Soupçons
Brisure. Un hurlement sourd, seulement formé par cette bouche qui s'agrandit, s'échappa dans la brume de la nuit.
Douleur. Sentiment puissant, venu d'une insouciante inconscience. Le corps se tortille, se comprime, se tend. La respiration suffoque, les pupilles se dilatent. L'appel à l'aide est muet. Les secours ne viendront pas, ils ne viendront jamais.
Non loin, la lune se découvre de ses draps nuageux. Sa lumière vacille, s'étire, caresse l'horizon de ses doigts invisible. Elle n'éclaire pas tel le soleil, mais elle rend la ville sur le lac, scintillante. Et sa luminosité se projette dans la pupille vide de cet homme perdu, vaincu, faible et vulnérable.
Une nouvelle fois, le corps se tord, dans plus de violences. Les os se brisent, une nouvelle fois, comme chaque nuit. Son ombre, étendue jusqu'au mur voisin est difforme. Il n'y en elle, plus rien d'humain. Car son porteur s'agite trop face à sa douleur ; il va jusqu'à se désarticuler les membres. Il prie. Il supplie. Une demande pour que tout s'arrête. Une sollicitation au Ciel pour que la fin du cauchemar cesse enfin ! Oui. Oui. Il sait. Il s'en doute. Trop de preuves à son réveil. Trop de coïncidences pour un canular.
Un bruit dévale le long de ses cordes vocales. Enfin. Sa voix se libère, toujours plus grasse, toujours plus forte. Sa démence devient bestiale. Il chute par la fenêtre, mais déjà, le voilà invisible aux yeux d'autrui. Ni éclaboussure, ni ombre. Rien qu'une touffe de poussière s'envolant, ballottée par le vent.
Bard polissait les pointes de ses flèches, méticuleusement. La petite lame crissait vicieusement sur la pierre grise. Le son sinistre se répandait partout dans la pièce commune de sa maison. Au rythme des mouvements sur la roche, les flammes de l'âtre de la cheminée centrale dansaient. Elles s'entremêlaient dans une sensualité tendre bien que les crépitements furent bien plus bestiaux.
L'homme jeta un œil sur ses trois enfants, dormant serraient l'un contre l'autre dans leur lit. Leurs respirations, régulières, lentes et douces, soulevaient les anciennes fourrures, qui restaient intactes malgré les âges et les usures journalières. Bard sourit.
Des temps courraient à l'horizon. Mais, ses tendres bébés parvenaient à le rendre souriants, à le faire sentir heureux et fier. Bientôt, son geste répétitif se fit lent, irrégulier. Il finit par disparaître.
Peut-être Bard veilla. Peut-être s'endormit-il, un regard toujours porter sur ses enfants qu'il chérissait tant. Peut-être.
L'heure tourna, s'écoula dans son long fleuve tranquille. Et le bon feu dans l'âtre, délicatement, s'éteignit, et les braises à leur tour, furent soufflées. Mais le froid ne pénétra pas dans la petite bâtisse, laissant les âmes innocentes dans leur doux sommeil.
Le vent descendit subitement sur la vallée, gémissant d'une douleur méconnue. Les nuages couvrirent les astres de la nuit. Et le hurlement des Bêtes résonna en communion, tel un champ funeste en hommage aux Enfers. L'appel dura. Et les planchez des avenues, grincèrent. On aurait dit un troupeau de chevaux courant vers les Terres chaudes. Il n'en était rien de tel.
Le cri d'un enfant résonne. Muet par un instinct protecteur, Bard se lève à son tour et court à la fenêtre. Il l'ouvre d'un geste assez mécanique, il choppe son arc, vise et tire. La flèche part, la flèche siffle et se plante dans le flanc du Monstre, qui s'en va en glapissant.
Parfaitement réveillé, l'archer semble voir la patte redevenir une jambe. Il le suppose, il le soupçonne. Mais qui pourra le croire ? Qui voudra le croire ? Il fait sombre et il a agi avec frénésie. Accusé sans aucune preuve ? Le Bourgmestre ne voudra rien entendre.
- To Be Continued -
Prochain chapitre : Entente.
Voilà le nouveau chapitre ! Court, comme les précédents et comme les suivants.
Le BAC me paralyse un peu, à cause des révisions. Je suis freinée dans toutes mes fanfictions.
Dites-moi vos avis mes petits loups !
A bientôt !
