Auteurs : KMIG
Disclaimer : Les personnages de GW ne sont pas à moi.
Base: Gundam Wing
Genre : UA, historique
Couples : Pas encore pour le moment.
Note : Bien qu'ayant un fond historique, cette fic ne se veut pas une reproduction fidèle. Des erreurs historiques se sont donc peut-être glissées dans ce que j'ai écrit. Une fois encore, je remercie ma béta-lectrice, Nevermore, pour ses notes. Vos reviews pourraient aussi être d'une grande aide.
L'ambiance était tendue au sein des hommes ce soir-là. C'est que ce n'était pas n'importe quel soir : ils devaient normalement recevoir quelques « cadeaux » de la part de l'Angleterre. Il était d'ailleurs temps, car avec les attaques de train et les divers sabotages ici et là, le groupe de résistance que commandait Trowa commençait à être à court d'arguments contre les Boches.
Le principe était bien rodé, tout le monde savait ce qu'il devait faire, mais cela n'en restait pas moins très dangereux à chaque fois. Grâce à la BBC, le groupe pouvait obtenir quelques informations sur le prochain rendez-vous avec les messages personnels qui étaient diffusés quotidiennement. Or, hier, Trowa avait justement entendu sur Radio-Londres la phrase qui indiquait une livraison d'armes programmée pour le lendemain.
Un avion partait de la côte anglaise, puis mettait cap au sud en survolant l'Atlantique, avant de bifurquer à l'est pour rentrer sur le territoire français au sud de Bordeaux, en évitant soigneusement les grands centres urbains ou les postes de surveillance allemands disséminés sur toute la côte française. L'avion volait de plus à haute altitude, avant de descendre au moment d'arriver sur le Limousin. C'était là toute l'habilité du navigateur qui indiquait au pilote la route à suivre pour éviter les principaux écueils installés par l'occupant. Une fois de plus, la résistance française apportait une aide considérable grâce aux renseignements fournis, indiquant entre autres où se trouvaient les batteries antiaériennes.
Évidemment, la livraison se faisait de nuit. Le rendez-vous était prévu pour une heure du matin. La région, avec de nombreuses forêts, était parfaite. Il y avait une grande clairière : Trowa et ses camarades y avaient installé des projecteurs de lumière rouge, beaucoup plus discrets que de la lumière blanche. Ils devaient attendre patiemment, et dès que le bruit des moteurs du lourd bimoteur se faisait entendre, ils allumaient les projecteurs qui délimitaient le pourtour de la clairière, indiquant à l'avion où il devait larguer la ou les caisses comprenant les cadeaux de la France libre.
Ce soir-là cependant, les choses étaient différentes. Ils avaient perdu un camarade il y a encore peu de temps, et les Allemands avaient été capable de remonter jusqu'à la ferme de Trowa, même s'ils n'avaient rien trouvé. Cette fois-ci, la chance avait été du côté des résistants. Le chef du groupe restait malgré tout pensif suite à sa rencontre avec Quatre.
« -Comment ça, il n'a rien dit ?
-Il n'a rien dit, qu'est-ce que tu veux que je te dise de plus ? Il est resté là, comme ça, sans bouger, puis il a juste changé la fréquence du poste comme s'il n'avait rien entendu... »
Trowa s'était mis contre un arbre et distinguait à peine les traits de son interlocuteur. La lune n'en était qu'à son premier croissant, et pour éviter tous les risques possibles, le groupe évitait toute lumière. Cependant, le groupe de résistants avait dû mal à croire leur chef et sa rencontre avec le Général Von Sieger. L'Allemand ne s'était pas comporté comme il aurait dû, et cela perturbait les hommes. Aucun ne comprenait, et le plus « dérangé » par cela était Trowa. D'un naturel déjà silencieux, il se montrait encore moins loquace, ne cessant de repenser à cette rencontre.
Il faut dire qu'il est plus aisé de combattre un ennemi que l'on ne connaît pas ou que l'on connaît mal. Il en avait tué des soldats allemands depuis le début de la guerre. Mais la situation lors de ces moments là avait toujours été particulière. Les deux étaient armés, tout se passait toujours très vite, et on n'avait guère le temps de s'arrêter sur les traits de la personne dont on terminait la vie. Il était Allemand, occupant, et en soit, ça suffisait pour tirer. Prendre le temps de la réflexion condamnait à mort.
Mais pour la première fois, le Français n'avait eu d'autre choix que de regarder, détailler, écouter cet haut officier allemand qui était son ennemi naturel. Et il n'avait pas correspondu à l'image qu'il aurait dû donner. Il semblait être un homme charmant, probablement très intelligent, qui est là pour faire un travail et qui s'applique à la tâche avec conscience.
Trowa se rendait compte à quel point cette position était dangereuse. Mieux valait rester à l'idée que le Général von Sieger était un officier nazi, un méchant occupant qui tue des enfants au petit-déjeuner. Il était, il devait rester, un ennemi horrible qu'il convenait de déshumaniser pour pouvoir, un jour, appuyer sur la gâchette ou le détonateur sans aucun remords ou signe d'hésitation.
C'est la guerre.
Trowa en était toujours là quand les hommes se mirent à s'agiter. D'abord faiblement, puis de plus en plus fort, on entendait le lourd et grave vrombissement d'un avion... Le résistant donna l'ordre d'allumer les projecteurs.
Assis derrière son bureau, les deux mains posées à plat, Quatre lisait, de plus en plus accablé, le rapport de ses hommes sur les derniers jours qui s'étaient écoulés. D'attaque de train, il n'y en avait plus eu. De toute manière, le trafic était toujours au point mort pour le moment et détourné sur d'autres lignes puisque les réparations n'étaient pas terminées. Mais à côté de cela, il y avait de nombreux actes de sabotage comme des lignes de téléphone régulièrement coupées. Les réparations avaient lieu dans la journée, mais cela perturbait les voies de communication avec Paris encore une fois et compliquait la tâche du Général.
Il avait pourtant mis les bouchées doubles. Il n'y avait plus aucune tolérance pour ce qui était du couvre-feu : les soldats patrouillaient les rues de Limoges et d'autres villes de la région à toute heure de la nuit. La moindre personne arrêtée lors du couvre-feu était immédiatement amenée à la Kommandantur et interrogée de longues heures, parfois en ayant recours à des méthodes un peu plus... « viriles »...
Jusqu'à présent, ce n'était qu'un grand coup d'épée dans l'eau. Quatre arrivait bien à mettre la main sur quelques Français qui s'adonnaient au marché noir, mais tout cela n'était que du menu fretin. Pas de quoi convaincre le MBF, Militärbefehlshaber in Frankreich, Haut-Commandement militaire en France, du bon travail de l'officier.
Le téléphone sonna à ce moment, de son son aigu qui résonnait dans toute la pièce. Quatre, toujours pensif, décrocha :
« -Hallo ?
-Général Von Sieger ? Un appel de Paris, ne quittez pas s'il vous plaît... »
L'Allemand se redressa en entendant la voix de l'opératrice, et en apprenant qu'on l'appelait de Paris. Quelques petits cliquetis lui indiquait que l'opératrice était en train de relier les lignes téléphoniques entre elles grâce à ses fiches, puis il reconnut la voix du Général Carl-Heinrich Von Stülpnagel. Il toussota un peu et passa son doigt dans le col de sa chemise, comme si soudainement il manquait d'air.
« -Général Von Sieger ?
-Herr General ?
-Dîtes-moi, il semblerait que la situation ne soit pas tout à fait sous votre contrôle, n'est-ce pas ?
-Et bien... Je fais tout ce que je peux, Général, mais il y a eu malgré tout quelques... incidents. Cela dit, je progresse, je progresse...
-Rassurez-vous, je comprends votre position... Mais... ne prenez pas trop votre temps... Vous me comprenez ? »
D'une main, Quatre saisit son étui à cigarettes, un étui à cigarettes de couleur sombre qui traînait sur le bureau. Il avait besoin de reprendre une contenance, et il se sentait légèrement devenir nerveux.
« Tout à fait, Herr General... »
D'un geste, Quatre ouvrit l'étui puis se saisit d'une cigarette avant de partir à la recherche de son briquet qu'il finit enfin par trouver après une certaine hésitation, fouillant ses poches, regardant sur son bureau et ouvrant son tiroir tout en gardant l'écouteur près de l'oreille.
« Bien, bien. J'en suis heureux. Écoutez, si je vous appelle, c'est surtout pour vous communiquer une importante nouvelle qui est arrivée ce matin de Berlin... Elle vous intéressera vivement... »
Quatre alluma sa cigarette alors que son interlocuteur détaillait la nouvelle. Les Allemands étaient pertinemment au courant que les « messages personnels » que diffusait la BBC comprenait des informations pour des groupes de résistance. Le tout était de les décoder. C'est pourquoi les Anglais et les Français, pour contrecarrer les efforts nazis, plaçaient aussi des messages anodins et sans signification au milieu de messages plus importants. Cette fois pourtant, les experts qui travaillaient à Berlin et passaient au crible tous les messages pensaient bien avoir saisi le sens de plusieurs messages, dont un indiquerait une prochaine livraison d'armes pour les résistants de la région Limousin.
« -Général, si un avion survole ma zone, il ne nous échappera pas !
-Très bien. Bonne chance... »
Quatre reposa le combiné puis se laissa retomber sur son siège. Ce n'était pas si pire que ça. C'était même dans le fond une assez bonne nouvelle. Si les informations de Berlin étaient fiables, alors il avait enfin une bonne opportunité pour frapper un bon coup. Un avion ? Une livraison pour le groupe de résistance locale ? En jouant finement, c'était l'occasion d'arrêter tout le monde et de redonner une certaine tranquillité à cette région...
Quelques instants après avoir raccroché, le Général sortit rapidement de son bureau et convoqua les officiers. Ordre était donné de rassembler toute la garnison et de prévoir aussi deux batteries antiaériennes mobiles. Il était évidemment à peu près certain que l'avion n'allait pas survoler Limoges, ce serait se condamner. En observant la carte de la région, il n'y avait finalement que très peu de points parfaitement isolés des grandes villes et qui permettaient une arrivée en toute discrétion. Le Général se doutait bien que les terroristes devaient réceptionner leurs livraisons dans une clairière. En tout cas, si lui-même en était un, c'est comme cela qu'il agirait...
Il avait donc été décidé de choisir une clairière au hasard et d'y camoufler les soldats. Durant le jour, la surveillance allait être très étroite et tout ceux qui passeraient seraient immédiatement arrêtés. Cela étant, ce serait un coup de chance de tomber sur le point de rendez-vous utilisés par les Français et Quatre n'y comptait pas. L'important était cependant de pouvoir trouver et abattre cet avion. Cela permettrait par ricochet de découvrir le groupe terroriste...
Et les Allemands étaient donc là, depuis 11h du matin. Leurs uniformes kaki et les filets de camouflage sur les camions les rendaient aussi discrets que possible. Personne ne s'était présenté de la journée, et la nuit était maintenant tombée depuis plusieurs heures. Quatre faisait les cent pas, allant parfois au centre de la clairière qu'ils occupaient. Il pouvait alors observer le ciel obscur et toutes les étoiles qui l'illuminaient. Il avait ordonné le plus grand silence, et surtout, qu'aucune lumière ne soit utilisée à aucun moment. Il ne tenait pas à être repéré vu du ciel, et il ne fallait pas rater le bruit d'un moteur d'avion.
La nuit était vraiment fraîche, et à force d'attendre sans rien faire, le Général commençait à sentir le froid l'envelopper. Il se rendit à sa voiture pour saisir son lourd manteau, alors que dans l'obscurité, son aide de camp l'aidait à le mettre.
Quatre tendit l'oreille au moment où il entendit un craquement d'allumette et tourna vivement la tête. À dix mètres de lui, il voyait brièvement le visage d'un soldat en train de s'allumer une cigarette. L'instant d'après, il n'y avait plus qu'un point rouge qui flottait dans le vide. Furax, l'Allemand se rendit à la hauteur du soldat. Les rares rais de lumière qui tombaient de la lune permirent au soldat d'identifier qui marchait vers lui et il se tint bien droit, prêt à saluer son supérieur. Il y a encore quelques minutes, Quatre avait échangé avec lui quelques mots pour parler de tout et de rien, et il pensait qu'il revenait pour la même raison.
« Herr General, que...? »
Mais le soldat n'eut pas le temps de finir sa phrase que son supérieur lui arracha la cigarette de la bouche, la dressant devant ses yeux d'un geste rageur avant de la jeter au sol. Sans vraiment voir ce que faisait Von Sieger, le soldat comprit à l'oreille que le Général écrasait furieusement la cigarette contre le sol. C'est alors que d'une voix où la colère était aisément décelable mais tout en restant en sourdine, Quatre s'exclama :
« -En quelle langue il faut vous parler, imbécile ? Pas de lumière, ça veut dire pas de lumière, compris ???!!! »
-Ja... Jawohl, Herr General »
Le soldat ne savait plus où se mettre et quant à Quatre, il avait une furieuse envie d'évacuer un trop-plein de violence retenu, mais pourtant, il s'arrêta et tendit une nouvelle fois l'oreille. Le soldat chercha encore à bredouiller des excuses mais l'officier lui intima l'ordre de se taire rapidement. Le Général ferma les yeux, comme s'il cherchait à se concentrer sur un seul de ses sens... D'abord comme un vague murmure, il n'y avait ensuite plus de doute : un vrombissement se faisait de plus en plus présent. La chance lui souriait enfin : les informations de Berlin étaient correctes et un avion allait survoler précisément la région cette nuit pour livrer des armes aux terroristes.
Les soldats tirèrent rapidement les filets de camouflage et amenèrent au centre de la clairière de puissants projecteurs. Les deux véhicules qui comprenaient avec eux une batterie antiaérienne démarrèrent aussi et se mirent au centre de la clairière. Pour autant, Quatre ne donna pas tout de suite l'ordre d'allumer les projecteurs... Il voulait attendre, attendre que l'avion soit le plus près possible pour qu'il ne fasse pas demi-tour et que ses soldats puissent facilement l'atteindre...
Au bout d'un temps qui parut long mais qui ne devait pas être plus important qu'une trentaine de secondes, Quatre jugea que l'avion devait être juste au-dessus d'eux. C'est alors qu'il cria l'ordre d'allumer les projecteurs et de fouiller le ciel à la recherche de l'avion...
