Le professeur descendait les quelques marches qui mènent à la pièce réservée au bricolage, et qu'Ai utilise pour faire de la chimie depuis qu'elle a élu domicile ici.
– Il est tard, je t'amène un café.
– Merci Professeur. Je crois que je vais arrêter pour ce soir, souffle-t-elle, fatiguée.
– Tu en est où ?
Tout deux remontèrent dans le salon, pour boire leur café plus confortablement.
– Et bien après le stimulant qui permet de redonner un coup de fouet au système immunitaire qui combat l'APTX, et redonne temporairement forme adulte, j'essaye de reproduire l'inverse de l'APTX, c'est à dire un virus qui modifie le génome de chaque cellules, mais non pas pour ajouter un gène, mais pour en retirer un, celui qui nous fais ça.
– Et tu sais comment t'y prendre ?
– Oui, là n'est pas le problème, Professeur... Je n'ai pas un matériel suffisant ici. C'est pour ça qu'il me faudrait un échantillon du poison. Au lieu de tout refaire, je n'aurais qu'à le modifier. En attendant, tout ce que je peux faire, c'est améliorer l'antidote temporaire.
Elle porta la boisson chaude à ses lèvres, et bu une gorgée de plus.
– Demain j'aurais vingt trois ans... lâcha-t-elle, sans prévenir.
Agasa marqua un temps d'arrêt. Il ne semblait pas comprendre.
– Ai, je croyais que tu allais sur tes dix-neuf ans...
– J'ai dit à Kudo que j'avais dix-huit ans, je sais. Je ne voulais pas lui révéler que nous avions une différence d'âge substantiellement plus grande que ce qu'il pensait. Je ne souhaitait pas qu'il me considère comme quelqu'un de plus vieux que lui, et qu'il mette une distance entre nous. C'est bête, je sais, mais... C'est pas comme si ça avais de l'importance, et puis... Il ne me l'a jamais redemandé. C'est mieux comme ça je crois.
– Je vois, ça explique beaucoup de choses, ricana le vieux scientifique.
– Je vous en prie ! Je n'ai jamais eu ce genre de sentiment pour lui !
– Mais tu l'aimes, non ?
– On peux dire ça... Pas comme un ami, ou un amant, mais plus comme un petit frère hyperactif. Il faut toujours qu'il ailles fourrer son nez là où il ne faut pas. Et puis, il ne faut pas oublier qu'on partage un peu le même destin tous les deux. Qu'on le veuille où non ça rapproche. Et puis, lui aussi veille sur moi... Il m'a déjà sauvé la peau.
Le professeur sembla en proie à un conflit intérieur, ce que remarqua la jeune scientifique.
– Posez-là.
– De quoi ?
– Il y a une question qui vous brûle les lèvres. Je le vois.
Elle bu une autre gorgée. Le professeur l'imita.
– Allez-y, posez-là.
Il sembla chercher ses mots.
– Est...Est-ce que tu penses toujours à lui ?
– Vous voulez parler de...
– Oui. De lui.
Ai marqua une pause. Elle ne savait pas si elle devait trop en dire, elle avait peur d'être jugée.
– Ça m'arrive, oui.
– Et lui ? Il veut te tuer , tu es au courant ?
– C'est faux, répondit-elle avec plus de fermeté, voyant bien que ce jugement qu'elle craignait était bel et bien épidermique chez qui que se soit à qui elle en parle.
Professeur, il aurait déjà pu me tuer, je vous signale. J'étais à quelques mètre de lui,sur le toit de cet hôtel, je ne bougeais pas. Entraîné comme il est, vous croyez vraiment qu'il m'aurait loupé ? Il ne peux pas me tuer. Mais il ne peux pas non plus prétendre vouloir m'épargner. Vous comprenez ?
– Ce que je ne comprend pas, c'est comment cela à pu commencer...
– Je suis comme vous, ne vous en faites pas.
– Ai, c'est un tueur !
– Je sais.
– Il a tué Akemi, ta sœur !
– Oui, et je ne lui pardonnerais jamais. Après tout, c'est pour ça que je suis partie. Ce jour là, il a basculé du mauvais côté. Pourtant par moments, je parvenais à apercevoir le bien en lui. Je pensais pouvoir le ramener du bon côté...
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Il y a plusieurs mois :
Gin avait été clair avec elle. Le Silver Bullet devait renaître de ses cendres en trois semaines. Shiho remuait la cuiller dans son café, en faisant des cercles, et elle observait la mousse onctueuse se mélanger et s'amonceler doucement sur le bord de la tasse, comme des protéines dans la centrifugeuse qui tournait à côté d'elle.
Un chercheur entra dans la pièce, mais resta près de l'encadrement de la porte.
– On vous attend en salle de briefing. Tout est prêt, tout le monde est là.
– J'arrive. Allez rejoindre les autres.
Shiho était arrivée à une conclusion évidente. Seule, tenir ce délais serait impossible. Il fallait donc tout expliquer aux autres, qu'ils puissent eux aussi participer.
Elle laissa tomber sa blouse, et la posa sur le rebord de la chaise.
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Une trentaine de personnes se tenaient assises dans la salle, entourée de cloisons en verre translucide. Un écran blanc au fond de la pièce surmontait un pupitre.
Shiho entra dans la salle. Tous se levèrent comme un seul homme. Elle prit place derrière le pupitre.
– Asseyez-vous.
D'un même mouvement, tous obéirent, sauf une personne qui s'adossait au mur, au fond. Les chercheurs situés aux derniers rangs n'en menaient pas large. Shiho décida de ne pas prêter attention à lui.
Une télécommande blanche était posée sur son pupitre. Elle s'en saisit afin de descendre des volets roulants, permettant de mettre la salle dans la pénombre. La jeune femme fouilla alors la poche de son pantalon, et y pris la clé USB qu'elle gardait, puis l'inséra dans l'ordinateur caché dans le pupitre.
Une première diapositive se projeta sur l'écran derrière elle. Une simple phrase y était inscrite.
Altération nucléotidique d'un Virus Adéno-Associé (AAV) : fonctionnement, applications, conception.
Elle replaça une mèche derrière son oreille.
– Qui connais les AAV ? Demanda-t-elle à l'assemblée.
Timidement, des mains se levèrent. Celle de Gin aussi. Shiho eu un rictus.
– Ceux qui ont levé la main, vous restez. Les autres, je ne veux plus vous voir.
Et oui, j'ai craqué, ce chapitre est raconté de manière non linéaire. J'aime bien les flash forward, ou plutôt les prolepses, dans la langue de Ribéry.
Mais c'est pas dit que je continues sur se format pour les autres chapitres, si ça vous déplaît.
Merci à Dr MAD And Co, Blackstorm-1 et Nesple pour leurs commentaires.
