Nouveau chapitre sur Luna, c'est bien la suite de ''Il suffirait d'un mot''.

Bonne lecture !

Merci à Saiphodie qui a corrigé ce chapitre.


Il fait nuit noire. Assise sur le rocher glacial, elle contemple le lac aussi sombre que le ciel. La lune n'est qu'une mince cicatrice en cette seconde semaine de septembre. Deux semaines. Cela fait seulement deux semaines qu'elle est de retour à Poudlard et déjà elle a besoin de s'isoler. La pleine lune est bien loin, tout comme sa délivrance… Si jamais elle en a la lâcheté.

Poudlard se dresse dans l'obscurité, âpre et majestueux, aussi fier que le sont ses habitants. Elle le voit à peine tant la nuit est sombre, seules quelques lumières vacillantes, telles des étoiles factices, prouvent qu'il est bien là.

La forêt bruisse de vie derrière elle et le lac aux eaux endormies l'attire comme jamais. De ce monde invisible remontent parfois des lueurs aux couleurs chatoyantes rendant l'ombre encore plus obscure. Le monde est si beau et si mystérieux, comment quelqu'un peut-il croire tout en connaître et dénigrer les croyances des autres ?

Ce soir-là elle ne pleure pas. Elle en a assez de pleurer, elle est fatiguée de pleurer. Elle soupire et se laisse glisser au sol, ramenant ses genoux contre sa poitrine. Un vent frais souffle soudainement, tourbillonnant autour d'elle. Ses cheveux s'entortillent autour de sa gorge et son poncho de laine rose un peu élimé ondule avant de se plaquer contre elle en claquant.

Ses yeux se perdent dans le ciel où de sombres nuages cotonneux dérivent doucement. Elle inspire profondément pour apaiser ses tremblements. Elle n'a pas froid, mais tellement mal ! Elle n'arrive même pas à se rappeler à quand remonte son dernier sourire sincère, de ceux qui font pétiller le regard…

Elle ne réagit pas au bruissement plus prononcé derrière elle, habituée aux animaux curieux qui viennent l'observer depuis le couvert des arbres et des buissons. Mais la respiration singulièrement humaine qui s'élève dans le silence et les pas lourds qui font craquer brindilles et feuilles ne peuvent appartenir à aucun animal.

Pourtant elle ne se retourne pas et avec une tristesse grandissante, elle attend la sentence du professeur, à moins que ce ne soit le concierge. Son seul regret est qu'à partir de ce jour, son rocher ne sera plus un refuge…

« Bonsoir. »

Cette voix d'homme légèrement rauque la fait sursauter, elle n'appartient à personne de sa connaissance. Lentement elle se relève et se tourne, légèrement tremblante sans savoir si c'est de froid ou de peur. Devant elle se dresse un homme massif mais fatigué, l'air maladif. Elle met peu de temps à l'identifier, une chevelure brune et épaisse, des yeux bruns presque orange…

Sa gorge se dessèche et quelque chose de glacé semble couler le long de son dos. Cette situation est si étrange, si incongrue. Elle est incapable de répondre, de bouger ; même sa respiration s'est arrêtée.

Il est grand et carré, comme taillé dans un bloc de granit par un sculpteur malhabile. Quelques cicatrices lui barrent le visage et le cou, rouges et épaisses, mal soignées. Il la fixe longuement sans un mot, immobile, silencieux. Il la détaille du regard mais pas comme quelqu'un qui la verrait pour la première fois, plutôt comme un ami perdu depuis longtemps qui redécouvre un être cher.

« Bonsoir », répète-t-il.

Luna inspire à nouveau, son cœur s'emballe. Déstabilisée, elle recule de quelques pas, elle ne s'est jamais préparée à une telle confrontation. Elle connaît et respecte le loup, mais qu'en est-il de l'homme, pour elle qui craint l'humain ? Elle hoche la tête, refusant de prononcer un mot, ayant peur d'être trahie par sa voix.

« J'ai mis du temps, dit-il, mais la répétition de nos rencontres a fini par marquer ma part humaine. »

Elle le fixe de ses grands yeux pâles sans être capable de prononcer la moindre parole. Il n'est pas agressif, juste curieux et rien ne peut la mettre plus mal à l'aise. Cette curiosité précède toujours le mépris et les insultes… Pourquoi est-il venu ce soir ? Pourquoi…

Il semble tout aussi perdu qu'elle, tiraillé par cet instinct qui l'entraîne chaque pleine lune depuis des années devant cette fille blonde. Pourquoi vient-elle ici ? Pourquoi lui vient-il ? Pourquoi est-elle encore vivante ? Tout cela n'a pas de sens mais c'est le seul point fixe dans sa vie, quelque chose de tangible auquel se raccrocher : cette jeune fille sur son rocher.

Elle lui tourne le dos en tremblant : le froid, la peur, le choc, l'humiliation… Il ressent tous les sentiments de la jeune fille par vagues sans en comprendre la raison. Que craint-elle ? Il s'approche doucement d'elle, comme d'un animal effrayé et pose avec délicatesse sa cape sur ses frêles épaules. Il est venu pour avoir des réponses, mais s'aperçoit qu'elle se pose plus de questions que lui.

Ils restent un long moment côte à côte, observant le lac, le ciel et le château, silencieux. S'habituer à la présence de l'autre, s'assurer que nul ne veut du mal. Ils sont aussi fragiles et blessés l'un que l'autre.

« Tu veux mourir, n'est-ce pas ? »

Luna ne sursaute même pas, ne fait pas mine d'être choquée. Elle penche la tête sur le côté et laisse une larme glisser sur sa joue. Jamais elle ne pleure en public mais lui l'a vue si souvent…

« Je ne sais pas », murmure-t-elle doucement.

Elle ne peut être plus honnête qu'en cet instant. Elle ne sait pas si elle veut mourir, ce qu'elle sait par contre, c'est que cette vie est insupportable, que la souffrance la submerge trop souvent et que la seule alternative qu'elle connait est la mort.

« Es-tu donc si malheureuse ? » demande-t-il de cette voix malhabile qu'il n'utilise que rarement.

Elle se tourne vers lui pour affronter ces yeux familiers, il n'y a pas de pitié, de mépris ou de jugement, juste de la compassion. Alors elle décide d'être honnête jusqu'au bout, pour lui comme pour elle-même.

« Parfois je me dis que oui, que la seule raison pour laquelle je me force à rester ici c'est le bonheur de mon père, explique-t-elle, mais ce n'est pas exactement vrai. Il y a ces petits instants joyeux que je partage avec certains camarades, des bulles de rires avec Ginny et des discussions sincères avec Harry. Ce sont ces petits riens qui me donnent des espoirs, mais ils sont de plus en plus illusoires. »

Le vent tourbillonne et emporte ses mots. Pour la première fois elle ne ressent aucune honte, comme apaisée d'être honnête avec quelqu'un d'autre qu'elle-même. Il est toujours à ses côtés, immobile et pensif.

« Ce sont de petits riens similaires qui me font tenir, avoue-t-il finalement. Les sourires de ma sœur et de mes neveux, ce sont les seuls à ne pas me repousser à cause de ce que je suis. »

Elle hoche la tête, elle le comprend. Lui rejeté pour sa condition, elle pour ses pensées, quelque part semblables et pourtant si différents. Lentement, prudemment, elle referme ses doigts fins sur la main rude, ils se figent et restent ainsi, se soutenant par cette légère étreinte. Dérisoire pour certains, elle représente beaucoup pour eux.

« Tu reviendras sur ce rocher n'est-ce pas ? » demande-t-il avec tristesse.

Elle ne peut pas lui répondre de vive voix, alors elle hoche la tête et resserre brièvement la pression sur sa main.

« Je n'ai pas envie de tuer quelqu'un… » avoue-t-il finalement.

Il la sent se raidir à son côté, il entend son cœur s'emballer et son souffle se raccourcir et il comprend. Pour elle, il est sa seule sortie de secours, elle est incapable de se donner la mort par ses propres moyens. Si elle prend sa décision, elle aura besoin de lui, de ce loup, de cet ami de longue date.

Délicatement, il se défait de son étreinte et s'éloigne, il a déjà pris sa décision. Avant de disparaître, il se retourne une dernière fois pour parler à cette silhouette éthérée déjà engloutie par l'obscurité.

« Mais si un jour les petits riens ne compensent plus ta douleur… Je viendrai. »


Un petit commentaire pour la route ?

Vous avez aimé ? détesté ? ça vous laisse totalement indifférent ? je devrais arrêter de massacrer l'oeuvre de JKR ? vous en liriez bien un autre ?

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Au fait, j'adore vraiment écrire ces petits textes, mais je n'ai pas toujours d'idée, alors si vous avez une envie particulière, passez commande !