{JOUR 3}
Le lendemain matin, Regina débarqua au bureau du shérif, vêtue d'un ensemble jupe tailleur blanc. Elle devait voir Killian au plus vite. Il allait devoir passer à l'action rapidement avec la Belle. Malheureusement pour elle, le shérif s'était absenté. Une affaire de vol à l'étalage. Elle décida de l'attendre, saluant les agents qui venaient à sa rencontre. Tout le monde la connaissait dans cette ville. Inutile de dire qu'elle adorait être au centre des attentions.
« Bonjour Madame Mills.
- Bonjour Graham. »
Le jeune sergent avait hésité avant de venir à sa rencontre. Ils entretenaient plus ou moins une sorte de relation, mais Regina avait été très claire sur un point : aucun signe d'affection en public. Personne ne devait savoir qu'ils couchaient ensemble.
Pourtant, ce matin-là, les bonnes résolutions de Regina s'envolèrent. Il la dévorait littéralement des yeux. La faute au tailleur blanc.
« Le shérif Jones m'a dit que vous aviez retrouvé l'ancien registre des naissances de la ville.
- Oui, il était chez un particulier. Un sacré collectionneur. Il y avait aussi de vieux cadastres et…
- Où sont-ils maintenant ? demanda-t-elle, lascive.
- Dans la réserve. En attendant d'être archivés. »
Discrètement, elle tira sur son propre col, exposant la peau de sa gorge. Et la naissance de ses seins :
« J'adorerai les voir, M. Humbert. Vous pourriez me les montrer ? »
Killian était énervé.
Il aimait son job. C'était la seule chose à laquelle il tenait dans cette maudite ville. Mais il avait horreur qu'on le dérange pour rien. Le vieux Gepetto perdait complètement la boule. Il prétendait que quelqu'un avait dérobé certaines de ses marionnettes. Des marionnettes ! Il aurait mieux fait de rester dans son lit.
August, le fils de l'ébéniste, l'avait suivi. Il s'apprêtait à prendre sa déposition quand il remarqua que son second manquait à l'appel. Il interrogea les autres agents présents. Personne ne l'avait vu quitter le bureau. La dernière fois qu'on l'avait aperçu, il discutait avec madame Le Maire. Elle tenait à voir les archives.
Ni une ni deux, le sang de Killian bouillonna.
Il planta August et descendit quatre à quatre les marches de l'escalier, en direction des sous-sols. Arrivé devant la porte de la réserve, il se mit à frapper frénétiquement : « Humbert ? »
Aucune réponse. Il tenta d'ouvrir la porte mais elle était verrouillée :
« Je sais que vous êtes là. Ouvrez-moi ! »
Killian commençait à prendre patience.
« Dépêchez-vous, Graham. Ça m'ennuierait de devoir défoncer la porte. Et ça mettrait Madame le Maire dans une situation très embarrassante. »
Un clic retentit. Et la porte s'ouvrit. Sur un Graham décoiffé, reboutonnant maladroitement sa chemise.
« Vous voyez, ce n'était pas si difficile, lâcha Jones.
- Je suis désolé patron…
- August Booth est là pour une déposition. Il vous attend. Filez ! »
L'agent s'exécuta, sans protester. Killian ouvrit un peu plus la porte de la réserve pour enfin apercevoir Regina, encore dans l'ombre. Sa chemise en soie était ouverte. La jupe outrageusement remontée sur ses cuisses. Une culotte en dentelle gisait sur le sol mais elle ne semblait pas s'en soucier.
« Tu te fous de moi ?
- Vous voulez m'arrêter pour atteinte à la pudeur, monsieur le Shérif ? répliqua-t-elle, amusée.
- Je t'ai déjà dit que ce bureau n'était pas un baisodrome.
- Comme si tu t'en privais… »
Regina lissa sa jupe, tentant de se redonner une allure décente. Elle n'en oublia pas pour autant l'objet de sa visite :
« J'ai diné avec Belle hier soir. Tu ne lui as pas fait bonne impression.
- J'ai fait exactement ce que tu m'avais demandé.
- Ce n'est pas suffisant. Tu es trop direct avec elle.
- Tu m'as demandé de la sauter. Et pour l'instant, nous avons simplement discuté. J'ai déjà été plus direct que ça.
- Peut importe. Il faut que tu changes d'approche. Elle doit se confier à toi. Sans que tu es à être indiscret envers elle.
- Qu'est-ce que tu me conseilles ?
- Sors la carte du confident. Et soit un peu plus romantique »
Killian sourit, amusé par la situation. Il s'accroupit et ramassa la culotte. Regina voulut la récupérer mais il fut le plus rapide, et la dentelle disparut dans la poche arrière de son jean :
« Je ne suis pas romantique, Regina, admit-il.
- Ah bon ? Et le bouquet de roses blanches ? C'était pour redécorer ton bureau ?
- Comment…
- J'ai des yeux partout dans cette ville, Killian. Ne l'oublie pas. »
Elle le repoussa et quitta la réserve. Il la suivit d'un pas décidé. A quoi jouait-elle ? Elle le faisait suivre maintenant ? Il allait l'interroger quand elle fit volte-face :
« Oublie cette petite blonde et concentre-toi sur Belle. C'est ta priorité. Le temps nous est compté.
- Donc je n'ai même plus le droit à une vie privée ?
- Pas tant que tu ne l'auras pas mise dans ton lit.
- Je vais me rattraper.
- Tu as intérêt. Je vais te filer un coup de main. Ne fais pas tout foirer. »
Il se mit à rire malgré lui. Il n'avait pas besoin de son aide. Il avait séduit un grand nombre de femmes dans sa vie. Cette petite Belle ne ferait pas exception.
« Ce sera fait, Regina. Fais-moi confiance.
- Et pendant que j'y pense, j'aimerai des preuves. Rumple doit voir ça de ses propres yeux. Mais tu sais déjà comment t'y prendre, pas vrai ? »
Killian se décomposa sur place. Ils avaient déjà joué ensemble auparavant. Choisissant l'un pour l'autre un homme ou une femme à séduire. Et quand ils étaient parvenus à leur fin, ils s'empressaient de se raconter leur exploit mutuel. Souvent, Killian ajoutait le son et l'image au récit oral. Il pensait qu'en le voyant avec d'autres femmes, Regina finirait par devenir jalouse, et qu'elle lui reviendrait. Mais c'était une initiative personnelle du shérif. Jusqu'ici, il n'y avait jamais eu de demande explicite de la part de madame le Maire.
Jusqu'ici.
En début d'après-midi, Killian prenait enfin sa première pose de la journée. Il prit un fish and chips à emporter chez Granny's et se dirigea vers les quais. Il adorait venir ici à cette époque de l'année. La mer le fascinait. Peut-être qu'un jour, quand il en aurait assez de cette vie, il s'offrirait un voilier pour partir à l'aventure.
Sa poche vibra, l'obligeant à mettre fin à ses rêveries. Un message. Il allait l'ouvrir quand il l'aperçut, assise sur un banc. Elle lisait sans se préoccuper du vent qui jouait avec sa chevelure. Elle était absolument sublime.
Killian abandonna ses plans. Le message pouvait attendre. Il se rapprocha de la femme. Il fut amusé de découvrir qu'elle lisait – ou plutôt, dévorait – l'un des plus grands chefs-d'œuvre de la littérature anglaise : Peter Pan.
« Si j'avais su que vous aimiez les livres pour enfant, Emma, j'aurai mis les fleurs de côté.
- Shérif Jones ! dit-elle, surprise par son arrivée.
- Killian. Appelez-moi Killian.
- Killian… »
Sans se faire prier, il vint s'assoir auprès d'elle. Elle referma le livre aussitôt, visiblement dérangée par son intrusion. Killian en profita pour effleurer la couverture de ses doigts. C'était une édition ancienne, sans nul doute. Un bel ouvrage. Il en feuilleta quelques pages, découvrant au détour du cartonnage qu'il appartenait à Emma Swan. Il connaissait enfin l'identité de sa belle inconnue.
« Vous n'auriez pas dû. Pour les fleurs, précisa-t-elle.
- Je ne voulais pas que vous vous sentiez délaissée.
- Je ne l'étais pas. Vous avez le droit d'offrir des fleurs à qui vous voulez.
- Donc, j'ai le droit de vous offrir des fleurs. Si c'est ce que je veux… »
Il sourit, amusé par ses propres mots. Emma, en revanche, semblait moins réceptive.
« Ne jouez pas sur les mots, protesta-t-elle.
- J'applique seulement vos recommandations, sweeatheart.
- Je préférerai que vous m'appeliez Emma.
- Pourquoi ? ça vous dérange ?
- Je ne suis pas libre, Killian. Vous comprenez ? J'ai déjà quelqu'un dans ma vie.
- Je sais. Je lis en vous comme dans un livre ouvert… »
Killian l'avait compris au premier regard. Il avait l'habitude de sentir ces choses-là. C'était également impossible pour lui qu'une aussi belle femme soit célibataire.
« Alors ne flirtez pas avec moi.
- Sinon votre petit ami va s'occuper de moi, c'est ça ?
- Mon fiancé. Je suis fiancée »
Emma repensa aussitôt à cette vision surréaliste qu'elle avait eu quelques jours plutôt, lorsque Neal s'était mis à genoux pour la demander à nouveau en mariage. Il n'avait pas choisi son moment par hasard : c'était l'anniversaire d'Henry. Elle n'avait pas eu le temps de réfléchir, son fils semblait si heureux… elle avait dit oui.
Killian reçut la nouvelle sans broncher. Un petit ami, c'était une chose. Mais un fiancé ? Oh, ça ne lui faisait pas peur, il avait connu situation plus compliquée. Les femmes mariées n'étaient pas les plus difficiles à convaincre. Mais il avait besoin de savoir à quel adversaire il avait affaire.
« Comment s'appelle-t-il ? demanda-t-il, pressé.
- C'est un interrogatoire ?
- Je suis curieux. Et légèrement conditionné, je vous l'accorde. Mais ça vous tuerait de me le dire ?
- Vous arrêterez de me questionner si je réponds ?
- Peut-être.
- Neal. Il s'appelle Neal »
Neal. Killian était rarement jaloux. Mais il le détesta immédiatement.
« Je ne vois aucune bague, love.
- C'est une longue histoire.
- J'ai tout mon temps, murmura-t-il.
- Vous avez dit que vous arrêteriez avec vos questions.
- Vous avez avancé cette idée. Je n'ai rien confirmé. Une longue histoire comment ?
- Je n'ai pas à me justifier auprès de vous.
- C'est vrai. Mais ça me conforte dans mon idée.
- Quelle idée ?
- Votre cœur n'est pas aussi inaccessible que vous le prétendez. »
Il s'était dangereusement rapproché d'elle. Le vent jouait avec ses boucles blondes. Elle sentait la vanille, avec une légère touche de cannelle. Elle lui plaisait de plus en plus. S'il ne l'avait pas senti autant sur la défensive, il l'aurait embrassée sur le champ.
« Je ne sais pas ce que vous attendez de moi, Killian, mais je ne rentrerai pas dans votre petit jeu…
- Je ne joue pas, Emma. Quand je gagnerai votre cœur, il n'y aura ni jeu, ni mauvais tours. Ça arrivera parce que vous le voudrez. Seulement parce que vous me voudrez. Je vous le promets. »
Il se leva et quitta le banc, sans se retourner. Satisfait de sa dernière réplique. Il devait attiser sa curiosité. Son désir. Il finirait par céder. Ce n'était qu'une question de temps…
Regina allait et venait inlassablement dans son salon. Il était bientôt dix-huit heures, et Killian Jones ne répondait à aucun de ses messages. Elle n'était pas du genre à s'impatienter, mais le comportement du shérif l'énervait. Elle l'avait probablement un peu secoué ce matin. Jones n'était pas un enfant de chœur. Il avait fait bien pire. Et il allait continuer. Elle ne lui laisserait pas le choix.
Son portable vibra enfin. L'expéditeur n'était pas celui qu'elle attendait, mais la surprise fut bonne. La douce Belle acceptait de suivre ses conseils et demandait à Madame le Maire un moyen de contacter le shérif. Elle répondit aussitôt, ravie de cette initiative. Décidément, cette petite n'était pas très futée. Elle allait se jeter dans la gueule du loup la tête la première.
Soudain, on toqua à la porte. Regina se précipita devant son miroir et réajusta sa coiffure. Son regard se posa sur un cadre, disposé sur la commode. Une photographie d'elle et de Rumple, datant de sa dernière campagne électorale. A cette époque-là, elle pensait être heureuse. Elle avait rapidement déchantée.
Regina Mills ne serait jamais heureuse en amour. Elle n'avait pas besoin d'un homme à ses côtés pour connaître le bonheur.
On toqua à nouveau. Elle coucha le cadre côté verre. Elle ne voulait plus voir Gold.
Puis elle se précipita dans l'entrée et ouvrit la porte. Humbert se tenait face à elle, la mine ennuyée. Elle lui avait demandé de passer quelques minutes plus tôt. Le jeune homme s'était débrouillé pour qu'un de ses collègues prenne le relais et avait discrètement quitté le bureau.
« Je ne pensais pas que tu voudrais me voir. Après ce qui s'est passé ce matin…
- Tu penses que j'ai peur de ton patron, Graham ?
- Il était plutôt énervé.
- Je dirige cette ville. J'ai toujours le dernier mot »
Elle l'attrapa par le col et vint plaquer ses lèvres sur les siennes. Puis elle l'attira à l'intérieur de la demeure, laissant la lourde porte d'entrée se refermer derrière eux.
Killian Jones n'avait pas à se plaindre niveau habitat. Il avait hérité d'un bel appartement, au dernier étage d'une ancienne résidence victorienne. Il disposait d'un petit escalier en colimaçon qui menait au toit de l'immeuble. Il aimait y passer du temps, surtout lorsque la nuit tombait et que le soleil se couchait. A l'intérieur, rien de claquant. Une décoration épurée, en camaïeu de gris. Beaucoup de meubles en bois. Et ces imposants canapés jumeaux en cuir, dans lesquels il aimait tant s'assoupir.
Ce soir-là, Killian n'était pas seul. Miss French avait fait son entrée un quart d'heure plus tôt. Killian avait été prévenu de son arrivée par un appel inattendu. Regina lui avait pourtant dit qu'il avait foiré leur première rencontre mais contre toute attente, elle avait accepté de le revoir. Mieux encore, elle était venue avec une idée précise en tête. Le rouge aux joues, elle avait avoué au shérif qu'elle avait besoin de conseils. Pour plaire à son mari.
Avouer son inexpérience mettait Belle dans une situation délicate. Elle triturait nerveusement ses doigts. Killian l'observait en silence, le sourire aux lèvres. Regina lui avait préconisé d'être plus romantique ? Il n'y croyait pas du tout. Cette petite enfant besoin d'être prise en main. D'être guidée.
D'être initiée.
« Alors, dites-moi tout, miss.
- Je ne sais pas par où commencer.
- Le début peut-être. Vous vous y connaissez en baisers ?
- Bien sûr. J'ai déjà embrassé mon mari. De nombreuses fois. »
Belle se braqua, s'enfonçant davantage dans le canapé. Killian soupira à voix haute et vint s'installer près d'elle.
« Ne le prenez pas mal. Je veux juste vous aider, Belle.
- Je sais embrasser. Je n'ai pas de question à ce sujet.
- Montrez-moi…
- Hors de question ! s'exclama-t-elle
- Comment puis-je vous conseiller si je ne sais pas de quoi vous êtes capable ?
- Je ne peux pas faire ça. »
Elle le repoussa violemment. Il s'empara de ses poignets et tenta de la maîtriser. Elle devait impérativement se calmer. Sa respiration s'était considérablement accélérée depuis le début de leur petite conversation. Killian opta pour une voix douce et rassurante. Il desserra son emprise et caressa ses cheveux :
« Allons, imaginez que je suis votre cher et tendre. Fermez les yeux et embrassez-moi. Je vous promets de ne pas en profiter. »
Les soulèvements intempestifs de sa poitrine diminuèrent. Belle ferma les yeux. Elle voulait reprendre le contrôle sur ses émotions. Killian s'en amusa. Ce petit rire fut l'ultime déclencheur : Belle se rapprocha de lui et posa furtivement ses lèvres sur les siennes. Le shérif en fut surpris mais pas décontenancé. Elle venait de lui offrir l'occasion rêvée.
« C'est tout ? ironisa-t-il.
- C'est déjà bien assez, non ?
- Vous plaisantez j'espère !
- Mon mari apprécie lui !
- C'est qu'il est très prévenant alors ! »
Il fit une pause et pesa chacun des mots qui suivirent :
« Embrassez-moi encore, Belle. Avec la langue.
- Pardon ?
- Vous manquez de passion, vous comprenez ? »
Belle aurait dû s'en offensée mais étonnamment, elle sentit tout son corps frissonner. Personne ne lui avait jamais parlé comme ça avant. Killian semblait bien sûr de lui. C'était un homme expérimenté. Viril. Que risquait-elle à lui accorder un peu de confiance ? Elle inspira profondément et se pencha à nouveau vers lui. Mais cette fois-ci, elle fit exactement ce qu'il lui avait demandé. Sa langue caressa doucement la sienne, arrachant un gémissement de plaisir au shérif. Quand le baiser prit fin, il lui adressa son plus beau sourire.
« Vous comprenez maintenant ? murmura-t-il.
- Je crois… »
Killian s'assit confortablement dans le canapé. Ses yeux se posèrent sur le petit voyant rouge émanant de son ordinateur. La webcam était en route. Tout se passait exactement comme prévu.
« D'autres questions miss French ? »
A suivre...
