[Edition 10/04/15]


Chapitre 2 : Une nouvelle à Poudlard, sans blague ?

Et dire qu'elle ne s'y attendait pas. Dès le début c'était évident mais elle se voilait la face. Elle était dans le déni. Cela dit je peux la comprendre. Qui en aurait voulu ? Encore une fois, je ne veux pas la plaindre : elle s'en est trop bien sortie. Elle n'était pas faite pour nous, nous étions trop durs pour elle. Son talent nous la montré comme adepte, semblable à nous d'une certaine manière.

Mensonges.

On a tous coulé ensemble pourtant. Je ne saurais dire lequel a entraîné les autres. Tout était si confus, si diffus. Elle a sa part de responsabilité, tout comme nous autres. Mais ce n'est pas le sujet du jour. Alors non, je ne pense pas que c'était peut-être une erreur. Évidement que c'était une erreur. La pire de toutes, une condamnation primaire. Le début de la fin en somme. L'oméga de l'alpha, l'alpha de l'oméga. Mais sans la renaissance qui va avec. L'entrée du couloir de la Mort. Puis vint l'attente, grisante et sordide, exaltante. Une danse funeste dont l'apogée frissonnante fut atteinte dans l'excitation d'une étreinte, d'un baiser. Celui d'un détraqueur.

Je divague, ne vous en formalisez pas. Ou habituez-vous-y. Après tout c'était une autre chose que nous partagions. Elle était si distraite et informelle, perdue. Vous vous en rendrez compte bien assez tôt.

Il suffit pour aujourd'hui. Appréciez plutôt le roulement des premiers dés jetés. Je me souviens encore du son distinct de chaque face rebondissant dans un bruit mat sur la table.

Les avait-elle entendus aussi ?

T.N~

La danse macabre – Memento Mori

« Il en va de l'érotisme comme de la danse, l'un des partenaires se charge toujours de conduire l'autre. »

Milan Kundera

-On-

Je restai sourde aux murmures de la salle.

« Qui est-elle ?

- C'est pas une première année.

- Elle fait quand même la répartition ?

- Elle vient d'où ?

- Je l'ai vu dans le train.

- Vous croyez qu'elle va aller où ?

- C'est qui ? »

L'appel alphabétique arriva rapidement à mon nom et les bruits s'intensifièrent quand je m'arrachai à la contemplation du plafond magique et quittai le fond de la file. « Dore Malvina ! » appela la Directrice au chignon impeccable. Je ne laissai rien d'autre que mon air de mademoiselle paraître sur mon visage et m'avançai jusqu'au centre de l'estrade, devant la table des professeurs. Je m'assis droite comme un "i" sur le tabouret de bois et fixai la Grande Salle sans la voir. God, j'appréhendais vraiment ce moment. Puis MacGonagall posa le Choixpeau sur ma tête et j'entendis son inspiration puis sa voix rocailleuse résonner dans mon crâne.

« Tiens, tiens, tiens, qu'avons-nous là ? Une septième année cela faisait bien longtemps. Il s'agit d'une jeune femme, peut être devrais-je mieux me concentrer sur une tête si pleine pour ne pas l'envoyer où elle ne conviendrait en rien, n'est-ce pas ? »

Je me retins de souffler et m'efforçai de faire le vide dans mon esprit.

« Serait-ce en plus l'enfant de ce cher Rodolphus Dore l'ambitieux, il aurait donc épousé douce Hélia Talish fille du monde. À n'en pas douter tu as hérité de leurs esprits vifs. Mais qui es-tu réellement Malvina ? »

Je m'empêchai de froncer des sourcils et attendis la suite. Allait-il monologuer derrière mes oreilles longtemps ? Qu'il donne sa réponse au plus vite, que je sois débarrassé de la corvée de l'écouter.

« Beaucoup de connaissances et de capacités sous ces boucles épaisses et ces pensées vivaces emmêlées. Serdaigle peut être ? »

Voilà ! L'amour du travail ne tenait sûrement pas la moindre place dans mon cœur, mais qu'il prononce les mots et le tout serait achevé.

« Les règlements ne sont pas non plus une attache fondamentale si je ne m'abuse, répondit-il à ma pensée. Un certain goût pour la contradiction n'est-ce pas. La loyauté ne vaut que pour ce que tu estimes, les autres peuvent être trompés et manipulés pour servir tes intérêts. Serpentard alors ? »

J'arrêtai de respirer. Quoi ? Que disait-il ?

« Mais ceux-là seraient sûrement trop durs pour tant d'hésitation. Ils ne te conviendraient pas, si naïve et fragile en soit, gentille. »

J'expirai doucement.

« Oh, mais qu'avons-nous là ? Mes plis s'agitent d'excitation, quelle trouvaille. »

Hein ? Quoi encore ?!

« La cachottière elle possède le fameux don de ses ancêtres ! »

Merde, par ce qu'en plus il pouvait tout lire de moi ? Je me mordis les joues pour ne pas m'énerver contre ce bout de tissu miteux qui se permettait d'exposer ce que je gardais profondément secret. Par Morgane, qu'il se dépêche cet imbécile rabougri, Serdaigle et puis ce serait fini !

« Pas Serdaigle, jeune sorcière impertinente. Que de secrets, que de secrets. L'individualisme et les manipulations. Les apparences il n'y a plus que celles-ci qui importe et sauvent penses-tu. Tu tiens tes masques en place avec des mains fébriles mais habiles. Ce sera dur ma jeune amie, surtout pour toi et en ces temps de troubles, mais le mensonge est l'une des flèches de ton arc. Mon choix est fait dorénavant, ton esprit me le hurle. »

Fuck. Etait-il sérieusement sérieux là ?

« SERPENTARD ! » hurla-t-il.

Le chaos dans ma tête. Mon système nerveux se bloqua purement et simplement. Je me levai malgré ce coup de massue porté à mes sens. Serpentard. Serpentard ! Serpentard?! Bordel de merde. Je m'avançai dignement jusqu'à m'attabler et ne prêtai pas la moindre attention à quoique ce soit pendant un long, long moment. Mode pilote automatique puissance max.

Serpentard. Mon ébahissement ne se lisait pas sur mon visage, je m'en assurai par de nombreux hochements de tête en guise de salut et les applaudissements adéquats. J'ignorai tous commentaires autour de moi, j'ignorai tous regards dirigés vers moi et gardai mon expression travaillée presque sereine. Après des discours dont je n'écoutai rien, un repas que je mangeai sans même analyser ce que je chargeais sur ma fourchette, il fut l'heure de disposer. Serpentard ? Je regardai un instant le préfet noir des verts et argent organiser d'un regard et d'un geste autoritaire les premières années et ceux-ci le suivre pour sortir de la Grande Salle. Je revins plus ou moins à moi. Je savais où était les dortoirs : dans les cachots sous le lac, mon père me l'avait dit. Mais...où était les cachots ? J'hésitai à me précipiter à leur suite. Manque de conviction, je ne bougeai pas. J'avais besoin de quelqu'un pour me guider. Je balayai des yeux les élèves ô combien courtois de ma maison et me retins de me prendre la tête entre les mains. Je finis par leur rendre leurs airs hautains et me tournai vers la table des professeurs. Serpentard ? Il se moquait de moi, j'espérais encore me réveiller dans le train.

-Off-

« SERPENTARD ! » Hurla finalement le Choixpeau centenaire. Les amis rouge et or se regardèrent, interdits.

« Mais t'avais dit qu'elle était sympa » dit l'un d'eux.

Aucun ne lui répondit.

« Alors qu'est-ce qu'elle fait la bas ? » Ajouta Ronald.

Ils l'observèrent tous, assise en bout de table, comme isolée, affichant le même air neutre, légèrement hautain, avec les commissures des lèvres à peine relevées pour ne pas paraître sévère ou antipathique, qu'elle arborait déjà plus tôt.

« La nouvelle est à Serpentard, commenta un autre.

- On avait remarqué, merci Neville, répondit Hermione. Je pense qu'on doit faire attention à elle, on ne sait rien d'elle après tout. Tu crois que MacGo' accepterait de nous en dire plus Harry ?

- On peut toujours essayer » lui répondit-il avait de reporter son attention sur elle.

Elle semblait en retrait, comme absente malgré l'attention évidente qu'elle portait à la suite des répartitions. Cet air un peu supérieur, bien que la différenciant d'eux par le manque de méchanceté palpable tranchait avec la franchise émotionnelle qu'elle leur avait montré dans la calèche et lui donnait sa place au milieu de ses nouveaux...congénères.

Ses yeux bleus en voyant toujours plus que les autres ne le pouvaient, Luna Lovegood à la table des Serdaigles murmura comme pour elle-même. « La pauvre, elle ne comprend pas. »

-On-

Dans les couloirs froids et légèrement glauques qui s'enfonçaient vers les cachots du château de Poudlard, je suivais cette pimb... - je me forçai à rester polie mentalement – je suivais donc Pansy Parkinson qui avait été chargé de m'escorter jusqu'à notre dortoir.

« Bonsoir Miss Dore. Je suis le professeur Rogue, votre Directeur de maison. Je serais ravi de m'entretenir avec vous...disons, demain. Dix heures. Dans mon bureau. Mais pour l'heure, il vous faudra rentrer vous coucher dans votre nouvelle maison et je suis sûr que... Miss Parkinson. Miss Parkinson ! Je suis sûr que Miss Parkinson se fera un plaisir de vous accompagner jusqu'à vos appartements et de vous guider le temps de votre adaptation. N'est-ce pas Miss Parkinson ? » Avait dit l'homme à l'air de chauve-souris d'une voix sèche, neutre mais pourtant tranchante comme un sabre.

« Mais bien évidemment professeur Rogue » avait-elle répondu avec un sourire bien trop brillant pour être honnête. Elle avait claqué des doigts en un ordre de la suivre. Dès lors, j'avais été sur le point de céder et de lui balancer tout ce qui montait en moi depuis que cette connerie de chapeau moisi avait hurlé Serpentard. Mais le professeur m'avait hélé une dernière fois avant de tourner des talons en faisant voleter sa longue cape noire derrière lui. « Et bienvenue dans la Noble Maison de Serpentard Mlle Dore. » Les majuscules étaient carrément audibles quand il parlait.

Et maintenant, je me retrouvai à suivre cette fille qui ne se gênait pas pour critiquer dans sa barbe chaque personne qui croisait notre route. Ses cheveux noirs bougeaient dans son dos au rythme de ses pas et elle était plus petite que moi d'une dizaine de centimètres. J'étais absorbée par la contemplation des tapisseries et tableaux animés qui s'étalaient sur les épais murs de pierre grise. Après une énième volée de marches je me rendis compte qu'il y en avait de moins en moins et que l'humidité semblait directement remonter du sol. Elle s'arrêta subitement pour me toiser de la tête au pied, un air mauvais collé sur son visage au nez trop pointu.

« De quel sang es-tu ? » J'en restai bouche bée sans pour autant le laisser paraître sur mon visage.

Sérieusement meuf ?

« J'attends !

- Je ne vois pas en quoi ça te concerne, lui lançai-je d'un ton jovial que ne soutenait pas mon expression neutre.

- Mais tu es idiote ou tu le fais exprès ! Tes veines sont-elles souillées par du sang moldu ? »

Je souris de nouveau, faignant un amusement patient. Mais je savais qu'elle sentirait la menace derrière mon sourcil levé.

« Je te laisse deviner.

- Écoutes moi bien la nouvelle. Je me fous de qui tu es, mais je te préviens, tu n'as pas intérêt à te faire remarquer et tu ferais mieux de t'enterrer dans un trou par ce que je te garantis que tu pourrais payer très cher de contrarier les mauvaises personnes. Suis-je claire ? »

Je croisai les bras sur ma poitrine et l'observai de haut sans me départir de mon sourire moqueur. A ce niveau c'était presque de la pitié. Après quelques secondes où je gardai le silence, elle finit par se retourner, le rouge commençant à lui monter aux joues. Nous arrivâmes quelques minutes plus tard devant un tableau représentant un homme à la peau presque translucide jouer avec une petite vipère.

« Dragon d'Opium » énonça ma nouvelle camarade.

Elle m'adressa un dernier regard d'avertissement avant de passer à travers le cadre devenu brumeux. Derrière celui-ci, je découvris la salle commune des Serpentards. Le plafond dégageait un éclat verdâtre et un magnifique lustre renvoyait cette lumière presque lugubre. Nous nous trouvions sous le lac. La décoration n'était que dans les tons verts et argent, un feu ronflait dans l'âtre de la cheminée et tout autour, dans des fauteuils à l'air confortables des élèves me détaillaient en silence. Mon cœur se mit à battre devant autant de regards si peu accueillants. Les premières années semblaient déjà avoir été congédiés et seuls restaient des étudiants de sixième et septième semblaient-ils. Parkinson alla s'asseoir sur un canapé, se plaçant de manière que ce que le gars qui y était allongé pose sa tête sur ses genoux.

« Bah présentes toi idiote. »

Je tiquai. Mes pensées s'agitant nerveusement. « Oh putain, toi ma chère, on ne va vraiment pas être copine. Et t'as vraiment pas choisis le bon moment pour m'chercher, j'te jure que j'vais te... » L'agressai-je mentalement. Mais je devais rester calme. Je souris comme un peu plus tôt et fis quelques pas en avant, la regardant presque avec indulgence.

« Écoutes moi bien Parkinson, commençai-je d'une voix doucereuse, je ne sais pas pour qui tu te prends, mais je t'arrête tout de suite. Je vais te prévenir une fois, puis deux, puis trois et ensuite je commencerais à sévir, progressivement. Insultes moi encore Parkinson, cherche moi et je te promets que tu le regretteras. »

Je serrai les poings et mon visage sur la fin de ma phrase, me donnant un air menaçant. Je plissai des yeux. Puis je redevins d'un coup presque joviale. « Est-ce clair ? » Je ne lui laissai pas le temps de répondre et m'approchai pour prendre place dans un des canapés autour. Encore une fois je me forçai à arborer un masque d'assurance, comprenant qu'il me fallait me faire respecter dès à présent. Je croisai mes bras sous ma poitrine pour cacher les tremblements de mes doigts. Peut-être que...Le Choixpeau avait raison, je savais être fausse, j'en avais besoin pour maintenir mes apparences. J'avais ma place au milieu des vipères. Fait chier. « Malvina Dore. Enchanté, mais je suppose que vous avez tous entendu mon nom. Et vous êtes ? »

En me levant finalement, je me retins de souffler. Après le pseudo interrogatoire que je venais de subir tout en m'assurant de retourner les questions, de cerner mes interlocuteurs et de donner des réponses neutres ou évasives, je me levai enfin.

« Eh, Dore ? » me héla le beau noir.

Je me retournai pour le voir s'approcher de moi. Il me détailla puis se pencha jusqu'à mon oreille.

« Très jolie, mais ça ne suffira pas. Tu vas devoir faire tes preuves ici, ce n'est pas un monde de boursoufflets.

- Mais j'y compte bien mon cher... Zabini, c'est bien cela ? Je n'en attends que l'occasion, rajoutai-je.

- Tu l'auras peut être plus tôt que tu le penses, chérie. Nous ne sommes que vendredi soir. Je te laisse aller t'installer. Le dortoir des filles, en haut à gauche. Reviens nous voir quand tu seras prête. Et un conseil, ignores les indésirables. »

Je m'éloignai en lâchant un léger gloussement et commençai à monter les escaliers. L'autre préfet me rappela et haute de quelques marches, je me retournai, une main encore sur la rampe.

« Oui ?

- Bienvenue dans le Royaume des Serpents. » Fini-t-il avec un sourire mauvais.

Je lui fis un sourire en coin, celui que je savais creuser mon unique fossette puis m'en allais.

Dans la chambre que je partageais avec une certaine Grengross – ou quelquechose comme cela - qui visiblement était en train de se doucher, je rangeai mes affaires d'un coup de baguette. Puis je m'affalai sur le lit douillet. Je fermai les rideaux et lançai un sort de confinement. Je sortis alors mon paquet de cigarette et en portai une à mes lèvres. Ma baguette tremblait entre mes doigts. Putain, putain, putain, quelle pression. Quelle foutue situation de merde, merde, merde. J'avais même du mal à y croire.

« Incendio » murmurai-je.

Mon urgence me poussa à prévoir, chercher à anticiper. Calculer et me préparer par ce que rien ne devait plus pouvoir me prendre au dépourvu de la sorte. J'en tremblais encore. Alors quels seraient les conséquences directes ? Comment devais-je réagir à partir de maintenant ? Je tirai une longue bouffée et laissai la fumée me pénétrer. Savourant de la sentir enfin, après cette putain de longue journée stressante sans nicotine. Mes parents : une lettre suffiraient. Ils me connaissaient suffisamment pour ne craindre outre mesure qu'appartenir à Serpentard serait suffisant pour m'amener à...passer du côté obscur de la force. Je pouvais gérer la situation sans trop de problème, je n'aurais qu'à dépeindre mon emballement, la beauté des lieux et mon trouble d'entrée dans cette maison, tout en laissant transparaître l'idée réjouissante d'avoir cela en commun avec mon père. Je tirai de nouveau, encore plus fort et savourai l'âpre amertume, la laissant s'installer sur ma langue. Pour le groupe du Survivant & Cie, mes hypothétiques nouveaux amis, il me faudrait afficher ce moi-même joyeux, honnête et avenant tout en marquant un peu de tristesse pour justifier une part d'ombre. Essayer de me rapprocher d'eux et pourquoi pas, de leur cause. Je tremblai davantage en sentant toutes mes terminaisons nerveuses se détendre. L'air se troublait. Je fis disparaître les cendres et continuai à fumer avec soulagement. Pour le reste, ça serait au feeling. J'aspirai puis expirai en regardant sortir la fumée, je rejetai la tête en arrière, la regardant créer des arabesques autour de moi. Puis elles se dissipèrent. Alors je me laissai aller, laissai couler mes masques, les laissai se dissiper de la même manière. Plus d'assurance, plus de faux semblant. J'avais peur, peur, peur, peur, peur. J'étais effrayée. Flippée à l'idée de devoir survivre au milieu des serpents, de devoir m'imposer et me faire respecter. Je n'étais pas à la hauteur, putain, je ne pouvais l'être. Car je n'étais qu'une merde, une merde. Courage, chercher le courage, il me fallait tenir tête avant qu'Elle ne...Mais le courage me faisait défaut. Après tout, les serpents n'étaient-ils pas tous des lâches ? Je finis par m'endormir après avoir volatilisé le mégot.

.

Je me tournai vers elle, l'air de dire « casse-toi ».

« Merci Pansy, souris-je

- Oh mais de rien Malvina » reprit-elle.

Je me retournai et frappai deux coups secs à la porte du cachot. Celle-ci s'ouvrit quelques secondes plus tard sur le professeur Rogue. Son regard noir me scanna de la tête au pied et je fermai mon esprit. Alors c'était vrai, il était legilimens. Mon père, qui avait été son cadet à Serpentard d'une année, m'avait parlé des membres du corps enseignant qu'il connaissait. Et le sinistre prof de potion avait la réputation d'être un adepte des Forces du Mal, ancien Mangemort, que tous savaient être un occlumens expert confirmé et fin legilimens. Je ne craignais qu'en partie peu qu'il perce mes défenses, après tout, celles-ci avaient réussis à duper mes « professeurs ». Lorsque nous vivions en Espagne puis en France, j'avais eus ce que mes parents avaient nommés de mauvaises fréquentations, avec lesquels nous avions... découvert et apprécié un certain nombre de vices. Il était vrai qu'ensemble, nous avions poussé le bouchon, mais je n'étais pas d'accord avec mes parents, ils étaient avant tout mes amis. Bref, je m'éloignai du sujet. Toujours était-il que nous nous étions amusés à apprendre quelques bases de choses et d'autres. J'en conviens, ce n'était pas les divertissements les plus sains du monde, mais que voulez-vous ? Encore une fois, je répète mon goût pour l'interdit et...les problèmes à en juger le sourcil que levait maintenant l'homme en face de moi. Je déglutis et remballai mon sourire poli à deux balles. Il y avait des gens avec qui l'on devait abattre certaines cartes. Mais bon, il aurait quand même pu attendre que je passe la porte avant de m'agresser.

« Bonjour Miss Dore. Entrez. Comment s'est passée votre première nuit ?

- Instructive je dois dire, mais reposante pour l'essentiel, merci. Accommodante également. Mais j'imagine que vous n'êtes pas particulièrement avare de détails.

- En effet Miss Dore, mais je suis heureux de savoir qu'il n'y a pas eu d'incident notoire. Prenez place je vous prie.

- Merci. Serait-ce une mise en garde, professeur ? »

L'un des coins de ses lèvres se souleva un très court instant et je me mordis la langue pour rester impassible.

« Je vous ai présentement convoqué pour m'entretenir avec vous de...certains uses de notre maison. Mais il me semblerait que vous en avez sûrement déjà saisis les lignes prédominantes.

- J'apprécie professeur et dédis toute mon attention aux conseils avisés que vous pourrez me confier. »

Il croisa ses mains sur la table et replongea son regard dans le mien. Je le soutenu et lui fis un petit sourire contrit.

«Miss Dore. Il est d'une importance ca-pi-ta-le que vous preniez soin à trouver votre place au sein de cet établissement et je ne saurais trop vous conseiller d'éviter de vous faire remarquer ainsi que les fréquentations...indésirables. »

Je hochai la tête, sérieuse, relevant l'usage du même terme que Zabini la veille, en retenant la nuance palpable avec la menace du premier.

« D'autre part, je souhaitais personnellement à vous remettre votre emploi du temps afin que nous puissions l'aménager en fonction de vos options. Si vous voulez bien... »

« Je vous remercie professeur de m'avoir accordé de votre temps, lui répondis une bonne heure plus tard.

- N'hésitez pas à revenir me voir si certaines choses nécessitent que l'on s'entretienne.

- Je n'y manquerais pas. »

Je lâchai finalement des yeux son regard profond scrutateur et me retournai. Puis je me ravisai, et le dévisageai à mon tour.

« Et monsieur ? Vous n'ignorez pas que j'ai longtemps été au contact du monde moldu. En ce qui concerne les habitudes que j'en ai gardé...

- Je n'y vois pas d'inconvénient tant que vos habitudes, miss, ne préjudicient pas les bonnes mœurs de Poudlard.

- Merci.

- Portez-vous bien, au revoir. »

Il ferma la porte de son bureau aux allures morbides sèchement et je soufflai, sentant le mal de tête arriver. Finalement, je n'avais pas pu tenir entièrement face à un si grand habitué des arts sombres. Mais je ne lui en tenais pas rigueur et me sentant même assez fière de n'avoir lâché que des informations primaires, comme mon lien aux addictions par exemple. Je me dirigeais dans les couloirs, les observant, les découvrant et tachant surtout de ne pas me perdre. J'avais en partie appris l'occlumancie non seulement par jeu avec mes potes, mais aussi, lorsque mon don s'était manifesté, il avait fallu m'assurer que je pourrais conserver ce secret. Le professeur Rogue avait surtout voulu essayer de me cerner, comprendre pourquoi le Choixpeau m'avait envoyé dans sa maison. Il devait à présent avoir sa réponse ainsi qu'une foule de questions sur ce que je cachais en fonction de sa curiosité sur ce qui pouvait pousser une fille comme moi à flirter avec les prémices des Ténèbres. Je me retins de rire aux éclats – les nerfs. J'aperçus devant les portes de la Grande Salle, Parkinson et Zabini qui marchait bras dessous, bras dessous. Oh merde, ne manquait plus qu'elle pour que ma migraine se change en commotion cérébrale.

« T'as pas vu Théo au fait ? demandait-t-elle, il a disparu depuis hier. Enfin, pas que ça change de d'habitude mais je l'ai trouvé encore plus distant. Tu crois que... »

Le black la coupa d'un regard et tous deux se tournèrent vers moi.

« Je ne fais que passer, ne vous gênez pour moi. Mais puisque je vous croise, par où je passe pour aller dans le parc ?

- Démerde-toi, la nouvelle »

Hmmm, madame n'avait pas digéré mon insolence. Sans blague, cette imbécile méritait bien plus sévère.

« Je veux bien t'accompagner, reprit Zabini, tu avais rendez-vous avec Rogue n'est-ce pas ?

- Oui, j'en sors tout juste. Trop aimable, my dear. »

Il lui lança un regard entendu et la compréhension marqua le visage de la brune agaçante, sans pouvoir effacer sa colère. Oh, ils comptaient me surveiller, en apprendre plus sur moi. Très bien.

« Tu permets que je t'appelle Blaise, lui lançai-je avec un regard intense.

- Bien sûr. Malvina. »

Je lui souris et partis donc en sa compagnie, à son bras même, en direction du parc. Une fois au contact du vent frais, je resserrais les pans de ma veste et le vis jeter un coup d'œil à ma poitrine. Je souris intérieurement et continuai à discuter tranquillement avec lui, lui contant à demi-mot la vie en France. Nous finîmes par arriver dans un coin un peu isolé, comme je lui avais demandé, au charme palpable grâce à la présence du lac. Il y avait déjà quelqu'un, assis contre le tronc d'un saule immense.

« Ah Théo, dit Blaise, on se demandait où tu étais passé. Tu as quitté le dortoir tôt ce matin.

- Je voulais juste rester au calme encore un moment. » Répondit l'interpellé en se retournant.

Mon cœur s'emballa, c'était lui ! Le sexy-boy provocateur ! Son air détaché tranchait radicalement avec les souvenirs de notre petit jeu de la veille. Il me regarda avec neutralité, se releva et s'approcha de nous.

« Théodore Nott, se présenta-t-il solennellement.

- Je suppose que tu sais qui je suis, lui répondis-je sur le même ton.

- En effet, Miss Dore, dit-il avec une pointe d'amusement dans la voix.

- Aller Théo, sois cool. Tu restes avec nous ?

- Tant que vous ne me dérangez pas, haussa-t-il des épaules. »

Nous nous essayâmes donc tout trois et j'imitai Nott en sortant un manuel de métamorphoses de mon sac. Lui tenait toujours le même bouquin de potion. Je posai pourtant l'ouvrage à côté de moi et sortis une cigarette de mon sac. Blaise me lança un regard intrigué lorsque je l'allumai et l'autre m'ignora. Théodore Nott. Ainsi donc mon fameux inconnu du train était celui dont Parkinson et Zabini avaient parlé un peu plus tôt, ça ne m'étonnai pas.

Je la portai à ma bouche et relevai la tête pour observer le ciel grisonnant typique de ce côté du monde. Je regrettais les climats méditerranéens. Je tirai de nouveau puis regardai la fumée s'échapper de ma gorge et se faire emporter par le vent. J'expirai jusqu'à ce que ses filaments nuageux se dissipent. Fantomatiques, brumeux, fascinants. Et je profitai de la sensation de bien-être qui gagna mes membres. Des substances qui ralentirent mes cellules. De son goût amer sur ma langue, sa texture infuse. Je remarquai alors le coup d'œil de Nott. Un regard qui échappa à l'attention de l'Italien – comme celui-ci me l'avait appris plus tôt - un regard illuminé, plein de ce qu'il m'avait montré dans l'intimité du compartiment. Je souris sous cape et refusai le jeu implicite. Je n'étais pas d'humeur d'une part et de l'autre me faire capter par Blaise n'était pas une option. Je comptais bien me le mettre dans la poche et ne voulais pas risquer qu'il se doute de quelque chose. Bien que méfiant il était intéressé et dans ma situation tout allié était le bienvenu. Je me levai donc une fois ma cigarette finis puis atomisée d'un reducto. S'il je devais être honnête, je confesserais bien vouloir rester à leur côté, me rapprocher d'eux pour les apprivoiser, mais...c'était en essayant trop tôt que je risquais de tout gâcher. Mon mauvais caractère et mes tendances étonnantes ne me permettaient franchement pas d'être tous les jours douée avec les mecs. Ou avec les gens en général. J'étais un véritable boulet.

« Mes chers amis, je vous laisse, j'ai à faire.

- Comme quoi ? me demanda le préfet.

- Rédiger quelques lettres. Par contre, si tu voulais bien me montrer la volière après mangé, je t'en serais reconnaissante. »

Je rentrai donc m'enterrer dans nos cachots, passant inaperçue au milieu des centaines d'élèves qui profitaient encore du temps relativement clément de ce 1er septembre.

.

Je ricanai en cachetant ma cinquième et dernière lettre. Celle-ci était dirigée à un fournisseur de matériel et ingrédients de potion par correspondance que je connaissais de longue date. L'entreprise proposait dans ses différents lots, une formule plus complète que ce qui était nécessaire pour mes cours qui avait l'avantage de contenir des quantités importantes d'un certain végétal de la famille des Cannabacées apprécié. Je jubilai presque, sentant mes yeux s'écarquiller sous le coup de la pression et l'excitation démente. Muahaha. En théorie, la livraison sous scellée garantie de l'expéditeur n'aurait aucun mal à passer les contrôles de sûreté. Et quand bien même on m'interrogerait sur l'usage que je comptais en faire, je n'aurais qu'à annoncer innocemment que je voulais disposer de tout le matériel possible pour obtenir mes ASPICS en toute sérénité et avait pour cela choisis l'une des offres les plus complètes. Puis de simples sorts de duplication pourraient m'assurer un stock constant. J'emmerdais ceux qui avançaient l'immoralité de ma démarche, je ne faisais de mal à personne. Force était tout de même de constater les quelques plans que j'avais au préalable imaginer pour assurés mes consommations. Pour l'alcool ? Mon expérience m'avait apprise que la magie ne pouvait pas réellement Créer. Elle respectait une certaine partie des lois de la physique, mais en ridiculisait totalement d'autres. Ainsi, je m'étais donc rendue compte qu'à partir de certains liquides, il était possible d'en obtenir d'autres, même fondamentalement éloignés. (1) Mais c'était une solution de secours, par ce que ces sorts n'étaient vraiment pas les plus faciles à effectuer. Je m'étais entraînée et disposais d'un éventail de choix de réalisations, mais la difficulté m'épuisait rapidement. Je comptais donc plutôt sur mes nouveaux camarades pour disposer de combines efficaces. C'était à ce niveau que mes projets tombaient dans l'aléa. Mais peu importait pour l'instant. Un problème après l'autre, je pourrais toujours attendre un peu –ou mettre mon temps à disposition pour perfectionner mes exécutions.

Pendant le déjeuner, je rencontrais finalement ma colocataire, Daphné Greengrass, une brune, mignonne et assez discrète. Elle m'eut l'air assez sympathique, peut être sournoise, pensai-je. La cohabitation serait sûrement assez facile, d'autant plus que ses affaires m'apparaissaient soigneusement ordonnées. Ce fut elle qui m'accompagna à la volière en fin de compte. Puis nous passâmes le reste de l'après-midi à nous balader dans le château. Je finis par trouver la femme réellement sympathique. Elle possédait un bon esprit critique couplé à une langue de vipère douce. Daphné était d'une réserve surprenante et avait visiblement horreur de se donner en spectacle contrairement à sa grande copine Parkinson. Elle me montra différents raccourcis, les salles de classes les plus communes et m'expliqua comment s'organisaient les ailes. Elle me compta plus ou moins quelques anecdotes sur les autres maisons et les années précédentes. Elle n'était pas bavarde pourtant, ou du moins pas autant que moi - ce qui n'était pas vraiment un exploit en somme.

Vers 19heures nous étions sur un banc dans le parc, profitant des restes de soleil. J'allumai un nouveau condensé de fumée et ris à son air intrigué.

« Tu veux essayer ? » Lui dis-je, malicieuse.

Elle me regarda comme si j'étais une demeurée.

« Ça ne te dérange pas ?

- Et pourquoi ça me dérangerais. Ce n'est pas mon problème si tu passes ton temps à t'encrasser avec ce genre de conneries moldues.

- Et l'odeur ? Je fumerais dans la chambre. »

Elle haussa des épaules en inspirant profondément.

« Ce n'est rien qu'un sort ne puisse virer. Et puis ça passe encore, il y a pire. Tu comprendras quand tu passeras par le dortoir de Goyle, sourit-elle. Mais les autres risquent de ne pas apprécier. »

Ce fut à mon tour de hausser des épaules : rien à foutre.

« C'est vrai que les garçons ne peuvent pas monter dans nos dortoirs ? »

Elle me lança un regard amusé et entendu.

« Pas chez nous. A croire que le fondateur ne craignait pas autant pour nos vertus que les autres. »

Nous rîmes, presque complices. Ouaip, je l'aimais bien, ce qui ne voulait pas dire que je ne méfierais pas.

-Off-

Château de Poudlard, dortoir des Serpentards dans les cachots sous le lac, dissimulé derrière un tableau parmi les autres, salle commune :

« Tu nous fais honte ! Tu fais honte à ton propre sang avec tes habitudes écœurantes de moldu ! Mais tu n'as pas honte de toi même ?! Tu n'es pas digne de ton rang, tu n'es même pas digne d'être dans cette maison ! Tu n'es qu'une traîtresse à ton s... » CLAQUE : la gifle avait fusé.

« C'est la dernière fois Parkinson ! Encore UNE remarque sur mes habitudes, et je te JURE que le prochain coup que tu recevras sortira de ma baguette ! » Claque : la porte du dortoir se refermait dans un bruit sonore, laissant la jeune fille au regard haineux au sol, la main sur sa joue endolorie.

Cela faisait plus d'une semaine que les cours avaient repris et une certaine jeune fille au teint halé n'était pas encore totalement adaptée à son nouveau « milieu de vie ». Mais c'était la première fois que celle-ci perdait autant son calme. Malgré les piques fréquentes de ses camarades de maisons, particulièrement de Pansy Parkinson, Malvina n'avait jamais été hors d'elle à ce point. Elle l'avait prévenue pourtant, de façon croissante et mettant ses menaces à exécution. Cinq jours plus tôt alors qu'elle revenait du parc après avoir consommé une cigarette libératrice elle avait dû remettre la préfète à sa place. Deux jours après elle avait remis ça et ce devant public en espérant qu'elle comprenne. Mais la paix qu'elle réclamait de plus en plus fort ne semblait pas vouloir se mettre en place...

« Tu vas encore fumer, c'est dégueulasse, niah niah niah. Je rêve, à croire que cette idiote est complètement bouchée. Je lui ai bien dis pourtant : Parkinson je te préviens, laisses moi tranquille ou je vais être obligé de te reprendre plus sèchement. Mais non, elle comprend rien et ne veut rien comprendre. A croire qu'elle aime ça ! Je lui avais bien dis que je lui en foutrai une. Mais Miss Connasse veut vraiment que je lui envoie un Chauve Furie dans la gueule hein. Prochaine fois qu'elle ouvre la bouche, putain je vais... » Ruminait-elle en avançant au hasard des couloirs d'un air rageux.

« Dégages ! » hurla-t-elle à un première année de Serdaigle qui avait l'air perdu. Elle monta une énième volée de marches avant de se rendre compte qu'elle aussi était peut-être, éventuellement perdue...

.

Les cours avaient recommencé de manière intense à Poudlard, particulièrement pour les septièmes années qui préparaient leurs examens finaux. Dans la salle commune des Gryffondors, Hermione Granger lisait avec attention la Gazette du Sorcier qui lui avait été livré pendant le repas du midi. Elle n'avait pas cours cet après-midi, et repoussait à contre cœur son devoir de métamorphoses pour analyser un article qui lui semblait cacher des informations alarmistes. On les tenait toujours à l'écart, ce qui énervait profondément Harry, et le journal ne donnait pas beaucoup d'éléments sur ce qui se passait dehors. Même à Poudlard, ils ne se sentaient pas totalement à l'abri, la percée qu'avait réussie à organiser Malfoy l'année précédente en était une preuve flagrante. Mais il était vrai qu'ils étaient encore dans une sécurité indéniable entre ses murs centenaires.

« Alors ? Demanda Ronald Weasley en avalant un choco-grenouille.

- Alors Ron, si tu me laissais me concentrer plus de trois minutes sans m'interrompre, je pourrais réfléchir suffisamment pour essayer de déduire quelque chose. Je déteste la censure... »

Une bonne dizaine de minutes plus tard, le trio d'or faisait le point.

« Ok. Il y a eu une nouvelle attaque dans des villes moldues, mais rien de particulier ne filtre. Ils répètent principalement la même chose que la semaine dernière, faire attention blabla... Mais, ici, regardez, on comprend que c'est la cinquième attaque de la semaine. On est que jeudi ! Soit, les Mangemorts font plusieurs raids par jours et ne dorment plus, soit il a de plus en plus de partisans. Je pense que c'est pour ça qu'on nous a passé sous silence les trois derniers massacres. »

La mine grave, les trois rejoignirent ensuite Ginny – qui en avait marre d'être tenue à l'écart en tant que petite amie à protéger – et Neuville, dans le parc. Ils avaient à discuter, pour peut-être, reprendre un projet tel que celui de cinquième année, l'Armée de Dumbledore. Ce n'était pas que les cours de Défense n'étaient pas suffisants, au contraire, le professeur Rogue était bien plus que compétent, mais... il fallait qu'ils se tiennent près, on ne savait jamais ce qui pourrait leur tomber dessus cette année.

-On-

Il était clair que je ne connaissais pas encore le château comme ma poche. Normal pour dix jours en même temps. J'en avais retenu suffisamment pour ne pas me perdre en allant en cours et Daphnée était souvent avec moi de toute façon. Mais je ne m'étais pas encore aventurée aussi loin des cachots. «Foutu labyrinthe, fait chier» je grognai. Les poings toujours serrés par la colère, je commençai à monter un escalier en colimaçon. C'était une tourelle assez haute. Arrivant finalement au bout des marches, j'ouvris la lourde porte de bois qui menait à une petite terrasse. La vue était grandiose, je décidai de revenir ici pour fumer plus souvent. Je sortis un bout de papier de la poche de ma jupe et le changeai en un verre à pied en plastique.

« Aguamenti».

Non, je ne comptais pas boire d'eau. Je n'étais peut être pas Jésus mais changer l'eau en vin était sorcier. (1) Je contemplais le liquide bordeaux un instant puis décidai qu'il me fallait quelque chose de plus fort. Du Whisky serait parfait, décidai-je. Avalant les premières gorgées qui irradièrent ma gorge, je soufflai enfin et m'autorisai à me détendre. Il ne faisait pas beau. Je voyais s'étendre devant moi le parc immense paraissant si minuscule devant la forêt interdite qui s'étalait à perte de vue. D'ici je ne voyais pas le lac mais apercevait au loin sur ma gauche les vallées bordant le château à l'Ouest. Ma cape me protégeait du vent frais qui arrivait face à moi et faisait bouger mes cheveux bouclés sur mes épaules. Je m'accoudai à la rambarde et observai les groupes d'élèves qui flânaient dans l'herbe. Et moi encore une fois j'étais seule. Je sortis une clop et la portai à ma bouche.

« Incend... »

Je m'interrompis et me lançai un sortilège de désillusion à la place, mon rythme cardiaque s'accélérant soudainement. Quelqu'un venait. Mon cœur eut un raté de plus quand j'identifiai l'intrus. Théodore Nott. Je me frappai mentalement en m'avouant finalement qu'en effet, j'avais sûrement un faible pour lui. Mais ce mec était inaccessible. Nous avions échangés quelques mots de l'ordre du « passe-moi le plat de pomme de terre s'il te plaît » et autres conneries du genre. Depuis ce jour dans le parc, chaque fois que j'avais essayé d'entamer un semblant de conversation ses airs lointains et réponses évasives avaient suffis à me faire abandonner. Il me repoussait. Ses yeux qui s'étaient révélés si expressifs lorsque nous étions dans l'intimité du train se trouvaient constamment neutres et banaux. Je ne comprenais pas ce type. J'avais pensé pouvoir me faire un pote même s'il n'était pas intéressé pour plus – non pas que c'était ce que je voulais hein, mais on ne savait jamais – mais non. Lui semblait être suffisamment heureux avec ses amis de toujours. J'avais remarqué qu'il était un peu à part du groupe, ne parlait pas souvent, restait en arrière-plan. Comme un observateur vigilent. Mais quand il était apparemment de bonne humeur, tous semblaient suspendus à ses gestes. Je ne voyais jamais quels étaient les gestes en questions. J'avais le sentiment de passer à côté d'une étape. Je manquais quelque chose. Du genre : un moment dans la semaine où tous devaient prendre du bon temps, des réunions habituelles où ils échangeaient.

Mouai.

Il me ramena à la réalité en sortant de sa poche un paquet de cigarette – oh le petit...- duquel il sortit ce qui ressemblait à s'y méprendre à un join. Quoi ?! Il l'alluma un instant plus tard et dès que l'épaisse fumée s'éleva et fut balayé par le vent je ne doutais plus un instant qu'il s'agissait bel et bien de chanvre indien. J'esquissai un rictus. Alors comme ça, monsieur Nott était un drogué. Je retirai alors le sort qui me recouvrait en me raclant la gorge. Il ne parut même pas surpris de me voir apparaître.

« Je me disais bien qu'il y avait quelqu'un à côté de moi » dit-il dans son expiration.

J'allumai ma cigarette et repris quelques gorgées avant de répondre.

« Surprise. »


(1) Je sais que c'est possible, même si je prends plaisir à l'expliquer plusieurs fois... On se souvient tous du sort fumeux de Seamus Finnigan dans Harry Potter à l'école des Sorciers (film) : Œil de Lapin et Ballongomme, Change ce Verre d'Eau en Verre de Rhum comme s'il avait compté le boire t'façon...

Nda : Et commentez, s'il vous plait ! Très cordialement.