Chapitre 4 :
Je reste seul dans l'atelier, à me traiter de tous les noms, pendant une éternité. Je viens de faire la chose la plus stupide de toute mon existence arriérée d'animal obsédé en rut.
Bien plus tard, après m'être copieusement insulté, rabaissé au rang d'ananas tordu, indigne d'intérêt, mais sans avoir trouver le moindre début du commencement d'une idée pour me faire pardonner de Neji, je me rends compte de l'heure tardive. Je n'ai aucune envie de renter à l'appartement, où m'attendent, à coup sûr, la bonne humeur insupportable de Naruto (comme je te comprends Tenten), la figure bouffie de Choji ou, pire encore, les plaintes de Shino. J'envisage la possibilité de dormir dans le parc, avant de me rendre compte que la température a sacrément chuté depuis l'après-midi. Ne trouvant aucune option alternative, je me résigne en traînant les pieds.
J'arrive enfin chez moi. Je n'ai qu'une seule envie : me coucher et qu'on me foute la paix. Sauf que le destin n'est pas d'accord : quand j'ouvre la porte je tombe sur Kiba et Shino, en plein baiser, mon colocataire ayant glissé une main sous le tee-shirt de son nouveau petit copain. Je soupire de découragement, avant de passer devant eux, en les ignorant royalement, pour m'enfermer dans ma chambre (qui est aussi celle de Shino, mais ils se contenteront du salon parce que je n'ai pas l'intention de bouger d'ici). J'essaie de ne pas prêter attention aux bruits qui me parviennent de l'autre coté de la porte, mais c'est peine perdue. Shino doit être plus doué que je ne l'aurais cru, vu les gémissement de Kiba. Je me prends même à penser que j'aimerai que se soit Neji et moi à leur place (pensée qui me vaut une belle érection...manquait plus que ça). Quand je fini, enfin, par m'endormir, je sais que Temari et Tenten avaient raison…je suis raide dingue de Neji. Et cette histoire est foutue d'avance grâce à ma connerie.
J'hésite à me lever le lendemain matin. Après tout je suis très bien dans mon lit. Ici au moins je ne risque pas d'embrasser quelqu'un et de foutre ma vie sentimentale en l'air. A bien y réfléchir, je crois que je vais même rester là pendant une ou deux semaines. Histoire de bien en profiter. Je m'apprête à me rendormir mais Naruto, que je n'avais pas entendu arrivé (signe que j'ai vraiment besoin de sommeil), n'est pas de cet avis.
« -Shika, debouuuuut ! On va être en retaaard !
-gnnnnn…veux pas y aller.
-Pfff ! Fais pas le gamin ! On doit y aller c'est tout. Alors bouge ton derche et grouilles toi ! »
Et il m'arrache ma couverture pour me forcer à me lever. Je crois que je pourrais le tuer. L'étouffer avec mon oreiller, là maintenant tout de suite et balancer son cadavre par la fenêtre. Au lieu de quoi je me roule en boule sur mon coussin en grelottant.
« -Mais qu'est ce qui t'arrive, Shika ? T'as pas fait ça depuis la cinquième ! »
Je soupire : en cinquième, le prof principal, Yahiko, m'avait sacrément dans le collimateur. Il me terrifiait avec ses airs bizarres et m'interrogeait toujours au moment où je regardait par la fenêtre. Je le haïssait. Je laisse échapper un « rien du tout » à l'adresse de Naruto, et me lève avant qu'il ne me pose d'autres questions. Je n'ai pas envie de parler de Neji maintenant. Je me prépare en traînant la patte, feignant de ne pas entendre le crétin blond et ses questions stupides.
« -T'as mangé un truc qu'il fallait pas ? T'as vu un oiseau mort ? Ça se serait super triste. Jiraya a essayé de te violer ? Bouh, le pervers ! Tu t'es disputé avec Tema-chan ? La foudre a frappé le game-park et on ne pourra plus y aller avant au moins deux mois ? Ce serait horrible ! Ton poisson rouge est mort ?
-J'ai jamais eu de poisson rouge, baka.
-Ah bon ? J'ai toujours cru pourtant… Je suis sûr que ça te ferait du bien d'avoir un poisson à qui te confier quand… »
A partir de ce moment là, je décroche de la conversation. Je ne veux surtout pas savoir ce que je devrais dire à mon poisson rouge. Rien que d'imaginer que je puisse parler à un poisson… Naruto le ferait certainement. Avec Kiba... Ils resteraient collés comme deux idiots devant l'aquarium à faire des grimaces. Et leur poisson finirait par devenir cardiaque et mourrait en moins d'une semaine. Naruto et Kiba organiseraient une cérémonie où ils le jetteraient dans la cuvette des toilettes, et ils pleureraient pendant deux jours. Voilà pourquoi je ne veux pas de poisson rouge...
« -...et puis tu pourrais l'appeler jambon-beurre, puisque cet insecte a grignoté mon sandwich. A propos, tu sais quoi ? Kiba et Shino sortent ensemble ! »
Tiens, c'est étrange, j'aurais pas deviné. Merci, Naruto, merci de me rappeler qu'il y a des gens heureux en amour sur cette terre, et que je n'en ferais probablement jamais parti, vu comment je suis doué. J'apprécie l'attention. C'est charmant. Et puis de quel insecte il parle ?
« -Ouais je sais. Je les ai vu se bécoter hier soir. Et après, j'ai tout entendu…
-Comment ça, tout enten… Tu veux dire qu'ils l'ont fait hier soir ? Héhé, bande de petits dévergondés, si j'avais su j'… »
Oui, exactement ! Si j'avais su, je ne me serais pas levé ce matin, et il ne m'aurait pas rappelé que je suis le dernier des imbéciles malheureux. Et en plus je m'en veux de passer mes nerfs sur lui alors que tout est entièrement ma faute.
Et la journée ne fait que commencer ! Moi qui ne croyais pas à la loi de Murphy, me voila servi : d'abord j'ai oublié un de mes projets pour le cours de Yamato-sensei, ensuite je suis accaparé par Asuma-sensei, à l'heure du déjeuner, qui me demande de l'aider à déménager des cartons de livres et j'arrive, en retard, aux cours d'Ebisu-sensei, sans avoir eu le temps de manger. Évidement les regards, dégoulinants d'amour, qu'échangent Shino et Kiba toutes les trois minutes environ ne m'aident pas plus que ça. Et pour ne rien arranger, Tenten me fait savoir que, d'après ce que Temari lui a dit par sms, Neji n'est pas dans son assiette et qu'il ne viendra pas au cours ce soir. Ce que je redoutais arrive, elle me demande :
« -Il s'est passé quelque chose ? »
Maintenant c'est sûr, je suis maudit. Je soupire. Au point où j'en suis, je peux bien mettre les filles au courant pour hier soir. Si j'ai survécu jusque là alors je n'en mourrai pas. Et puis j'ai un peu envie de voir sa réaction. Elles supposaient des choses avec Tema mais je ne pense pas qu'elle s'attendent à ça.
« -Je l'ai embrassé.
-Quoi ? »
Bingo ! Encore mieux que ce que j'espérais ! Elle ouvre des yeux ronds comme des soucoupes (avec sa coupe à la Mickey Mouse l'effet est doublement plus stupéfiant). Pour éviter d'éclater de rire je lui dis, d'un ton faussement offensé :
« -Ça te choque tant que ça ? Quand Shino se trouve un copain, tu ne dis rien, mais moi, si j'embrasse un mec, tu fais un infarctus. C'est pas sympa. Je suis vexé.
-N...non non non, c'est pas ça ! Mais... Wouha ! Je ne croyait pas que c'était à ce point entre vous... Tu le connais depuis quand déjà ?
-Hum... une semaine. Mais... » Je n'ai aucun argument à proposer. Touché-coulé, 1 à 0 pour Tenten. Elle jubile :
« -Héhéhé ! 'Le cœur a ses raisons que la raison ignore' !
-Enfin, s'il te plait, garde ça pour toi et Temari. Si jamais les garçons l'apprenaient, ils s'en donneraient à cœur joie... »
Et je finirai par me pendre.
« -Oui, ne t'inquiète pas, on te l'a promis. Maintenant dis moi tout ! »
Je lui raconte tout, depuis ma rencontre avec Neji jusqu'au baiser fatal, en essayant de paraître le moins guimauve possible.
« -Oh c'est trop choupi ! Notre Shika est amoureux ! Tu es trop mignon ! C'est guimauve tout plein ! »
Mais visiblement c'est raté… Parfois j'ai comme l'impression que le sort s'acharne. Et puis je ne suis pas mignon ! C'est vraiment pas un compliment. Je suis peut être gay mais je reste un mec.
« -Oui bon ça va ! De toute façon il ne me reparlera probablement plus jamais alors…
-Temari l'a invité à la soirée de samedi, vous aurez tout le temps de vous expliquer. Et de vous avouez votre amour mutuel dans un discours débordant de passion refoulée.
-Hé, calme ta joie, tu me fais peur. Ça m'étonnerait qu'il vienne de toute façon.
- Toi alors, ce que tu peux être pessimiste ! Ne casse pas les rêves d'amour pur des autres ! Vilain pas beau, va ! Ça t'arrive d'être un peu joyeux de temps en temps ? »
Je tiens à faire remarquer qu'il y a encore deux secondes j'étais 'trop mignon', et me voilà relégué au rang de 'vilain pas beau'. Pff, les femmes...
« -Facile à dire quand on ressemble à la reine de Disneyland, 'l'endroit le plus joyeux au monde'.
-Pardon ? J'ai cru entendre comme un bourdonnement.»
Tenten, en mode fâchée, ce n'est jamais très beau à voir. Je me demande si c'est à ça que ressemble une souris enragée... Quoi qu'il en soit c'est plus fort que moi, j'ai trop besoin de penser à autre chose que Neji... et en plus le coup du 'trop mignon' et du 'vilain pas beau' est mal passé. Je continue de l'embêter :
« -Ah non, moi je n'ai rien entendu du tout. Mais, tu sais Minnie, avec tes oreilles bioniques, tu dois entendre des choses que je ne perçois pas.
-Oh, Shikamaru, tu commences à...
-Oh, oui tu a raison, il commence à se faire tard, dépêchons nous ou nous n'entendrons pas le début du prochain cours. »
Et sur un cri de rage Tenten se jette sur moi. Heureusement, je suis rapide quand il s'agit de fuir. Après une course-poursuite effrénée, et une fois qu'elle m'a forcé à lui faire des excuses, nous retournons en cours.
Après cet épisode, ma malchance semble s'être calmée. Ainsi je fini la journée sans encombres. Quand j'arrive à l'atelier, Tema me saute dessus avec un sourire désolé, m'informant que Tenten lui a déjà tout expliqué. Vu son expression Minnie a du faire dans le mélo-drame. Je hausse les épaules mais elle insiste :
« -Je suis persuadée que ça s'arrangera ! Si il vient à la fête vous pourrez vous expliquez. »
J'ai l'impression d'avoir déjà entendu ça quelque part.
« -Oui, tu as probablement raison. Si il vient...
-Qui vivra, verra. »
Je ne me suis pas fait traité de pessimiste. Quelle chance. Par contre, je me demande ce qu'elles ont toute les deux avec les citations à deux balles aujourd'hui... J'acquiesce avec un petit sourire et pars me dévêtir. Une fois n'est pas coutume, j'ai droit à une pose confortable et presque pas exhibitionniste. Le cours s'écoule avec une lenteur déprimante. Et lorsque la fin arrive mon cœur se serre, une fois de plus, à la pensée que je ne passerai pas la soirée au Dolphin avec Neji. J'adore ma vie, vraiment...
Le lendemain, bien plus calme, est... doublement plus chiant. Non seulement, je n'arrête pas de penser à Neji, me demandant si il fera son apparition demain soir, mais en plus Naruto s'est mit en tête de me dérider.
« -Shika, t'es franchement pas drôle ! La veille de mes 20 ans, moi je serais excité comme une puce ! Et puis d'abord tu devrais... »
Et ainsi de suite pendant toute la journée. Je n'ai jamais eu autant envie de tuer quelqu'un. Mais Tenten, âme charitable, me porte secours au déjeuner :
« -Mais Naruto, tu vois pas que tu le gonfles ! Lâche le un peu à la fin !
-Merci Tenten...
-Meuuuuh, ce que vous êtes pas drôles ! »
Ainsi s'achève le seul événement du jour. Plus tard, à l'atelier, lorsque Temari me propose d'aller boire un verre, je n'ai même pas la force d'accepter tellement je suis vidé.
Des vendredis pareils c'est déprimant...pire encore la veille de son anniversaire. En me couchant, je prends la résolution qui s'impose : je profiterai à fond de ma soirée de demain, et si je n'y arrive pas, je noierai toute cette histoire dans l'alcool. C'est un bon plan ça.
Le jour de la fête arrive enfin. De mon lit j'entends la porte d'entrée qui s'ouvre sans arrêt et des voix me parviennent du salon. J'avais espéré pouvoir dormir encore un peu, mais c'est trop leur demander. J'entends une dernière fois la porte claquer puis le silence se fait. Je le sens très mal... Et j'avais raison. J'ouvre les yeux, juste à temps pour voir tout le monde, les deux filles et mes quatre amis, me sauter dessus dans un « Joyeuuuuux Anniiiiversaiiiire » retentissant.
Après avoir failli étouffer, dans un fouillis de bras, de jambes et de couvertures, je parviens à me redresser. Les commentaires fusent, du genre « Ça y est t'as 20 ans ! bienvenu au club ! Maintenant il ne reste plus que Naruto. », et le dit Naruto boude à moitié, maugréant des « C'est pas ma faute si je suis né en fin d'année bande d'idiots ». Je souris malgré moi. Ce n'est pas donné à tout le monde d'avoir des amis pareils.
Le reste de l'après midi s'écoule rapidement, entre la montagne de pizzas, aux goûts tous plus incertains les uns que les autres, commandées par Choji, et les parties de Super Smash Bros. Brawl. Puis nous nous rendons, bras dessus bras dessous, au Dolphin, où nous attendent déjà Hinata, Sai et Sasuke, ainsi que tous les autres invités de Temari et Tenten. Je sens que ça va être une supère soirée !
Je me demande bien si Neji va venir à la soirée... Aaah Shikamaru tu n'a pas fini de souffrir (*sourire sadique*)
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