Comme toujours, merci aux lecteurs qui prennent la peine de me laisser une review. Que ce soit un compliment ou une critique (constructive), cela fait toujours bien plaisir.
Bon passons au Disclaimer de rigueur :
Aux dernières nouvelles, je ne suis toujours pas propriétaire des personnages de Harry Potter. A mon grand regret (j'aimerai bien être milliardaire), ces derniers appartiennent donc toujours à JKR.
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4 – L'ombre d'un serpent
Dudley n'en revenait pas de la chance qu'il avait. Au début, il avait été assez inquiet en découvrant que deux nouveaux sorciers allaient passer quelques temps chez lui. Et l'idée de devoir leur laisser l'une de ses chambre l'avait rendu fou de rage. Mais bien sûr, il n'avait rien pu dire. Contre 'ces gens là' (comme disait son père), il n'y avait rien à faire…
Mais quand il l'avait vu cet après-midi, il avait changé d'avis. Finalement, cet hébergement forcé avait du bon. Elle s'appelait Hermione et elle était terriblement sexy, avec ses longs cheveux soyeux et sa petite robe. Et puis il avait tout de suite compris qu'elle était chaude lorsque ses parents et lui l'avaient découverte en plein milieu du jardin dans les bras de l'autre rouquin (Roy ou Ron ? Dudley n'arrivait plus à se souvenir de son nom). Et ce qu'il avait vu ce soir l'avait encore renforcé dans cette conviction.
Alors qu'il était tranquillement en train d'écouter le dernier album des 'black squirrels of death' (avec le volume à fond forcément, la musique n'ayant aucun intérêt si les murs ne tremblent pas), il avait entendu entre deux chansons son abruti de cousin qui tambourinait comme un cinglé à la porte de la fille. Curieux de connaître la suite, il avait attendu que Harry rentre dans la chambre pour sortir dans le couloir et écouter à la porte. Comme il n'entendait rien, il avait regardé par le trou de la serrure et il n'avait pas été déçu : après quelques minutes de bavardage, (mais bizarrement Dudley ne pouvait pas entendre ce qu'ils disaient, aucun son ne semblant sortir de la pièce), la fille s'était déshabillée ! Puis, Harry avait commencé à la peloter et à l'embrasser ! Bien que ravi du spectacle, Dudley n'avait pas été surpris : il était sûr depuis le début qu'elle se tapait les deux garçons. Si ça se trouve ils le faisaient même à trois avait-il alors pensé avec un sourire pervers…
A un moment, ils s'étaient arrêtés pour recommencer à palabrer, puis elle avait éteint la lumière. A partir de là, Dudley n'avait plus réussi à distinguer ce qui se passait dans la chambre (à son grand regret d'ailleurs), mais il se doutait bien de ce qu'ils avaient dû faire ensuite… Cette fille couchait manifestement avec tous les garçons qui passaient et il ne voyait pas pourquoi il ne pourrait pas lui aussi profiter de l'aubaine. Il était donc resté dans le couloir, à réfléchir à la meilleure technique d'approche.
Un peu plus tard, Harry était sorti de la pièce en manquant de le surprendre. Dudley avait réussi à inventer une excuse crédible pour aller dans la chambre, mais Harry n'avait rien voulu savoir. De toutes façons, il savait bien pourquoi Harry ne voulait pas qu'il entre dans la pièce : ce salaud voulait se la garder rien que pour lui ! Il avait même tenté de lui jeter un épouvantable sortilège. Heureusement que Dudley savait courir vite quand il le fallait. Il était donc allé traîner un peu dehors, histoire de laisser passer l'orage.
Il revint quelques heures plus tard et Harry avait disparu. Il entra dans la chambre et elle était là, étendue nue sur le lit. Elle semblait dormir profondément. Elle était magnifique et semblait si pure et si innocente, une vraie princesse virginale. On aurait eu du mal à imaginer en la voyant ainsi endormi qu'elle puisse avoir un tempérament aussi … volcanique. Mais Dudley, lui savait. Il l'avait vue avec Ron dans le jardin, il l'avait vue avec Harry dans la chambre, et tout cela dans la même journée…
Bien décidé à passer à l'acte lui-même, il s'approcha du lit. Elle ne semblait pas avoir remarqué sa présence et dormait toujours. A présent, sa main tremblait en approchant de la jeune femme. Il se rendait compte qu'il ne savait pas vraiment comment s'y prendre. Il n'avait pour ainsi dire aucune expérience avec la gente féminine, et tout ce qu'il savait du sexe tenait dans les quelques vidéos qu'il avait regardées avec les gars de sa bande.
Avec hésitation, Il caressa ses longs cheveux soyeux. Lentement, avec une délicatesse qui ne lui était guère habituelle, sa main descendit jusqu'à ses épaules, puis jusqu'à ses seins. Le contact la fit frissonner. Elle était en train de se réveiller ! Alors que Dudley se demandait se qu'il allait faire ensuite, il sentit soudain deux mains puissantes l'attraper…
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Lorsqu'il réalisa ce qui était en train de se passer dans la pièce, le sang de Ron ne fit qu'un tour. Il empoigna la masse imposante de Dudley par les épaules et avec un rugissement le projeta contre le mur à l'autre bout de la pièce, ce qui était un exploit, même pour quelqu'un ayant sa carrure athlétique. Mais il n'eut pas besoin de recourir à la magie, la colère augmentant sa force plus sûrement que n'importe quelle potion de Rogue.
Dudley se releva avec peine, à moitié sonné. Il regarda apeuré, le grand rouquin qui s'avançait vers lui.
- « Je vais te tuer » gronda-t-il, en l'attrapant par le col.
- « Mais je, je… Qu…qu'est-ce que j'ai fait ? » Bégaya le gros garçon.
- « Tu te fiche de moi ? Oser profiter ainsi d'une jeune fille innocente pendant qu'elle est inconsciente… »
- « Innocente, elle ? Attend, c'est une vraie salope, elle… » Commença Dudley, mais il ne put aller plus loin, la respiration coupée par le poing de Ron qui venait de s'enfoncer brutalement dans son estomac. Il resta plié en deux quelques instants, avant de redresser péniblement la tête en sentant la main de son adversaire se refermer sur son cou. Le sorcier le regardait sans rien dire, avec un calme que Dudley trouva bien plus effrayant que la colère qu'il affichait un instant plus tôt. Cette fois, il avait vraiment peur.
- « Jusqu'à maintenant, j'envisageai de t'épargner parce que tu es le cousin de Harry. Mais si tu insultes encore une fois la fille que j'aime, je ne réponds plus de rien » annonça froidement Ron en resserrant sa poigne.
Totalement terrorisé, Dudley hoqueta « Je… je suis désolé… je ne pensais pas… je voulais juste… »
Une terreur abjecte déformait ses traits. C'est alors que le contrôle de sa vessie lui échappa. Ron le regarda avec un air écoeuré, et le lâcha.
Dudley resta prostré sur le sol et commença à se masser le cou en jetant à Ron des regards apeurés. Le jeune sorcier retourna auprès d'Hermione et, voyant qu'elle commençait à se réveiller, la recouvrit d'une couverture.
Lorsqu'il se retourna, Dudley semblait avoir repris le contrôle de ses nerfs et le regardait d'un œil mauvais.
- « Comment est-ce que j'aurai pu savoir que les non-sorciers n'avaient pas le droit de la toucher ? » lança-t-il.
- « Qu'est-ce que tu racontes ! C'est ma petite amie : personne n'a le droit de la toucher à part moi. Pas plus toi que Viktor !»
Dudley ignorait qui était Viktor, mais son instinct malveillant prit vite le dessus.
- « Pourtant, je sais qu'elle couche avec Harry. Je les ai vus tout à l'heure et… »
- « Tu n'as rien compris à ce que tu as vu et je n'ai aucune envie de l'expliquer à un stupide moldu comme toi. » l'interrompit Ron.
- « Attends, qu'est-ce qu'il y a à comprendre ? J'ai très bien vu qu'ils s'embrassaient… »
- « Ca suffit, j'en ai assez d'entendre tes mensonges. File de là avant que je ne te change en cochon, ce qui ne représenterait pas une grosse différence, d'ailleurs. »
- « Mais… »
- « DEGAGE ! » lui cria Ron en sortant sa baguette.
Dudley n'insista pas davantage et déguerpit sans demander son reste.
Lorsque Ron revint près du lit, il vit que Hermione était réveillée et le regardait avec des yeux ensommeillés.
- « Bonjour ma chérie. Comment ça va ? La transe c'est bien passé ? » Demanda Ron avant de se pencher pour déposer un baiser sur les lèvres de la jeune fille.
Hermione rougit et se remémora avec délice l'après-midi qu'elle avait passé avec le garçon dont elle était amoureuse depuis des années.
- « Bonjour mon coeur. Ca va merci. Qu'est-ce que c'était que ces cris ? »
- « Et bien… » Hésita Ron. «Quand je suis entré dans la chambre il y a quelques minutes, j'ai trouvé le cousin de Harry qui était là à te regarder et qui nourrissait visiblement de mauvaises intentions à ton égard. »
- « Oh mon dieu ! » s'exclama Hermione, visiblement horrifiée à cette idée, en resserrant la couverture autour d'elle.
- « Ne t'en fais pas, il n'a pas eu le temps de te toucher. Evidemment, je l'ai viré de la pièce un peu brutalement. »
- « Non mais quel porc ! Déjà au dîner, il n'arrêtait pas de me regarder d'une façon obscène… »
- « Après tout ce que Harry nous as raconté sur lui, j'aurais dû m'en douter. Mais pourquoi tu ne m'as rien dit ? Je lui en aurai fait passer l'envie tout de suite ! » S'emporta Ron.
- « C'est exactement pour ça que je ne t'ai rien dit. Je pense que Harry n'a pas besoin que l'on fasse un esclandre devant son oncle et sa tante » Répondit Hermione avec un petit sourire. Bien sur, elle ne l'aurait pas avoué sous la torture, mais elle adorait quand Ron se montrait protecteur avec elle.
- « Moi je pense que Harry aurait été le premier à vouloir lui ficher une raclée, si tu lui avais raconté ça au dîner. En plus, pour ce qui est des esclandres, c'est plutôt Dudley qui essaie de semer la zizanie. Quand je pense qu'il a essayé de me faire croire que tu couchais avec Harry. Il a même osé me raconter qu'il t'avait vue l'embrasser…»
Hermione laissa échapper un petit cri et devient violette. Elle avait presque oublié ce qui s'était passé avant sa transe.
- « Evidemment, je n'en ai pas cru un mot. » poursuivit Ron. « Je sais bien que tu ne ferais jamais une chose pareille, n'est-ce pas ? »
Incapable de parler, Hermione resta muette.
- « Tu ne ferais une chose pareille, n'est-ce pas ? » répéta Ron, avec cette fois une pointe d'inquiétude dans la voix.
Hermione prit une profonde inspiration. « Ron, il faut que tu me promettes de ne pas t'énerver »
- « Pourquoi ? J'aurais des raisons de m'énerver ! » Demanda Ron dont les oreilles commençaient à rougir.
- « Tout à l'heure, Harry m'a effectivement embrassée, mais … »
- « QUOI ? » rugit Ron qui n'en croyait pas ses oreilles. Alors qu'ils ne sortaient ensemble que depuis une journée, sa petite amie le trahissait déjà ! Et avec son meilleur ami en plus !
- « Ron, je t'en prie. Ce n'est pas de sa faute, il ne voulait pas… »
- « C'EST CA ! JE SUPPOSE QU'IL T'A EMBRASSEE PAR HASARD ! »
A présent, Hermione s'était mise à pleurer.
- « Ron, écoute-moi… » Sanglota-t-elle.
- « Alors Dudley disait la vérité… Je suppose que si je n'étais pas arrivé, tu l'aurais embrassé lui aussi ? Il avait raison, tu n'es qu'une traînée… »
Blessée, Hermione le regarda un instant silencieusement. Puis elle explosa :
- « Si c'est vraiment ce que tu penses de moi, Ronald Weasley, sors de ma chambre ! »
Sans dire un mot, il sortit en claquant la porte et se retrouva dans le couloir. Il se sentait seul et perdu. Comment Hermione et Harry avaient-ils pu lui faire une chose pareille. Après tous les discours que son meilleur ami lui avait fait en lui répétant qu'il n'était pas du tout intéressé par Hermione. « Ah ça, il s'est bien fichu de moi » se dit-il.
Bien décidé, à lui faire payer cette trahison, Ron traversa le couloir et entra en trombe dans la chambre de Harry. Ce dernier dormait paisiblement, visiblement encore sous l'effet de la transe.
Ron sortit sa baguette et la pointa vers son ami : « Ennervate ! ». La respiration de Harry s'accéléra tandis qu'il commença à s'agiter dans son sommeil. Ron se précipita sur lui et commença à le secouer par les épaules.
- « Allez Réveille-toi sale traître ! ».
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Harry ouvrit les yeux et promena son regard d'émeraude autour de lui. Il était nu comme un ver et se trouvait dans une jolie clairière, baignée de lumière. Le sol était recouvert d'herbes folles et de champignons. Tout autour de lui, des arbres millénaires s'étendaient à perte de vue, leurs branches immenses semblant s'élever jusqu'au ciel. Le soleil luisait puissamment, le ciel (ou du moins la petite portion qui en était visible à travers la cime des arbres) était d'un bleu intense. C'était une magnifique après-midi d'été, mais Harry n'avait pas trop chaud, l'ombre des arbres lui procurant une délicieuse fraîcheur.
Des odeurs de sève, d'herbe fraîchement coupée et de champignons des bois chatouillaient agréablement ses narines. Ses oreilles captaient les différents bruits de la forêt avec une acuité extraordinaire. Le bruissement du vent dans les feuilles, le clapotis de l'eau d'un ruisseau proche, le choc léger d'un fruit tombant sur un tapis de mousse et les mille et un sons produits par les animaux sylvestres.
Au milieu de tous ces arbres, dans la fraîcheur agréable de cette forêt, Harry se sentait bien. Il éprouvait un indéfinissable sentiment, quelque chose comme être enfin de retour chez soi après un très long voyage. Instinctivement, comme s'il répétait un geste déjà accompli mille fois, il s'avança lentement au milieu des arbres, promenant ses mains sur les troncs couverts de mousses, savourant la douceur familière de ce contact.
Il se promena ainsi, sans but, juste pour le plaisir, pendant un moment - quelques minutes ou quelques heures, Harry n'aurait sur le dire. Il semblait avoir perdu toute notion du temps. D'ailleurs le temps existait-il vraiment dans cet endroit ? Ce n'était pas certain.
Au détour d'un sentier, il aperçut un cerf qui le regardait à quelques mètres de distances. C'était un magnifique animal, très grand, même pour son espèce. Son poil brun était luisant et soyeux, ses bois immenses dessinaient de complexes arabesques au dessus de sa tête. Harry aurait dû se sentir impressionné face à un tel animal, mais il ne le fut pas. Le cerf lui semblait étrangement familier et semblait le regarder avec bienveillance.
Alors que Harry s'avançait vers lui, le cerf se retourna et partit d'un pas tranquille en direction opposée. Harry eut le sentiment que, loin de prendre la fuite, l'animal l'invitait en fait à le suivre. Harry se mis donc en route à travers la forêt, à la suite du cerf qui se retournait vers lui de temps à autre, comme pour vérifier qu'il le suivait toujours.
Ils marchèrent ainsi quelques temps. Parfois, l'animal ralentissait l'allure, laissant presque Harry le rattraper ; puis, se moquant gentiment de lui, il repartait au galop avant que ce dernier n'ait pu le toucher et se retournait pour lui adresser un clin d'œil qui semblait vouloir dire « attrape-moi si tu peux ». Assez vite, les deux compagnons de route partagèrent une vraie complicité.
Au bout d'un moment, ils arrivèrent à proximité d'un ravin sinueux qui coupait la forêt en deux. Il ne faisait que quelques mètres de largeur et pas plus de trois mètres de profondeur mais sa présence parut incongrue à Harry, comme une balafre qui aurait défigurée sa belle forêt. Au fond, un petit ruisseau serpentait paresseusement au milieu des cailloux qui jonchaient le fond de la gorge. L'eau était claire et limpide comme du cristal et Harry pouvait entendre le léger sifflement qu'elle produisait en s'écoulant doucement le long du ravin.
Le cerf prit son élan et en un bond majestueux se retrouva sur l'autre rive. Il se tourna alors vers Harry, semblant l'inviter à l'imiter. Mais le jeune sorcier ne se sentait pas capable d'effectuer un tel saut. Après tout, il n'était pas un cerf, lui. Aussi entreprit-il de descendre au fond du ravin, sous le regard désapprobateur du cerf.
La pente n'étant pas très raide, Harry n'eut aucun mal à atteindre le fond du ravin. Il s'apprêta à traverser le ruisseau, mais à peine eut-il posé un pied dans l'eau, qu'une douleur atroce émanant de sa cicatrice lui vrilla le crâne. La marque en forme d'éclair le brûlait si affreusement qu'il avait l'impression que son cerveau était en train de bouillir. Il s'effondra sans l'eau en hurlant.
La douleur dura quelques secondes puis disparut aussi brutalement qu'elle était venue. Harry se releva en tremblant. Il se sentait fiévreux et nauséeux. Il se trouvait à présent au milieu du ruisseau, de l'eau jusqu'aux chevilles. Tournant la tête, il aperçut le cerf qui le regardait d'un air inquiet. Harry voulut sortir du ruisseau et remonter jusqu'à son compagnon, mais ses jambes refusèrent de lui obéir. Il resta donc immobile dans l'eau, perdu et hagard. Le cerf le regardait tranquillement, semblant attendre que Harry se décide enfin à le rejoindre.
Soudain, sans savoir pourquoi, Harry se mit en marche et commença à suivre le ruisseau le long du ravin. Le cerf le regarda s'éloigner et sembla hésiter quelques secondes, puis parut prendre une décision et s'élança pour rattraper Harry. Lorsqu'il fut arrivé à sa hauteur, il appela Harry d'un brame puissant. Son cri disait clairement « Ne va pas par là. Il faut sortir de ce ravin. Remonte la rive et viens avec moi ». Mais Harry n'était plus maître de ses jambes. Il avançait comme un automate, marchant inlassablement au milieu du ruisseau, le cerf le suivant toujours tristement, le long de la berge du ravin.
A un moment, Harry réalisa que le ravin se faisait plus profond au fur et à mesure de sa progression. La berge se situait maintenant à quatre ou cinq mètres au dessus de lui, et il avait désormais de l'eau jusqu'aux genoux.
Il continua encore à marcher pendant un temps qui lui parut durer une éternité, lorsqu'il arriva soudain face à un mur de roche. Il avait atteint l'extrémité du ravin. Le ruisseau, dont l'eau lui arrivait à présent jusqu'à la poitrine, disparaissait dans un tunnel qui s'ouvrait au pied de la falaise.
Alors qu'il s'avançait pour y pénétrer, il fut stoppé par un nouveau brame déchirant. Harry se retourna et aperçut le cerf qui était toujours sur la berge, à plusieurs dizaines de mètres au dessus de lui. Son regard rencontra celui de l'animal et il fut saisi par la tristesse et le désespoir qui se lisaient dans ses grands yeux bruns. Il comprit alors que le cerf ne pouvait le suivre là où il s'apprêtait à aller et que ce dernier appel était en fait un adieu. Le cœur serré, il regarda l'animal se détourner et s'en aller tristement. Sans pouvoir se l'expliquer, ni même le comprendre, Harry sut qu'il venait de perdre une partie de lui-même.
Puis, comme si une force invisible l'avait rappelé à l'ordre, il se remit en marche et avança mécaniquement vers l'ouverture dans la roche. Sans s'arrêter, il entra dans le tunnel et fut englouti par les ténèbres. A l'intérieur, l'obscurité était totale et Harry ne pouvait voir où il allait. Mais ce n'était rien en comparaison du froid glacial qui y régnait, comme si son sang avait brutalement gelé et que des glaçons lui coulaient dans les veines.
Toujours poussé par la même force impérieuse, Harry continua sa progression à travers le boyau à demi immergé. Il avançait en aveugle, comme un automate mais ses jambes semblaient savoir où elles allaient. Le niveau de l'eau diminua progressivement et il se retrouva finalement au sec. Ses yeux commençaient à s'habituer à l'obscurité et il commençait à distinguer les contours de la roche. En y réfléchissant, cela aurait pu sembler étrange à Harry, car il n'y avait absolument aucune source de lumière dans la grotte. Mais fort heureusement pour lui, Harry n'était pas en état de réfléchir.
Il se trouvait maintenant dans une petite caverne, une sorte d'antichambre naturelle parcourue par un courant d'air glacé. Devant lui, s'ouvrait un étroit passage dans lequel le vent s'engouffrait en sifflant. Harry s'y engagea. La hauteur du boyau se rétrécit progressivement, de sorte qu'il fut bientôt obligé de ramper pour pouvoir continuer. Harry lui-même, ne savait pas pourquoi il mettait un tel acharnement à progresser dans ce tunnel, s'écorchant les mains, se meurtrissant les genoux. Il se sentait simplement contraint à le faire…
Après quelques centaines de mètres de reptation, le boyau déboucha dans une petite grotte d'à peine quelques mètres de diamètre. Un siège était taillé à même la roche. Fourbu, Harry s'y assit. Il regarda autour de lui, mais ne remarqua rien de particulier. En dehors du siège qu'il occupait, la grotte était absolument vide. Il sentit alors un certain abattement l'envahir. Que faisait-il là ?
- « Génial… J'ai fait tout ce chemin pour me retrouver seul dans une grotte déserte ? » murmura-t-il pour lui-même.
- « Désolé, mais je ne suis pas d'accord. Tu n'es pas tout à fait seul. » Fit une petite voix près de lui.
Se penchant pour regarder, Harry aperçut un minuscule serpent d'un vert vif qui se tenait à ses pieds. Décontenancé Harry ne su quoi répondre.
- « C'est… vous qui avez parlé ? » Finit-il par lâcher.
- « Evidemment. Tu vois quelqu'un d'autre ici ? » Rétorqua le serpent.
- « Mais vous êtes un serpent ? »
- « En effet. Quel brillant sens de l'observation… » Ironisa le petit reptile.
- « Et vous parlez ? »
- « Bien sûr et alors ? Toi aussi tu parles. Si un animal aussi primitif que toi est capable d'articuler suffisamment de mots pour me bombarder de questions stupides, je ne vois pas ce qu'il y a d'étonnant à ce que je sois moi aussi doué de parole. »
Harry se sentit un peu vexé, mais la moquerie de son interlocuteur eut l'effet escompté et il reprit ses esprits. Il réfléchit quelques instants silencieusement, sous l'œil impassible du serpent, avant de demander « Où est-ce que je suis, exactement ? ».
- « Ah, enfin une question pertinente. Il était temps. Malheureusement, il m'est impossible de te répondre simplement, tant les réponses sont nombreuses. Disons simplement que tu es là où il te fallait aller pour trouver ce que tu cherches.»
- « Ce que je cherche ? »
Le serpent le regarda un instant avec un air consterné, puis lentement, en détachant chaque syllabe comme s'il s'adressait à un petit enfant particulièrement attardé, il reprit.
- « Il me semble que tu essayes de devenir un animagus… N'es-tu pas venu ici pour trouver ton animal intérieur ? »
Depuis qu'il était arrivé dans la forêt, Harry avait fonctionné à l'instinct, sans jamais prendre le temps de réfléchir à sa situation. Fidèle à sa nature impulsive, il s'était laissé guider par les évènements et en avait presque oublié la raison première de sa présence en ces lieux. Mais la remarque du serpent l'avait ramené à la réalité. A présent tout lui revenait en mémoire : les recherches d'Hermione, la méthode pour devenir Animagus, la potion, le sortilège Soporis et la transe.
- « Oui. Bien sûr. C'est vrai. C'est pour cela que je suis ici.» Répondit-il après un moment. « Mais alors, je suis en transe en ce moment ?»
Le serpent acquiesça silencieusement avec ce qui aurait sans doute été un petit sourire s'il avait été humain.
- « Donc tout ceci est un rêve et cet endroit n'existe pas vraiment, n'est-ce pas ? »
- « Oui et non. C'est plus compliqué que cela. »
Devant le regard interrogateur de Harry, le serpent reprit : « Je ne pense pas que le moment soit très approprié pour de vastes explications métaphysiques. Pour le moment, nous dirons simplement que cet endroit existe bel et bien, mais pas physiquement, si tu peux te satisfaire de cette réponse. »
Justement, Harry était assez peu satisfait du caractère élusif des réponses du serpent. On aurait dit que ce dernier s'amusait de le voir ainsi dans le brouillard et prenait un malin plaisir à ne rien lui dévoiler.
Avec impatience il s'exclama : « Peu importe. Est-ce que je ne devrais pas rencontrer mon animal maintenant ? »
- « Mais tu l'as déjà rencontré. Est-ce ma faute si tu n'as pas su le reconnaître quand il s'est présenté face à toi ? »
En entendant ces mots Harry fut pris de stupeur et se frappa le front du plat de la main. Bon sang, mais c'était évident, comment avait-il pu ne pas s'en rendre compte ! Le cerf était son animal intérieur ! Cela expliquait la complicité qui les avait tous de suite unis. Mais pourquoi ne lui avait-il rien dit ? Pourquoi se retrouvait-il maintenant à bavarder avec ce serpent narquois qui passait son temps à se moquer de lui, alors qu'il aurait du être avec son cerf ?
- « Bon d'accord. Je l'ai rencontré, c'est vrai. Mais n'aurait-il pas du entrer en contact plus directement avec moi ? N'aurait-il pas du me parler ? »
- « Et d'après toi, qu'est-ce que je fais depuis tout à l'heure ? » lui demanda patiemment le serpent.
- « Mais… vous voulez dire que vous … vous êtes … mon animal intérieur ? »
- « Naturellement. Autrement, pourquoi perdrai-je ainsi mon temps à parler avec toi ? »
Harry eu l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds. Un serpent ! Son animal était un serpent ! Pourtant, L'animal intérieur d'un animagus était supposé refléter sa nature profonde. Pour Draco Malfoy, un serpent aurait certainement pu avoir eu un sens, mais pour un Griffondor comme lui ?
Qu'allait dire ses amis lorsqu'ils l'apprendraient ? Il pouvait déjà entendre la voix de Ron : « Tu n'a rien à faire chez les Griffondors, retourne avec les Serpentards ! Tu n'es qu'un sale traître ! Un sale traître ! ».
Il l'entendait même étonnamment bien, d'ailleurs. En fait il n'entendait même plus rien d'autre.
« Sale traître ! Réveille toi sale traître ! ».
Sa vision commença à se brouiller et il eu vaguement l'impression que le serpent essayait de lui dire quelques chose, mais avant qu'il ait pu saisir ce que c'était, tout disparut.
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« SALE TRAITRE !» la voix de Ron raisonnait à ses oreilles, pleine d'une fureur qu'il ne comprenait pas. Il avait du mal à respirer. Harry ouvrit les yeux et distingua le visage empourpré de son ami au dessus de lui.
- « Ron ? Qu'est-ce qui se passe ? » Voulut-il lui demander, mais il en fut incapable : faute d'air dans ses poumons, aucun son ne s'échappait de sa bouche...
Harry réalisa alors avec effroi que deux mains puissantes étaient serrées autour de son cou. Ron ! Ron était en train de l'étrangler ! Dans un geste désespéré, il attrapa les grandes mains pour tenter de se soustraire à leur étreinte mortelle, mais Ron était nettement plus fort que lui et Harry sentit ses dernières forces l'abandonner.
Harry suffoquait à présent. En une fugitive seconde, il vit toute sa vie défiler devant ses yeux.
Avec un calme étrange, il songea à l'ironie de la situation : il avait triomphé de mille dangers, affronté des trolls, des dragons, des géants, des basiliques, des hordes de mangemorts et même Voldemort en personne, mais rien de tout cela n'avait réussi à le tuer. Et voilà qu'il allait mourir stupidement étranglé dans sa chambre par son meilleur ami, sans même savoir pourquoi.
Un voile noir tomba devant ses yeux. Il eut encore le temps de penser brièvement aux Dursley qui allaient être tellement ravis d'être enfin débarrassés de lui, puis ce fut le néant…
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Fin du quatrième chapitre. Comme d'habitude, n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires, positifs ou non dans les reviews.
