Chapitre 4 : Désarroi et stupéfaction

Ame, sa ville, sa ville de paix.

Il avait atteint sa tour, celle qui surplombait sa ville, de laquelle il admirait son paysage. Il n'avait pas pour habitude de transporter lui-même les corps, ni de les déposer sur le tables de dissection. Il n'avait pas pour habitude non plus de voir leur peau pâle et bleuie réagir au contact du métal froid. Elle était encore en vie, cela l'étonna. Elle s'était vidé peu à peu de son sang tout le long du voyage, les lambeaux de ses vêtements ne pouvant plus retenir le flux, le liquide dégorgea alors sur lui, des trainées rouges ornant son dos. Peut-être son cœur ne battait-il plus que par réflexe, il n'aurait su dire ce qui pouvait accrocher un être aussi insignifiant à la vie. De toutes les absurdités dont était capable l'humanité, celle qu'il comprenait le moins était bien cette volonté de s'accrocher à une vie inutile et douloureuse. Au-dessus de cette table il se demanda si lui aurait été capable de supporter tout cela. Peut-être s'il n'avait pas eu ce but bien plus important que sa propre existence, peut-être se serait-il laisser mourir de chagrin. Mais elle, qu'avait-elle ?

Il ne savait pas comment mais Madara savait toujours quand il était là et où il se trouvait, ce qui provoqua, comme d'habitude, son arrivée dans la pièce dans les minutes qui suivirent. La lampe surplombant la table s'alluma ce qui sortit la pièce de l'obscurité et Pain de sa contemplation.

Madara approcha aussi discret qu'à son habitude, Pain se demandait parfois s'il lévitait lui aussi. Il se plaça à sa hauteur. Pain ne quitta pas le corps des yeux.

« Qu'est ce que c'est que ça ? siffla-t-il entre ses dents. Au premier abord il n'y avait qu'un corps inanimé, boueux, ensanglanté, troué et très roux sur cette table. Pain resta silencieux, ce n'était qu'une question rhétorique.

-Elle est morte.

Le visage impassible, Pain rétorqua :

-Non, pas encore.

Un soupir appuyé sous le masque de Madara trahit son agacement face au silence de Pain.

-Tu l'as bien abîmée, on dirait bien qu'elle ne t'a pas facilité la tâche…

Il souriait, un sourire de ceux qui mettent les nerfs en boule pour peu qu'on soit un peu nerveux. Pain n'était pas de ceux-là et, bien que la provocation ne lui ai pas échappé, il demanda :

-Elle est pour vous…ou pour Itachi ?

Madara marqua un temps d'arrêt. Il serra les dents, une fois de plus Pain n'était rien de plus qu'une âme froide dans un cadavre.

-…Tu es bien curieux tout à coup... répondit-il d'une vois nasillarde.

-Je me demandais si vous aviez encore la capacité d'enfanter.

- C'est bien aimable à toi de t'inquiéter du succès de mon entreprise, dit-il d'un ton ironique, il y aura des descendants, les moyens importent peu… »

Madara semblait prêt à tout pour parvenir à ses fins, même la vision de cette femme à demi-morte ne semblait pas le rebuter. Vu son état sa survie n'était pas garantie, malgré cela Madara ne tenta pas d'envoyer Pain à Konoha de nouveau, non pas qu'Akemi lui plaisait, il ne l'avait même pas réellement vue, mais Pain aurait catégoriquement refusé de jouer une nouvelle fois à ce petit jeu, et puis c'était trop risqué. Si elle survivait, il se contenterait d'elle.


Izumo avait parcouru tout Konoha, jusqu'à l'Académie Ninja dont il arpentait les couloirs en courant, ne sachant plus très bien où aller, lorsqu'il croisa Kakashi qui lisait sur un banc près d'une fenêtre. A sa vue Kakashi leva un œil de son bouquin, intrigué par son attitude.

« Tu as perdu quelque chose ?

-Euh…oui, haleta Izumo, j'ai… vous avez vu Akemi ?

- Tu as perdu Akemi ?... se moqua-t-il.

Izumo secoua la tête en soupirant, le regard dans le vague il semblait soucieux et réfléchissait aux endroits qu'il n'avait pas encore inspectés.

- Que se passe-t-il Izumo ? demanda Kakashi, inquiété par son expression.

- Eh bien ça fait plusieurs fois que je vais frapper à sa porte mais elle ne me répond pas… Comme j'ai un peu l'habitude qu'elle me fasse le coup parfois, je ne me suis pas inquiété, mais là… ça fait plusieurs jours que je n'ai pas de nouvelles et que je ne l'ai pas vue… Je ne la trouve nulle part…

-…Mmm, réfléchit Kakashi en fronçant un sourcil. Je pense qu'il n'y a pas de quoi s'inquiéter, elle a peut-être seulement besoin de calme, de s'isoler…

- Pas aussi longtemps, coupa Izumo, ça fait presque une semaine que nous somme revenus de mission et je ne l'ai pas revue depuis… soupira Izumo, dépité.

Kakashi l'avait bien vue le soir même mais il se garda d'en parler. Il avait bien pensé qu'elle ferait le premier pas pour calmer cette tension entre eux mais les jours passant il avait supposé qu'elle n'y accordait peut-être plus tellement d'importance. Elle devait seulement avoir besoin de se changer les idées, pas de quoi s'inquiéter.

-Hey Kakashi ! appela une voix derrière lui.

-Oui Matsuo ? dit Kakashi en se retournant.

-Tu t'es entraîné sur la plaine près de la forêt ces derniers temps ? demanda le jonin.

-…non, pas récemment, pourquoi ?

-Eh bien, je ne sais pas de qui il s'agit mais il n'y est pas allé de main morte ! On dirait un champ de bataille, c'est un vrai massacre !

Izumo se figea quelques secondes avec les yeux écarquillés.

-Qu'y a-t-il Izumo ? demanda Kakashi.

-…un champ de bataille… murmura-t-il, la gorge sèche. »

La question de Kakashi resta en suspens tandis qu'Izumo disparut aussi vite qu'il était arrivé. Kakashi et Matsuo échangèrent un regard interrogatif. Izumo semblait croire qu'il y avait un rapport entre Akemi et cet endroit, et Kakashi ne savait pas lequel, Izumo par contre la connaissait bien mieux. En quelques secondes Kakashi disparut à son tour de son siège. Matsuo resta seul avec ses questions à son tour.

Izumo fonçait à toute vitesse vers la plaine, sautant au-dessus des toits pour éviter les détours qui lui feraient perdre du temps. Il fut bientôt rattrapé par Kakashi.

« Qu'y a-t-il Izumo ? Quel rapport avec Akemi ?

-Hey ! Je peux savoir ce qui se passe ! cria Matsuo derrière eux.

-C'est Akemi…elle aime courir par là d'habitude…dit Izumo sans ralentir la cadence.

-Quoi ? Akemi ? dit Matsuo, interloqué.

Kakashi ne dit rien, certainement une coïncidence. Au pire, elle pratiquait des techniques Doton, ses entraînements laissaient forcément des traces, pas de quoi s'inquiéter.

La plaine était méconnaissable. En arrivant à la lisière de la forêt ils s'arrêtèrent pour observer les lieux. Izumo sentit son cœur se serrer légèrement mais garda son calme, rien ne prouvait qu'Akemi soit passée par là, qu'elle soit responsable ou même victime de ce carnage.

Kakashi balaya la plaine des yeux, au premier abord il ne semblait pas y avoir âme qui vive dans ce lieu. Son attention fut attirée par d'étranges barres plantées dans le sol, disséminées sur la plaine. Il s'approcha de la plus proche pendant que Matsuo l'observait en se grattant la tête, ne comprenant toujours pas ce qu'Akemi venait faire dans l'histoire. Izumo, lui, ne bougeait pas, il avait peur de ce qu'il pourrait trouver. Kakashi fit un rapide tour puis s'arrêta en observant le sol.

«…C'est vrai…on dirait bien qu'il y a eu un combat ici…, dit-il de la façon la plus neutre possible. »

Matsuo se rua vers lui, mû par la curiosité. Izumo sentit sa gorge s'assécher d'avantage et dû s'y reprendre à plusieurs fois avant d'arriver à reconstituer un semblant de salive dans sa bouche. Il l'avala péniblement puis se décida à aller voir l'objet de la remarque de Kakashi. Il se tenait devant ce qui avait du être une flaque de sang frais quelques jours auparavant, avec en son milieu un trou circulaire très net de quelques centimètres de profondeur, tapissé lui aussi de sang séché.

Kakashi observa Izumo, ce dernier retenait sa respiration, essayait de réfléchir, ses yeux oscillant de gauche à droite en regardant le sol. Il leva la tête et observa alentour mais ce qu'il voyait autour de lui avait un air désespérément familier.

« Kakashi…je crois qu'elle était ici…ce trou là…ce sont les marécages des limbes, une de ses techniques, elle ne l'utilise jamais sans raison car elle lui demande beaucoup de chakra… et là, toutes ces tranchées… Elle sait faire ça, c'est la fracture tectonique, c'est particulièrement difficile car cela demande beaucoup de concentration et elle le fait rarement, elle n'aurait jamais effectué cette technique en entraînement, pas avec cette ampleur… , débita Izumo, sa voix trahissait la colère qui montait en lui.

-…regarde, on dirait que la faille suivait une direction bien précise…. dit Kakashi.

-Mais…vous n'êtes pas sérieux…pourquoi Akemi se serait battue ? Je ne comprends même pas ce qu'elle vient faire dans la conversation ! s'exclama Matsuo d'un air incrédule.

-Elle a disparu Matsuo ! Personne ne l'a vue depuis une semaine ! s'écria Izumo, agacé.

Kakashi remarqua un des étranges bâtons en métal noir près de la flaque de sang, lui aussi ensanglanté. Peut-être y avait-il finalement de quoi s'inquiéter.

- …elle a été enlevée Kakashi … dit Izumo, devenu blême.

-Quoi, s'exclama Matsuo, mais…qui voudrait l'enlever ? Surtout elle ! Celui qui a fait ça ne devait pas la connaître, c'est certain… continua-t-il d'un ton ironique.

C'en était trop pour Izumo, il perdit son calme et voulu se jeter sur Matsuo, mais Kakashi le retint d'une main.

-Ca suffit ! Il lui est arrivé quelque chose, c'est certain, et peu importe ce qu'Izumo, toi ou moi pensons d'elle Matsuo, quelqu'un s'en est prit à un habitant de Konoha, à un ninja de Konoha, il n'y a pas de meilleure raison d'agir. Il faut prévenir l'Hokage sur le champ.

Il se tourna vers Izumo.

-Elle n'est pas morte Izumo, sinon son corps serait là, argumenta-t-il. »

Il essayait vraiment de croire à ce qu'il disait à ce moment là. Elle s'était visiblement défendue de toutes ses forces, avec des techniques qu'il ne l'avait jamais vue exécuter lors de leurs missions communes, ce qui l'amenait à penser que son adversaire devait être réellement hostile. Aussi incongru que cela puisse paraître, Akemi avait été enlevée, comme ça, sans prévenir et sans raison apparente. Il commençait à se demander s'il n'aurait pas mieux fait de prendre son courage à deux mains et d'aller la voir ce soir là au cimetière, peut-être aurait-il eu une intuition, ou une impression, quelque chose qui lui fasse sentir qu'elle était en danger. Enfin, le moment était mal choisi pour ressasser le passé.

Il faut la retrouver…

Il ressentit le besoin impérieux de lui parler à ce moment là, plus qu'à tout autre moment.


Dans son état normal, Akemi aurait sursauté dans son lit, seulement là, le seul mouvement visible de son corps se situait au niveau de ses paupières. Elle ne s'expliquait pas encore pourquoi son corps était si lourd, pourquoi elle ne parvenait pas à ressentir chacun de ses membres ou même de savoir à quel moment elle ouvrait ou fermait les yeux. Elle ne savait pas où elle se trouvait, à vrai dire elle n'arrivait même pas à s'en inquiéter, où elle se trouvait, comment, pourquoi…Un « bip » sonore attira son attention. Elle se concentra sur l'endroit d'où provenait le bruit mais ne vit rien. Sa conscience embrouillée ne parvenait pas à discerner le rêve de la réalité. Elle pensait rêver un moment puis un nouveau « bip » la ramena à la réalité. A nouveau, son esprit flotta quelque part entre l'opacité chaude d'un cocon fermé et le l'obscurité d'une nuit sans lune lorsque qu'un nouveau tintement la secoua, mais le bruit lui parut plus feutré qu'auparavant. Tandis qu'un picotement envahissait sa tête, l'air lui parut cotonneux et elle sombra à nouveau.


« Est-ce qu'elle peut se lever ?

-Elle est encore fragile mais elle peut être transportée si vous le souhaitez Maître

-Maître ?... Pensa Akemi… C'est quoi ce bordel ?... .

Akemi ouvrit les yeux, cette fois elle y voyait un peu plus clair, et aussi un peu plus net. Elle était dans une chambre d'hôpital semblait-il, des fils et des capteurs étaient branchés sur tout son corps. Les appareils autour d'elle émettaient des « bip » simultanés. Elle avait une épaule dans le plâtre et tout son abdomen était enserré dans des bandages. Ses bras et ses jambes étaient attachés au lit par de grosses lanières de cuir où des parchemins avaient été apposés. Celui qui l'avait amenée là tenait vraiment à ce qu'elle ne s'échappe pas.

-Oui, je vais l'emmener, ça fait déjà plusieurs semaines qu'elle est là, j'ai perdu assez de temps.

-Bien Maître, je vous la prépare.

Akemi distingua enfin ceux qui parlaient près d'elle. Un homme assez âgé avec une blouse blanche et un autre habillé tout en noir mais dont le visage était masqué, un masque bizarre, percé seulement pour un œil.

-Vous m'emmenez où ?... C'est ce qu'elle avait voulu dire, mais aucun son ne sortit de sa bouche.

Les deux hommes la dévisagèrent un instant. Celui avec le masque s'approcha et la regarda de plus près.

-…Mmm…oui…tu devrais faire l'affaire finalement… dit-il d'une voix doucereuse.

-…quoi ?...pourquoi ?... tenta-t-elle de prononcer mais sa gorge était serrée et son esprit embrouillé, elle ne réalisa pas qu'un tuyau descendait le long de sa trachée. Et cet homme étrange, il lui faisait peur, elle ne comprenait rien à ce qu'il voulait dire. Les questions commençaient à se bousculer dans sa tête. Elle ne vit pas la seringue qu'on vidait dans la perfusion de son bras. Sa tête retomba sur l'oreiller, les yeux révulsés.


Akemi avait l'impression d'avoir dormi des mois entiers, elle commençait à se réveiller mais ne savait plus où elle était, ni pourquoi elle était là, ni comment y était-elle arrivé. Elle ouvrit les yeux pour constater qu'elle était encore dans une chambre, mais plus celle de l'hôpital. Cela ressemblait à une pièce d'une maison, spacieuse mais un peu obscure. Elle chercha néanmoins la source de la faible lumière, elle venait d'une fenêtre, obstruée par des rideaux, comme si on avait voulu préserver ses yeux. Elle s'attarda sur son état. Elle n'avait plus de plâtre sur son épaule, mais un simple bandage. C'est tout ce qu'elle put voir car elle portait une sorte de chemise de nuit d'hôpital et avait un drap sur elle. Elle ne ressentait plus de douleurs à l'abdomen mais ses bras étaient entravés par des lanières de cuir, assez longues pour lui permettre uniquement de se gratter les cuisses. Ses pieds aussi étaient retenus. Il n'y avait plus de machines, plus de tuyaux. Elle avait soif, sa bouche et sa gorge étaient sèches, c'était ça qui l'avait réveillée, mais il n'y avait que du silence autour d'elle.

« -Où est-ce que je suis ?... Hey ho ! Il ya quelqu'un dans le coin ? Sa voix ne porta pas, trop rauque. Elle se racla la gorge et cria de nouveau.

- Hey ! Les kidnappeurs ! L'otage a soif !

Elle ne se souvenait pas vraiment comment elle s'était retrouvée là. Elle avait visiblement été blessée mais tout ce qui lui revenait en mémoire était un homme percé aux cheveux orange, mais elle ne voyait plus quel lien il avait avec elle. C'était peut-être lui qui lui avait fait ça, bien qu'elle ne sache pas non plus très bien de quoi elle avait souffert. Son épaule était parfois douloureuse lorsqu'elle levait son bras, et ses muscles endoloris par le manque d'activité, mais elle ne pouvait pas vraiment en juger à cause des liens qui la retenaient à son lit. Bizarrement elle n'était pas inquiète outre-mesure, après tout qu'est-ce qu'on pouvait bien lui vouloir à elle, elle ne savait rien, elle n'était rien. C'était certainement une erreur, en s'en apercevant on avait du la soigner et elle allait être relâchée très bientôt, c'était certain.

-Hey oh ! »

Soudain, des bruits de pas résonnèrent derrière la porte de la chambre, une clef tourna dans la serrure et la porte s'ouvrit. Un flot de lumière blanche aveugla Akemi qui ne parvint à distinguer que deux silhouettes, elle tenta de cacher ses yeux à l'aide de sa main mais la lanière était trop courte et ses paupières s'abaissèrent malgré elle. Au fur et à mesure que les inconnus approchèrent ses yeux finirent par se faire à la clarté et sa vue redevint nette.

Il y avait cet homme, elle l'avait déjà vu, ça lui revenait à présent. Ce masque bizarre et cette robe noire parsemée de taches rouges. Oui, celui qui se faisait appeler « Maître ». Celui qui avait ordonnée à ce qu'on l'amène là. Elle se souvenait à présent de la sensation qu'elle avait eu en voyant son masque près de son visage, de sa voix caverneuse lorsqu'il lui avait parlé. Elle avait eu peur. Son assurance en prit un coup dans l'aile, son visage commençait certainement à se déconfire.

Elle vit ensuite l'homme qui l'accompagnait, lui aussi portait cette horrible robe noire. A bien y regarder les taches rouges étaient en fait des nuages. C'était ridicule comme tenue selon elle mais ça lui disait vaguement quelque chose. Son visage aussi lui dit quelque chose, juvénile, étrangement lisse et inexpressif puis ses piercings, ses cheveux, ses yeux. Une douleur vive lui traversa l'épaule, comme une décharge lorsqu'elle croisa son regard. Elle grimaça en un rictus visiblement douloureux, son estomac se révulsa un peu tandis que dans son esprit défilaient des images de combat, de la terre et du sang. Elle tira sur ses liens pour porter ses mains à ses tempes qui menaçaient d'exploser mais les liens la retinrent une fois encore et elle hurla d'impuissance et de frustration en se jetant en arrière sur le lit. Cette fois elle commençait vraiment à croire que quelque chose n'allait pas. C'était lui.

Elle avait toujours la nausée mais elle devait comprendre et leur faire comprendre que ce n'était certainement pas elle qu'ils recherchaient, quel que soit leur but.

« Qui êtes-vous ? articula-t-elle péniblement. Des gouttes de sueur coulaient sur ses tempes, elle se souvenait de lui à présent. Qu'est ce que vous me voulez ?

Il ne dit rien. En fait il sembla à Akemi qu'il ne pensait à rien non plus, comme s'il n'avait rien à voir avec son état. Il la dévisageait sans aucune expression particulière, elle aurait tout aussi bien pu être un mur. Il était aussi indéchiffrable que l'homme masqué à côté de lui. Sans le moindre mouvement, il ne semblait pas s'émouvoir de sa condition. Lorsqu'il parla, il semblait d'ailleurs tout à fait normal.

« -J'ai bien cru que tu n'allais jamais te remettre, notre ami Pain n'y était pas allé de main morte avec toi, tu as sûrement du lui poser quelques difficultés ! C'est étonnant lorsqu'on te regarde, tu es si menue ! Enfin, j'avoue que je n'étais pas très emballé lorsque je tai vue la première fois, dans ce piteux état, et puis j'ai eu le temps de t'observer pendant ta convalescence et finalement, c'est un choix très intéressant, et il l'est encore plus à présent que tu as les yeux ouverts… ils sont magnifiques. Ils seront très réussis j'en suis sûr…

Quoi ?... Ce…ce mec est dingue ou quoi ?

Elle affichait à présent une expression de totale incrédulité. Etait-ce une blague ou bien cet homme qui l'avait tellement effrayée paraissait plus fou que dangereux.

-…Mais…de quoi vous parlez ? s'exclama Akemi, vous me voulez quoi exactement ? Et vous êtes qui bordel ?

-…Ah les jeunes, ils sont si impétueux… Très bien, il se racla la gorge en portant la main à son masque puis rejoignit ses mains dans son dos,…tu vas perpétrer le clan Uchiha, déclara Madara solennellement.

Akemi marqua une pause, son visage se figea dans une expression de totale incompréhension. Elle avait bien entendu ce que venait de lui dire cet homme à l'aspect inquiétant, mais son cerveau refusait de l'assimiler.

Le silence se fit. Entre l'inexpressivité de Pain et l'immobilisme d'Akemi, Madara semblait le seul personnage vivant dans ce tableau. D'un soupir appuyé il reprit, visiblement agacé que son annonce n'ai pas eu l'effet escompté :

-Tu seras celle qui va enfanter les descendants du clan Uchiha, ajouta-t-il d'un ton impatient.

Akemi sembla tour à tour perplexe, désespérée puis amusée. Elle sourit soudain en secouant frénétiquement la tête.

C'est une blague !

-C'est une blague ! Hein ?s'exclama-t-elle.

Pain l'observait, il avait lui-même été stupéfait de l'annonce de Madara alors il n'osait imaginer ce qui se passait dans la tête d'Akemi. Aussi saugrenue que soit cette idée il savait que rien ne pourrait résonner Madara, de toute façon il n'était en rien concerné.

-…Mais…qu'est ce que vous racontez ?... Vous… vous êtes cinglé ?... Le clan…quel clan ? Ils sont tous morts !

Décidément personne d'autre que lui ne voyait le côté théâtral et décisif d'une telle annonce. Il serra les dents pour ne pas s'emporter, cette petite garce commençait à l'agacer. Il s'approcha d'elle et abaissa son masque près de son visage. Elle recula d'instinct. A l'intérieur du seul orifice de ce masque étrange elle aperçut une pupille noire et brillante qu'elle fixa. D'une voix quelque peu contrite et menaçante il dit :

-Je suis Madara Uchiha, le fondateur du clan Uchiha.

Si sa pupille n'était pas devenue rouge sang à ce moment là, Akemi n'aurait probablement pas réalisé aussi vite dans quelle situation elle se trouvait à présent. Un sharingan, son sourire hystérique disparut.

-…c'est…impossible… murmura-t-elle .

-Mon clan va renaître, grâce à toi. Tu devrais être on ne peut plus flattée d'avoir été choisie, murmura-t-il.

-…Comm…ce n'est pas possible…vous devriez être mort…vous êtes mort ! balbutia Akemi, affolée.

-Je suis…plein de ressources, tu verras ! dit-il triomphant.

Il était satisfait à présent. Elle commençait à réaliser l'ampleur de la tâche à accomplir. Il se releva la laissant hébétée et se retourna pour sortir de la pièce. Une surprise à la fois était suffisante. Pain resta encore un instant immobile, l'observant. Il trouva cela fascinant la complexité que pouvait présenter une femme. Alors qu'elle lui avait semblé arrogante et acharnée à survivre lors de son combat, elle ressemblait à présent à une pauvre petite chose apeurée et fragile. Son changement d'attitude subite le surpris encore plus. Encore tremblante, elle serra les poings et gonfla la poitrine. Sa respiration se fit forte et elle irradia soudain une certaine puissance, comme une conviction. Elle leva les yeux et fusilla Madara du regard. Quelque chose avait changé dans la pièce, l'atmosphère s'était quelque peu réchauffée. Madara le sentit. Il s'arrêta net alors qu'il atteignait la porte.

-Je suis une kunoichi du village caché de Konoha, dit-elle lentement comme une litanie. Je ne suis pas seule.

Izumo…Kakashi…

-On va venir me chercher.

La contenance qu'avait reprise la fille l'étonna quelque peu. Madara préférait nettement le désespoir qui amenait les gens à être bien plus réceptifs à ses objectifs et à ses attentes.

-Sais-tu depuis combien de temps tu es inconsciente ? coupa-t-il sans se retourner.

Akemi sembla ne pas réagir mais Pain perçut un changement dans son aura. Madara reprit.

-Ca fait environ 1 mois… et bien des choses ont changé entre temps. Les pièces de mon plan commencent se mettre en place. Mon petit protégé s'est débarrassé de son maître et tes chères amis de Konoha sont bien trop occupés à le rechercher pour se soucier d'une petite chose insignifiante comme toi ! exulta-t-il. Tu dois le connaître d'ailleurs… Sasuke Uchiha… » Dit Madara.

Le regard d'Akemi se perdit dans le vague. Il lui sembla qu'un liquide froid et acide avait alors empli son corps.

1 mois…

-Personne n'est venu à ton secours Akemi ! Ceux de ton village n'ont aucune considération pour toi alors que tu te bats pour eux ! C'est tellement triste ! jubila Madara.

Akemi resta le regard perdu. Elle avait été enlevée depuis 1 mois et personne ne l'avait encore trouvée, elle n'était même pas sûre qu'on l'ait cherchée, mais…Izumo sans doute et peut-être Kakashi…Mais qui d'autre voudrait la revoir ? Malgré tout, elle était de ce village, ses parents s'y étaient sacrifiés, elle y était née et les avait protégés depuis toujours.

Pain l'observait toujours sans rien dire. Lorsque Madara lui assena le coup de massue Pain vit l'expression d'Akemi changer du tout au tout, elle était devenue pâle, sa bouche restait figée dans une expression d'incrédulité, elle avait baissé les yeux vers le drap qui la recouvrait mais sans le voir, et surtout, son regard était devenu si triste, Pain n'avait pas vu ce regard depuis si longtemps, depuis que Yahiko avait été tué, c'était le même regard que Konan ce jour là, le regard de quelqu'un qui a tout perdu.

Akemi ne réagissait plus, elle luttait intérieurement pour ne pas sombrer dans le désespoir, pour leur trouver une bonne excuse, pour se convaincre qu'elle s'en sortirait sans eux mais elle ne savait pas comment.

Madara revint vers elle et s'agenouilla près du lit, hors de portée de ses mains inexorablement fermées. Il baissa les yeux vers le sol et joignit ses mains devant lui comme on prie.

-Tu vois, dit-il d'une voix douce, tu ne comptes pas pour eux, pas plus qu'un fugitif et qu'un traître.

Il se pencha et approcha doucement son visage d'Akemi dont les yeux s'emplissaient de larmes, puis reprit dans un murmure :

-Mais tu comptes beaucoup pour moi. »

Il resta immobile, juste le temps de voir les larmes déborder des yeux d'une Akemi pétrifiée. Elle ne le vit pas mais il souriait de satisfaction. Il se releva et sortit de la chambre sans un mot. Le témoin silencieux quitta également la pièce, le spectacle ne fut pas aussi réjouissant qu'il l'aurait cru, Madara avait gagné.