Ashes to ashes.


Bleach appartient à Kubo-sensei. Kasai Olivia est toujours mon OC je pense. Bonne lecture !


A la vue des deux aiguilles se regroupant pour midi, un sourire réjoui se dessinait sur le visage d'Olivia. Elle attendait chaque jour, avec plus d'impatience qu'elle serait prête à avouer, toute la matinée jusqu'à ce que vienne l'heure de partir pour le restaurant où Hitsugaya et elle avaient élu domicile le temps d'un repas. Enfin, repas, c'était un grand mot : il était plus que rare qu'ils tombent sur quelque chose de réellement mangeable, et ne se privaient pas pour se le faire comprendre l'un à l'autre. Parfois, alors qu'Olivia aurait préféré en rire, la nourriture était infecte à un tel point qu'elle commencerait à se sentir mal, se précipitant à l'extérieur pour prendre l'air. Sur ce point, elle devait s'en rendre à l'évidence, Hitsugaya était beaucoup plus balèze qu'elle. Néanmoins, la manière dont ce restaurant s'en tirait pour ne pas faire faillite leur échappait totalement, les deux Shinigami se trouvant plus que souvent les seuls consommateurs des environs, et même les travailleurs de l'auberge les dévisageaient, semblant se demander pourquoi par tous les dieux revenaient-ils chaque jour au Dragon du lys. Pas pour sa qualité gustative, c'était certain. Or bien que loin d'être une enseigne de luxe, cet endroit était calme et paisible, loin de l'agitation effrénée du centre du Seireitei où pratiquement tous les hauts officiers venaient déjeuner. Ici, Olivia n'avait pas besoin de se préoccuper d'éventuels curieux regards que lui jetteraient d'autres Shinigami les croisant. Elle les imaginait déjà se demander frénétiquement qui était-elle, de quelle division venait-elle… Mais il ne fallait pas s'y méprendre, la jeune femme se foutait de leurs avis comme de l'an quarante, cela l'aurait cependant profondément agacé pour Hitsugaya : elle n'avait aucune envie de l'importuner, pour quoi que ce soit. Olivia était venue à beaucoup trop le respecter pour souhaiter que ce genre de conneries lui arrive. Quand elle y repensait, la jeune femme devait avouer que la demande du Capitaine, plus d'un mois auparavant, l'avait surprise au plus haut point de par son aspect spontané. Elle se souvenait que ses paroles n'avaient pas été hésitantes, même pour un instant, ce qui l'avait déconcerté d'autant plus. Elle avait néanmoins accepté, non, elle avait accepté bien évidemment : c'était exactement ce qu'elle avait voulu, passer le plus de temps possible avec cet homme dont elle ne connaissait pratiquement rien. Olivia sentait au fond d'elle-même qu'elle n'avait pas besoin de savoir qui il était, ce qu'il a vécu, ce qu'il a fait. Non, tout cela, elle n'en avait pas besoin, elle n'en tenait pas compte. Hitsugaya Toshiro aurait pu un tueur en série qu'Olivia aurait juste haussé les épaules. Avec un petit sourire aux lèvres, elle se fit la réflexion qu'elle doutait hautement qu'il en fut ainsi, certaine – non que naïvement, mais plutôt d'instinct – qu'il était un homme bien. Un de ces individus dont elle avait sérieusement douté l'existence lorsqu'elle fut jeune, tant le monde dépravé dans lequel elle avait vécu faisait contraste avec ce mythe d'homme honorable.

Olivia ne dérivait jamais sur une discussion portant sur la vie privée du Capitaine. Ou sur la sienne, à propos. Elle n'avait que trop bien ressenti le trouble, même s'il fut minime, dans le reiatsu d'Hitsugaya lorsqu'elle s'était aventurée sur le domaine 'Hinamori'. Elle avait même sérieusement cru qu'il se serait en aller, ou l'aurait froidement repoussé, mais à la place, Hitsugaya lui avait offert sur un plateau une infime partie de lui-même. Si elle fut donnée à contrecœur ou non, Olivia préférait ne pas y songer, mais elle avait senti de la douleur émaner de ses paroles. Jamais plus elle ne souhaitait revoir cette lassitude sur son visage. Alors elle s'était promise de faire attention à ne plus élever un sujet susceptible de lui faire du mal. Et depuis lors, la jeune femme n'aurait pas pu rêver de mieux apprécier la compagnie du Capitaine.

Chaque jour, elle ressentait un profond bonheur, bonheur qu'elle craignait presque de posséder. Deux décennies auparavant, elle s'était jurée de ne plus s'éprendre aussi indéniablement pour un homme, et s'était même félicitée de ne plus être retomber. Jusqu'à présent. Dieu que tu es faible Olivia, se réprimanderait-elle souvent lorsqu'elle contemplerait ces yeux couleur émeraude avec un sourire résigné : mais merde, elle adorait ça, et sentait sa détermination fondre un peu plus chaque jour. Elle était heureuse et beaucoup trop avide pour abandonner cette sensation d'enivrement qu'elle sentait dans ses os à chaque fois qu'elle se trouvait près de lui, ayant presque oublié ce que cela faisait lorsqu'on devenait dépendant à ce point. Olivia ne savait pas vraiment pourquoi Hitsugaya avait souhaité la revoir, mais elle doutait que cela soit pour le Dragon du lys. C'était plutôt malgré cela. Elle avait vraiment essayé de ne pas en tirer de conclusion, mais une fois de plus, Olivia s'était surestimée : espérer que ce Capitaine, qu'on dit (soit disant passant) être la réincarnation d'un protecteur à la con ou quelque chose du genre et un génie comme jamais Soul Society n'avait vu (rien que ça), puisse ressentir quoi que ce soit pour elle, avait paru totalement idiot à Olivia, et pourtant elle ne pouvait s'empêcher d'y songer. Non, elle ne pouvait s'empêcher d'espérer, ce qui pour le coup, la rendait réellement furieuse à chaque fois que cette pensée venait parasiter son esprit et lui rendait toute autre tâche impossible à accomplir. Alors, tant bien que mal (avec peu de succès à vrai dire), elle prenait sur elle et tâchait de passer un moment agréable avec le Capitaine, et était plutôt sûre qu'il appréciait sa compagnie également. Ils discuteraient d'à peu près n'importe quoi, et bien que jamais rien de concret ne soit prononcé, les deux Shinigami apprendraient quelques détails l'un sur l'autre, par exemple, Olivia savait qu'il aimait particulièrement la pastèque, enfin, elle en avait conclu ainsi lorsque le Capitaine avait failli arracher la tête du gérant du restaurant lorsqu'une pastèque pourrie de l'intérieur avait été ramenée à leur table (Dieu seul sait comment ils ont pu foirer une pauvre pastèque). Olivia serait particulièrement contente d'elle-même lorsqu'elle arracherait un (léger) rire à Hitsugaya, se faisant violence pour ne pas l'attraper par le bras. Se faire violence, c'était principalement ce à quoi elle s'adonnait lorsqu'elle était avec lui : elle ne se trahirait jamais, ou plutôt presque jamais. Elle se souvint avec une grimace de la fois où sa main s'était posée sur celle du Capitaine : elle l'avait retiré aussitôt, mais nier son existence lui avait été impossible. Alors comme la dernière des connes, elle avait détourné la tête et prié pour que la couleur de la honte sur son visage se confonde avec celle de ses cheveux. Elle avait senti le regard du Capitaine la brûler de part et d'autre, mais il ne fit aucune réflexion, et continua de discuter, pas le moins troublé au monde. En y repensant sur le trajet jusqu'à leur rendez-vous, Olivia sentit ses joues rougir et due vérifier autour d'elle que personne ne l'épiait, avant de se frapper violemment la tête avec la paume de sa main. L'amour me rend incroyablement stupide, pensa-t-elle avant de s'immobiliser, abasourdie par sa propre pensée. Aussi loin qu'elle pouvait s'en souvenir, ce mot n'était jamais sorti de sa bouche, et ne fut que très peu pensé également. Même à cette époque, où elle fut pour la première fois complètement aveuglée à cette sensation d'impuissance qu'elle adorait tant. Un rire nerveux s'échappa de ses lèvres et, lentement, Olivia recouvrit ses yeux de sa main.

Alors c'est ça, plus aucun doute, plus de marche arrière ?

Elle n'avait pas besoin de réponse, sachant au fond d'elle qu'elle ne lutterait plus. S'apprêtant à repartir, un Jigokucho vint cependant lui barrer la route, se dirigeant manifestement dans sa direction. Ces petits insectes volants ne portaient que rarement de bonnes nouvelles, tous le savait. Réticente, Olivia approcha sa main vers le papillon noir. Lorsqu'il se fut posé au bout de ses doigts, la jeune femme entendit le message lui étant destiné : « Troisième Siège de la Cinquième Division Kasai Olivia, vous êtes priée de vous rendre immédiatement à la salle d'assemblée de la Première Division. » Sur ce, le papillon prit son envol. Olivia essaya de se souvenir d'un quelconque cafouillage dans sa Division qui lui aurait valut de se faire remonter les bretelles sévère par le Capitaine-Commandant en personne, mais rien de notable ne lui revenait. Empoignant le fourreau de son Zanpakuto attaché à sa taille, elle s'élança vers la Première Division, utilisant le Shunpo aussi souvent qu'elle le pouvait. Seulement lorsqu'elle commença à distinguer les locaux de la Première, Olivia réalisa que pour la première fois, elle avait manqué son rendez-vous avec Hitsugaya.

Les immenses portes de la salle où se réunissaient traditionnellement les Capitaines du Gotei 13 étaient grandes ouvertes. La salle était plongée dans une pénombre pesante, et seul le Capitaine Yamamoto était présent. Olivia s'avança d'un pas assuré, mis un genou à terre, et baissa respectueusement la tête.

« Capitaine-Commandant Yamamoto. »

Elle n'avait à vrai dire jamais rencontré le vieil homme, sa nomination de Troisième Siège s'étant faite (heureusement) sans grande pompe. Yamamoto paraissait plus que vieux, genre, mortellement vieux, mais Olivia n'était pas stupide au point de douter de sa colossale puissance. Ce Shinigami n'était pas chef du Seireitei pour rien, elle imaginait. La jeune femme espérait sincèrement qu'elle n'aurait jamais à s'en assurer.

« Kasai Olivia, une distorsion spatiale a été relevé au troisième district Ouest, Hokutan une prolifération de Hollows y prend place en cet instant. Vous êtes tenue de vous y rendre immédiatement, rassemblez vos hommes et éliminez toute menace envers Soul Society. »

Se relevant vivement, Olivia hocha la tête d'un geste sec et s'apprêta déjà à regagner ses quartiers pour organiser sa patrouille.

Dès lors qu'elle avait du temps libre, le Troisième Siège avait prit l'habitude de faire le tour de ses effectifs, apprenant à connaître petit à petit ces Shinigami qui étaient désormais sous ses ordres. Dire que faire connaissance avec eux eut été une partie de plaisir serait un mensonge, les soldats de la Cinquième Division ayant à peine caché leur méfiance envers elle. Compréhensible lui direz-vous, étant donné l'innommable bordel qu'avait provoqué Aizen, et surtout auprès des valeurs mêmes de la Cinquième Division. Ne plus croire en rien ni personne n'était pas une solution qu'Olivia pouvait accepter : elle était désormais leur supérieure, et il lui était absolument hors de question de mener une Division qui ne répondrait pas à ses ordres, qui serait même réticente à le faire, sans parler de ne pas lui faire confiance. Organiser une réunion autour d'un putain de thé était absolument hors de question également (question de respect de soi) donc au lieu d'essayer de les rassurer et de leur exposer toute sa profonde bonté et fiabilité, Olivia mis en place une séance de combat à mains nues où étaient bienvenus tous les membres de la Cinquième. Elle se doutait qu'à défaut de vouloir casser la gueule à l'ancien Capitaine, les soldats de sa Division seraient bien d'accord pour taper sur un peu n'importe quoi et n'importe qui, surtout s'il s'agissait d'une nouvelle venue autoritaire dont ils ne connaissaient rien. Nan, sérieux, c'était vraiment une occasion en or. A son grand contentement, une majorité importante de Shinigami avaient fait le déplacement, presque tous finalement rattrapés par la curiosité. Après des présentations plus que brèves (nom, prénom quoi), Olivia les défia de pouvoir la battre, Zanpakuto de côté. La plupart furent d'abord réticents, avant que le Huitième Siège ne montre l'exemple et s'élance sur Olivia. Un énorme poing dans son abdomen l'avait renvoyé valser à travers une porte. Un par un, chaque officier finissait à terre, avant qu'ils ne commencent à s'y mettre à plusieurs, mais bon, sans grand résultat : tous furent battus par la manière la plus désobligeante possible, Olivia ne prenant pas de gants pour battre ses adversaires. Ah oui, en dépit de la possibilité de casser la tronche au Troisième Siège, Olivia comptait en réalité défoncer tout le monde, espérant qu'ils n'allaient pas lui en vouloir encore plus. Pour une bonne raison cette fois-ci. Bah ouai hein, elle ne venait de la Seconde Division pour rien. D'expérience, la jeune femme savait qu'un bon poing dans la gueule guérissait parfois mieux que, que… A vrai dire, elle ne connaissait pas vraiment d'autre moyen de, de… Enfin, bref ! Ca faisait toujours du bien, peut-être était-ce exactement ce dont cette Division avait besoin. Et, effectivement, aussi rapidement que le lendemain, les officiers de la Cinquième semblaient beaucoup plus à l'aise en sa présence (bien que la moitié d'entre eux boitaient encore). Au jour d'aujourd'hui, Olivia s'est parfaitement faite intégrée en tant que Troisième Siège et, à son grand désespoir, chef provisoire de la Division. Elle devait sacrement leur changer d'une personne aimable et attentionnée.

La voix du Capitaine-Commandant rattrapa Olivia avant qu'elle ne puisse partir, l'arrachant à ses souvenirs.

« Je ne laisse pas cette responsabilité être entièrement portée par un Troisième Siège, évidemment… Ce pourquoi la Dixième Division est également envoyée à Hokutan, afin de vous prêter assistance. »

Avant qu'Olivia ne puisse avoir le temps d'associer la Dixième Division au nom d'Hitsugaya, de légers bruits de pas se firent entendre à sa droite. Surprise, elle tourna vivement la tête et découvrit le jeune Capitaine sortir de la pénombre. Les mains croisées dans ses manches, il fit un léger hochement de tête à son égard, son regard impassible. Olivia arbora alors la même expression, étonnée elle-même par l'insensibilité qu'elle devait renvoyer, et le salua à son tour, concentrant de nouveau toute son attention sur Yamamoto.

« Rompez. »

Olivia n'eut pas besoin d'être suppliée. L'enfoiré, il aurait pu sortir plus tôt. Le Capitaine de la Dixième Division avait réussi à parfaitement dissimuler son reiatsu, si bien qu'elle n'aurait jamais deviné qu'il fut dans la même pièce s'il ne s'était pas révélé. Lui non plus n'est pas Capitaine pour rien. Une fois à l'extérieur de la salle, Hitsugaya se tourna vers elle, l'air grave, cet air grave que l'on utilisait lorsqu'on ne pouvait se permettre de perdre du temps.

« Je vous propose de nous retrouver avec nos patrouilles directement à l'entrée de Hokutan, aussi rapidement que possible. »

Olivia acquiesça et n'attendant pas de réponse, se retourna et s'élança vers ses quartiers, usant de son meilleur Shunpo qu'elle pouvait se vanter d'avoir perfectionné à la Police Militaire. D'une certaine manière, cette mission lui plaisait déjà : elle n'était pas faite pour rester cloîtrer dans un bureau, noyée dans d'innombrables rapports qu'elle trouvait tous plus inutiles les uns que les autres, non, son lieu de prédilection était le terrain à l'état pur. Et puis, s'il y avait quelques trucs à trancher, elle ne pouvait vraiment plus se plaindre.


Une tache rousse se fit sans peine apercevoir dans cet océan d'arbres où l'équipe de la Dixième Division progressait toutefois efficacement. Hitsugaya fit signe à sa patrouille de s'unir avec celle de Kasai, cette dernière ayant vraisemblablement donné le même ordre vu le mouvement de rapprochement que ses hommes accomplissaient. En moins d'un instant, les deux équipes ne formaient plus qu'une, Hitsugaya et Kasai à sa tête, courant côte à côte. Le regard du Troisième Siège fixé devant elle, la jeune femme ne paraissait absolument pas nerveuse, se déplaçant habilement et ne se laissant pas distancer par la cadence du Capitaine. Hitsugaya espérait qu'elle saurait garder ce même calme une fois sur le terrain. Soupirant, il se reconcentra sur la pression spirituelle des nombreux Hollows se trouvant à quelques mètres de leur position, pulsant de cette signature qui leur était si particulière. Et comme le stipulait le rapport, ils étaient en très grand nombre. Arrivé à la limite d'une colline, Hitsugaya s'arrêta brusquement, Kasai aussitôt près de lui. Leurs soldats les imitèrent, et tous reportèrent leur attention sur ce qui se passait en bas de la vallée : des Hollows de toute taille grouillaient dans tous les recoins, mais ce qui fit écarquiller les yeux de beaucoup fut la présence d'une dizaine de Gillian, massés entre eux près de la brèche qui ressemblait vaguement à un Kumon. Comment ce dernier fut ouvert en plein Soul Society était ce qui préoccupait le plus Hitsugaya, qui savait pertinemment que ce genre de distorsion spatiale était courante dans le Monde Réel, mais plus rare à Soul Society. Cette affaire était loin de plaire à Hitsugaya, voulant accomplir cette mission aussi rapidement que possible : une propagation de Gillan était la dernière chose dont le Seireitei avait besoin au lendemain du bordel sans précédent survenu à la Fausse Karakura, surtout qu'un nombre important d'habitants de Rukongai semblaient déjà avoir été tués. Il se tourna vers Kasai. Celle-ci avait toujours le regard rivé sur les Gillian, mais là encore, Hitsugaya n'y descella pas la peur. Il doutait qu'elle ait jamais même vu un Hollow de ce rang : un seul Menos Grande était assez puissant pour donner du fil à retordre à un Vice-Capitaine. Or Kasai n'était pas Vice-Capitaine, et il ne s'agissait pas d'un unique Gillian. Etonnement, le Troisième Siège semblait particulièrement intriguée plutôt qu'angoissée. Non. Elle ne pouvait pas se montrer défaillante devant ses propres hommes et risquer de répandre la panique dans ses rangs. Hitsugaya lui en était reconnaissant. Soi Fon n'aurait pas donné sa parole à la légère, après tout.

« Kasai, pensez-vous être capable d'abattre un Gillian ? » lui demanda-t-il alors à part. Il savait qu'il pouvait tous les anéantir, les Gillan n'étant absolument pas une menace pour un Capitaine, mais le temps perdu à exécuter chacun de ces Menos Grande pouvait coûter la vie de ses soldats.

« Oui. »

Sa réponse fut si rapide qu'Hitsugaya dû la toiser en silence, dubitatif. Il hésita à le lui redemander, mais dû se résigner, hochant lentement la tête. Elle lui renvoya son regard, détermination et assurance émanant de sa personne. Il crut même y voir une lueur de réprimande, comme pour signaler qu'elle ne voulait pas en débattre. Et sur ce point, elle avait bien raison, ils n'avaient pas le temps de discuter. Il n'arrivait pas à savoir si Kasai était réellement confiante en ses capacités ou si elle ne voulait surtout pas perdre la face. Dans les deux cas, elle était plus inconsciente qu'il ne le pensait. Et dans les deux cas, il n'allait pas la lâcher des yeux : il était hors de question qu'elle se fasse abattre par sa faute, juste parce qu'elle était aussi fière que Soi Fon ou bien sérieusement allumée. Il n'était pas question qu'elle se fasse tuer tout court. Hitsugaya se retourna vers leur patrouille.

« Vos cibles sont les Hollow entourant les Gillian. » Et seulement eux. Il n'avait pas besoin de le préciser. Leurs visages anxieux mais déterminés témoignaient d'une résolution à ne pas se fourrer dans les pattes du Capitaine… et du Troisième Siège, il imaginait.

Levant le bras, Hitsugaya le rabaissa aussitôt, donnant l'ordre à l'ensemble des soldats d'attaquer. Les Shinigami de la Cinquième et de la Dixième tombèrent telle une rafale de pluie sur les Hollows les plus proches, et bientôt, la mélodie des lames heurtant leurs ennemis et les cris de guerre des soldats se firent entendre dans toute la clairière. Hitsugaya agrippa lentement sa main autour de la poignée de son Zanpakuto, guettant une ouverture jusqu'aux Gillian. De par sa rigidité et de ses lèvres étroitement serrées, Kasai devait faire de même. Lorsque l'opportunité se présenta, les deux Shinigami n'hésitèrent pas un instant, s'élancèrent et libérèrent leurs Shikai au même moment.

« Enroule-toi sur les cieux gelés, Hyorinmaru ! »

Avant que le plus proche des Gillian ne puisse tirer un Celo, le jeune Capitaine l'entailla de part et d'autre, le dragon de glace gelant impitoyablement tout ce qui avait le malheur de se trouver dans son passage. C'était justement pour cette raison qu'Hitsugaya ne faisait pas appel à son Bankai avec tous ces soldats se battant si près de sa zone de combat, il craignait que même son Shikai soit susceptible de les happer. Le ciel s'était inévitablement assombri, et la température avait drastiquement baissée en quelques secondes, or du coin de l'œil, Hitsugaya n'avait pas l'impression que Kasai s'en était rendue compte. Il n'entendit pas libérer son Shikai, or la jeune femme l'avait sans aucun doute libéré : la garde du sabre était désormais façonnée en deux mains symétriques aux ongles aussi longs qu'une phalange, semblant tendre en direction de la pointe de la lame, en direction de ses ennemis. A première vue, la lame n'avait pas changé, or lorsqu'on s'approchait de plus près, on pouvait remarquer que celle-ci était cisaillée en minuscules coupures prenant la forme d'innombrables écailles. Hitsugaya dû retenir deux ou trois fois sa respiration lorsque le Troisième Siège évita de justesse les Celo lancés sur elle. Son Shunpo était plus performant qu'il ne l'aurait cru, mais il voyait bien qu'elle commençait à fatiguer, la fureur animant son regard. Eliminant un par un chaque Gillian, Hitsugaya s'apprêta à s'élancer pour prêter main forte à Kasai, mais dû s'arrêter à mi-chemin lorsque la rouquine fit un grand saut, s'élevant au-dessus de son adversaire, la lame entière de son Zanpakuto recouvert d'une large enveloppe d'eau. Poussant un cri de rage, elle s'effondra sur le Hollow, le tranchant en deux. Elle n'avait pas menti alors, pensa-t-il avant de la rejoindre. Celle-ci se tenait debout, bien qu'elle se tenait à peine, son dos courbé et elle-même lourdement essoufflée. Le Capitaine attrapa fermement son épaule, s'attendant à ce qu'elle s'effondre d'un moment à l'autre. Le bras gauche de la jeune femme était superficiellement brûlé, témoignant du moment où elle ne pu esquiver un Celo que très approximativement. Néanmoins, un sentiment étrange l'effleura un instant à la vue de cette femme souhaitant manifestement continuer de se battre. Décontenancé, il retira vivement sa main. Ce n'est vraiment pas le moment là

« Kasai, rejoignez votre troupe maintenant, je me charge des au-»

« Non… Ca va… J'ai compris comment m'y prendre… Je peux pren-»

« Il est hors de question que-»

Un Celo vint les interrompre tous deux. Se séparant chacun de leur côté, Hitsugaya empoigna Hyorinmaru des deux mains et fit volte face vers l'ennemi. A son grand étonnement, agacement, et ce qu'il identifia malgré lui comme de la fierté, Kasai envoya une immense vague d'eau vers le Gillian, celui-ci disparaissant aussitôt. Soupirant de soulagement, Hitsugaya secoua légèrement la tête et s'élança vers le prochain Menos Grande. Il n'y en a plus que deux. L'abattant avec aisance, le jeune Capitaine tourna son regard vers le Troisième Siège, avant de s'immobiliser : un flot de reiatsu vint emplir la clairière, Hitsugaya identifiant immédiatement l'origine d'une telle pression spirituelle. Se traînant à travers le Kumon, deux Hollow bien plus petits que les Gillian, et pourtant si différents des autres Hollow contre lesquels se battaient les soldats du Seireitei, émergèrent avec difficulté dans la clairière. A la seconde où ils furent sortis, le Kumon se referma. Grinçant des dents, Hitsugaya fut un instant incapable de penser clairement. Adjuchas.

L'attaque-éclair de l'un deux réveilla instantanément le Capitaine. Son adversaire avait presque forme humaine, excepté pour son masque. Et à cet instant, Hitsugaya savait ce qu'il devait faire. Merde.

« Tout le monde dégage de la zone ! »

Son ordre fut apparemment entendu, le sifflement particulier de nombreux Shunpo en devenant témoin. A sa gauche, Hitsugaya pouvait apercevoir Kasai se débattant avec rage contre le deuxième Adjuchas : ce Hollow-là arborait une apparence féline, et bloqua au sol le Troisième Siège. Kasai usait désespéramment de son Zanpakuto pour retenir les griffes et crocs de l'Adjuchas, chaque attaque se rapprochant un peu plus de son visage. Sa main gauche saignait abondamment, la lame de son sabre s'enfonçant fortement de sa propre main. Hitsugaya se fit violence pour faire face à son propre ennemi, voyant rouge. Désolé Kasai.

« Ban-kai ! »

Se dégageant de son adversaire, il sentit déjà une morsure glacée lui givrer le bras.

« Daiguren Hyorinmaru. »

En quelques instants, son dos et ses jambes furent recouverts de glace aussi tranchante qu'une lame à part entière. Il sentit le poids des ailes glacées dans son dos, et lançant un dernier regard vers Kasai qui luttait toujours avec acharnement contre l'Adjuchas, son visage portant désormais de profondes balafres, Hitsugaya se décida enfin. Il savait déjà qu'il allait le regretter.

« Tenso Jurin. »

La température baissa encore plus. Si ce n'était que cela. Une violente bourrasque s'éleva soudainement, faisant perdre pieds à l'Adjuchas à forme humaine. D'un coup de son sabre, il envoya un dragon de glace en direction de celui-ci, visiblement troublé par cette technique. Ce dragon-ci était beaucoup plus puissant comparé à ce qu'Hitsugaya pouvait produire en Shikai, étant deux ou même trois fois plus imposant : la bête le happa férocement, son corps de glace l'immobilisant avant qu'un Celo ne puisse être tiré. Une seule frappe suffit à briser le givre dans lequel était emprisonné le Hollow, mettant fin à son existence. Se retournant vers le deuxième Adjuchas, Hitsugaya fut horrifié à la vue du corps inanimé de Kasai. Que ce soit sous les griffes du Hollow ou par son propre Tenso Jurin que la jeune femme ne semblait plus se mouvoir, Hitsugaya n'aurait pas pu dire. Il s'élança sans retenue sur l'Adjuchas, parant aisément deux Celo, et trancha sans pitié la bête en deux. Il ne prit pas la peine de vérifier le Hollow et se précipita aux côtés du Troisième Siège. Kasai était allongée à terre, inconsciente et totalement immobile. Hitsugaya pouvait sentir son reiatsu diminuer progressivement. L'uniforme de la jeune femme était en lambeaux au niveau de son abdomen, là où les griffes de l'Adjuchas lui avaient lacéré la peau, du sang trempant abondement le sol sur lequel elle jonchait. Ses bras ainsi qu'une grande partie de son cou étaient totalement recouverts d'une couleur écarlate, et l'une de ses joues portait de longues entailles verticales. Le jeune Capitaine ne put que la contempler, épouvanté par ce même sentiment qu'il ressentit lors de la bataille de la Fausse Karakura. Pendant un moment, il ne sut absolument pas quoi faire, ou plutôt il ne se sentit pas capable de faire quoi que ce soit. Ses bras bougèrent finalement d'eux-mêmes, soulevant la rouquine. Presque plus aucun Hollow ne restait debout sur le champ de bataille, la plupart des Shinigami regagnant leur souffle. Hitsugaya repéra son propre Troisième Siège, rassemblant les autres officiers, lui fit un signe de tête et usa du Shunpo aussi rapidement qu'il le put. Haletant, le Capitaine empoigna Kasai un peu plus fort, ses ailes de glace disparus. Il n'avait pas le temps de se demander comment ces deux Adjuchas avaient réussi à s'infiltrer jusqu'à Soul Society, ni s'il y en avait plus quelque part d'autre. Il s'en foutait complètement à vrai dire. Hitsugaya faisait tout son possible pour ne pas regarder le visage agonisant de Kasai, mais ne put s'en empêcher très longtemps. La possibilité de la perdre dans ses bras lui était insupportable il perdrait sa propre survie, son combat qu'il menait contre soi-même.

Non, bordel, non. NON. Dans sa propre confusion, Hitsugaya faillit se prendre un arbre.

Une peur nouvelle et incommensurable l'empêcha de s'arrêter, et ce ne fut qu'à ce moment qu'il réalisa que Kasai tremblait. Et lui aussi. La serrant un peu plus contre lui, le Capitaine crut ne jamais arriver aux quartiers de la Quatrième Division. Hitsuguya se dirigea directement aux urgences, décontenancé de connaître si bien les lieus. Il n'eut pas à dire un mot (il n'aurait pas pu de toute manière) que Kasai lui fut arraché des mains et transportée en auscultation. Quelqu'un sembla tenter de le repousser vers la porte, lui adressant la parole, or Hitsugaya ne l'entendit pas, restant glacialement impassible au milieu de la pièce. Une équipe se précipita autour du Troisième Siège, la cachant complètement de sa vue. Après un moment qui sembla durer une éternité, un membre des soins vint le rejoindre, l'air détendu.

« Ses blessures sont profondes mais aucune d'elles n'a atteint ses organes vitaux. Elle sera sur pieds dans quelques jours. »

Sur ce, il sortit de la pièce. Les autres soigneurs finirent de lui passer les derniers bandages autour de la taille et sortirent un à un de la chambre. Aucun d'eux n'essaya plus de le faire partir. L'air qu'il devait arborer à ce moment devait très certainement leur en dissuader. Hitsugaya se retrouva ainsi seul avec elle. Une dizaine de minutes due s'écouler avant qu'il ne se décide à avancer à son chevet. Kasai paraissait plus paisible désormais, mais cela ne le calma pas pour autant. De larges pansements recouvraient la moitié de son visage, mais mise à part cela, elle n'avait pas l'air de souffrir. Ce ne fut qu'à ce moment qu'Hitsugaya put souffler, se laissant tomber sur la chaise posée à côté du lit. Tirant nerveusement ses cheveux en arrière, il se força à se ressaisir, son regard ne quittant le visage endormi de Kasai. La main de la jeune femme, celle qui fut entaillée par son propre sabre, reposait ouverte sur le bord du lit. Il ne sut pas pourquoi, et avant qu'il ne puisse réfléchir, sa propre main effleura prudemment celle de la jeune femme. Il se souvint avec un sourire quelque peu irrité comment il avait été satisfait d'avoir été choisi pour cette mission, ayant voulu personnellement veiller à ce Kasai soit hors de danger. Mission accomplie, abruti. Il était désormais à peu près certain que son Tenso Jurin lui fit perdre connaissance, et pouvait voir, avec répulsion, là où sa peau s'était visiblement glacée à la limite de la sclérose.

La main de Kasai se referma soudainement autour de celle du Capitaine, faisant sursauter ce dernier. Surpris, il se tourna vivement vers la jeune femme, celle-ci le fixant les yeux mi-clos. Un sourire éclaircissait son visage, lui faisant presque oublier ses bandages. Ce même léger sourire qui donnait à Hitsugaya l'envie de sourire également.

« Vous faites une tronche horrible, Capitaine Hitsugaya. »

Malgré lui, Hitsugaya souffla un rire. Attends que je te ramène un miroir.

« J'ai pas pu mangé dans mon restau' préféré, forcément. »

Kasai lui offrit un large sourire pour réponse puis ferma les yeux, s'endormant dans l'instant. Leurs mains ne se séparèrent pas. Hitsugaya n'avait aucune envie de la retirer. Il n'avait aucune envie de partir. Son autre main vint trouver le front de la rouquine, enlevant la mèche qui reposait sur ses paupières. Il se souvint alors de ce qu'il avait éprouvé lorsqu'il l'avait porté jusqu'ici, comment son sang vint imbiber l'uniforme du Capitaine, comment l'idée qu'elle s'en aille lui fut totalement inconcevable. Intolérable. Il avait besoin d'elle, il le savait, mais…

C'était plus puissant. Peut-être en avait-il toujours été ainsi. Il ne savait pas. Non, il le savait très bien. Toujours su. Son esprit criait des milliers de choses à la fois. Mais la voix la plus forte le força à serrer un peu plus la main de Kasai. Elle hurlait que vivre sans elle n'était plus possible, que vivre sans elle n'était plus tolérable, que cette femme n'était pas le chemin le guidant vers la lumière, mais qu'elle était la lumière. Hitsugaya sentit que se débattre serait futile, mais surtout, il n'en avait pas l'intention. Souriant légèrement, il sentit qu'aimer cette lumière pouvait mettre fin à tous ses combats.