Note de l'auteur : Je suis désolée du délais de publication. Ce chapitre contient de nombreuses choses qui ne sont pas expliquées (notamment la situation de Jon), mais j'y reviendrai ultérieurement.
Disclaimer : Rien n'est à moi.
Chapitre 3 :
Deux mois après la mort du Roi Joeffrey
L'histoire est connue. Dans un trou dans la terre vivait un hobbit. Pas n'importe quel trou, pas n'importe quel hobbit. C'est ce qu'on raconterait aux générations futures, si générations futures il y avait.
C'était un hobbit qui avait trouvé l'Anneau, et ce serait un hobbit qui devrait le ramener au Mordor, alors qu'une ombre de plus en plus menaçante s'abattait sur le monde. A King's Landing, Tyrion était en prison, accusé du meurtre de son neveu, et Sansa Stark avait disparu. Chez les Frey, on fête la gorge tranchée de Catelyn Stark et la mort de son fils, l'Enfant-Roi.
Renly Baratheon était mort, et son frère, défait.
Le Mur était en train de tomber.
Tout cela était bien loin, songea Jaime Lannister en observant, de loin, le Roi Elfe discuter avec les médecins. Il avait pris la route avec une centaine de chevaliers, dans l'espoir de trouer chez les Elfes un remède au mal qui touchait Legolas.
Et même s'il avait ramené Legolas par sens du devoir – l'elfe lui avait sauvé la vie – il e pouvait se cacher le sentiment de frustration qu'il ressentait au fil des jours.
Ils étaient arrivés depuis une semaine, et depuis une semaine on regardait Jaime du coin de l'oeil – mais ici au moins, ricana-t-il, personne ne l'appelait Kingslayer. Mais ce jour-là, ils semblaient tous agités. Tellement agités, en réalité, qu'ils laissèrent Jaime se faufiler à la suite de Thranduil dans la salle du conseil. D'autres délégations elfiques étaient arrivées, et saluaient le roi avec respect.
Il observa pendant un long moment une grande elfe aux cheveux d'un blond presque blanc. Elle tourna lentement son visage vers lui, et dans sa tête résonnèrent les mots Jaime Lannister. Puis elle détourna le regard. Prenez un siège, Jaime Lannister.
Il prit un siège.
Le silence s'installa. Jaime eut l'impression de regarder des statues. Un elfe aux cheveux bruns prit la parole, d'une voix lente, et pourtant, il y avait chez lui quelque chose d'humain qui dérangea Jaime.
-La Compagnie de l'Anneau est partie de Fondcombe il y a maintenant une lune. Dame Galadriel – il fit un geste vague dans la direction de l'elfe blonde – m'a informé que la Compagnie l'avait quittée également il y a quelques semaines. Gandalf est tombé.
Il y eut quelques murmures, à ce moment-là, mais Thranduil leva une main et le silence revint. L'elfe brun soupira.
-Il y a autre chose.
Il fit un geste de la main et les portes s'ouvrirent. Jaime haussa les sourcils en voyant les êtres qui entraient : des nains, mais pas des nains tels qu'on les connaissait à Westeros – pas des nains comme Tyrion. Des nains trapus, barbus … Des combattants.
Le nain à la tête du groupe portait de long cheveux noirs tirant sur le gris, une longue barbe tressée, et – ce détail interpella Jaime – une épée elfique. Le Roi Elfe se leva et déclara :
-Thorin, fils de Thrain. Bienvenue.
oOo
Un mois plus tôt
-Votre Majesté, le Dieu de la Lumière m'a montré. Je vous assure : elle est la clé. Nous avons retrouvé le garçon, laissez-moi offrir son sang.
Davos ne regarda même pas le visage de son roi. Il connaissait sa réponse. Melissandre avait envoyé des hommes sur les mers et les océans, sans relâche, jusqu'à ce que le garçon bâtard de Robert fût retrouvé. Stannis ne se rapprochait pas du trône. Il était fatigué.
-Qui me prouve qu'elle m'obéira ?
-C'est une guerrière, Votre Majesté. Elle obéira au Roi légitime.
Et Davos sentit Stannis hocher la tête et murmurer :
-Dans ce cas …
Il y eut un moment de silence, puis :
-Si cela ne marche pas, cependant. Si l'enfant meurt …
-Cela marchera, Votre Majesté. Si Dieu le veut.
Cela ne marcherait pas, pensa Davos.
Mais il ne dit rien – il avait empêché le sacrifice du bâtard une fois, cela ne fonctionnerait pas une seconde fois.
On disait qu'un guerrier, ou plutôt une guerrière, attendait d'être réveillée par son souverain. Il fallait donc sacrifier un roi, ou un membre de la famille royale. Si le sacrifice fonctionnait, le sacrifié était guéri de ses blessures, et la guerrière, au service du roi. C'était une vieille légende – on racontait que cette guerrière était aussi vieille que les premiers dragons – mais personne à Westeros n'y croyait réellement.
Le mois suivant fut passé à préparer la salle du trône pour le sacrifice. Des tapis rouges furent déployés dans toute la pièce. L'autel fut construit spécialement pour l'occasion – un bloc de pierre long et épais, sans aucune gravure. A quelques mètres de celui-ci, on alluma un feu.
Et ce jour-là, le jour où Jaime Lannister assistait au conseil des elfes, on plaça le fils bâtard de Robert Baratheon sur l'autel, et l'épée de Stannis Baratheon se posa au-dessus de son cœur alors que Melissandre chantait.
What can you see And all will turn Hope fades
On the horizon?
Why do the white gulls call?
Across the sea
A pale moon rises
The ships have come to carry you home
To silver glass
A light on the water
All souls pass
Into the world of night
Through shadows falling
Out of memory and time
Don't say:
"We have come now to the end"
White shores are calling
You and I will meet again
A quelques centaines de kilomètres de là, Jon Snow para un coup, puis deux, puis une flèche se glissa entre ses côtes et il tomba. Il entendit vaguement le cri de Boromir – son père, se força-t-il à penser, son père – et ses yeux roulèrent dans leurs orbites.
oOo
-Ori avait lu les signes, avant de tomber à la Moria, commença Thorin, installé sur une chaise, entouré d'un nain à la carrure imposante, tatoué de signes que Jaime ne reconnut pas.
-Qu'a-t-il vu ? Le pressa Elrond.
-Elle va se réveiller.
-C'est impossible, murmura aussitôt Thranduil.
Thorin se redressa.
-J'ai laissé mes neveux avec elle. Ori était formel. Deux sangs couleront, et alors que le voleur se mettra en route vers l'Ouest, le soldat de pierre s'éveillera.
-La soldat de pierre ? C'est donc ainsi que l'appelle, à présent ? Peu importe ... Bilbo Baggins n'est pas encore parti vers l'Ouest, intervint Thranduil.
-Il a commencé son voyage, ceci dit, lui opposa Elrond. Il a déjà quitté la Comté pour Fondcombe.
Jaime se racla la gorge.
-Qui est le soldat de pierre ?
Tous les regards se tournèrent vers lui. Et Thorin raconta :
-Il y a bien longtemps, lorsque mon grand-père régnait sur Erebor, un dragon vint et prit la montagne. Après des années d'errance, nous partîmes, treize elfes, un sorcier et un hobbit, pour récupérer notre bien. Après bien des péripéties, nous nous retrouvâmes face à face avec Smaug, le dragon. Un homme, Bard, décocha une flèche et cru tuer le dragon quand celui-ci s'effondra dans un cri. Mais il n'en était rien. Alors que nous nous disputions les richesses d'Erebor avec les hommes, Smaug se redressa, et repartit à l'attaque. Il me toucha au cœur, mais Thranduil – il fit un signe de tête reconnaissant à l'elfe – avait tout prévu. Il avait demandé à deux elfes de nous suivre. Le premier, vous le connaissez.
Legolas, songea Jaime.
-Le second elfe était une femme appelée Naëris. Legolas se jeta sur moi et me sauva la vie. Puis Naëris se posta devant Smaug et leva le bras, une lame noire à la main. Le dragon brûla l'elfe, mais, dans un cri, alors qu'il soufflait encore sa flamme maudite sur Naëris, il disparut. Quand les flammes se dissipèrent, Naëris avait le visage caché par la capuche d'une longue cape, la pointe de son épée effleurait le sol brûlé alors qu'elle la tenait à deux mains, pointée vers le bas, dans une attitude de repos. Sur son épaule reposait un dragon si petit que sa queue pouvait à peine s'enrouler autour du cou de l'elfe. Elle ne bougeait plus, et nous comprîmes alors qu'elle avait été tournée en pierre. Depuis lors, sa statue repose dans la salle du trône d'Erebor.
-Le mythe de l'épée noire, murmura Jaime.
-Que dites-vous ? Demanda Elrond.
-J'avais entendu parler d'un mythe semblable, chez moi. On raconte que la guerrière chevauchait des dragons pendant la prise de pouvoir des Targaryens. On dit que quand la paix est revenue dans le royaume, elle s'est transformée en pierre. On dit aussi que le Roi Fou a essayé de la réveiller mais qu'il n'a pas pu. De toute façon, sa statue a disparu de Westeros il y a des années.
Thranduil hocha la tête.
-Elle n'est pas un mythe. C'est une Gardienne. Elle s'était réveillée pour la naissance d'Aragorn, fils d'Arathorn, descendant d'Isildur. Voilà pourquoi la statue a disparu de votre royaume.
-Je croyais qu'il fallait un sacrifice pour la réveiller …
-Un homme – il cracha presque le mot – tenta de tuer Aragorn le jour de sa naissance.
Un cri, alors.
L'elfe blonde s'était levée.
-Galadriel ? Galadriel ?
Elrond s'était levé, mais n'osait s'approcher.
Il y eut un moment de silence. Puis :
-Naëris est de retour.
oOo
-Fili ! Par la barbe de notre grand-père, FILI !
-J'ai vu, j'ai vu.
Le mouvement avait été si infime que Kili crut avoir rêvé. Mais il ne put plus se voiler la face quand la statue remit l'épée dans son fourreau. C'était toujours une statue, une statue qui bougeait.
Fili et Kili avaient brièvement connu l'elfe. Ils l'avaient vue se transformer en pierre.
-Naëris ? Dame Naëris ? Tenta Kili.
La statue releva légèrement la tête et le dragon se pierre sur son épaule battit des ailes sans un bruit. Puis, dans une secousse, un tourbillon de rouge, la statue disparut.
oOo
L'enfant saignait, saignait, saignait. Puis dans le feu, elle apparut. Une statue de pierre, dont on ne pouvait pas voir le visage. Elle sortit du brasier.
-Un dragon sur son épaule ! Murmura Davos.
Cela fonctionnait, cela fonctionnait …
A grands pas, elle marcha vers la sorcière rouge, et s'arrêta juste devant elle.
-Ton roi t'appelle, ton dieu t'appelle. Obéis-leur.
La statue leva simplement la main, et la posa – sans serrer – sur la base du cou de Melissandre. Qui s'effondra. Stannis et Davos sortirent leur épée comme un seul homme, mais la statue ne bougea pas. Derrière eux, le bâtard poussa son dernier souffle.
Alors, la pierre tomba, tomba, tomba, et le dragon vola, vola, vola vers le plafond, grandissant, grossissant, grondant, et perça la pierre dans un jet de flamme et ce ne fut pas un petit dragon qui perça le ciel mais une bête immense, un cracheur de feu étincelant sous le soleil.
Stannis et Davos étaient à terre, essayant de se protéger des gravas. Une main se présenta à Stannis, qu'il saisit. La statue – non, ce n'était plus une statue, pensa Davos – aida Stannis à se relever, et murmura d'une voix rauque :
-Dites-moi …
Elle fit un geste de la tête en direction de la sorcière tombée.
-... Où est son Dieu, à présent ?
A plusieurs centaines de kilomètres de là, alors que Boromir pleurait sa mort à côté de lui, Jon Snow trembla, toussa, et dans une grande inspiration, ouvrit les yeux.
