Pfiou, vraiment désolé les filles pour toutes cette attente. J'avoue avoir du mal à écrire ces derniers temps, mais pas de souci, dès que j'aurais l'inspiration, ça va barder. En fait j'ai l'inspiration, j'ai le plan, mais je ne sais pas...j'ai pas le temps =_=.
Bon réponse aux reviews et je vous laisse tranquille:
-Thalia: Merci pour tes encouragements. C'est vraiment gentil de penser à moi. mes examens (mon concours plutôt) c'est dans l'ensemble passé comme prévu. Je ne pense pas l'avoir pour cette année mais je ne me décourage pas^^. Après tout, je tiens ça de Kumiko!
-memelyne: Un chapitre sans un de tes reviews n'est pas un chapitre complet^^. Je suis contente de lire ton commentaire, ça m'aide beaucoup. Pour la royale romance (c'est le cas de le dire^^) il faudra attendre le chapitre 3 que je suis en train d'écrire. J'essaie de faire de long chapitre mais...aussi incroyable que cela paraisse, ils ne sont pas aussi long que ceux que je postais pour Peut être Toi Oo...étrange...bref, heureuse de te savoir à mes côtés.
-Mimikaï:Je suis fière de moi, surtout concernant cette idée de résumé à la fin, je suis certaine que la façon dont je le présente te plaira^^. Puisses-tu apprécier ce chapitre.
-Yuri: je ne me souviens pas avoir déjà eu un commentaire de toi...nouvelle fan? Si c'est le cas, soit la bienvenue! En effet, je mets au défi ici présent celle qui pourra me prouver les raisons pour lesquelles "elle" n'aime pas Sesshomaru parce que moi...bah j'en trouve aucune^^. En plus, je lis beaucoup de fanfiction le concernant (surtout celle en anglais, il y en a des tonnes Oo) et à chaque fois, bah je regrette pas parce que c'est trop bien.
-Hyna: ah très chère Hyna, je suis contente que tu aies posée cette question, car figures toi, il me fallait l'occasion de l'expliquer. Revenons donc au début de l'histoire d'Inuyasha. Kagome fête ses 15 ans en 1996 à Tokyo. De ce que je sais, elle passe quelques années auprès d'Inuyasha et de ses compagnons à la poursuite de Naraku, combien? Voila qui va m'être utile. On sait qu'elle a remonté le temps de 500 ans (environ et c'est le environ qui change beaucoup), donc 1996 - 500= 1496. Tu es d'accord?
Ensuite, dans le manga (attention spoil) à la fin elle est bloqué chez elle pendant 3 ans. Ce qui nous fait 1499 quand elle est retourné auprès d'Inuyasha et qu'elle l'a épousé. Kumiko débarque dans le passé une année plus tard, donc vers 1500. L'histoire de peut être toi ne se déroule qu'en une année, même un peu moins. Jusqu'ici, rien de bien spécial. Enfin, elle dort 100 ans, donc quand Yue vient la chercher on est en 1600. Tokugawa devient Shogun en 1603. Donc, que s'est-il passé pendant ces trois années entre le moment où Yue a récupéré Kumiko et son réveil auprès de Eko? Bonne question...vous comprendrez qu'il y a un gros blanc de 3 ans dans ce chapitre...sans savoir que trois ans se sont écoulés. Je vous le dis simplement, histoire de vous rassurer. Je vous laisse emettre vos propres hypothèses...
Sinon quoi d'autres...ah bah si. Concernant le fait qu'elle ai rencontré Nobunaga, alors là je ne comprends pas. Bug de l'auteur? Peut être...c'est un mystère pour moi ou alors elle n'a pas remonté le temps de 500 ans mais de moins...bref, dans le doute et l'incompréhension, je préfère garder la version que j'ai lu et comprise. Voila pour les explications.
Qu'est devenu Sesshomaru? Pas de souci, vous le saurez peut être au prochain chapitre^^ ou peut être pas. Bonne lecture.
Murmures d'un amour éternel
Chapitre 2 : Fuite vers l'Ouest
Pendant combien de temps avons-nous marché Eko et moi ? Je ne savais pas. Le temps n'était pour moi qu'une notion secondaire, presque éphémère comme mon errance. J'avais ouvert les yeux à un moment, et je les refermais à un autre. Le monde autour de moi était un mystère pour ma personne, un mystère insoluble, tant par la raison de mon cœur que celle de mon esprit.
Nous étions entourés d'arbres, chacun plus grands ou plus petits que les autres, à feuilles verticillées ou en palmes, élongées ou ovales, complexes ou simples, unies ou composées. Les troncs se ressemblaient et se différenciaient en fonction de la luminosité et ma course ne me laissait guère le temps de me concentrer.
Mon esprit était dans un brouillard obscur, je me laissais guider par Eko à travers le bois sombre. Alors le temps ou la distance n'avait pas d'importance. J'avais l'impression qu'en m'enfonçant dans l'obscurité de la forêt, c'était dans mon propre passé que je parcourais. Les hautes herbes dissimulaient la terre sous mes pieds, les feuillages des arbres peignaient un ciel verdâtre et sombre, troué par des étoiles lumineuses trop faibles pour atteindre le sol, et les troncs disposés chaotiquement autour de moi me donnaient la sensation d'être perdue au milieu d'un nombre incalculable de couloir.
Mon corps se laissait guider, seul la main d'Eko, fermement accroché à mon bras, me raccrochait encore à un semblant de réalité. Je ne sentais ni l'humidité se coller contre ma peau, ni la fraîcheur d'une rosée d'ombre sur l'herbe s'immiscer entre mes jambes et mes pieds, ni la fraîcheur de l'obscurité refroidir mon pauvre petit corps. Je ne sentais rien de tout cela, tant mon esprit était égaré. J'étais encore devant les soldats, devant le regard ocre du deuxième loup, un regard familier, inquisiteur et rassurant. Un regard qui me liait, intransigeant, à mon passé. Et un regard que je dû renoncer pour ma survie.
Au bout d'une interminable course, Eko s'arrêta au milieu d'une minuscule clairière, couverte par de grands saules pleureurs, non loin d'un petit ruisseau où coulait une eau pure et cristalline.
Eko s'effondra sur le sol, la respiration sifflante, les membres épuisés.
Elle s'approche du ruisseau et y puisa de l'eau avec ses mains pour y déposer ses lèvres et boire le contenu :
« -L'eau est bonne Michiko-chan, m'informa-t-elle en se retournant vers moi le regard embrumé par la fatigue. »
J'hochai silencieusement la tête. Elle me connaissait comme étant ainsi, peu bavarde, plutôt solitaire et silencieuse. Comme elle, je m'approchai doucement du ruisseau, et m'assis à ses côtés, buvant quelques gorgées de l'eau froide que j'avais récupéré dans mes mains.
Puis mon regard se reporta sur elle et je vis quelques larmes s'écouler. Elle renifla une bonne fois avant de détourner son regard, peut-être trop honteuse de se montrer aussi faible à moi. Mon premier geste fut de l'enlacer. Etrange, mon corps réagit tout seul. J'eus la pensée, et mon corps a agi de son chef. Mes bras encerclèrent son petit corps chétif et je commençai à la bercer, ma joue posée sur sa tête. J'humais silencieusement ses cheveux dont l'odeur de chanvre persistait, preuve qu'elle traînait souvent dans l'atelier du cordier. Je sentis ses bras m'enlacer la taille et nous restâmes ainsi pendant longtemps, peut être des heures. Si j'avais conservé la notion de temps, j'aurais pu le dire, mais j'étais comme un nouveau né : seul la faim et le désir de posséder m'étaient connus. Le temps, les coutumes, l'étiquette, les sentiments…tout ceci m'étaient à la fois étrangers et familiers.
Le soleil se couchait à l'horizon quand Eko se redressa, calmée. Son visage était gonflée par les sanglots et ses yeux rougis par les larmes mais elle souriait de nouveau, ce qui me rassura.
Elle passa son visage dans l'eau, comme pour purifier sa tristesse et inspira profondément avant de déclarer :
« -On n'ira pas plus loin dans la nuit, fit-elle en regardant autour d'elle. Il vaudrait mieux établir un camp et se reposer un peu.
-Tu n'as pas peur ? Demandais-je sans la regarder.
-Si, répondit-elle, je suis morte de peur. Mais ce qui est fait est fait, je ne retournerais pas au village. Pas maintenant que ma sœur et mon père m'ait vendu ! Non, il faut aller ailleurs.
-Où ?
-Tokugawa est arrivé au pouvoir, mais ils ne contrôlent pas encore tout le Japon, m'expliqua-t-elle en commençant à ramasser des tas de feuilles. Nous avons une chance d'échapper à son joug en nous dirigeant vers les terres de l'ouest.
-L'ouest ?
-Oui, acquiesça-t-elle plus sombre, se sont des terres sauvages, où on rencontre beaucoup de youkais. C'est assez dangereux, mais il existe des villages là-bas, nous pouvons nous débrouiller pour y aller et y rester. » Je ne répondis pas. Elle semblait peu confiante, voire désespérée, mais avions nous vraiment le choix ?
En ces temps de misères et de guerre, la vie d'un homme ou d'une femme n'était qu'un fil fin et fragile, dont la durée dépendait de son instinct de survie. Un simple coup de trop, une simple brise, et le fil pouvait être coupé de manière irréversible. Alors quand deux jeunes filles aussi débrouillarde soient-elles, se retrouvaient dans la nature, seules, quelles étaient les chances de leur survie sans un village pour les protéger ?
Je savais qu'Eko n'était pas quelqu'un de très endurant, pire encore elle se fatiguait déjà beaucoup dans ses tâches quotidiennes. Supporterait-elle un pareil voyage ? Comment pourrons-nous nous nourrir ? Même s'il s'agissait du printemps, les arbres ne donnaient que des fleurs, pas de fruits. Les baies de certains buissons n'étaient pas encore comestibles à cette époque de l'année et beaucoup de prédateurs rôdaient parmi les bois, sans parler des brigands et autres violeurs.
Nos chances de survie étaient minces, abandonnées ainsi à la nature. Eko fut la première à se coucher. La course l'avait totalement épuisée. Elle s'endormit aussitôt couchée et sa respiration régulière rythmait mes pensées qui n'étaient pas joyeuses, loin de là.
Fuir vers l'ouest était notre seule chance, mais c'était abandonner un tyran pour d'autres. La chance n'était pas avec nous, il ne fallait pas la prendre en compte dans l'estimation de nos survies. Eko, ma pauvre Eko.
J'avais oublié qu'elle venait de tout perdre, tout. Moi, ce n'était guère grave, je m'étais déjà réveillée avec rien. Deux semaines dans un village ne m'avait pas laissé le temps d'y avoir des repères et de toute façon, je pense que je n'en aurais jamais eu. Je n'étais pas faite pour la vie de paysans. Pour qu'elle vie étais-je faite ? Pour quel destin me suis-je éveillée ?
Pourquoi ne puis-je me souvenir de ce passé ?
Je me couchai aux côtés d'Eko, enlaçant son corps fragile de mes maigres bras. Elle souffrait, même dans son rêve. La séparation, la trahison, l'abandon. Autant de sentiments terrifiants et étouffants que j'aimerais éviter en dormant pour toujours.
Et Eko était en train de les subir. Même dans son sommeil, ses larmes s'écoulaient encore, intarissable. Puisse un jour quelqu'un lui faire oublier ces souffrances et la rendre heureuse, songeais-je en m'endormant à mon tour.
Ma vie n'était qu'errance, dans un monde que je ne connaissais pas. Mais j'étais vivante et j'avais des sentiments, des envies, des désirs. Sauf que je ne m'en souvenais pas.
Eko aurait peut-être aimé être à ma place. Ne pas se souvenir d'avoir été trahi et vendu, ne pas se souvenir d'avoir eu des êtres chers qu'on a perdus.
Ai-je moi aussi été trahi ? Ai-je moi aussi eu à aimer un jour ?
En y pensant, des larmes s'écoulaient de mes joues, alors qu'aucune douleur caractéristique de la tristesse ne torturait ma poitrine. C'était comme ci, mes yeux versaient des larmes alors que j'étais sans émotion particulière.
Une réponse donnée à ma question muette. Une réponse donnée à une question que je ne m'étais encore jamais posée à moi-même…
Je m'endormis bien vite à mon tour. La fatigue, bien que je ne la sente pas, était présente. La journée avait été éprouvante, plus pour Eko que pour moi, et ma fatigue provenait du nombre trop grand d'émotion que j'avais ressenti.
Je n'y étais pas habituée, tout simplement.
Au fond de moi, en égoïste que la nature nous rendait, j'avais espéré ne jamais me réveiller, ou alors ouvrir les yeux ailleurs, et découvrir que tout cela n'avait été qu'un mauvais rêve, rien de plus.
Pourtant mes yeux s'ouvrirent là où ils s'étaient refermés. Eko n'avait pas bougé, toujours recroquevillée sur elle-même. Seuls ses yeux avaient cessés de verser de l'eau. Elle respirait lentement, parfois secouée de quelques convulsions, signe d'un rêve pas forcément agréable. Que pouvait-elle donc rêver d'agréable après avoir vécu pareil trahison ?
Elle se réveilla à son tour, dans une inspiration brute et froide. Elle expira longuement, calmant les battements de son cœur fougueux et ses épaules s'affaissèrent lentement.
Elle se redressa sur son coude, et passa sa main sur son visage barbouillé. Revenir à la réalité était difficile pour elle, il semblait.
Elle se leva et se débarbouilla au ruisseau, lavant son visage comme elle l'avait fait la veille.
Puis elle se retourna vers moi et nos regards se croisèrent. Elle s'avança doucement et brisa le silence matinal :
« -Comment te sens-tu ?
-Un sommeil sans rêve, pour une fois, répondis-je en me redressant, mieux que toi en tout cas.
-Je suis désolée, je…, elle soupira à cours d'excuse.
-Tu n'as pas besoin, la rassurais-je. Pas à moi en tout cas.
-Tu es tout ce qu'il me reste Michiko-chan, fit-elle tremblante en se rendant compte une nouvelle fois des évènements passés.
-Tu restes tout ce que j'ai, rétorquais-je sans émotion. Alors ne change pas.
-Mais que faire ? Je…je ne connais pas la région et…
-Nous allons faire comme nous pouvons Eko-chan la coupais-je. Tu continueras à sourire et moi à ne rien comprendre. Sauf que nous irons vers l'ouest. »
Elle se tut et hocha la tête doucement, un peu rassuré par cette perspective. Nous étions deux femmes, jeunes, nous risquions de ne pas passer inaperçu. Moi encore moins avec mes yeux blancs et mes longs cheveux. Eko était déjà plus…humaine et plus commune. Il fallait que je cache mon visage, tout du moins mes yeux.
Plus tard peut être pourrais-je voler un chapeau de paille ou m'en fabriquer un.
Nous nous levâmes et un grognement sourd nous arrêta dans notre chemin. Une masse informe géante rôdait dans les environs. Eko s'accrocha de peur à mon kimono et commença à trembler :
« -Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-elle en regardant la masse sombre.
-Pas un ennemi en tout cas, répondis-je en ne sentant aucun danger dans les environs.
-Pas…un ennemi ? »
La masse s'avança dans la lumière et je reconnus le premier loup d'hier. Il tenait dans sa gueule un lièvre mort dont le sang s'écoulait encore. Il avait été tué récemment.
Le loup s'avança, doucement, comme s'il avait peur de nous effrayer et déposa le gibier avant de s'avancer vers moi pour me renifler.
Il dû baisser sa tête pour que son museau touche mon cou.
Eko était sur le point de paniquer et de partir en courant, je resserrai mon emprise sur sa main et la calmai :
« -Calme-toi, il ne veut que vérifier si nous ne sommes pas blessée, lui expliquais-je.
-Comment peux-tu le savoir ? Demanda-t-elle d'une voix aigue à cause de l'angoisse.
-Je ne sais pas, répondis-je, je le sens. »
Le loup croisa mon regard et comme la veille je sentis une certaine nostalgie se mélanger dans la lueur sauvage de ses yeux bleus. Puis il expira rapidement et bondit derrière nous, s'évanouissant comme il était venu.
Un autre mystère qui tournait autour de moi. Il avait oublié le gibier…volontairement je supposais. Un animal n'était pas dans le genre à oublier ses proies sans raison apparente. Comment le savais-je moi qui ne connaissais rien à ce monde ? Je l'ignorais. Je le savais c'est tout.
Je m'avançai vers le lapin et me retournai vers Eko qui n'avait toujours pas bouger.
« -Eko, il nous faut du bois pour le feu, expliquais-je en commençant à dépecer le lapin avec une pierre pointue. »
Elle acquiesça silencieusement, et partit en quête de morceau de bois pour faire un petit feu. La vue du sang me donnait la nausée, mais la faim prônait sur le reste et je pus me contenir avant de craquer. La peau fut jetée au pied d'un arbre et j'accrochai le lapin sur un pique que je laissai suspendre au dessus d'un feu.
Eko avait été rapide, et elle avait ramené un gros tas de bois.
Quand le lapin fut assez cuit, j'en donnais une part fumante à Eko qui commença à le dévorer, inquiète :
« -Comment le savais-tu Michiko-chan ?
-Je ne sais pas, expliquais-je. Des sensations de déjà vu envahissent mon esprit et je ressens comme une nostalgie en regardant ce loup. Je crois que je le connaissais, avant…
-Mais c'est un youkai, s'étonna-t-elle. Tu aurais autrefois côtoyé des youkais ?
-C'est possible, soupirais-je. Pourquoi ?
-Ce n'est pas courant, fit-elle douteuse, qu'une humaine vive avec des youkais et y survive…
-Peut être ne suis-je pas humaine, émis-je l'hypothèse. Après tout, qu'elle est la différence entre les humains et les youkais ? Il n'existe pas de youkai à l'apparence humaine ? »
Elle ne répondit pas, perplexe. Son univers était fragile et limité à son petit village, alors que pouvait-elle savoir de quoi que se soit d'autres ailleurs ?
Avait-elle seulement rencontré des youkais auparavant ? J'en doutais.
Elle semblait si fragile dans son ignorance, et la beauté qui faisait son insouciance se dissipait peu à peu. L'innocence de sa vie était un rêve merveilleux dont elle venait de se réveiller brutalement.
J'achevai mon lapin :
« -De toute façon, cela ne change rien Eko-chan. »
Elle redressa la tête subitement.
« -Eko-chan est Eko-chan, et Michiko est Michiko. Tu restes la seule que j'ai tout comme je suis la seule qu'il te reste. Alors après, savoir ou pas ce que Michiko était avant ou pas, est-ce si important ? »
Elle hocha la tête, un petit sourire naissant au creux de ses lèvres. Nous éteignîmes le feu et repartîmes en direction de l'ouest, dos au soleil.
La journée se passa, similaire à la précédente, et celle d'après, et encore celle d'après. Quatre jours plus tard, nous quittâmes la densité de la forêt pour les plaines et les larges chemins de marchands. Il fallait nous cacher, nous dissimuler parmi les foules des passants, ce qui n'était pas facile au vue de l'odeur de bois et de résine qui nous collait à la peau. Encore, si nous avions été avec un homme, nous aurions pu passer pour des voyageurs, mais nous n'étions que deux femmes, jeunes, perdues en pleine nature.
A plusieurs reprises, les marchands nous ont arrêtés, et à plusieurs reprises nous les avions semés dans les vallons et les bosquets qui arpentaient la région. Notre but était de filer vers l'ouest, après que nous importait le temps ou les dangers. Eko se fatiguait souvent, il fallait s'arrêter régulièrement pour reprendre des forces et nos maigres économies personnelles n'y aidaient guère. En fait, je n'avais rien sur moi, à part mon kimono trop court et le foulard qui retenait ma longue chevelure. Eko n'était pas en meilleure état : ses pieds, torturés par les épines et les cailloux, étaient rouges et boueux. Ses cheveux qu'elle avait courts s'étiraient de part et d'autres de sa tête en un pétard désordonné noirâtre, gras et collant à la peau. Ses mains et ses coudes étaient égratignés de partout, présentant des croutes que je désinfectais comme je pouvais, avec les herbes et rivières environnantes. Nous ne nous étions nourris que de baies et de gibier, quand on arrivait à en attraper un.
Depuis notre départ, nous n'avions pas revu le loup. Il nous avait offert le repas le premier jour, et avait disparu parmi l'ombre de la dense forêt, sans jamais redonner signe d'existence. Eut-il été un rêve j'aurais peut être compris mon engouement à son égard, mais il ne l'avait pas été.
Eko et moi-même avions parfaitement en mémoire la façon dont l'animal était intervenu dans la lutte pour nous échapper, brisant les bras de sa puissance mâchoire et menaçant les hommes de sa sauvagerie.
Mon cœur battait à chaque fois que je m'en remémorais la scène et la raison était inexplicable. La façon même avec laquelle j'avais lutté m'était incompréhensible. Avais-je été une guerrière ? Une combattante ? Une Taijiya ? Avais-je connus ce loup ? L'avais-je combattu auparavant ?
Tant de questions sans réponse, qui me maintenaient éveillée le soir, quand Eko s'effondrait de fatigue.
Après ces quatre longues journées épuisantes, nous pûmes enfin apercevoir les premiers villages, qui bordaient la frontière entre les terres de Tokugawa, et les landes sauvages des Terres de l'Ouest, terres vers lesquelles nous espérions un futur autre que soumise.
« -Michiko-chan, souffla Eko épuisée, arrêtons nous là…s'il te plait.
-D'accord, haletais-je après avoir grimpé tout en haut de la colline. »
Eko me rejoignit doucement, et se posa au sol comme on jetterait un sac de riz par terre. Ses cheveux s'éparpillèrent autour de son visage en sueur et ses yeux se fermèrent doucement. Seule sa poitrine s'abaissant et se relevant rapidement témoignait de l'effort douloureux qu'elle venait de surmonter.
Je n'étais guère épuisée pour ma part. J'étais assez endurante et comme mon esprit était toujours occupé à vagabonder ailleurs, dans mes pensées les plus profondes, et bien je ne remarquais jamais vraiment les efforts que je devais fournir.
Eko en revanche, s'en préoccupait beaucoup, autant que ce qui nous entourait. Alors que j'avançais vers l'inconnu, le cœur léger, elle était constamment sur ses gardes, anxieuses et nerveuses aux moindres bruits. Toute cette nervosité l'épuisait énormément, et quand je lui faisais la remarque elle me répondait : « Il faut bien que quelqu'un surveille, sinon on serait prise par surprise et tuée. »
Peut être avait-elle raison. Les notions de mort et de vie m'étaient encore peu familières pour que je m'y sente concernée.
Eko rouvrit les yeux et se tourna vers moi, toujours allongée sur l'herbe fraîche.
« -Michiko-chan, qu'allons nous devenir une fois dans l'ouest ? Me demanda-t-elle inquiète.
-Je ne sais pas, répondis-je simplement. Nous sommes jeunes et physiquement assez endurantes. Il y aura bien un village qui aura besoin de deux paires de bras en plus pour des rizières ou autre. Je ne demande rien, simplement une vie qui est mienne. »
Même si, songeais-je, ce ne sera jamais le cas tant que ma mémoire ne reviendra pas. Après tout, je ne suis qu'une âme errante à la recherche d'un passé.
Une phrase me revient toujours en tête, même si je ne sais plus qui l'eut dit autrefois : celui qui n'a pas de passé n'a alors pas d'avenir. Serait-ce le cas pour ma part ? Allez savoir…
J'étais vraiment perdue dans cet univers étrange où tant de sensations différentes déferlaient à chaque instant.
Puis un bruissement étrange brisa la quiétude de mes pensées et je sentis mes sens basculer dans un mode alertée, que je ne connaissais que depuis le combat contre les soldats.
A mes côtés, Eko se détendait toujours, comme si elle ne sentait pas ce danger imminent dans les alentours. Ma propre personne était concernée, je le sentais. Le sang de mes veines pulsait de plus en plus forts, et les battements de mon cœur, qu'en repos je n'entendais guère, se mirent à battre au même rythme que mon sang bouillant.
Mes jambes se redressèrent et fléchirent immédiatement, prêtes à bondir dans la situation d'une attaque. Toute mon attention se porta sur les frondaisons d'où nous étions arrivés auparavant, les buissons ne faisant pas plus de bruit que le vent dans leurs feuilles. Pourtant je le sentais…je sentais cette odeur de sueur écoeurante, je sentais l'odeur du métal, du fer, du cuir et surtout, je sentais l'odeur d'un homme, d'un mâle. Il n'était pas imposant, loin de la, plutôt un dominé, et sa propre présence ici n'était en rien hasardeuse.
Je me surpris moi-même à songer ainsi : en quoi le fait qu'il soit dominant ou dominé, plus qu'il soit un mâle, m'intéressait ? J'agissais, non je pensais vraiment de manière étrange et douteuse…étais-je humaine encore ?
Eko remarqua enfin mon changement soudain de comportement, mais je n'étais alors pas plus maîtresse de moi-même qu'avant. C'était comme si un sixième sens sauvage s'était emparé de mon corps et agissait à ma place, à croire que mon instinct de survie prônait sur la raison qui me faisait humaine.
Puis elle s'inquiéta :
« -Michiko-chan, que se passe-t-il ? Me demanda-t-elle en se mettant derrière moi.
-Qui êtes-vous ? M'écriais-je, le regard toujours porté sur le même point. Montrez-vous ! »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils étaient une petite dizaine tout au plus, en armure de soldat, les mêmes qui accompagnaient Jade.
Aurions-nous été suivies ? Sommes-nous recherchées ? Apparemment c'était le cas :
« -Je suis Mamoru Sanoske, le chef de la garnison Est au service du Shogun Tokugawa Ieyasu ! Au nom de mon clan, je vais vous ramener toutes les deux aux seigneurs, et empocherai la récompense.
-Une récompense ! S'étonna Eko. Depuis quand on met des récompenses pour la capture de deux voyageurs ?
-Depuis que ces voyageurs sont des fugitives sensées servir le seigneur ! S'écria un soldat.
-Alors rendez-vous bien sagement et personne sera blessé, menaça Mamoru Sanoske.
-Je vous rends la donne, rétorquais-je en reculant doucement, partez, oubliez nous et personne ne sera blessé. »
Ma phrase les fit rire, rien de plus. Ils me sous-estimaient, ce qui était une erreur en soi. Je ne connaissais pas l'étendue de ma force, ni même jusqu'où je pouvais aller, mais je savais parfaitement qu'ils ne faisaient pas le poids contre moi. Tant qu'Eko serait en sûreté, je serais meurtrière et quiconque tenterait de l'approcher ne récolterait que ma rage. Au fond de moi je m'en sentais capable. Alors quand deux d'entre eux se jetèrent, amusés du défi, je les cueillis simultanément au creux de leurs estomacs, d'un simple coup de jambe bien placé. Surpris, ils tombèrent au sol et rentrèrent dans les rangs en titubant, maintenant leur ventre dans un rictus de douleur.
« -La chienne ! Hurla l'un d'eux, elle sait se défendre !
-Elle ne fera pas le poids longtemps, rassura Mamoru Sanoske. Je ne m'en fais pas, elle doit être la seule à se défendre. Ordre à tous, occupez vous de l'autre ! »
Il avait compris qu'Eko ne savait pas très bien se défendre…et il voulait l'utiliser pour m'avoir !
Ils ne furent pas deux, mais dix à se jeter sur nous cette fois ci, bien trop nombreux pour Eko. Je m'interposai entre Eko et eux, assomai deux d'entre eux d'un coup bien placé sur la nuque, fouettai l'air de ma jambe, brisant impitoyablement la mâchoire d'un troisième, immobilisai un quatrième sur sa contre-attaque quand EKo s'écria :
« -Derrière toi ! »
Le coup partit, mais je ne fus pas celle qui le reçus. Eko s'était mise sur la trajectoire du coup de bâton qu'un soldat escomptait me réserver et elle le reçut au niveau de l'épaule. Dans un gémissement cours et douloureux, ses jambes se dérobèrent et elle s'effondra sur le sol, inerte.
« -Eko-chan ! M'écriais-je en assommant le garde que j'avais immobilisé. »
Je m'approchais d'elle et les soldats tentèrent de m'encercler mais en vain, ils n'arrivaient tout simplement pas à me mettre le grappin dessus. Ils étaient anormalement ralentis, ou peut-être étais-je trop rapide pour leurs yeux. Le fait étant que je fus à deux pas d'Eko en quelques secondes.
Je vérifiais les pulsions de sa jugulaire et quand je fus certaine qu'elle se porterait plutôt bien, je contre-attaquais, furieuse.
« -Elles ne sont que deux ! Gronda Mamoru mécontent, n'êtes vous donc que de sombres incapables ?
-Elle est rapide la putain ! Rétorqua un soldat avant de se prendre un compagnon que j'avais lancé sur lui. »
Mais j'avais beau les repousser, ils revenaient sans arrêt à la charge. Je ne pouvais décemment pas laisser Eko dans cet état…moi aussi tôt ou tard je serais épuisée et incapable de la défendre. Pourtant, quelque chose en moi grondait de manière exponentielle. Plus l'ardeur de la bataille augmentait, plus je devais fournir d'effort pour repousser l'ennemi, plus mes veines pulsaient en un rythme commun avec les battements frénétiques de mon cœur, et je sentais peu à peu le contrôle de mon corps se perdre avec le temps.
Mes gestes devenaient plus précis, mais aussi plus foudroyant et meurtrier, ce que je ne voulais pas forcément. Mes jambes dansaient dans les airs, mes mains frappaient la chaire et les muscles impitoyablement et je me surpris à me délecter des cris de douleur que je provoquais autour de moi. Les craquements des os étaient une envoutante mélopée qui m'attirait à en faire davantage, les hurlements de douleur, le bruit de la chaire qui se déchire, tous ses éléments résonnaient dans mes oreilles et appelaient à la sauvagerie de mon corps que je ne contrôlais alors plus du tout.
Je me sentais partir dans une danse sauvage et mystique, dans laquelle les mouvements avaient le but de frapper, de torturer, d'offrir la souffrance en réponse à ma rancœur. Les pas de danses étaient les coups, et la sensibilité de la danseuse que j'étais n'était rien de plus que le visage fermé d'un esprit enfermé. Je sentais ma raison vaciller, mon esprit et ma morale se perdre dans les échos des hurlements, j'entendais ma conscience m'ordonner de m'arrêter, ce que j'aurais fais sans aucuns doutes…si j'avais su comment.
Ma main s'enfonça dans le thorax d'un des soldats et tous s'arrêtèrent. Le corps du soldat s'immobilisa, et ses jambes se dérobèrent. Il me sembla léger comme un plume mais rugueux comme l'écorce. Dans un gargouillement sinistre, le soldat rendit son dernier soupir avant d'atteindre le sol et dans un fracas poussiéreux, il s'effondra, mort. Son sang s'écoulant de sa plaie était resté sur ma main qui arborait au bout de mes doigts, des ongles étrangement longs et pointus, effilés comme la lame d'un katana d'un grand maître-forgeron. Je regardai ma main, incrédule et étrangement absente. Mes yeux faisaient l'aller retour entre le soldat mort et ma main couverte de son sang, sans que mon esprit ne fasse le rapprochement.
Puis, une flèche s'abattit sur un autre soldat, qui rendit l'âme durant sa chute au sol. Mamoru ordonna le repli et des voix de rage se répandirent dans la vallée, de derrière moi.
Mes jambes me lâchèrent, et la respiration vint à me manquer. C'était comme si je venais de me réveiller d'un long cauchemar, pendant lequel une bête assoiffée de sang avait pris possession de mon corps et avait participé à la mise à mort d'un être humain.
Ses ongles longs, ces sensations farouches, cette agilité surhumaine, ce goût et ces compétences pour le combat…
En sombrant dans le sommeil protecteur, je compris une chose…une terrible nouvelle. Je n'étais pas humaine.
Etais-je pire ? Etais-je mieux ? Personne ne pouvait le juger, et c'était bien ça qui m'inquiétais.
Sans passé, et certainement sans avenir, je venais de comprendre qu'en fin de compte, j'ignorais tout de moi…jusqu'à même ce que j'étais supposée être.
Prochain chapitre : « -Tu n'imagines pas la chance que tu as, jeune fille. Peu de personne peuvent se vanter de pouvoir devenir Geisha.
-Tu es la seule chose qu'il me reste Michiko-chan…et je le croyais…mais maintenant, j'en ai assez de fuir, assez d'aller ailleurs. Je suis heureuse Michiko-chan ici, vraiment…
-Je te détruirais petite Michiko, et je prendrais plaisir à le faire devant tout l'Hanamachi. Les seigneurs Youkais te cracheront dessus quand j'en aurais fini avec toi.
-Michiko-chan, pourquoi suis-je tombée amoureuse ?
-Il est impossible pour une Geisha d'aimer, Kannan, Mère ne te le pardonnera jamais. »
Il est un homme dont je rêve chaque nuit, et dont le nom ne m'est pas révélé. Il est un espoir que j'aspire…qu'un beau jour, en essayant de rester celle que je croyais être…j'avais brisé…
Prochain chapitre : Le début d'une nouvelle vie, la fin d'un espoir.
