Bien le bonjour ! Alors, ceci est le dernier chapitre vraiment tranquille de ma fic. Comme ça se terminait pas assez en cliff-hanger, j'ai quand même ajouté un petit truc à la fin ;) Place à l'histoire !
Le dîner s'était terminé dans un climat extrêmement tendu. Françoise soupirait, Richard semblait de marbre, et les invités étaient très mal à l'aise, à l'exception faite de Virginia Carroll qui semblait rire en son fort intérieur.
Dès qu'il le put, John s'extirpa et s'élança dans la grande entrée. Il monta les escaliers et arriva dans un large couloir. Ne sachant pas exactement à quelle porte frappée, il interrogea une petite domestique au visage rond et à l'air bienveillant.
« Excusez-moi, mademoiselle… ?
- Oakridge. Nancy Oakridge, mon garçon. Que puis-je pour toi ?
- Eh bien, je cherche Sherlock. Vous ne l'auriez pas vu ? »
Nancy sembla très surprise par ce garçon. Alors Sherlock se serait finalement créé un lien avec un enfant de son âge ? Voilà qui semblait presque impossible.
« Pourquoi le cherches-tu ?
- Il est brusquement parti de table et je m'inquiète pour lui. Je suis son ami. »
Cette déclaration acheva de ravir la gouvernante. Elle saisit le garçon par les épaules en riant, ce qui effraya quelque peu John :
« Vraiment ? Mais c'est formidable !
- Euh… Est-il dans sa chambre, mademoiselle ?
- Il me semble. Mais je te déconseille d'essayer d'y entrer. Il ne laisse jamais personne y jeter un œil, pas même moi.
- Ah… »
John fit la moue. Il se demandait si Sherlock allait bouder encore longtemps.
« Mais… Peut-être que tu pourrais essayer malgré tout.
- Ah bon ? Comment ?
- Entre discrètement, fais comme si tu ne savais pas pour l'interdit ! Je resterai derrière la porte, au cas où Sherlock t'enverrais balader méchamment. »
L'air malicieux de la jeune femme au nez en trompette convint John. Arrivé devant la porte, il hésita un peu, puis tourna la poignée. Malheureusement, au moment où il allait se glisser à l'intérieur, le visage râleur de Sherlock apparu dans l'entrebâillement, ce qui fit sursauter autant John que Nancy.
« Qu'est-ce que tu veux ?
- Euh… Juste savoir comment tu vas… » bafouilla John en s'écartant.
Sherlock sortit et ferma la porte derrière lui. Il avait enfilé son long trench noir et une écharpe bleue autour de son cou.
« Nancy ? demanda Sherlock suspicieusement. Qu'est-ce que tu comptais faire, au juste ?
- Rien du tout ! répliqua-t-elle, vexée de son échec. Et toi, où comptes-tu aller comme ça ?
- Me balader, juste quelques minutes.
- Et tu crois que c'est le moment ?
- Mon père ne veut plus entendre parler de moi. Oui, c'est le moment. »
Sur ce, il s'éloigna d'eux dans le couloir d'un pas rapide, plongeant ses mains dans ses poches. Il tomba dans ses pensées comme dans un gouffre en descendant les escaliers et en se ruant dans l'haleine froide des rues de Londres. La nuit était tombée depuis un moment et les trottoirs étaient pavés de neige. Alors qu'il s'arrêta sur le palier pour regarder le ciel, il se rendit compte qu'il n'était pas seul : derrière lui se tenait John, enfilant sa veste. Ses grands yeux bleu marine le regardaient furtivement, d'une inquiétude sincère.
« Tu m'as suivi ?
- Je t'ai appelé dans le couloir, je suis avec toi depuis ce moment-là. Tu ne m'as pas vu ?
- Non… »
Sherlock eu un minuscule rire. Il lui arrivait souvent d'avoir ce genre d'absence, il le savait, mais il en avait un peu honte. Sa mère lui disait qu'il avait des problèmes neurologiques. Qu'il était peut-être un genre de trisomique, qui sait. Et elle le regardait de haut avant de s'éloigner. Il plongea son nez dans son écharpe et du même coup, fixa ses pieds comme les choses les plus intéressantes du monde.
« Où comptes-tu aller ? demanda John en se penchant vers lui.
- Je voulais juste aller me défouler à Bond Street, tu n'es pas obligé de rester avec moi…
- Je ne pensais pas que tu étais un amateur de shopping. »
Ils rirent tous les deux.
« Idiot, je ne vais pas là pour faire les boutiques ! J'y vais pour jouer !
- Pour « jouer » ?
- Oui, j'appelle ça comme ça… Ca m'amuse. De faire sur les gens ce que j'ai fais à table. Tu vois ? »
John sourit et acquiesça. Ils quittèrent la maison sans un mot de plus, marchèrent tous les deux sous la pluie gelée dans ce silence qu'ils appréciaient entre eux, cette chose délicate qui les laissaient s'accepter et s'habituer l'un à l'autre, ne laissant résonner que leurs pas réguliers et unis sur la neige. John se baladait la tête en l'air, ouvrant de temps en temps la bouche pour avaler un flocon. Il regardait parfois Sherlock et souvent, croisait son regard. Mais ce dernier s'enfuyait très vite et descendait à nouveau jusqu'à ses pieds. Le visage happé par son écharpe, Sherlock passait son temps à se demander si c'était bien comme cela qu'il fallait agir avec son « nouvel ami ». Il cherchait quelque chose d'intéressant à dire, quelque chose qui puisse meubler le silence, mais quand il avait trouvé, soudain, il ne voulait plus. Il y avait une chaleur qui circulait entre eux et il ne voulait pas la compromettre.
Alors une fois de plus, ce fût John qui engagea la conversation :
« Depuis quand tu sais faire tout ça ? »
Sherlock hésita avant de répondre.
« Je ne sais pas exactement. Je crois que j'ai toujours su. J'ai commencé à lire très jeune, et chaque information que les livres me permettent d'enregistrer, je les réutilise dans la vie de tous les jours, sur tous les gens. Je me créé des chemins de déduction, des raisonnements, des manières différentes de « comprendre » les choses. En fait, personne ne me dit rien, alors je dois bien trouver un moyen de savoir ce qu'il se passe chez les gens.
- Comment ça ?
- Ma famille est assez… Silencieuse et distante, dit Sherlock d'une voix qui s'éteignait. Je ne sais pas grand-chose de mes parents. Même mon frère est assez cachottier. Alors, je me suis entraîné à deviner. J'aimerais leur montrer que je suis intelligent, moi aussi, mais ils ne semblent pas le penser. Peut-être que ce n'est pas ça, être intelligent. Peut-être que je suis stupide.
- Tu n'es pas stupide, pas du tout. Tu es brillant, et je ne te connais que depuis quelques heures, mais j'en suis persuadé. »
Sherlock s'arrêta doucement de marcher. John n'avait même pas tourné la tête en disant cela, alors il ne remarqua pas qu'il le distançait légèrement.
« Tu penses ce que tu dis ? » lui demanda Sherlock derrière lui.
Le garçon blond se retourna et regarda son ami avec un sourire. Décidemment, il avait un côté vraiment adorable, malgré sa froideur apparente.
« Oui, je le pense. Ce que tu sais faire, c'est fantastique, c'est vraiment incroyable. Et quoi que puissent te dire tes parents, je te jure qu'ils se trompent. Tu n'es pas un idiot ou un attardé, c'est tout le contraire, et s'ils ne le comprennent pas, c'est qu'ils sont trop stupides. »
Sherlock avala sa salive pour être sûr de ne pas verser de larme. Il sentit son ventre tourner et son visage devenir plus chaud. Jamais quelqu'un ne lui avait adressé de tels mots avec autant de facilité, après si peu de temps, juste comme ça. Chaque fois que Nancy essayait de lui dire des choses pareilles, il la rejetait en se disant qu'elle cherchait juste à être une bonne gouvernante, ou parce qu'elle avait pitié. John n'avait aucune de ces raisons et il était si sincère que les mots étaient sortis d'eux-mêmes, sans aucune appréhension. Ce drôle de garçon était vraiment formidable.
Le petit brun cacha son visage encore d'avantage dans son écharpe et fît quelques pas. Arrivé à la hauteur de John, il dit doucement :
« Merci. »
John sourit, et ils reprirent leur marche.
« Tu es tout rouge.
- Tais-toi. »
Après être allés à Bond Street et avoir démontré l'étendue de ses talents à un John médusé, Sherlock jugea qu'il n'était pas encore temps de rentrer et ils partirent encore plus loin dans la ville. Ils se baladèrent dans le parc, essayèrent de rentrer dans un pub malgré le couvre-feu –ce qui fût un échec cuisant, en dépit de l'affirmation de Sherlock qu'il était bel et bien majeur bien qu'il ne fasse qu'un mètre cinquante-, et grimpèrent sur les toits de Londres, s'amusant à sauter entre certains quand ils le pouvaient. C'est en s'adonnant à ce jeu assez dangereux qu'ils finirent par entendre Mycroft leur hurler de descendre et d'arrêter leurs singeries.
Il n'était pas loin de onze heures du soir quand ils le rejoignirent, l'air penaud. L'aîné Holmes n'était pas seul, et John se sentit couvert de honte quand il vit que ses parents l'accompagnaient.
« Andrew et Meredith Erickson ont tenu à venir avec moi, expliqua Mycroft sur un ton aigre. Ils étaient aussi inquiets pour toi que je suis en colère contre mon petit frère pour son comportement grotesque de ce soir.
- Maman ! s'écria John en courant vers elle. Tu n'aurais pas dus te déplacer jusqu'ici, tu t'épuises à venir dans des endroits aussi difficiles d'accès.
- Ne t'inquiète pas mon cœur, ton père m'a soutenu, répondit-elle avec une voix douce. Je me faisais un sang d'encre pour toi, pourquoi es-tu parti aussi longtemps ?
- Pardon, maman… »
John s'était mis à genoux devant elle et avait glissé une main dans la sienne. Elle caressa sa joue avec tendresse sous le regard troublé de Sherlock, quand Andrew Erickson décida de dire un mot. Il s'approcha de son fils et lui posa la main sur l'épaule :
« John, je suis très content de te retrouver sain et sauf. Il n'empêche que tu ne dois plus faire de chose pareille, compris ? Je sais que tu adores te lancer dans ce genre d'aventure, et je sais que tu es très débrouillard, mais tu es trop jeune pour te balader on ne sait où sans autorisation. Compris ?
- Oui papa, dit le garçon en se redressant. Je suis désolé.
- Et vous, jeune homme, dit Meredith en désignant Sherlock. Vous me semblez être un garçon intelligent, n'emmenez pas mon fils dans des situations si peu considérées, voulez-vous ?
- Très bien, madame… » répondit Sherlock en baissant la tête.
Ils rentrèrent tous les cinq sans se presser, soulager d'avoir quitté la maison remplie de bruit et de tensions pour l'air calme du soir. John poussait le fauteuil de sa mère, elle tournait de temps en temps la tête et la hochait avec un sourire pour lui dire merci, quand il la faisait descendre ou monter un trottoir, ou quand il remettait délicatement son châle sur ses épaules. John semblait adorer Meredith, ils partageaient une intimité particulière et Sherlock ne pouvait s'empêcher de se mettre en retrait, un pincement au cœur. Il essayait d'imaginer sa mère lui souriant avec respect et tendresse, sa mère lui caressant la joue, sa mère lui parlant avec tant de gentillesse… Il n'y arriva pas.
Andrew Erickson le regardait avec attention depuis quelques minutes, l'air à la fois gêné et intéressé. Alors que Sherlock allait finir par lui demander ce qu'il lui voulait, il parla :
« Votre démonstration au repas était extraordinaire, lui dit le médecin avec précaution. Quel dommage que ça ait mal fini avec votre père.
- Ne l'encouragez pas, monsieur Erickson, dit Mycroft avec gêne.
- Je ne m'en fais pas, lui répondit Sherlock en hochant les épaules, ignorant la remarque de son frère. Il est habitué à mes pitreries, il oubliera.
- Je ne peux m'empêcher de me demander comment vous faites pour voir autant de choses.
- Voyons Monsieur, je ne fais qu'observer, dit le petit brun avec un drôle de sourire. Il est très difficile pour d'autres, apparemment, de jeter l'œil sur ce qu'il faut et de synthétiser efficacement tout ce que l'on voit de quelque chose ou quelqu'un. Pour moi, cela n'a jamais semblé si impossible. Par exemple, j'ai remarqué par les coupures que vous avez sur les index que vous pratiquez, en plus de votre métier de médecin, un peu de chirurgie. »
Andrew ne sût quoi répondre. Il retira un de ses gants pour observer son index : en effet, les fils très fins qu'il utilisait pour faire de tous petits nœuds, fermant les plaies de ses cobayes, avaient laissé une trace droite et rouge.
« Je me suis moi-même fait ces blessures, et pourtant, je n'y aurais jamais pensé ! dit-il finalement en riant. En effet, je pratique la chirurgie sur de petits animaux. Je l'ai pratiqué à mon école de médecine et durant ma jeunesse, mais j'ai été contraint d'arrêté, alors je m'y remets parfois. Des expériences tout-à-fait innocentes, bien sûr.
- Bravo, mon garçon ! dit Meredith avec un sourire. Mais pouvez-vous vraiment tout déduire de quelqu'un ?
- Je sais de vous que vous êtes une ancienne gymnaste, et que malgré l'accident qui vous a mit dans un fauteuil roulant, vous continué à vous exercer aux barres aujourd'hui. C'est très risqué, vous savez. Même si vos bras font la plupart du travail, il arrivera un moment où votre handicap vous rattrapera. »
Meredith n'arrêta pas de sourire, même si son expression devint un peu plus triste.
« Tu sais, une passion ne s'oublie pas si facilement. Comment as-tu su ?
- Votre morphologie dit de vous que vous êtes sportive, et les ampoules sur vos mains disent gym ou tennis. Mais il est absolument impossible de pratiquer le tennis dans vos conditions, et la barre vous a laissé des marques près des aisselles. »
Elle approuva en hochant la tête, rêveuse, puis jeta un coup d'œil à John. Elle vit les étoiles briller dans ses yeux quand il regardait Sherlock, et ne pût s'empêcher de rire :
« Johnny ! La dernière fois que je t'ai vu si exalté, c'est quand tu lisais l'Île aux Trésors ! »
John rit à son tour, un peu gêné, et tout le monde le suivit. Même Mycroft pouffa.
Quand ils arrivèrent à la maison, Françoise les accueilli sur le pas de la porte. Sa longue silhouette vêtue de blanc se découpait dans la lumière qui venait de l'intérieur, mais sa beauté éclatante ne cachait pas son allure de sorcière.
« Sherlock, soupira-t-elle. Il est tard, file dans ta chambre. Meredith ma chérie, rejoignez les invités à l'intérieur avec votre mari, j'arrive dans une minute. Toi aussi, Mycroft. Les chambres ont été installées.
- Bonne nuit, les garçons, dit Meredith en s'éloignant.
- Bonne nuit, dit aussi Andrew.
- Attendez ! »
John leur courut après. Il tira la manche de son père, qui rit et l'embrassa sur le front. Meredith fit de même.
« Mère, où John va-t-il dormir ? demanda Sherlock.
- Il prend la chambre d'ami juste à côté de la tienne. Va la lui montrer.
- Très bien. »
Pendant que les deux garçons allaient vers l'escalier, Françoise appela une dernière fois son fils, la voix crispée et hautaine :
« Sherlock ! Il s'agit de votre dernier dîner en compagnie de nos amis. J'espère que vous êtes honteux de votre attitude.
- Oh, profondément ! » répondit-il avec un large sourire, lui tournant le dos.
Et John ne su s'il devait rire ou soupirer.
Arrivé dans le couloir, le garçon blond regarda sa montre et grimaça.
« Il est près de minuit, mais je n'ai pas sommeil du tout. Doit-on vraiment aller dormir ?
- Bien sûr que non, répondit Sherlock. Va dans ta chambre et change-toi, je te rejoins. J'appelle Nance, elle va nous faire du thé et des biscuits, et on jouera aux cartes encore un long moment ! »
John, ravi, se précipita dans sa chambre. Quelques minutes plus tard, Sherlock vint en pyjama suivit par sa gouvernante et son plateau rempli de sucreries. Nancy semblait émerveillée de la relation des deux amis, si bien qu'elle eut du mal à les laisser tranquille, et Sherlock dût la pousser hors de la chambre. Ils discutèrent et burent du thé pendant de longues heures encore, s'éclairant à la bougie pour n'attirer l'attention de personne à l'extérieur. Ils parlèrent de pirates, d'aventures, de romans policiers que Sherlock adorait.
« Tu as déjà pensé à être détective ? demanda John en grignotant un biscuit, triant leur jeu de cartes.
- Bof, je ne sais pas. Ca semble un peu trop sérieux, non ?
- Pas aussi sérieux que médecin, » ricana-t-il.
Ils ne finirent par s'endormir que très longtemps après, car Sherlock eut du mal à se résoudre à quitter la chambre. Quand il se coucha à trois heures du matin, il était plein d'exaltation. Mille pensées le traversèrent qu'il devrait dire à John le lendemain, au moment où il s'assoupit.
C'est cette nuit-là que le coup d'envoi a été lancé. C'est cette nuit-là que tout est parti en lambeaux.
Je déteste quand ça finit sans suspens ! x) Et si il y a des lecteurs de Détective Conan dans le coin, ils vont sans aucun doute reconnaître certains de mes "trucs"... Faut bien puiser son inspiration quelque part, mes amis !
