disclaimer: tous les personnages sont à JKR

genre: suspence et romance yaoi

couple: Drago et Remus

bonne lecture...


-Monsieur Malefoy, vous accusez votre mère d'avoir usé du doloris sur vous et votre père de vous avoir menacé d'employer l'avada kedavra si vous ne rejoigniez pas le camp des mangemorts. Vous justifiez donc la présence de votre marque par la contrainte et la menace de mort. Maintenez-vous cette affirmation?

-Oui.

-Vous affirmez également ne pas avoir accompli la mission que vous avait confié Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Ce fait a été prouvé. Nous connaissons l'identité de la personne qui a mis fin aux jours de l'ancien directeur de Poudlard ainsi que les motifs de cet acte. Cependant, pouvez-vous nous affirmer que vous n'aviez pas l'intention de le tuer?

-Objection! la préméditation sans acte n'est pas un chef d'accusation et ce même si elle peut être prouvée. Article 1 de la Charte de 1856.

-Exact. Monsieur Lupin, vous avez parfaitement raison. Toutefois c'est monsieur Malefoy qui est interrogé. Monsieur le procureur, veuillez reprendre.

-Merci, Maître. Monsieur Malefoy. Vos parents ont pratiqué des tortures sous vos yeux, d'après vos affirmations. Pourquoi n'avez-vouspas cherché à porter assistance aux victimes?

-Par peur d'être moi-même torturé. Je crois bon de rappeler que cette peur n'avait rien d'irrationnel, puisque j'ai prouvé que j'avais moi-même subi des sévices.

-Vous ne l'avez pas encore prouvé! Vos souvenir sont en cours d'analyse par les experts. Si la fausseté en est démontrée, vous serez accusé non seulement de non-assistance à personne en danger dans le meilleur des cas, de complicité avec meurtriers dans le pire des cas, mais également de trahison devant cour. En avez-vous conscience?

-Un instant, monsieur le procureur. Les patronus des experts sont arrivés. Je pense qu'ils nous renseigneront mieux que vous sur la partie que vous évoquez.

Les patronus (un hérisson, un zèbre, un chat et une oie) traversèrent rapidement la salle pour aller se placer au centre. L'oie prit la parole:

- Les souvenirs de monsieur Lupin proviennent de la legilimancie qu'il a pratiquée sur monsieur Malefoy à la rentrée de cette année. Ils concordent parfaitement avec ceux de monsieur Malefoy et après analyse, nous sommes absolument certains qu'ils sont tous authentiques. Ils nous ont permis en outre de dresser une liste de mangemorts non répertoriés que voici:

1) Fenrir Greyback

2) Blaise Zabini

3) Hortensia Zabini

4) Bilius Riley

5) Rosemary Patil

6) Peter Pettigrow

Un murmure parcourut l'assemblée. Avaient-ils bien entendu? Peter Pettigrow?

-Cela confirmerait la rumeur selon laquellePeter Pettigrow serait encore en vie?

-Ça prouve au moins qu'il l'était l'été dernier. Nous sommes formels, les souvenirs sont authentiques.

-Monsieur le procureur, la liste correspond-t-elle avec celle fournie par l'accusé?

-En tout point, Maître.

-Bien. Si vous n'avez rien à ajouter, je propose que nous passions directement à la délibération. Messieurs.

...

Drago attendait depuis une heure, attaché sur son siège d'accusé.C'était un sorte de tabouret en fer à trois pieds encorcelé qui ne se réchauffait pas au contact du corps. Tout mouvement lui était interdit et sa baguette lui avait été retirée dès le début duprocès. Elle reposait désormais, telle une relique, dans un coffret inviolable placé à la gauche de l'estrade du juge. Drago ne quittait pas des yeux le coffret pourpre et l'angoisse commençait, lentement, inexorablement, à l'envahir. Pourquoi la délibération prenait-elle autant de temps? Il avait pourtant eu l'impression de mener sa défense à la perfection, et il commençait à douter. Remus ne faisait rien pour le rassurer, il ne lui avait tout simplement pas accordé un regard depuis leur entrée au ministère. Drago avait commencé à se sentir mal à l'aise dès qu'il avait vu les deux détraqueurs placés devant la porte et avait cherché du soutien chez son professeur qui l'avait superbement ignoré.

Remus était inquiet. Au vu des éléments apportés par ce qu'il connaissait du procès, le verdict aurait déjà dû tomber. Alors... soit un élément leur avait été caché soit l'un des jurés était dans l'incappacité de voter. Quoi qu'il en soit, c'était un mauvais présage. Il se redressa quand le procureur entra d'un pas hâtif dans la salle et le jaugea: celui-ci semblait embarassé.

-Un nouvel élément vient chambouler ce procès. Madame Malefoy, ainsi que son mari, viennent de renier et déshériter leur fils Drago Malefoy.

-Elle a le droit de faire ça?

-Justement, monsieur Lupin, c'est délicat, car la procédure d'héritage est commencée. Si les jurés lui reconnaissent la crédibilité, la fortune Malefoy se trouvera sans héritier, elle deviendra donc bien de l'état. Durant la durée d'un procès, en théorie, les accusés gardent toujours leurs droits de sang. D'un autre côté la nouvelle loi sur les impardonnables stipule qu'aucun droit n'est accordé à l'accusé si l'on détient des preuves contre lui, ce qui est le cas ici. Les jurés m'ont chargé de vous en informer, et je pense qu'ils doivent avoir tous voté, à présent. Le verdict devrait tomber d'ici quelques minutes.

Sur ce, l'homme se dépêcha de quitter l'estrade, pour retourner vers la salle des débats. Drago crut s'évanouir. Une sueur froide mouillait son dos et l'angoisse le gagna complètement, il voulut porter sa main à sa gorge car il avait du mal à respirer mais ses bras restèrent emprisonnés par le sortilège. Une petite voix froide et calme en lui, et qui n'était peut-être pas vraiment la sienne, lui souffla que c'était la fin, sa mort à lui aussi. Il n'avait aucun pouvoir, il ne pouvait ni bouger ni résister, on ferait de lui ce qu'on voudrait. Les souvenirs de tortures qui l'avaient quitté depuis quelques semaines grâce au soutien distant que lui apportait son professeur remontèrent à son esprit, clairs et d'une ignoble précision, il sentait les crocs de Greyback dans son bras; les crocs qui se referment, et arrachent sa chair pour la mâcher puis l'avaler alors qu'il hurlait de douleur au sol, aveuglé par ses larmes. Il revoyait le visage de Zabini en proie à un fou rire sadique, ses yeux déments exorbités d'excitation et puis quelquechose - quoi? - de noir et métallique. Quelquechose de terrible et de scellé en lui auquel il n'avait pas accès. C'était cette chose noire et brumeuse -un souvenir tabou- qui créait en lui cette voix glacée qui le berçait, rassurante: "Finalement la mort n'est peut-être pas la pire chose qui puisse m'arriver. Le pire, je l'ai déjà vécu."

Soudain, il les vit. Lucius et Narcissa Malefoy. Ses parents. Son coeur déjà malmené rata un nouveau battement. Sa mère le regardait avec dans les yeux une haine tenace. Lui savait qu'il la regardait pour la toute dernière fois. Il aurait voulu bloquer ses pensées, qu'on ne lui pose pas la question: "tu es triste ou soulagé que tes parents soient morts?" Il ne savait pas. Il se sentait vraiment trop faible.

Le juge remonta sur son estrade et posa sa main gauche sur le coffret contenant les baguettes.

-Mesdames et messieurs, après un long débat nous avons décidé des sentences que nous allions appliquer. Monsieur Lucius Malefoy et son épouse Narcissa Malefoy sont condamnés premièrement à la destruction de leurs baguettes...

Il ouvrit le coffret et en sortit deux baguettes, qu'il cassa en deux de ses propres mains, sous l'oeil horrifié de Drago.

- ... ensuite au baiser du détraqueur...

Drago ferma les yeux de toutes ses forces. non, non, non... il hurlait mentalement, essayait de produire un brouhaha intérieur pour ne surtout pas entendre la voix de ses parents, leur derniers mots lucides. Mais le vacarme mental fut rompu par la voix forte et claire du juge qui reprit:

-... et enfin à séjourner à Azkaban à perpétuité.

Drago ouvrit les yeux et ne croisa pas le regard de sa mère: ses yeux étaient désormais dénués de regard, son âme avait quitté son corps.

...

Drago était gracié. Sa fortune ne lui était pas confisquée. Il était tellement ébranlé que le soulagement ne perça que très lentement dans son désordre sentimental. Tout ce qui s'était produit ces derniers mois avait été long, difficile, insupportable. Sa seule réaction avait été l'hébétude et la stupeur. Il marchait machinalement , remontant les froids escaliers de pierre dans les entrailles du ministère; une nouveauté le poussait en avant malgré une certaine ivresse de fatigue. L'espoir. Ce n'était pas à proprement parler une sensation agréable, ce n'était qu'un renversement des sens, comme les éclats d'un kaléïdoscope qui même s'ils forment des figures parfois belles, ne signifient jamais rien. C'était comme un rayon de chaleur perçant à travers un feuillage étouffant, dans l'épaisseur de son indifférence.

Il commença à mieux respirer lorsqu'il sentit la main de Remus se poser un instant sur son épaule. Un adulte veillait sur lui. Aveuglé par la clarté du grand hall, il eut un sursaut. Il sortait enfin d'un rêve sombre, d'un engourdissement funèbre. Les pensées du tribunal le firent frissonner. Il ne voulait pas mourir; cette voix qui venait de très loin, probablement de souffrances oubliées, l'avait bercé en l'affaiblissant. Cette découverte l'agaça: son orgueil refusait d'être contrôlé par quoi que ce soit; il se jura qu'à l'avenir, il se méfierait davantage.

Ils sortirent discrètement du ministère, Drago suivant Remus en silence à travers la ville qui s'éclairait avec la tombée du jour. Drago regardait ces bâtiments et commerces qu'ils ne connaissait pas avec dans le coeurla reconnaissance inculte d'un survivant, qui remercierait même le vent de souffler encore pour lui, le simple bonheur de pouvoir encore évoluer dans une ville, à l'air libre, baigné dans la lumière dorée du couchant qui arrondissait les angles, allongeait les ombres sur l'asphalte et versait sa dernière chaleur sur les hommes et les choses. Il y avait de l'amour dans ces paysages urbains qui perdaient de leur réalité sous les rayons striés de poussière, Drago le sentait, qui luttait contre son désir de mort.

Lentement, le soleil disparut derrière les usines, et la poussière prit une odeur humide. Ses fragiles sensations s'envolèrent, le livrant à nouveau à l'angoisse, le froid, la nuit. Tout était sinistre à présent. La terre noire était de celle dont on couvre les tombes et les angles des rues prenaient leur dimension honteuse de paravent pour belles de nuit. D'instinct, il enroula ses bras autour de lui pour se protéger d'une attaque éventuelle. Recomposant son masque d'autorité, il dit brusquementà Remus:

-Mais enfin que fait-on ici?

Celui-ci, visiblement fatigué, se retourna en souriant, parfaitement indifférent au ton militaire du jeune homme. Ils transplanèrent, soulagés, dans le château immense et familier de Poudlard.