Un chapitre trois plus court... Mais la scène qui se déroule là, j'avais envie de la faire 'seule', sans changement de décor à la fin, d'où la coupure... Le prochain sera nettement plus long.

Encore merci à ceux (celles) qui laissent des commentaires :)

Décembre s'annonçait comme étant chargé : deux concerts pour L'Arc en ciel à la fin du mois. La tournée Theater of Kiss débuterait sur les chapeaux de roue, se poursuivit ainsi début 2008. Ensuite venait une tournée plus ambitieuse encore, qui les mènerait sur le sol européen. D'où le fait de ces vacances improvisées de plusieurs jours : ils n'en auraient plus avant plusieurs mois.

Dans deux jours, Tetsu reprendrait les rennes, menant ses camarades sur le chemin des répétitions à n'en plus finir, n'étant jamais à l'abri d'un changement de set list de dernière minute, selon les envies... Il redoubla d'ardeur alors pour savourer ce calme, étant tout de même excité à l'idée de repartir sur les routes et de pouvoir à nouveau goûter à l'ambiance électrisante que produisait une tournée. Il avait fait tout ce qu'il avait à faire, ne restait plus qu'à attendre quelques 48 heures, et il serait de nouveau un homme occupé et consciencieux. Et là, il était en mode 'surtout, aucun stress' : affalé dans sa banquette, bloquant sur le mur de son salon, laissant son esprit partir où bon lui semblait, de 'il est bien droit, ce cadre ?' à 'Ken-chan sera encore en retard... Le premier jour, il en se lève jamais'. Comme quoi, son esprit était bien désordonné... Il attrapa son portable sur la table basse, et commença à jouer avec, regardant ses anciens messages, changeant le fond d'écran... Il était arrivé au point culminant de la flemme et... De l'ennui. 'Les vacances, c'est nul !', se dit-il, se faisant rire tout seul.

Passant en revue son répertoire sans autre but que de passer les 30 prochaines secondes, il tomba sur le nom et le numéro de Nakamaru. Pourquoi son fichu doigt appuya-t-il sur la touche 'appeler' ? Ca, même aujourd'hui, il ne se l'explique pas. Il avait appuyé et entendu la première sonnerie avant même d'avoir compris ce qu'il faisait. Qu'est-ce qui contrôlait son corps, au juste ?

Allo ?

Naturellement, l'autre avait décroché. Pourquoi avait-il fallu qu'il décroche, bon sang ! Une dizaine de baffes mentales -mais bien fortes- plus tard, Tetsu décida de ne pas passer pour l'idiot qu'il était, et de parler. Excellent programme. En même temps, on n'en attendait pas moins de la personne qui appelle. Il maîtrisa sa voix pour la faire calme et décontractée :

Bonjour, c'est Tetsu.

Bonsoir, plutôt. Il est tard...

Ah, le nul ! C'est vrai que l'heure du repas était passée. Sa confiance s'effrita d'un seul coup, à la correction donnée par son interlocuteur. Il était vraiment à côté de la plaque, à tel point qu'il ne risquait pas de marcher dessus. Ah bien, joli coup... Oh et puis après tout, ça n'était pas un drame.

Je ne te dérange pas ?

Pas du tout, ça me fait plaisir.

Et lui donc ! Il y avait une photo à prendre : Tetsu qui souriait bêtement au plafond. Il se frotta les yeux en un geste fatigué : ça ne va pas bien, non ? Sourire pour quatre petits mots insignifiants... A quoi ça rimait, enfin ?...

Ce que Tetsu n'avait pas remarqué quand il l'avait revu, c'était la voix de Nakamaru. Au téléphone, il y accordait forcément plus d'importance, ne pouvant le voir. Et sa voix était assez douce, mais on y devinait toujours un sourire qui ne demandait qu'à se transformer en rire. C'était amusant, ça donnait envie de sourire aussi. 'Où est-ce que je vais ?!' se demanda un instant le bassiste.

Euh... Tu es toujours là ?

Oui... Oui, oui ! Excuse-moi... se repris Tetsu, se redressant du même coup.

Ah, comme tu ne disais plus rien... fit Nakamaru, quelque peu embarrassé maintenant.

Je... Je pensais.

Oh... répondit le jeune homme en souriant. C'est du sérieux, alors...

Tu te moques, là ? Demanda Tetsu, souriant franchement aussi.

Il ne pouvait voir Nakamaru à l'autre bout du fil, et pourtant, ça valait aussi la peine qu'on s'y attarde... Assis à sa table, remuant inlassablement sa petite cuillère dans son yahourt -il en était au dessert, à l'appel de Tetsu-... Et il se secoua à cette interrogation, rétorquant vivement :

Euh... Pardon !

Tetsu soupira. Encore ? Pourquoi s'excuser comme ça, tout le temps et pour n'importe quoi ? Ca ne se voyait pas, qu'il plaisantait ? Ca ne l'énervait pas, mais ça ne le réjouissait pas non plus. Il y avait toujours cette distance que Nakamaru s'évertuait à conserver, comme un disciple face à son maître, ou quelque chose dans ce genre. Comme s'il avait à prendre des pincettes pour s'adresser à lui. Il ne pouvait pas comprendre l'exacte signification de l'attitude de Nakamaru, pas à ce stade. Pas plus qu'il ne s'expliquait pourquoi il se sentait fébrile. Pas tremblant non plus, mais... agité. Légèrement surexcité, presque euphorique. Comme si il y avait de quoi l'être...

Tu veux me rendre un service ? Demanda-t-il enfin.

Bien sûr !

Arrête de me traiter comme si j'étais important, expliqua le bassiste, plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Je pense avoir assez d'autodérision pour supporter quelques plaisanteries. Si tu connaissais Ken-chan... Enfin bref. Plus généralement : sois toi-même et dis ce que tu penses.

Un silence. Pesant, même. Tetsu eut peur alors, de l'avoir vexé. Il avait été trop sec, non ? Trop 'donneur de leçons ?'. Le problème, et il commençait à l'entrevoir, c'est qu'il se posait énormément de questions dès lors qu'il s'agissait de Nakamaru. Certes, il avait toujours eu du mal avec 'les autres'. Mais là, il frôlait la première place... Il ne s'était jamais posé autant de questions à propos de l'attitude de quelqu'un et de la sienne. Pourquoi diable est-ce qu'un type qu'il connaissait à peine lui posait tant de problème, et qu'il n'arrivait pas à se comporter normalement. Heureusement pour son crâne, Nakamaru repris finalement la parole, d'une voix hésitante toutefois :

Oui mais... Tetsu-kun, il ya une chose sur moi que tu ignores.

Quoi donc ?

Avant de te rencontrer... bégaya-t-il, je... Disons que j'étais déjà... Très admiratif de ton talent. Tu dois comprendre que c'est difficile pour moi de te parler comme si tu étais n'importe qui...

Mas je suis n'importe qui ! Se désespéra Tetsu.

Pas du tout, non, fit Nakamaru avec un petit rire surpris.

Alors quoi ? Tu préfères t'en tenir à ce que ton poste de télévision te montrait et te dire que je ne suis que ça ?

Non plus.

Euh... Là je ne te suis plus... fit Tetsu, décontenancé.

Je veux simplement dire que je m'étais faite une certaine idée de toi, d'après ce que tu inspirais. Et à te connaître véritablement... Cette image est erronée.

Ah ! Tu vois ! Répondit Tetsu du tac au tac, se félicitant d'avance.

Tu es mieux que ça encore.

Alors là... Nakamaru : 15, Tetsu : 0. Tetsu faillit en lâcher le téléphone. Ca avait été dit d'une voix à peine audible, perclue de timidité, mais sincère et spontanée. Et il se sentit fondre. Vraiment fondre. Il lui semblait qu'il avait chaud tout à coup. Il attrapa un coussin dont il tritura le bord nerveusement, juste pour avoir quelque chose à serrer, ne trouvant absolument rien à répondre. 'Merci' ? Oui, ça c'était sûr, mais encore...

A l'autre bout du fil, Nakamaru s'était mis à remuer à nouveau sa cuillère dans son pot de yahourt maintenant vide... Surpris de son audace et de cette réponse franche qui lui avait échappée, il était devenu écarlate. Mais c'était vrai, aussi. Ce qu'il devinait de Tetsu en tant que personnage public, il l'appréciait. Mais à le connaître personnellement, il s'était aperçu qu'il était plus compliqué qu'il ne l'aurait pensé. Cette modestie par exemple, qu'il devinait, se transformait en réelle bonté, sincère gentillesse du bassiste. Et c'était ainsi pour chaque aspect. Alors sa réponse était tout ce qu'il y avait de plus franc. Sauf que... Ca ne se disait pas ! C'est trop gênant !

Et le fameux blanc tant redouté l'autre jour par Tetsu, ce fameux blanc était bien là... Il pensa un instant aux paroles de Hyde. Savoir accepter les compliments... Ne pas s'y soustraire. Surtout qu'il en était heureux. Alors il pris sur lui, puisqu'il fallait bien que la conversation redémarre, d'une façon ou d'une autre :

Merci, dit-il enfin. Ca me touche beaucoup.

Oh ben... Je... De rien, répondit enfin l'autre, ne sachant plus où se mettre.

Par quel miracle Tetsu réussit-il à lui poser la question : 'tu as passé une bonne journée ?', ça, il s'en sut rien... Ce fut la première qui lui passa par la tête, et elle fut efficace. Trop heureux de voir cette sortie de secours, Nakamaru fonça dedans tête la première, quitte à lui décrire sa journée en long, en large et en travers... Merci au bassiste d'être réactif.

Toujours est-il que le dialogue repris de plus belle. Il se poursuivit longtemps, vraiment longtemps... Et il y eut des rires, surtout. Un vrai bon moment. Tetsu n'avait même pas de raison de téléphoner à la base, mais Nakamaru s'en fichait pas mal : il était heureux de cet appel. Il était avide de savoir. Tetsu croyait que ses questions portaient sur sa carrière, mais ce n'était que la partie émergée de l'iceberg. A travers cela, Nakamaru voulait le connaître, mieux le connaître. Et plus il en découvrait, petit bout par petit bout, plus il l'appréciait et se confortait dans son idée première. Cetet distance qu'il mettait, cette réserve... Ce n'était pas seulement une admiration de fan. C'était une réelle intimidation pour la personne fascinante qu'il découvrait chaque fois un peu plus, et qui le troublait beaucoup. Pourquoi, lui qui aime tant rire et connaître les gens, s'était-il trouvé en pleine émission, à ne plus savoir quoi dire et à regarder ailleurs ? Simplement parce qu'il ne savait plus quoi penser. Tout chez Tetsu était doux, gentil, aimable... C'était très reposant. Et il était intelligent. Il sentait chez lui une vraie intelligence, celle de quelqu'un qui en a vu beaucoup et des pas toujours drôles, et qui sait ce qu'il veut et où il va...

Même si là, Tetsu ne savait pas trop où il allait, en fait. Et deux heures passèrent comme ça. Trois. Après, il arrêta de compter. Il en avait l'oreille toute chaude et la main crispée, mais qu'est-ce qu'il s'amusait ! Fou rire sur fou rire. Nakamaru n'était pas triste, ça, c'était sûr. Mais toute chose a une fin, surtout les batteries des téléphones. Il fallut bien raccrocher, même si l'envie n'était pas là... Alors après un 'bonne nuit', vu l'heure, Tetsu raccrocha et gagna son lit, faisant craquer ses doigts pour se remettre. Lui qui détestait le téléphone... Mais quelle bonne soirée ! Il alla se coucher avec un sourire qui ne le quittait pas, mais une fois étendu... Rien à faire, se poser des questions était dans sa nature, il n'y pouvait rien. Il ne savait pas ce qui se passait, mais ça ne lui disait rien qui vaille... Rien qui soit simple, e ntout cas. Il résolut de remettre ses réflexions à plus tard et s'endormit, sachant bien que de toute façon, à un moment donné, il allait devoir faire face. A quoi, ça... Mais faire face.