Bonjour ! :) Voilà le chapitre 4, j'espère qu'il vous plaira ! ;)


Chapitre 4

Armando Dippet était assis dans un grand fauteuil confortable derrière son imposant bureau. Il se leva alors que j'entrai, laissant derrière moi Oggs, qui attendait dehors.

-Ah voilà donc enfin notre nouvelle élève ?

Mon interlocuteur reprit avec un sourire :

-Mademoiselle Colson, je suis enchanté de faire votre connaissance.

-Moi de même, monsieur.

J'étais un peu gênée d'être ici avec ce sorcier important. De plus, l'accueil enthousiaste du directeur me surprenait. Mon ancienne directrice, à Beauxbâtons, ne m'avait jamais parlé ainsi depuis ma… Contamination.

-Asseyez-vous, je vous en prie !

Je me posai sur un fauteuil et balayai la pièce du regard. De grandes étagères reposaient contre le mur et semblaient refermer des objets tous plus étranges les uns que les autres. Il y avait aussi une multitude de livres. Plusieurs tableaux étaient accrochés, représentant des sorciers sûrement connus. La plupart dormaient dans leur cadre, d'autres échangeaient des murmures.

-Votre tante m'a fait part de votre… Comment dirais-je…

De mon anomalie.

-De votre particularité.

Le directeur déglutit, visiblement mal à l'aise. Nous y voilà.

-Sachez que nous prendrons toues les mesures nécessaires afin que tout se passe pour le mieux.

-C'est très gentil de votre part, Monsieur.

En même temps, il n'avait pas le choix.

-J'imagine que nous en reparlerons en temps utile. En tout cas, sachez que je ne vois aucune raison de ne pas accepter de vous accueillir…

Un lourd silence s'installa. Je me décidai à le rompre.

-C'est très généreux de votre part, Monsieur le Directeur.

Il sourit, soulagé.

-Et si nous procédions à votre affectation à l'une de nos maisons ?

Laurence m'en avait vaguement parlé. A Poudlard, il existait quatre maisons dans lesquelles les élèves étaient répartis suivant leurs aptitudes et leurs qualités morales. Mon père venait de Serpentard. C'était drôle, nous n'avions que très peu parlé de son enfance. C'était sa sœur qui m'avait tout appris. Elle-même s'était retrouvée à Serdaigle… Le directeur s'approcha alors, saisissant un étrange chapeau usé. Était-ce le fameux Choixpeau magique ?

-Si cela vous va, je vais poser le Choixpeau sur votre tête et nous verrons alors.

J'acceptai. Aussitôt le chapeau se resserra pour épouser la forme de ma tête. Je sursautai quand une voix retentit dans ma crâne :

-Tiens, tiens une retardataire ? Intéressant

Il continua à faire des commentaires comme «Je vois » ou « Difficile. ». Je ne pouvais m'empêcher de souhaiter rejoindre Serpentard. Comme mon père. Peut-être ainsi serait-il fier de moi un jour ?

-Serpentard hein ? Tu es sûre ?

-Oui, pensai-je.

-Non, je ne pense pas que cela soit une bonne idée

-Pourquoi ? Mon père était à Serpentard !

-Tu n'es pas comme lui Pourquoi pas Gryffondor ? Oui

-Non ! Je veux aller à Serpentard ! Vous ne savez rien sur moi…

La colère enfla en moi. Un stupide chapeau ne me ferait pas déshonorer mon père une fois de plus ! Je pensai à toutes les fois où je l'avais déçu, où l'on s'était moqué de moi, où j'avais vu le dégoût sur son visage. Je voulais être forte.

-Gryffondor te permettrait d'être forte. D'être brave et généreuse

-La générosité ? C'est de la faiblesse ! Je veux devenir forte !

-Tu serais tellement mieux ailleurs.

-Qu'est-ce que je n'ai pas ? Suis-je trop stupide ? SUIS-JE TROP FAIBLE ?!

Ce stupide chapeau m'enverrait à Serpentard, qu'il le veuille ou non.

-Ce serait tellement dommage Non, décidément, tu ferais mieux d'aller à Gryffondor. C'est décidé

-NON ! Tu m'entends stupide objet ? Je t'interdis de m'envoyer à Gryffondor. Je ne veux pas y aller ! Envoie-moi à Serpentard ! Tu ne sais pas de quoi je suis capable !

Je pensais au corps ensanglanté de la jeune Estelle. Le plaisir que cela m'avait procuré. Je me remémorais toutes les fois où la force avait transcendé mon corps et où la violence et la haine envahi mon esprit. Je pensais à toutes les fois où, enfermée dans le donjon de Beauxbâtons, j'avais hurlé comme une forcenée dans l'espoir de me libérer pour égorger mes geôliers. Toutes les fois où j'avais essayé de me libérer, la bave aux lèvres, avec assez de force pour me briser les os. Toutes les fois où j'étais devenue un monstre. Un monstre que j'étais en fait en permanence. Il n'y avait pas eu alors ni tendresse, ni culpabilité, ni générosité. Il n'y avait eu que cet instinct et, à chaque réveil douloureux, cette inébranlable volonté de survivre. Il n'y avait jamais eu que moi.

Un long silence me répondit.

-Je suis un monstre, envoyez-moi à Serpentard.

Silence.

-Allez !

-Comme tu voudras J'aurais essayé. Dommage, vraiment.

-Qu'est-ce qui est dommage ?

-Tu aurais pu être quelqu'un de bien

-Je ne suis pas quelqu'un de bien.

La voix éraillée du Choixpeau résonna alors dans le bureau.

-SERPENTARD !

Armando Dippet m'enleva le chapeau et je surpris un éclat indéfinissable passer dans ses yeux.

-Une Chapeaufloue ? Intéressant.

-Je vous demande pardon, Monsieur ?

-Vous êtes une Chapeaufloue, le Choixpeau a mis longtemps à décider où vous envoyer. Si je puis me permettre, avec quelle maison le chapeau a-t-il hésité aussi longtemps ?

J'eus une moue gênée et répondis avec réticence :

-Avec Gryffondor.

Je surpris la mine étonnée du Directeur mais ce dernier se reprit :

-Très bien, qu'il en soit ainsi ! Miss Colson, vous pourrez dès à présent aller rejoindre votre oncle. Vous devez être fatiguée par tout cela.

Soulagée que l'entretien se termine, je m'arrêtai pourtant sur le seuil.

-Monsieur ? Je me demandais, si cela aurait été possible de… Enfin que les autres élèves ne soient pas mis au courant de mon… Problème.

Autant éviter de revivre l'enfer que j'avais connu à Beauxbâtons. Le directeur sourit, compatissant :

-Ne vous en faites pas, nous garderons la plus grande discrétion là-dessus.

Était-ce possible ? Pouvait-il vraiment me comprendre ? Ou cachait-il juste son dégoût ? Peut-être allais-je pouvoir être normale ? Je le remerciai et sortis. Oggs me reconduisit à travers un dédale de couloirs. Nous débouchâmes dans une cour intérieure. L'endroit était différent de l'académie de Beauxbâtons. Ici, pas de jardins ou de fontaines. Tout était sobre, bien que l'endroit fût agréable et le château, je devais bien l'admettre, magnifique. Il avait cette prestance amplifiée par les années et son immobilité froide et solide surplombant la forêt sauvage renforçait l'impression de puissance et de sécurité que la forteresse dégageait. Les murs polis par le temps ne reluisaient que plus vivement sous les rayons dorés, les vitraux colorés diffusaient une lumière chaleureuse dans les tourelles, de grandes ouvertures sur l'extérieur protégées de jolis carreaux translucides illuminaient les couloirs.

L'endroit était terriblement silencieux en ce jour d'été.

La maisonnette de Oggs se situait à l'écart du château, au fond du parc. Faite d'épais rondins, elle se situait à la lisière de la « Forêt interdite ». En tant que garde-chasse et gardien du château, mon oncle s'occupait de l'entretien du parc et de la forêt et de la surveillance des abords de l'école. De bonne humeur, il me montra le jardin dont il s'occupait. Toutes sortes de légumes poussaient là dans un joyeux désordre.

L'habitation comprenait quatre grandes pièces. La salle de bain semblait étonnamment confortable, composée d'une petite baignoire en cuivre, d'un miroir accroché au-dessus du lavabos et bien-sûr de toilettes. La salle principale était en fait une petite cuisine où trônait une grande table en bois massif et des chaises garnies de coussins. Oggs me montra ensuite ma chambre. Elle semblait neuve.

-Avant, je m'en servais comme bureau, expliqua mon oncle. Mais je n'y vais plus beaucoup, ne t'inquiètes pas.

Il y avait en effet un bureau, situé près d'une fenêtre. Un lit de taille raisonnable occupait un autre coin de la pièce, à côté d'une penderie. Enfin, une étagère remplie de livres était adossée au mur d'en face.

-J'espère que cela ira, dit Oggs, un peu gêné.

-C'est parfait, dis-je.

Je le pensais. Il me sourit.

OoO

Les trois jours suivants, j'aidais Oggs dans ses divers travaux. Nous passions la matinée à jardiner - c'était tout nouveau pour moi -, l'après-midi, nous allions faire le tour du parc. Il ne m'emmenait pas avec lui dans la forêt interdite. Je restais dans ma nouvelle chambre à commencer à lire les vieux manuels de cinquième année qu'il m'avait donnés. Etant donné que nous n'avions pas vraiment le même programme, il fallait que je commence à travailler rapidement pour ne pas être perdue.

Au début, je n'étais pas rassurée lorsque le soir tombait. La forêt résonnait alors de bruits étranges. Nous étions si près d'elle. Je n'avais pas confiance en les parois de la maisonnée pour nous protéger des créatures qui vivaient au-delà… Cependant Oggs était imperturbable et son calme m'apaisait. Bien que nous n'étions pas encore très à l'aise l'un avec l'autre, sa présence était supportable. Je lui posais quelques questions sur son travail et il y répondait avec plaisir. Lui évitait de me questionner sur mon passé et je lui en étais reconnaissante. C'était mieux comme cela.

De plus, mon oncle avait un chien. Je n'en avais jamais eu jusqu'alors. Aldo était un chien-loup gris à la fourrure fournie. C'était étrange, mais lorsque je le regardai, j'avais l'impression qu'il connaissait mon secret. Néanmoins, je ne pouvais pas l'approcher à moins d'un mètre. Après cela, il grognait et montrait les crocs.

Et puis, au crépuscule du troisième jour, Oggs m'emmena dans la forêt interdite. Ce n'était pas pour visiter, non. C'était la pleine lune.

Je le suivis, la boule au ventre. Je venais de prendre la dernière gorgée d'une potion calmante, mais cela risquait fort de ne pas suffire.

Nous marchâmes une bonne quinzaine de minutes. Les arbres montaient haut vers le ciel, repoussant les dernières bribes de lumière solaire pour la journée. Le sol meuble couvert de mousse et de feuilles sentait bon. Quelquefois, j'entendais quelque chose bouger dans les fourrés et ne manquais pas de sursauter. Enfin, nous arrivâmes devant un enclos fait d'une palissade de bois haute d'environ deux mètres. Il n'y avait aucun interstice entre les planches épaisses.

-J'ai rajouté quelques sorts, ainsi que les autres professeurs.

Mes joues s'enflammèrent à l'idée de savoir mes futurs enseignants dans la confidence. Ce serait dur de leur faire bonne impression, après cela. Le garde-chasse déverrouilla une porte sur le côté, jusque là fermée par de grosses chaînes et me laissa entrer. A l'intérieur, il y avait encore des chaînes, fixées à un arbre, au centre de l'enclos. J'ôtais ma cape, ne voulant pas l'abîmer et la tendis à l'homme :

-Est-ce que vous pourrez me la rendre, une fois que ce sera terminé ?

Je n'arrivais toujours pas à le tutoyer. Ma voix tremblait, de même que mes mains. Je me sentais fiévreuse. Il acquiesça. Je frissonnai, simplement vêtue de vêtements moldus abîmés. L'homme me mit ensuite les chaînes au poignet.

-Elles sont rembourrées au niveau des bras, tu ne devrais pas te faire mal…

-Merci, dis-je.

Le pauvre, s'il savait… Dans quelques heures, ne pas m'écorcher les bras serait le cadet de mes soucis. Pourtant, il avait raison. Mieux valait éviter toute blessure inutile.

Cela fait, le garde-chasse demanda :

-Tu as besoin d'autre chose ?

-Non, tout va bien, merci beaucoup, grimaçai-je.

Il opina et sortit, après m'avoir tapoté gentiment l'épaule.

-Je ne serai pas loin.

Cela sonnait comme une promesse. Je détestais les promesses. La porte grinça sinistrement en se refermant. Mon enfer allait reprendre.

La pleine lune brillait haut dans le ciel dans le ciel d'un noir d'encre. Je la percevais derrière les branches, alors même que la fièvre m'embrumait l'esprit. Cela commençait.

Il y avait quelqu'un. Une silhouette était postée près de la fenêtre et le clair de lune brillait derrière elle. Des cheveux s'agitaient au rythme de la brise s'engouffrant par les battants ouverts.

Une violente convulsion me tordit le dos. La douleur fusa dans mes membres. Mes chevilles se rompirent. Une vague de souffrance afflua. J'hurlai à plein poumons.

Je me sentais si mal. Un tourbillon d'émotions bouillonnaient en moi. J'étais furieuse, et angoissée, éreintée et exaltée.

Mes ongles s'allongèrent et je labourai le sol. Mon corps vibra et je bondis en avant, tirant sur mes chaînes. Tirant. Et tirant encore. La douleur envahit mon crâne. Balaya ma raison. Je me jetai contre l'arbre et criai.

Il fallait que cela cesse.

L'individu se retourna. Des yeux rougis me détaillèrent avec dégoût.

-Ah, c'est toi.

La voix était venimeuse, froide, méprisante.

Estelle.

La colère gonfla mes veines, déborda de mon être. Je ne pouvais plus résister.

Une nouvelle convulsion. Mon corps se cabra avant de retomber sur le sol.

Je veux mourir.

J'avançai d'un pas, les membres tremblants.

-Qu'est-ce que tu fais ?

Le visage auparavant irrité laissa place à la peur. Quelque chose en moi se ravit de la pointe d'inquiétude parcourant ses traits.

Mes vêtements étaient en lambeaux, déjà. Une nouvelle douleur traversa ma colonne vertébrale. Je tirai sur mes liens. Encore. Et encore. Plus fort.

Je criai à nouveau.

Je la saisis et la jetai contre le mur. Derrière le voile sombre tombé sur mes yeux, je fixais un moment son corps immobile étalé au sol. Ses cheveux courts s'éparpillaient autour de son cou rougi, ses jambes étaient tordues dans un angle bizarre.

Triste marionnette sans intérêt.

Une décharge d'excitation parcourut mon corps.

Dressant la tête à la verticale, j'hurlai à la lune.

Il n'y avait plus que des ombres. Tout tournait. Cela faisait mal. Si mal.

Le feu se répandit dans ma bouche sans que je puisse l'arrêter. Je me mis à grogner.

Une énième convulsion. Mon cœur était sur le point d'exploser.

Comme à chaque fois, j'avais l'impression de mourir.

Et puis, ce fût le néant.

Le Loup avait pris le dessus.

OoO

Il faisait froid. Et humide. Je battis des paupières. Le ciel gris apparut au-dessus de moi. J'avais mal. Je tentai de me redresser mais mon corps courbaturé refusa de répondre. Un sanglot me noua la gorge. Ma mère aurait du être là. Elle m'aurait caressé les cheveux et murmuré des paroles apaisantes pendant que mon corps se remettait. Elle m'aurait chanté un air agréable, aurait veillé sur moi alors que j'étais incapable de me défendre.

Mais elle n'était pas là.

Alors j'attendis sur le sol de la forêt.

Seule.

Je patientais.

Longtemps.

La nuit tomba. Mes muscles, cette fois, m'obéirent. Je m'assis et expirai doucement. Combien de temps s'était-il écoulé depuis ma transformation ? J'entendis alors des bruits de pas.

-Oggs, gémis-je.

La porte s'ouvrit et mon oncle apparut. Malgré moi, je fus heureuse de voir qu'il était là. Je me recroquevillai sur moi-même, par pudeur. J'étais complètement nue. En détournant le regard, il défit mes chaînes puis me tendit des vêtements ainsi que ma cape. J'enfilai tout cela à la hâte, les membres tremblants puis nous rentrâmes. J'osai enfin demander :

-Combien de temps… ?

-Deux jours, déclara le garde-chasse.

Il ne semblait pas effrayé, ni dégoûté. Je me demandai s'il était resté. S'il avait vu le Loup. Je n'eus pas le courage de poser la question. Quoiqu'il en soit, l'enclos avait résisté, de même que les chaînes, ce qui était une excellente nouvelle. Apparemment, je ne risquais pas d'aller dévorer les élèves. Nous rentrâmes lentement, Oggs m'attendant patiemment à plusieurs reprises.

Pendant le dîner, Oggs ne parla pas des deux derniers jours. Il ne me fit aucun reproche. Il ne me regarda pas de travers. Il ne fit pas de sous-entendus. Au contraire, il me changea les idées.

-Demain, je vais semer des potirons pour Halloween, sourit-il. Cela te dirait de m'aider ?

J'acquiesçai timidement. Mon oncle poursuivit :

-Poudlard organise toujours des festivités pour le soir du trente-et-un. Il y aura sûrement un grand banquet.

J'essayai de m'imaginer ce qu'Oggs appelait des festivités. A Beauxbâtons, il y avait souvent de somptueux bals où étaient invités les sorciers d'influence. Je réprimai un bâillement qui n'échappa pas à mon interlocuteur.

-J'en connais une qui ferait mieux d'aller se coucher.

-Bonne nuit, Oggs.

Je m'exécutai et rejoignis ma chambre, éclairée par la lumière de la lune, redevenue inoffensive. Ce soir-là, je sombrai dans un sommeil sans rêve.