Accident (thème "Adrénaline")
Tout se passa si vite que, plus tard, il n'y eut pas deux témoins pour raconter la scène de la même façon.
En tant que nouveau Capitaine, Cedric Diggory supervisait les essais. Il lui fallait deux nouveaux Poursuiveurs et il avait présélectionné quatre des candidats après une épreuve de tirs au but suivie de l'exécution de quelques figures courantes. Voulant voir comment ils se comporteraient en équipe avec Anna Barnes (Poursuiveuse resélectionnée d'office), il décida de les évaluer deux par deux en testant toutes les combinaisons possibles. Pour les mettre en situation, il jouerait chaque fois le rôle de l'adversaire avec les deux autres, et les Batteurs enverraient les Cognards sans parti pris tout en s'assurant que personne ne serait réellement touché. En théorie, c'était un bon plan. En pratique...
Qui était responsable ? Le gamin de deuxème année qui, depuis le début, frimait pour compenser le handicap de son jeune âge ? La camarade de classe d'Anna qui, déconcentrée, avait mal lancé le Souafle ? Le Batteur qui avait lancé son Cognard avec trop de violence ? L'autre Batteur dont l'attention avait faibli au mauvais moment, l'empêchant d'intercepter le tir de son homologue ? Ou Cedric parce qu'il n'avait pas pensé à leur conseiller de n'utiliser qu'un seul Cognard pour plus de sécurité ? Tout le monde à la fois et personne en particulier, peut-être.
Un Cognard qui fonce, le gamin qui l'évite au dernier moment dans une figure inutilement compliquée et heurte légèrement la fille au passage. Un lancer de Souafle trop court, Anna qui se penche pour l'attraper du bout des doigts et le deuxième Cognard qui la frappe dans le dos. La chute.
- Anna !
Depuis ses buts, Zarina Keynes, hurlant le prénom de son amie, se précipitait dans sa direction. Mais elle était bien trop loin. Figés d'horreur, les autres n'avaient pas encore réagi. Sauf Cedric. En tant que faux adversaire, il avait été sur le point d'intercepter le Souafle, profitant de la passe ratée. C'était donc lui le plus proche d'Anna à l'instant de l'accident.
Sans trop savoir comment, le Capitaine se retrouva au sol, sa coéquipière dans les bras. Foncer vers le bas en criant à quiconque aurait sa baguette sous la main de lancer un sort susceptible de secourir Anna (ralentissement, coussinage... n'importe quoi !), atterrir en catastrophe, attraper la jeune fille in extremis et s'écrouler avec elle sous le choc – tout cela n'avait pris que quelques secondes mais, en y repensant, il aurait l'impression que sa peur d'arriver trop tard avait duré une éternité.
- Je t'ai fait mal ? s'inquiéta Anna dès qu'elle eut suffisamment repris ses esprits pour comprendre ce qui venait de lui arriver.
- Ça va, répondit Cedric tandis qu'ils se relevaient précautionneusement (ils auraient sans doute des bleus et peut-être aussi des courbatures mais, apparemment, rien de plus grave). Et toi, tu vas bien ?
Les autres commençaient à se regrouper autour d'eux, mais ils ne leur prêtèrent aucune attention. Comme Anna confirmait qu'elle n'avait rien, Cedric la prit dans ses bras sans réfléchir, trop heureux de la voir saine et sauve pour penser à ce que pourraient en déduire les spectateurs.
- J'ai vraiment cru que je n'y arriverais pas, avoua-t-il, tremblant rétrospectivement à cette idée.
- Mais tu y es arrivé, alors n'y pense plus, répondit Anna en se serrant plus fort contre lui. Merci.
Leurs coeurs battaient encore très vite – au même rythme, semblait-il. Et, grisés par l'adrénaline, ils ne savaient plus très bien ce qu'ils faisaient.
C'est du moins l'excuse que balbutia Anna après avoir embrassé Cedric sous les yeux ébahis de tous les élèves qui avaient participés aux essais (ainsi que de ceux qui étaient là pour encourager leurs amis). Et c'est aussi ce que dit Cedric quand, l'histoire ayant fait le tour de l'école, la moitié des gens à qui il parla au cours de la semaine suivante lui demandèrent des précisions.
- Qu'est-ce qu'ils imaginent ? grommela-t-il alors que quelqu'un venait encore de mentionner l'incident avec un sourire tout à fait exaspérant.
- Soit que vous en rêviez depuis longtemps et que vous avez sauté sur l'occasion, soit que vous sortiez déjà ensemble en secret et que les circonstances vous ont fait oublier que tout le monde vous regardait, expliqua son ami Hiro sur le ton de l'évidence.
Cedric en resta interdit.
- Mais... non ! s'écria-t-il. Jamais je n'avais pensé...
- Peut-être, mais elle ? Tu ne peux pas savoir ce qu'elle pensait. Et même si elle n'y pensait pas avant...
Involontairement, Cedric jeta un coup d'oeil en direction d'Anna, assise un peu plus loin avec quelques amies... dont une qui le vit et chuchota quelque chose à l'oreille de la Poursuiveuse.
- Grillé ! commenta Hiro en riant.
Mais Cedric ne trouvait pas ça drôle du tout.
- Il faudra que je lui parle, décida-t-il, très sérieux.
- Pour lui demander un rendez-vous officiel ?
- Non !
Quoique... A la réflexion, il ne savait même pas ce qu'il avait envie de dire à Anna. Mais peut importait. Il aviserait sur le moment.
