Suspense, vous allez vous poser encore plus de questions... ! Enfin, peut-être pas si vous connaissez le film... T.T

Chapitre 3


Havoc rentra chez lui tôt, ce soir-là, Frank ayant pris le tour de garde ; il était tard, mais il s'en fichait. Tout ce qu'il venait d'apprendre... cela avait de quoi le tenir éveillé... !

Il refermait la porte de son appartement, réfléchissant, lorsque soudain, sans prévenir, il fut pris de vertiges, tant qu'il dut s'adosser à sa porte pour ne pas s'écrouler.

Quand il reprit ses esprits, il avait glissé au sol, le long du bois râpeux... il inspira profondément, chassant les points noirs qui dansaient devant ses yeux, avant de se relever lentement, avec précaution.

"Zut... ça recommence... ça faisait un petit moment que ça ne m'était pas arrivé..."

En effet, il n'avait jamais pris la peine d'en parler à son médecin, puisque cela n'arrivait pas souvent... Mais cette fois-ci, l'impression d'angoisse qu'il avait ressentie était assez inquiétante... Après une minute de réflexion, il décida d'oublier l'incident, et se prépara à manger, avant d'aller se coucher.


Le soir venu, après une journée tranquille, il rejoignit Frank à la cabine de contrôle ; les écrans des caméras s'alignaient le long du mur du fond, avec les claviers et manettes de commande juste au-dessous. Frank était assis sur sa chaise tournante, les pieds sur le tableau de contrôle, un mégot négligemment coincé entre les lèvres. Quand il vit Havoc entrer, il sortit son paquet de sa poche, et le lui tendit. Avec un sourire, Havoc prit une cigarette et la glissa dans sa bouche, sans l'allumer.

"Alors ?"

"Tu l'as sentie aussi, n'est-ce pas ?"

Silence stupéfait du jeune blond, qui se demanda un instant de quoi l'homme parlait.

"Mais si, tu sais... Des vertiges, non ?"

"Co... comment savez-vous ??"

"Ça m'arrive aussi... ça faisait longtemps... à mon avis, c'est pas pour rien que toi aussi, tu les sens..."

"Je sens quoi ??"

"Hum... Difficile à expliquer... mais j'ai l'impression que c'est ce que cherchent les scientifiques de ce foutu labo..."

"Et... ils sont sur le point de trouver ?"

"Non..."

"Pourquoi ?"

"Parce que qu'ils ne savent pas quand ça arrive..."


Edward se réveilla, se sentant bien mieux que la veille... quoi de plus normal... rien ne lui était encore arrivé... Le vieux lui apporta son petit-déjeuner à 8h30 précises, comme d'habitude... sans lui parler, sans rien demander, sans même le regarder... et comme d'habitude, il y avait sur le plateau les habituels cachets de toutes les couleurs qu'il devait avaler avant... les examens... comme tous les trois jours... c'était stupide... il aurait dû faire attention...


"Je ne comprends pas... de quoi est-ce que vous parlez, exactement ?"

"De tout et de rien... que veux-tu que je raconte ?"

"Hé ! Je vous parle des vertiges ! Vous avez dit que ça vous arrivait aussi... ! Depuis quand ?"

"Un peu plus de huit ans... comme toi..."

"Comment... savez-vous ?"

"Je crois que c'est un truc qu'on a nous aussi... mais sans qu'on puisse l'utiliser... c'est pour ça qu'on est... euh... en quelque sorte immunisés..."

"Je ne comprends rien !"

"Tu comprendras tout à l'heure... Quand on ira le voir... !"


Plongé dans un sommeil artificiel, Edward ne se rendait plus compte de quoi que ce soit... les hommes autour de lui, s'affairaient, plantant les aiguilles tour-à-tour, prélevant autant de sang qu'ils en avaient besoin...

Cela ne se passait jamais de la même façon... toujours, toujours il y avait un détail qui changeait... toujours... cette fois-ci, c'était peut-être mieux pour lui qu'il ne voit rien... ne sente plus rien tant il était... anesthésié par la douleur... cela facilitait les choses... même s'il était difficile de considérer cela comme un point positif de la situation...

À nouveau, les questions, le piège, et le vieillard qui le ramenait à sa cellule...

Ce soir, au moins, il ne serait pas dérangé... il s'endormit rapidement, écroulé de fatigue et de tension nerveuse, éreinté d'avoir dû retenir ses larmes toute l'après-midi...


"Quand on ira le voir ? Je croyais que c'était interdit ?"

"Normalement, oui... mais je suis quand même censé surveiller ce couloir... et le vieux qui s'occupe de lui part en retraite... c'est immonde de l'avoir laissé s'occuper du p'tit alors qu'il a bientôt 75 ans... Et donc, comme les autres sont trop occupés avec leurs fioles et leurs éprouvettes, ils ont besoin de quelqu'un pour le remplacer... et quand je me suis proposé, ils ont dit oui."

"Et moi... ?"

"Je te délègue le rôle, tu fais moins peur que moi !"

Havoc retint sa réponse affirmative. En effet, Frank était un homme d'âge mûr, mais il semblait bien plus vieux, probablement en raison des quelques cicatrices qui couvraient son visage bruni, et son nez qui avait l'air d'avoir été cassé à de nombreuses reprises. Havoc se garda bien de le faire remarquer, mais il approuvait ce que le gardien venait de dire : nul doute qu'il aurait fait peur à un enfant...

"Et donc... ?"

"Quand il faudra lui amener son repas, je te laisserai y aller à ma place."

"Ah... très bien..."

"Mais, un conseil : tu ferais mieux de lui préparer toi-même..."

"Pourquoi ?"

"Je t'ai dit que tu ne trouveras plus ça 'monstrueux' quand tu l'auras vu..."

"... ! ... euh, quand est-ce que je dois y aller ?"

"Tu peux aller préparer... La cuisine est à droite, en sortant... mais c'est petit, n'en fous pas partout !"


Il se réveilla doucement... c'était reposant, pour une fois... Il s'assit dans son lit, et regarda dans le couloir. La lumière était faible... c'était sûrement le soir... Il se recoucha. Il n'avait pas faim, de toute façon... deux repas par jour, c'était suffisant pour s'habituer à ne pas manger du tout... surtout avec ce qui constituait ses "repas"... Il referma les yeux, et attendit...


Havoc tenait fermement le plateau devant lui, se laissant guider par Frank, qui le conduisait jusqu'à la fameuse porte ; il sortit un trousseau de clés, utilisa l'une d'elles pour l'ouvrir, et entra... dans un autre couloir.

"Hé... c'est quoi, exactement, le couloir B15 ?"

"Une partie de ce bâtiment, sous haute surveillance."

"Ils vont pas s'en rendre compte, que c'est moi qui y vais, au lieu de vous ?"

"Non... c'est moi la surveillance."

Sans rien ajouter, Havoc suivit le bonhomme à travers une succession de portes métalliques et grillagées, pour s'arrêter finalement devant l'une d'elles. Frank se tourna vers lui, et fit :

"Reste pas trop longtemps, normalement personne ne reviendra ce soir, mais on sait jamais quelles idées tordues ils peuvent avoir..."

"Bien compris... !"

Frank ouvrit la porte grillagée, et lui laissa la clé avant de repartir, refermant la porte du couloir. Havoc resta un moment planté devant la porte ouverte. Puis son regard se posa à l'intérieur...


Voilà... il revenait... il espérait que cela ne soit que pour le repas... il ne supporterait pas une autre journée comme celle-ci...

... tiens... les pas étaient plus légers que les siens... il ouvrit les yeux et tourna la tête vers la porte...

Ce n'étaient ses vêtements... c'était un uniforme bleu... comme ceux du gardien, non ? ... mais celui-là était moins large...

L'homme posa le plateau sur la chaise, comme d'habitude... enfin, surtout parce que c'était la seule surface disponible de la pièce, à part le lit... à moins qu'il mange par terre, ce qui n'était pas pratique...

... pourquoi ne s'en allait-il pas... ? ... pourquoi restait-il là, debout, sans rien faire... ? Ce n'était pas un scientifique... il n'avait rien à faire ici...

L'homme s'accroupit devant son lit, et il écarquilla les yeux avant de se tourner sur le côté, enfouissant une partie de son visage dans l'oreiller... ainsi, il ne voyait pas le visage de l'homme... il ne voulait voir personne... ne reconnaître personne...

"Bonjour, petit..."

Choqué, Edward ouvrit de grands yeux, malgré l'oreiller, et se recroquevilla sur la couverture... Qu'est-ce qui lui prenait, à cet homme... ?! Pourquoi est-ce qu'il lui parlait ??

"Est-ce que ça va ?"

La question... non, il ne devait rien dire... est-ce qu'ils l'envoyaient, pour le surveiller, maintenant? Est-ce qu'ils pensaient qu'il désobéissait ?...

"Comment t'appelles-tu ?"

Pourquoi ces questions ? Pourquoi ne partait-il pas ? Pourquoi lui faisait-il peur comme ça... ? Et pourquoi avait-il peur... ?

"Réponds, s'il-te-plaît."

"Edward" fit-il automatiquement... l'habitude... qu'aurait fait cet homme s'il n'avait pas répondu... ?

"Quel âge as-tu ?"

"Huit ans" répondit-il d'un ton mécanique, les yeux toujours grands ouverts, fixant les plis de l'oreiller...

"Tu veux bien te lever ?"

Drôle de façon de donner un ordre... mais il obéit immédiatement, et s'assit sur son lit, les yeux rivés au sol, refusant de voir le visage de l'homme. Celui-ci, justement, attrapa quelque chose sur le plateau, et le lui présenta. C'était un bol de soupe, qu'il s'empressa de prendre ; le bol était chaud, mais il le garda contre lui, ne voulant pas risquer de le lâcher et s'attirer une punition... Comme il ne pouvait pas lever les yeux, il les baissa sur le bol plein...

Son regard surpris ne passa sans doute pas inaperçu, puisque l'homme fit :

"Ça s'appelle du minestrone... il y a des haricots, des lentilles et du riz, en plus des légumes... Goûtes, c'est très bon." ajouta-il en lui tendant une cuillère.

Après un moment d'hésitation, il l'attrapa... Pourquoi ? ... c'était différent du bouillon de d'habitude... pourquoi ? Qui était-ce ? Pourquoi lui parlait-il ? Pourquoi est-ce qu'il...

"Pourquoi vous faites ça... ?"

Sa voix était faible... parce qu'il ne parlait pratiquement jamais, sans doute... ce n'était qu'un chuchotement, mais l'homme l'entendit, et répondit :

"Il faut bien te nourrir."

"Qu'est-ce que vous voulez... ?"

L'homme se tut un instant... mais il ne savait pas pourquoi, puisqu'il gardait la tête baissée...

"Je voudrais que tu manges..."

Alors, sans chercher à comprendre, Edward plongea la cuillère dans le bol et commença à manger. C'était chaud, cela le surprit... mais il ne dit rien, et continua...

Malgré l'inquiétude qu'il éprouvait face à cette situation étrange, il fut tout de même reconnaissant envers l'homme de lui avoir apporté un vrai repas, pour une fois...

"Je m'appelle Jean. C'est moi qui vais m'occuper de toi, maintenant."

"Pourquoi... ?"

"Parce que je remplace le vieux monsieur qui s'occupait de toi. Il est parti. Maintenant, c'est moi. Ça ne te dérange pas ?"

Il ne répondit pas...

"Comment te sens-tu ?"

Encore la question... pourquoi cherchait-il à le piéger... ?

"Réponds, s'il-te-plaît."

La soupe tangua dans le bol... il ne se contrôlait plus... il avait trop peur... pourquoi ne partait-il pas.. ? ... pourquoi ?

"Edward... réponds-moi."

Il secoua la tête, renversant un peu de soupe, qui souilla son pantalon. La brûlure soudaine lui fit pousser un cri de surprise et de douleur. Sous le choc, il lâcha tout... Le bol se renversa au sol dans un grand bruit, et se brisa au deuxième rebond ; la cuillère tinta sur le carrelage blanc, et Edward se recroquevilla sur le lit, terrifié...

Havoc s'était relevé brusquement, pour éviter de recevoir la soupe sur lui ; il recula d'un pas tandis que le bol se brisait, et releva les yeux pour voir le garçon tout contre le mur, les genoux remontés sous son menton, le visage souillé de larmes. Ses cheveux étaient d'un jaune terne, sans vie, et ses yeux ne laissaient rien voir d'autre que de la terreur pure... Il sentit son coeur se serrer à ce spectacle, et s'approcha lentement, s'asseyant sur le lit, près de l'enfant. Celui-ci cacha sa tête entre ses bras, se recroquevillant un peu plus sur lui-même... Le jeune blond ne sut quoi faire face à tant de détresse... cet enfant vivait un enfer, dans cet endroit... que pouvait-il bien faire pour l'aider... ?

Doucement, il posa une main sur l'épaule de l'enfant.

Dans un grand sursaut, Edward chercha à s'éloigner ; complètement paniqué, son regard lui échappa, et...

Lorsque l'enfant croisa son regard, Havoc eut le souffle coupé. Ces grands yeux, couleur d'or pur, dans lesquels luisaient tant de désespoir et de peur... Le garçon ne bougea plus à l'instant même où il posa son regard sur lui, et sembla un instant calmé ; leurs yeux ne se lâchèrent pas, pendant un long moment...

Puis il se mit à trembler, imperceptiblement, au début, puis de plus en plus fort, à mesure que ses yeux se brouillaient de larmes... Havoc leva une main pour la poser sur l'épaule du garçon, et, soudain, celui-ci éclata en sanglots.

Sonores. Terrifiés. Épuisés. Alors Havoc l'attira contre lui, malgré son geste pour s'enfuir, et le cala dans son épaule, lui maintenant la tête d'une main, l'autre dans le dos. Et alors, il y eut quelque chose d'autre, dans les sanglots... au-delà de la peur, il y avait à présent... du soulagement...


5 pages bien pleines... À la prochaine !