4.
Surlis avait soulagé Pouchy du trait de métal noir qui s'était enfoncé en haut de sa poitrine, non loin de son cou, manquant de peu la jugulaire. Ensuite Thrée et ses équipes l'avaient emmené à l'hôpital Sylvidre qui n'avait rien à envier aux complexes les plus modernes sur d'autres planètes. Le Doc de l'Indomptable et Gander s'étaient alors occupés d'Alguérande.
- On va le faire à la traditionnelle, Gand'. Il n'y a rien de mieux. Brise le dard de ton côté, je le retirerai du mien. Pose immédiatement une compresse pour éviter plus de flux de sang – il en a déjà assez perdu - et j'agirai de même. Une fois l'hémorragie sous contrôle, je le ferai conduire au centre hospitalier Sylvidre.
Les deux Mécanoïdes agirent en parfaite synchronisation.
- Quoi qu'en disent ces deux boîtes de conserve, tu ne vas pas bien du tout. Tu es hors d'état de faire quoi que ce soit. Ton vieux général devrait te mettre à la retraite, toi aussi !
- Tu es aimable comme un fût de vinaigre, Anténor. Je ne vois vraiment pas en quoi tu peux tenir de la famille ! grinça Alguérande.
- Tiens, il me semblait au contraire avoir remarqué que c'était le trait de caractère dominant ! rétorqua son aîné.
- De quoi ? ! s'étrangla Alguérande.
- Fais ta propre introspection, et après seulement quelques grattages de ton âme, tu sauras que j'ai raison !
Anténor eut un petit rire.
- Tu n'as même pas commencé, et je constate que tu as déjà réalisé que je ne disais que la vérité. D'ailleurs, comment en douter. Nous avons tous un caractère de cochon, et ce n'est même pas de notre faute !
Alguérande tenta alors de rire franchement, ce qui lui déchira la poitrine, faisant remonter du sang dans sa bouche.
- Oui, nous sommes innocents, reconnut-il en toussant à en perdre le souffle dans son mouchoir. La faute à notre père. Mais nous sommes justes dignes de lui. Nous ne nous laisserons jamais faire !
- Ca, c'est peu de le dire, convint Anténor. En revanche, toi ça n'a vraiment pas l'air d'aller ! Tu n'aurais jamais dû quitter le Centre Hospitalier !
- C'est toi qui m'as fait quitter Terra IV…
- Mais pas pour que tu reprennes tes tâches à bord, même si ce Gander assure sur la passerelle, remarqua Anténor avec reproches et soucis tout à la fois. Même moi, sérieusement blessés par tes pairs galonnés, je n'ai jamais continué à aller au-devant d'autres escarmouches et lésions plus graves encore. D'après ce que je sais, toi tu n'as jamais fait que cela, bougre d'idiot !
- Cela m'a toujours réussi.
- Et il y a aussi toujours un jour où cela échoue… Je l'ai expérimenté, en tant que simple Pirate. Toi, avec ton foutu chromosome doré, tes ailes de Dragon, tu n'as plus connu que les victoires, quel que soit le prix que tu aies eu à payer. Et d'après tout ce que tu m'as raconté, tu as eu les factures les plus lourdes à acquitter en versant ton sang … Je ne comprendrai sans doute jamais cette partie de ta vie. Je ne suis pas de ce monde. Et j'en suis soulagé !
- Tu es pourtant là, remarqua Alguérande, ayant au final ravalé le sang dans la gorge, mais pas rassuré sur le long terme sachant qu'il ne faisait à nouveau rien pour une guérison saine.
- Il faut bien quelqu'un de sensé à ce bord. Et si tu dérailles trop, mon Mégalodon est prêt à t'atomiser ! Je l'ai déjà fait avec ton Pharaon !
- Décidément, toi, tu ne tromperas jamais personne sur tes intentions amicales… Tu as des façons de négocier et de t'intégrer qui m'échapperont toujours !
Une sphère de lumière apparut et Léllanya se matérialisa, blonde, sa tenue bleu ciel plus étincelante que jamais, ses petites ailes battant paisiblement.
- Je n'ai effectivement pas fini mon travail ou plutôt je devrais dire les Sages sur cet homme blessé par la vie depuis qu'il est né !
- Pas maintenant ! pria Alguérande en se levant brusquement. Je… J'ai…
- Oui ? firent en chœur Anténor et Léllanya.
- J'ai besoin d'Anténor, avoua Alguérande.
- Je ne reviendrai que le moment venu, sourit l'Elite blonde. Effectivement, vous devez être à deux en ces circonstances. Cela vous fera le plus grand bien !
- De quoi ? ! hoquetèrent alors les deux frères.
Léllanya sourit, posant ses mains sur chacune des épaules des deux jeunes gens.
- Vous êtes merveilleux, et vous ne le réalisez pas entièrement encore ! Quel magnifique tableau vous me donnez à voir ! Je ne l'espérais pas. Cela valait la peine de mourir pour l'observer de toute mon éternité ! Je vous aime !
- Merci… maman, murmura Anténor, avec réticences, sa voix à peine audible.
- Merci, Léllanya, lâcha Alguérande, sans plus.
Mais l'Elite ailée repartie aussi vite qu'elle était venue, les deux frères redoutèrent, non sans raison, les jours et semaines à venir !
Après quelques instants de répit, d'espoir même, Anténor sorti pour rejoindre son bord et Alguérande vomit un flot de sang, avant de s'évanouir.
