Hello, voici le chapitre suivant (l'avant-dernier) ! Bonne lecture !


Chapitre 4

En sortant de l'ascenseur, un long couloir de marbre noir menait à une seule et unique porte où Elvie l'y conduisit résolument. C'était la première fois que Percival descendait au dernier étage du Woolworth Building. À l'inverse des autres services du MACUSA, le Département des Mystères était interdit d'accès à tous ceux qui n'y travaillaient pas, et même Séraphine Pickery n'avait dû y entrer qu'une fois ou deux depuis le début de son mandat.

La porte de bois sombre comportait un disque d'argent en plein milieu sur lequel Elvie posa sa main droite. Une lueur blanche entoura brièvement ses doigts et elle ramena son bras vers elle avant de se tourner vers lui. Percival eut un bref mouvement de recul en apercevant le visage de son amie. À présent, ses lèvres étaient sombres, teintées de noir et de rouge, et de fines veinules s'en échappaient pour s'étaler sur sa peau de porcelaine tout autour de sa bouche. La vision était plus que dérangeante.

– Étrange, n'est-ce pas ? s'amusa-t-elle en lui adressant un sourire qui dévoila ses dents blanches. C'est mon sceau de Langue-de-plomb qui s'est activé. Regarde.

Elle lui tira la langue et il put voir, en effet, un étrange symbole noir qui prenait place sur le lit de chair rosée. Puis Elvie lui attrapa la main et ouvrit la porte.

– Allez, viens. Et ne me lâche surtout pas, sinon tu te perdras !

Rapidement, ils s'engouffrèrent dans une pièce obscure. Lorsque la porte se referma sur eux, Percival tenta de discerner quelque chose dans les ténèbres, mais c'était peine perdue. Jamais il n'avait vu quelque chose de tel, d'aussi opaque et sombre. Un instant, il eut l'impression qu'il ne verrait plus jamais la lumière du jour et si Elvie ne lui avait pas tenu la main, il aurait juré qu'elle n'était plus à ses côtés.

– C'est le néant, lui apprit-elle en resserrant ses doigts autour de sa main tout en continuant de le tirer à sa suite. Il ne fait jamais bon d'y rester longtemps, on finit par se perdre soi-même et c'est une sensation très désagréable.

– Et tu y vois quelque chose ?

– Oui, pour les Langues-de-plomb, la porte d'accès brille faiblement un peu plus loin. Nous allons y arriver.

Lorsqu'ils s'arrêtèrent enfin, Percival la sentit se pencher en avant et un léger courant d'air lui balaya le visage. Puis ils avancèrent encore et retrouvèrent bientôt la lumière. L'éclairage agressa brusquement les pupilles de l'Auror et il mit un certain temps à voir où il se trouvait. Le plafond était très haut et chaque mur supportait des étagères où un capharnaüm sans nom s'entassait. Au sol, des tables immenses croulaient également sous des objets plus étranges les uns que les autres. Elvie, dont les lèvres avaient retrouvé leur couleur habituelle, le tira par la main jusqu'au fond de ce lieu intriguant.

– C'est la Salle des Reliques, lui apprit-elle en ouvrant la porte suivante.

Cette fois-ci, il s'agissait d'une pièce de travail où trois bureaux se trouvaient, enfouis sous des piles et des piles de parchemins. Une femme leur tournait le dos, occupée à fouiller dans un grand carton.

– Bonjour, Cassandra ! s'exclama Elvie en s'avançant de quelques pas.

L'autre se tourna vers elle, ses longs cheveux noirs attachés en arrière lui balayant brièvement l'épaule, et lui adressa un grand sourire qui illumina son visage rond. Elle devait avoir le même âge qu'Elvie.

– Tu es revenue ! Comment vas-tu ?

Puis la dénommée Cassandra aperçut Percival qui se tenait en retrait et elle fronça les sourcils en reconnaissant le directeur du Département de la justice magique.

– Ce n'est pas une Langue-de-plomb, qu'est-ce qu'il fait là ?

Elvie balaya l'air de sa main pour lui signifier que ce n'était pas important.

– Le rituel balic. J'ai besoin du rational et des artefacts.

– Tu veux provoquer une occurrence ? s'étonna Cassandra en écarquillant les yeux. Pour quelle raison ?

– Il faut que Grindelwald m'oublie.

En disant cela, le visage d'Elvie s'assombrit et sa collègue arbora une mine inquiète.

– Oui, je comprends. Que deviendrons-nous si notre directrice se fait enlever et qu'elle se retrouve obligée de révéler nos secrets ? Mais tu sais que nous n'avons jamais réussi à le mettre en œuvre, reprit Cassandra avec hésitation tout en se penchant vers elle. Nous n'avions pas pu réunir assez de magie.

– Oui, mais Percival se propose de nous fournir ses plus puissants Aurors. Peut-être que...

– Tu sais aussi bien que moi que ça risque de ne pas suffire, souffla Cassandra avec une grimace. Par contre, si nous avions un Vinculmens…

– Cassy, tu sais bien à quel point le Vinculmens est rare, s'exclama Elvie en secouant la tête avec lassitude. Nous n'en avons encore jamais trouvé.

– Oui, mais lui, il n'a pas essayé, ajouta la sorcière en pointant son doigt sur Percival qui haussa un sourcil.

Les yeux d'Elvie passèrent de son meilleur ami intrigué à sa collègue surexcitée et elle eut un rictus sardonique.

– Ça ne fonctionnera pas.

– Si nous n'essayons pas, ça ne fonctionnera pas, effectivement, renchérit celle aux cheveux noirs en semblant trépigner sur place.

Elvie s'approcha de sa collègue et baissa d'un ton.

– Je sais ce qu'il en est de mon côté, mais lui ? Sérieusement, Cassy, il n'y a aucune chance que ce soit un Vinculmens.

– Allons voir l'Osmium et nous serons fixés.

Les deux femmes se défièrent un moment du regard, puis Elvie finit par capituler.

– Très bien, très bien ! s'écria-t-elle en se dirigeant vers une autre porte. Allons-y pour que tu voies que j'ai raison !

Percival rejoignit son amie qui s'élançait d'un pas décidé dans un immense couloir de pierres blanches aux innombrables portes.

– Qu'est-ce que c'est qu'un Vinculmens ? demanda-t-il finalement en posant une main sur l'épaule d'Elvie.

La sorcière lui accorda un bref regard avant de grimacer.

– Est-ce que tu crois à la réincarnation, Percy ? lui dit-elle finalement en s'arrêtant devant l'une des portes de métal gris, la main sur la poignée.

Son regard bleu azur se posa sur lui et il haussa les épaules, un sourire au coin des lèvres.

– Je ne sais pas.

– Il existe des familles d'âmes qui se retrouvent à chacune de leur réincarnation. Toujours, sans condition. Les relations peuvent changer d'une vie à l'autre, mais ces âmes gravitent ensemble et finissent toujours par se retrouver. Le Vinculmens va au-delà. C'est un lien très fort entre deux âmes uniquement, et ces deux personnes passent presque toute leur incarnation ensemble. Certains pensent que ce n'est qu'une légende, mais… nous avons la preuve qu'il existe bel et bien, ajouta-t-elle en l'enjoignant à avancer dans la pièce qu'elle venait de révéler.

La salle était très grande et absolument tout était doré, mais l'attention de Percival fut attirée par l'imposante verrière sphérique qui se trouvait au centre sous une voûte étoilée. Les vitres étaient aussi brillantes que du cristal et l'armature de métal avait des reflets d'argent. À l'intérieur, des volutes dorées se mouvaient paresseusement, parcourues de temps à autre par des étincelles d'une blancheur étincelante.

– Voici l'Osmium ! s'exclama Elvie avec ravissement.

Puis elle lui attrapa le bras et l'entraîna vers la structure étrange, Cassandra les suivants à pas lents.

– Rares sont les personnes ayant eu la chance d'entrer ici. À l'époque, nous avions accueilli des candidats, dans l'espoir de trouver un Vinculmens, mais depuis des années, nous préférons préserver le pouvoir de l'Osmium. Il n'y a pas de plus grande puissance magique au monde que celle-ci.

– Pourquoi n'utilisez-vous pas cette puissance pour le rituel, alors ? demanda posément Percival en croisant les bras sur sa poitrine.

Il récolta un regard horrifié pour toute réponse.

– L'Osmium doit être préservé, il permet de…, commença-t-elle avant de s'interrompre brusquement. Nous ne pouvons pas utiliser son pouvoir. C'est impossible, et ne cherche pas à savoir pourquoi. Maintenant, viens par là.

Elvie tira sur la manche de l'Auror pour l'emmener jusqu'à la verrière de cristal. Dans la structure, deux orifices étaient disposés à deux mètres d'écart, assez larges pour y passer la main. Le métal argenté brillait de mille feux tout autour d'eux et Percival jeta un regard perplexe à son amie.

– Tu dois mettre ta main là-dedans, déclara-t-elle en mettant la sienne jusqu'au poignet dans l'orifice. Et il faut que tu me regardes dans les yeux pendant que tu le fais.

Percival considéra avec curiosité les instructions singulières, mais il les suivit tant bien que mal. Lorsque ses doigts touchèrent la surface chaude du métal et que ses yeux rencontrèrent les iris azur de sa plus chère amie, tout bascula autour d'eux. Une lumière éblouissante les aveugla un instant et l'Auror sentit une puissance incroyable parcourir son corps. Ses cheveux se dressèrent sur sa nuque sous les vagues de magie et tous ses sens semblaient en alerte.

Il percevait d'ici le doux parfum d'Elvie. Il ressentait la douceur veloutée de sa peau sous ses doigts, sa chaleur apaisante. Ses prunelles bleues étaient comme deux aimants qui l'attiraient irrésistiblement, semblant l'abîmer au plus profond de lui-même. Tout son être tendait vers elle avec une force incroyable. Auréolée de blanc, son amie était radieuse et plus belle que jamais. Percival rêvait de la rejoindre et de l'étreindre, de poser ses lèvres sur celles qu'il espérait embrasser depuis toujours.

Puis Elvie retira sa main de l'Osmium et tout s'arrêta aussi brusquement que cela avait commencé. Le cœur battant à tout rompre, Percival haleta un instant tandis que son amie contemplait sa main avec stupéfaction. Des symboles étranges décoraient à présent son annulaire, dans des teintes dorées et argentées qui semblaient scintiller sous l'éclairage léger de la pièce. L'Auror récupéra sa main et observa le même phénomène sur son doigt.

– Par Merlin et tous les Hypogriffes de la terre ! Un Vinculmens ! s'écria Cassandra en sautillant sur place tout en frappant dans ses mains de ravissement.

Cela sembla réveiller Elvie qui bondit alors sur Percival pour lui agripper le poignet. Elle regarda longuement les marques similaires aux siennes, ahurie.

– Non, ce n'est pas possible, murmura-t-elle doucement. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible.

Elle répéta cette phrase encore et encore, les yeux posés sur l'annulaire de Percival, jusqu'à ce que celui-ci lui caresse tendrement la joue. Alors, Elvie releva la tête vers lui et son ami lui accorda un sourire rassurant.

– Est-ce si rare que cela ? demanda-t-il finalement.

Elle se contenta d'acquiescer en silence. Puis Cassandra bondit en dehors de la pièce en leur disant qu'elle allait chercher James pour préparer le rituel et ils restèrent là, tous les deux, seuls. Elvie posait un regard étrange sur lui, comme si elle le voyait pour la première fois. Ses yeux étaient encore légèrement écarquillés.

– Jamais je n'aurai cru… Tu…

– Je… ? reprit-il comme elle ne poursuivait pas sa phrase.

À la place, Elvie se rapprocha et passa ses bras autour de son abdomen pour se serrer contre lui. Bien qu'il ne comprît pas ce qu'il lui passait par la tête à ce moment précis, Percival l'étreignit avec douceur, posant son menton sur ses cheveux dorés. Il sentait son cœur battre avec frénésie, au même rythme que le sien. Et il trouva cela étrange.

Plus tard, ils sortirent de la pièce et Elvie l'entraîna à nouveau à travers le couloir immaculé jusqu'à une autre porte. Silencieuse, elle lui fit signe d'entrer. Cette fois-ci, il s'agissait d'une coupole ornée de vitraux chatoyants qui renvoyaient une lumière colorée sur la pierre grise. Le sol était entièrement couvert de symboles blancs et, au centre, une immense rosace était dessinée à la craie noire.

Cassandra et un homme aux cheveux bruns se tenaient là, disposant autour du cercle sombre des objets étranges. Percival repéra un morceau de bois, une cuillère en argent, une chaussure en cuir et d'autres choses de ce goût-là. Lorsqu'Elvie s'approcha, Cassandra lui accorda un bref regard et lui tendit un livre épais aux pages jaunies par le temps.

– As-tu vraiment besoin du rational ? demanda la femme aux cheveux sombres. Je connais les textes par cœur, je peux mener le rituel. Vous servirez d'offrande tous les deux.

– Oui, convint Elvie en hochant doucement la tête, pensive. Si je tiens le calice du voyage et que tu récites les incantations, cela devrait marcher.

Cassandra posa le grimoire au sol et l'autre homme s'approcha d'eux, une coupe en or entre les mains.

– Merci, James, dit Elvie en attrapant précautionneusement l'objet.

Percival observa le calice, mais à part sa couleur dorée, il semblait tout ce qu'il y avait de plus commun. Peu après, il eut ordre de se placer dans l'un des cercles centraux de la rosace et Elvie prit place à ses côtés. Il garda ensuite un souvenir confus du rituel. Il entendait les murmures de Cassandra qui prononçait les formules du rituel, mais n'y accorda pas vraiment d'intérêt. Les yeux posés sur Elvie, qui gardait son regard fixé sur le calice, il crut un moment voir des images au fond de la coupe. À plusieurs reprises, il sentit l'air vibrer autour de lui et avait l'impression qu'il perdait peu à peu son énergie vitale et sa magie. Enfin, lorsqu'Elvie releva le regard de sa coupe, l'Auror sentit sa tête tourner un instant, mais le malaise disparut rapidement.

– C'est fait, déclara Elvie en passant une main sur son visage fatigué. J'ai l'impression que le rituel m'a pris toutes mes forces. Comment vas-tu ? demanda-t-elle ensuite à Percival.

– Dans le même état que toi, je suppose. Grindelwald t'a oubliée ?

Lentement, elle acquiesça et un sourire paisible se forma sur ses lèvres, sourire qu'il lui rendit volontiers.

– Bien, je vais prévenir Séraphine dans ce cas.

– Oui. James, tu peux l'accompagner jusqu'à l'entrée, s'il te plaît ? ajouta-t-elle à l'adresse de son collègue. J'aimerais vérifier quelque chose avant de partir.

Percival fut rapidement sorti du Département des Mystères et il se sentit beaucoup mieux. L'ambiance était particulièrement pesante au dernier étage du Woolworth Building et il préférait de loin son propre département. Il se rendit tout de suite dans le bureau de la présidente qui accueillit la nouvelle avec un soulagement réel.

– Je ne sais pas par quel miracle Elvie a réussi ce prodige, mais j'en suis ravie. Je suis surprise que ça soit déjà réglé, Mademoiselle Jauncey n'avait-elle pas besoin de vos Aurors ?

– Nous avons utilisé le pouvoir du Vinculmens, répondit simplement Percival en haussant les épaules.

– Le Vinculmens ? s'exclama Séraphine en écarquillant les yeux de stupeur. Où diable avez-vous trouvé un Vinculmens ?

– Il s'avère qu'Elvie et moi nous avons ce… lien.

– C'est extraordinaire ! déclara la présidente avec une certaine excitation dans la voix. Vous rendez-vous compte ? Jamais en cinquante ans, il n'y en a eu en Amérique ! Je savais que vous avez une relation spéciale avec Mademoiselle Jauncey, mais à ce point...

Puis elle resta pensive un moment avant de froncer les sourcils.

– Si un Vinculmens est établi entre vous, comment cela se fait-il que vous ne soyez pas encore mariés ?

L'Auror laissa passer un instant avant que la question ne s'imprime dans son esprit, puis son visage se contracta.

– Je vous demande pardon ? s'insurgea-t-il, sourcils froncés.

– Le Vinculmens. Les amants éternels.

Comme il ne semblait pas comprendre, Séraphine consentit à lui expliquer.

– J'imagine qu'Elvie ne souhaitait pas vous dire cela par elle-même, convint la présidente en secouant la tête. Le Vinculmens réunit deux âmes à travers chacune de leur réincarnation et celles-ci s'aiment d'un amour pur et inconditionnel. Ce sentiment est intemporel et traverse toutes les incarnations. Il n'existe pas de pouvoir plus puissant que cet amour, et c'est d'ailleurs ce que renferme l'Osmium au Département des Mystères. Les deux âmes concernées par le lien sont appelées les « amants éternels » parce que, dans chacune de leur vie, ils ne peuvent que s'aimer et être ensemble. C'est une nécessité que le Vinculmens leur impose.

Lorsqu'elle eut fini son explication, Percival resta silencieux un long moment. Puis, sans signe annonciateur, il fit volte-face et sortit vivement du bureau. Séraphine le regarda disparaître, un léger sourire aux lèvres.


Alors qu'en avez-vous pensé? Oui, ça peut surement paraître trop "facile", comme c'était la crainte d'une de mes lectrices. Mais je suis désolée, cette fanfiction n'est pas basé sur de l'action ou sur Grindelwald, je voulais uniquement développer la relation particulière entre mon OC et Percival. Voilà, j'espère n'avoir pas déçu trop de monde, mais moi j'aime beaucoup :)

A bientôt!