POV Harry
- Harry, ça va?
C'est Ginny. En me plongeant dans mes pensées, j'en suis venu à totalement oublier où je suis : dans le train pour Poudlard. C'est vrai qu'avec tout ce qu'il s'est passé cet été, le voyage ne me paraît plus aussi passionnant. Les retrouvailles, ça dure 10 minutes, après, on s'installe tous dans le même compartiment et c'est reparti pour toute une année.
A la fin du procès, il y avait eu cette voix, que je n'ai pas su identifier, qui m'a titillé. Mais cela ne m'a pas ennuyé longtemps : quand Fudge a abaissé le marteau pour déclarer les charges abandonnées, je voulais courir devant mon directeur pour le remercier (je ne m'en serais jamais sorti tout seul). Je me levais donc des bancs et me dirigeais vers la barrière qui nous séparait quand il partit de son côté. J'entrepris de le suivre, en vain. J'avais beau crier, l'appeler, il ne réagissait pas.
C'est à ce moment que je me suis senti vraiment seul… Comment mon directeur qui me soutenait depuis mon entrée à Poudlard, voire ma naissance, me laissait-il dans un moment aussi critique. Peut-être lui non plus ne me croyait-il pas ? Peut-être avait-il raconté à Mrs Figg que répondre à Fudge pour que ma version soit admise ? Je l'avais sûrement déçu, ou avait-il tout simplement perdu confiance et empathie pour moi ?
Tout cela, je n'avais pas su le définir sur le moment, j'étais perdu. Et aujourd'hui, que nous sommes à la rentrée, je ne suis pas plus avancé. Ce n'est pas faute d'avoir essayé de comprendre : je lui ai envoyé des tas et des tas de lettres. Il ne m'a jamais répondu. Il me laisse depuis des semaines seul, sans nouvelles, refuse catégoriquement de me laisser un quelconque message (je le sais, j'ai contacté le professeur McGonagall qui n'a rien su me dire).
Je ne pense pas que ce soit facile pour lui de faire cela en fait. Il doit forcément y avoir une raison, mais laquelle ?
- Harry ! Où est-ce que tu étais bon sang de bon soir ? hurlait Vernon. Il porta sa main sous ma gorge, la serrant, me menaçant. Il est certains pouvoirs que je ne contrôle pas encore. Cette force de sang-mêlé dont je n'ai pas encore pleinement conscience (comme quand j'ai fait disparaître la vitre du python, ou fait gonflé cette horrible femme dont le nom me répugne autant que le visage). Là, bizarrement, sa main devint minuscule. Ses yeux de porc s'exorbitèrent sur sa main qui n'en paraissait plus une, me lâchant et hurlant comme si je tentais de le tuer. - Tu seras puni pour cela mon garçon, compte sur moi ! Il me regardait avec des yeux semi-implorants, semi-énervés. Je ne contrôlais pas ce que je faisais. Mais je savais que si je partais, ou que je me laissais me faire influencer, sa main reprendrait une forme normale. Avec cet avantage, je ne pouvais pas le laisser. - Toujours rien à répondre ? Non, il n'avait plus rien à répondre. Il était trop obsédé par sa main, devenue violette à la forme de celle d'un elfe de maison. Mieux vaut parfois inspirer la crainte que l'amour. Dans ce genre de cas, c'est plus utile. Je le regardais donc hautainement une dernière fois -sachant pertinemment qu'une fois que je serais remonté, je me prendrais la plus grosse soufflante de ma vie (sûrement)- et m'enfermais dans ma chambre.
- J'étais dehors.
- Et tu crois que ça va me suffire comme réponse ?
- Il va bien falloir, répondis-je avec des yeux noirs.
- Je ne crois pas moi, vois-tu !
- Vas-y, qu'est-ce que tu attends ? demandais-je, plus menaçant à mon tour.
Sans m'en rendre compte, je souris à ce souvenir, parce qu'après l'incident, Vernon n'était pas monté. J'avais eu la paix toute la soirée. C'est le lendemain que l'attaque des détraqueurs est survenue. Mes vacances furent donc très courtes. Et mouvementées.
- Harry… J'avais devant moi mon directeur, celui que j'avais de toutes mes forces aimé comme un ange gardien. Il regardait dans le vague, comme à son habitude. Nous étions dans une des nombreuses chambres que comptait la demeure de Sirius, l'Ordre. Dumbledore avait souhaité me parler « en privé ». - Tu n'es pas sans savoir où nous sommes, ni ce qui s'y est passé, et ce qui s'y passe encore. J'allais hurler « OUI ! » de contentement, mais même s'il ne me regardait pas, je voyais ses épaules se rehausser. Il attendait une réponse réfléchie de ma part. …videmment que je voulais en faire partie. Mais je ne comprenais pas pourquoi toutes ces conditions. - Tu dois te demander… Voyant qu'il haussait seulement les épaules, et ne me regardait toujours pas, je décidais de lui rendre la monnaie de son irrespect en me retirant, allant me coucher sans prévenir.
- Oui ?
- Non, répondis-je amusé.
- Il y a une question que je voudrais te poser. Mais il y a des conditions.
- Des conditions pour une question ? marmonnais-je. Lesquelles, monsieur ?
- Premièrement, tu dois me promettre de prendre cette question en considération avant d'y répondre. Ensuite, me promettre de n'en parler à personne. Vraiment personne.
- … Oui ?
- Acceptes-tu d'entrer dans l'Ordre ?
- Oui, le coupais-je.
- Personne ne doit le savoir, car personne ne doit être en mesure de te mettre en danger. Et tu devrais mieux prendre en considération cette question. Faire partie de l'Ordre ne signifie pas que tu seras plus fort, que tu arriveras à vaincre Voldemort dans quelques semaines. Cela signifie seulement que tu pourrais avoir à t'absenter plusieurs semaines. Sans prévenir personne. Que tu pourrais ne jamais revenir de ces absences dont je t'expliquerais le but une autre fois.
- Je vois. Je comprends… Seulement, il est nécessaire, et pas seulement pour moi, que je traque Voldemort. L'Ordre est un soutien supplémentaire même si j'avais déjà celui de tous ses talentueux.
- Oui, ça va, ne t'inquiète pas, réponds-je enfin à Ginny avec un sourire.
- Olàlà ! se lamente Hermione en entrant dans le compartiment.
- Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? panique Ron.
- Ils refusent de nommer les préfets de cette année ! Il paraît que Dumbledore a encore une « surprise ».
A ce mot, nous rions tous : nous savons tous que quand cet homme a une « surprise » c'est de mauvais augure.
POV Pansy
Je me dirige comme mes camarades vers la Grande Salle, où le premier repas de cette nouvelle année va être servi. Comme tous les ans, McGonagall fait placer les élèves sous le choixpeau afin qu'ils soient répartis entre chaque maisons.
A la fin de la répartition, la maison Serpentard s'est agrandie de dix élèves de plus que dans les autres maisons, ce qui est très rare. A table, j'ai à ma gauche Daphné et à ma droite Drago, en face Millicent et à ma diagonale, en face de Drago, Blaise. Comme tous les ans depuis notre arrivée, nous prenons la même place. Comme tous les ans depuis la première année, nous commençons à charier sur les nouveaux élèves, et passons trois fois plus de temps sur les Gryffondors qu'ailleurs. Je repère ma cousine et lui fait un clin d'œil, et elle me répond d'un pouce levé en l'air comme si j'avais réussi quelque chose. Si elle savait que je suis devenue un mangemort, elle ne m'adresserait sans doute plus la parole…
- Hey, Pansy, t'as pris autant de poids que tu ne manges pas ? me regarde bizarrement Blaise.
- Tais-toi tu veux. J'pensais juste à un truc.
Il me regarde de haut et se replonge dans sa conversation avec Drago, qui ne me porte pas un réel intérêt. Il faut dire que depuis quelques temps, nous ne sommes plus vraiment amis. Enfin si, mais notre relation a vraiment changé… On était juste amis… Puis un soir dans la salle sur demande, la situation nous a échappée.
Il était triste à cause du fait que Voldemort ait établi campement chez lui, que même si ses relations familiales n'étaient pas excellentes, elles n'étaient pas mauvaises pour autant. Et il était hors de question qu'il fasse part de ses inquiétudes à qui que ce soit. Blaise n'aurait pas pu comprendre. Il n'imagine pas ce que cela peut faire de devoir jouer deux rôles. Moi, j'ai essayé de lui faire entendre que je comprenais, mais rien à faire. Je l'avais dans mes bras. Un baiser a dérapé. Puis nous sommes allés plus loin que ce qui était autorisé. Je pensais au départ que cet incident serait soit isolé, soit le début d'une histoire. Mais il s'est avéré que ce n'était qu'un passe-temps. Seulement, n'étant pas le genre de personne qui se laisse marcher sur les pieds, je l'ai envoyé se faire voir. Depuis, nous n'avons plus recommencé. Depuis, nous ne nous adressons la parole qu'en cas de nécessité. Nous faisons bonne figure devant les autres, mais mettez-nous seuls dans une pièce, nous irons chacun vaquer à nos occupations de notre côté.
Un verre tinte, ce qui me sort de mes pensées. Dumbledore se lève.
- Cette année, la liste des préfets ne vous a pas encore été transmise. Cela est entièrement ma faute, car pour cette rentrée, nous allons tenter une nouvelle expérience. Avant de vous expliquer cela plus en détails, je vais nominer les préfets. Pour la maison Poufsouffle sont désignés Alice McCrow et Viktor Fenley. Pour la maison Serdaigles sont désignés Johanna Marks et Ernie McMillan. Pour la maison Gryffondor sont désignés Hermione Granger et Harry Potter. Pour la maison Serpentard sont désignés Pansy Parkinson et Draco Malefoy.
Un tonnerre d'applaudissement retentissait dans toute la salle, alors que je retenais mon souffle : c'était trop simple.
- Néanmoins… Les préfets ne resteront pas dans leurs dortoirs habituels. Il leur a été assigné des appartements communs.
Je sens Draco se contracter soudainement à côté de moi.
- Mais nous travaillons toujours dans le développement des relations inter-maisons. Celles entre Gryffondor et Serpentard étant les plus mauvaises, chaque préfet devra partager sa chambre avec un autre d'une autre maison. Il en est de même avec Poufsouffle et Serdaigle, même s'ils se côtoient. Un appartement a été assigné à chaque duo. Ces duos sont : Alice McCrow et Ernie McMillan, Johanna Marks et Viktor Fenley…
C'est à ce moment que je me rends compte de ce qui n'aurait pas du m'échapper il y a cinq minutes : je vais passer l'année avec Harry…
- Pansy Parkinson et Harry Potter, et enfin Hermione Granger et Draco Malefoy.
La pauvre Granger poussa un hurlement qui s'étouffa bien vite, et elle perdit toute couleur de son visage. Quant à moi, je restais interdite. Tout le monde dans la salle souriait, sauf notre table. Même les Gryffondors semblaient accepter le fait, et Granger avait récupéré des couleurs. Toute notre rangée avait le regard fixé sur Draco et moi. Un regard mi-amusé, mi-plaintif. Dumbledore s'était débrouillé pour tous nous faire travailler notre tolérance. Soit. Je ne suis pas une sotte. Je ne suis à Serpentard que parce que ma famille y est depuis des générations.
Mes yeux se baladaient dans toute la salle, et ils finirent par tomber sur Potter. Il me regardait, et nous restons à nous fixer plusieurs minutes encore. Une année à partager un appartement commun avec Harry Potter. Le pauvre Harry Potter que je plaignais juste avant les vacances…
D'un autre côté, il sera plus facile de garder un œil sur lui…
