prie, salua l'homme dont il devina le regard pesant sur son dos lorsqu'il fit demi-tour pour partir.
Le technicien continua son ouvrage un instant, puis il donna quelques consignes et alla passer un appel.
…
Au commissariat d'Inunari, Mitsuko fit le point de ce qu'elle avait appris, allant au plus direct, c'est-à-dire ce qu'était le 'Casus Belli' et qui en était le propriétaire.
L'équipe fit grise mine, ils risquaient de ne pas être les bienvenus à bord. Il ne restait maintenant que peu de temps pour trouver cet homme et le convaincre de les laisser monter. Ce fut bien plus facile que prévu car ils reçurent un fax de la criminelle à l'attention de Mitsuko. Saeko avait en effet pensé à envoyer quelques informations qu'elle avait jugées importante pour aider son amie. Á savoir l'adresse d'Hanzo Seïki, et l'adresse de l'aérogare duquel devait décoller le 'Casus Belli' pour son vol inaugural.
…
Lorsque Hanzo Seïki avait eu vent de la menace qui pesait sur « Ma fille au milieu des lucioles », il avait tout d'abord fait exécuter son veilleur de nuit pour négligence. Puis il avait fait appeler Ryûjin Hashimoto, tueur très réputé dans le milieu. Jusqu'à ce jour, nul ne lui avait échappé et il prenait un plaisir certain à voir souffrir ses victimes à petits feu avant d'en finir avec elles définitivement. Il avait une assurance arrogante dont on le mettait en garde très régulièrement. Il travaillait régulièrement pour Seïki, faisant les plus basses besognes et se débarrassant des personnes trop curieuses, quelque soit leur âge, leur sexe ou leur métier.
Pour ce tueur, aucune personne n'avait d'immunité, excepté sa fiancée avec qui il n'avait aucun secret et qui l'aidait parfois à commettre ses méfaits, persuadée de débarrasser le monde d'infâme scélérats.
Quand Hashimoto arriva auprès de Seïki, celui-ci lui présenta le message reçu et exprima sa requête…
…
La route parut longue à l'équipe d'Inunari, longue mais familière à Toshio. Il était déjà par ici par le passé. Il l'en aurait juré. Ils avaient quitté le commissariat sitôt qu'ils eurent pris connaissance du fax émis par l'inspectrice de la criminelle et notamment de l'adresse de l'aérogare où devait se trouver le 'Casus Belli'.
— Vous me paraissez songeur, inspecteur Utsumi, remarqua Mitsuko.
— Il doit penser à sa fiancée, souligna Takeshi.
— Un peu de sérieux, c'est Cat's qui occupe ses pensées en ce moment. Cette affaire est de la plus haute importance, intervint le chef.
— J'ai surtout la sensation d'être déjà venu par ici, soupira-t-il au risque de décevoir son supérieur.
— Tu n'as vraiment pas de mémoire, intervint Takeuchi. Tu m'as fait tout un monologue l'été dernier quand vous êtes partis en amoureux à la montagne le temps d'un week-end.
— Ha oui ! Ha ha ha… Où ai-je donc la tête ?
— Malheureusement pas sur vos épaules, réprimanda Mitsuko qui trouva cependant la remarque pertinente.
La route menait donc à une résidence secondaire, ou pas, appartenant aux sœurs Kisugi.
— L'aérogare est au bout de la route de gauche, fit remarquer Toshio en arrivant à un croisement.
Curieusement l'aérogare n'était pas signalée.
— Combien de temps faut-il pour rejoindre la résidence dans laquelle vous êtes allée l'été dernier ? Questionna Mitsuko.
— Vous en avez de ces interrogations ! Comment voulez-vous que je le sache ? J'ai fini par m'endormir lorsque nous avons dépassé ce carrefour. Cat's nous avait de nouveau fait passer une nuit blanche.
— Hier vous avez souhaité bon voyage aux sœurs Kisugi savez-vous où elles se rendaient ?
— Elles sont parties passer deux semaines dans leur résidence secondaire située à une bonne journée de route de Tokyo. Et arrêtez de poser ce genre de questions. Cela n'a aucun rapport avec notre enquête en cours, fit Toshio avec agacement.
— Asatani, ne vous égarez pas, intervint le chef qui avait écouté la conversation silencieusement.
— Bien, Chef, répondit-elle sachant que de toute manière elle avait raison et qu'elle trouverait bien le moyen de le prouver.
Takeshi et Takeuchi soupirèrent. Pour eux, Mitsuko était tout bonnement jalouse d'Hitomi et refusait de voir la vérité en face.
Les deux voitures dans lesquelles ils se trouvaient, tout en discutant par radio interposée, arrivèrent devant l'aérogare principale.
Asatani, le chef et Utsumi sortirent d'un premier véhicule et furent imités par les deux autres énergumènes.
— Bel engin, siffla Takeshi avec admiration.
— Cela ne peut pas voler ça, c'est impossible, souligna Takeuchi.
— J'ai déjà vu des engins aussi grands s'élever dans le ciel. C'est assez impressionnant, remarqua le chef.
— Dois-je aussi traiter avec le menu fretin ? Questionna une voix grave tapie dans l'obscurité.
