Hello tout le monde!

Oui je sais... Vous avez dû croire que j'avais laissé tomber cette fic et que j'avais disparu de la surface de la Terre... Ben pas tout à fait. Mais entre mon boulot de plus en plus épuisant qui fait que je passe une bonne partie de mon temps libre à comater, et un autre fandom qui me bouffe pas mal de temps aussi, je n'arrivais pas à me remettre dans le mood pour cette fic-ci. Alors je vous fais toutes mes excuses, et promis juré, je vais faire des efforts pour me remettre à écrire plus régulièrement! Pardon pardon pardon, et j'espère vraiment que vous n'avez pas complètement décroché et que vous aimerez ce chapitre. Vos commentaires me font toujours énormément plaisir, vous ne pouvez pas imaginer ^^

Spéciales dédicaces à Nella In Wonderland (voilààà, je t'ai encore incluse dans ce chapitre, je sais que tu l'attendais!) et à serena2412, parce que c'est un peu grâce à toi que ce chapitre est enfin posté :)


« Thomas... »

Encore cette voix. Une voix de femme. Mais je ne sais pas d'où elle vient, de nulle part et de partout à la fois, ni à qui elle appartient. A Teresa, à ma mère, à la chancelière Paige ?

Je m'arrête de marcher, je tends l'oreille. La voix s'est tue.

Devant moi, le couloir s'étend à perte de vue. Des portes. Une enfilade de portes, toutes identiques. Je ne comprends pas si je suis sensé aller tout droit ou en ouvrir une. Alors je me remet à marcher.

« Thomas... »

Cette fois, la voix a retenti dans mon dos. Je me retourne, mais il n'y a rien derrière moi. Juste les ténèbres. Et je ne comprends toujours pas ce que je fais là, ni où je suis. Je ne reconnais pas cet endroit.

Je me mets à courir, et la voix se rapproche. Je ne veux pas savoir à qui elle appartient, finalement. Je sais juste que je ne veux pas qu'elle me rattrape.

Je sens mon cœur battre à se rompre dans ma cage thoracique, ma poitrine me brûler, mes muscles me faire mal. Le bruit de mes pas résonne dans le couloir désert, explosion au milieu du silence. Il n'y a aucun endroit où me cacher. Et le couloir semble ne pas avoir de fin.

J'ouvre une porte au hasard et la claque derrière moi. Cette fois, je reconnais les lieux. C'est la salle où j'ai rencontré Newt la première fois, celle où je lui ai fait passer son interrogatoire. Sauf qu'il n'y a personne d'autre que moi.

Un des néons au plafond s'allume et s'éteint par intermittences, produisant un grésillement menaçant qui me donne la chair de poule.

Le mur en face de moi est percé d'un immense miroir. Non. D'une fenêtre. Ou plutôt d'un miroir sans tain. Et de l'autre côté, il est là.

Newt.

Je tape à la vitre, mais il ne se retourne pas. Je l'appelle, mais il ne m'entend pas. Il est seul, immobile, les mains attachées dans le dos. Et soudain, j'ai peur. Parce que je comprends ce qui va se passer. Dans l'autre pièce, une porte s'ouvre, laissant le passage à un groupe de d'agents du WICKED. Tous armés.

« Thomas... »

La voix est revenue. Elle m'a retrouvé. Et cette fois, je sens sa haine à mon égard. Les reproches. Je voudrais m'enfuir, mais je n'ai pas besoin de me retourner pour sentir que dans mon dos, la porte par laquelle je suis rentré a disparu et que je suis piégé dans cette pièce. Piégé et condamné à regarder les agents entourer Newt et braquer leurs armes sur lui.

« Tout est de ta faute... »

Je voudrai hurler, mais mes cordes vocales me lâchent. Je voudrais fermer les yeux, mais tout mon corps est comme paralysé.

Au dernier moment, Newt tourne la tête vers moi, et je sens son regard me brûler à travers le miroir.

« TOUT EST DE TA FAUTE !»

Cette fois, c'est sa voix.

Les larmes inondent brusquement mes joues.

Et la déflagration m'arrache à la fois les tympans et le cœur.

15 Janvier 2030

Je savais que j'allais éprouver des doutes et de la culpabilité pour ce qui se passe avec Newt. Je ne m'attendais cependant pas à ce que cela se transforme littéralement en cauchemar.

Lorsque je me réveille en plein nuit, en sueur et encore hanté par la vision insupportable de Newt tombant sous les balles des agents du WICKED, j'ai l'horrible impression que quelqu'un a creusé une tranchée dans ma poitrine.

Alors je me recroqueville et laisse éclater mon angoisse, ma rage et ma frustration, et les larmes coulent sur mon oreiller sans que je puisse faire quoi que ce soit pour les stopper, mais sans pour autant me soulager. Je ne parviens pas à m'extraire ces foutues images de la tête. Si il arrive quoi que ce soit à ce garçon par ma faute, je ne me le pardonnerais jamais. Je ne devrais pas, et pourtant j'ai tellement envie, tellement besoin de le revoir. Je dois me rendre à l'évidence, je ne serais pas autant affecté par un simple rêve si quelque chose n'était pas à l'oeuvre. Un quelque chose radicalement différent de ce que j'éprouve pour Teresa, qui est pourtant la personne à laquelle je tiens le plus dans cet Enfer. Un quelque chose capable de me mettre en danger et aussi de le mettre en danger. Un quelque chose que j'ai de plus en plus de mal à maîtriser, puisque mon inconscient semble avoir pris le relais.

Un quelque chose dont je ne suis pas sûr d'être prêt à accepter les conséquences.

Lorsque des heures plus tard, je parviens enfin à me rendormir, tellement épuisé que je me sens presque vidé de toute émotion, je n'ai toujours pas trouvé de solution.

18 Janvier 2030

En pénétrant dans le réfectoire ce jour-là, je regrette plus que jamais mon incapacité à prendre une décision concernant ma relation avec Newt.

Parce qu'il est là, assis dans le coin le plus reculé du hall, et que je ne sais si j'ai envie faire demi-tour et de prendre mes jambes à mon cou (l'option la plus sage) ou bien de me précipiter à sa table (hélas l'option la plus tentante).

Je me fige, mon plateau entre les mains, mais c'est trop tard. Newt vient de m'apercevoir, et même à cette distance, il me reconnaît immédiatement et l'éclat de son sourire achève de désintégrer ce qui me reste de raison. Je vérifie toutefois rapidement que Teresa n'est pas dans les parages, ce qui aurait pu créer une situation des plus gênantes.

-Enfin ! déclare-t-il d'un ton moqueur, alors que je m'asseois face à lui. J'ai failli croire que je ne te reverrais jamais !

Je manque de m'étrangler bêtement avec ma salive. Il ne me facilite pas les choses, loin de là.

-N'exagère pas ! Ca fait juste trois jours qu'on ne s'est pas vus.

Il hausse les épaules et fais la moue en me jetant un regard par en dessous, ce que je ne peux m'empêcher de trouver... Enfin, je ne sais pas trop, mais je trouve ça quelque chose, voilà.

-Trois jours, ça semble être une éternité, ici, tu dois être bien placé pour le savoir. Surtout quand on n'a pas d'ami avec qui discuter.

Attend voir... Il vient bien d'insinuer qu'il me considère comme un ami ? Un ami ? A ces mots, je sens une vague d'adrénaline se déverser dans mes veines. C'est tout juste si je n'ai pas envie de grimper sur la table et de me mettre à danser. Mais dans quoi je me suis fourré...

-Sans blague, pourtant avec toutes ces heures que les médecins et les psychologues passent à nous tripoter et à analyser notre façon de penser, ça devrait créer des liens, non ? Personnellement, j'ai toujours trouvé que les prises de sang avaient un je ne sais quoi de terriblement intime.

Aussi incroyable que ça puisse paraître, il y a un truc en lui qui me pousse à dédramatiser notre situation. Du moins en face à face. Cela ne m'arrive jamais, autrement. Je ne sais pas je fais ça pour lui ou pour moi, ou pour nous deux. Ou peut-être qu'à son contact, je deviens tout simplement moins amer, moins négatif, qu'il a le don de rendre les choses plus faciles à vivre de par sa simple présence. A moins qu'il ne réveille en moi la personne que j'étais avant d'entrer au WICKED, alors que le poids de la survie de l'humanité ne reposait pas encore sur mes épaules. Sauf que cela remonte à tellement longtemps que je n'ai aucun moyen d'en être sûr.

Newt se met à rire. Un rire sincère, instinctif, le rire de quelqu'un qui n'a pas encore été entièrement brisé par le WICKED. Le rire de quelqu'un à qui il reste une part d'innocence et de lumière. J'ai beau me creuser la tête, je ne rappelle pas avoir déjà entendu quelqu'un rire de la sorte, ici. J'ai envie de l'entendre encore et encore.

Puis il redevient sérieux et se penche au dessus de la table, bras croisés. Je devrais probablement lui dire de ne pas se rapprocher autant, qu'on pourrait nous voir et trouver cela curieux, qu'on risque de s'attirer des ennuis, mais au lieu de ça je me laisse distraire par les minuscules taches de rousseur qui parsèment le haut de ses joues.

-Dis moi, Thomas, on va continuer à faire semblant ?

Je déglutis avec difficulté, alors que mon cerveau commence à s'affoler et à bâtir un millier de scénarios incongrus.

-Euh je... De quoi tu parles ?

-De ce que tu m'as dis quand tu m'as fait ton speech de bienvenue comme tu l'appelais, tu te souviens ? Tu m'as promis d'être toujours là pour m'aider, si jamais ça devenait trop difficile pour moi. Et je vois bien ce que tu es en train de faire. Tu essayes de prendre tout ça à la légère (il balaye la salle d'un mouvement du poignet), mais je sens bien que tu n'es pas vraiment à l'aise en le faisant. Tu te forces pour moi, c'est évident. Et ça me touche énormément, mais je ne veux pas t'attirer de soucis supplémentaires. Je sais que c'est dur pour toi d'être ici, de vivre ce que tu vis, et je refuse que tu deviennes quelqu'un que tu n'es pas juste parce que tu te dis que je ne vais pas tenir le coup.

-Non !

J'ai presque crié ce mot, ce qui fait tressaillir Newt. Autour de nous, une ou deux personnes nous jettent un regard de travers, mais replongent rapidement le nez dans leurs assiettes. Je baisse néanmoins le ton.

-Non, Newt, tu n'y es pas du tout.

Comment est-ce que je peux lui faire comprendre ? A quel point il est en train de chambouler mes certitudes, avec toute cette chaleur et cette lumière qui irradient littéralement par tous les pores de sa peau, à quel point je me sens à nouveau exister lorsque je suis avec lui, à quel point il me fait l'effet d'un ange tombé du ciel à l'instant précis où j'en avais le plus besoin ? Comment lui faire comprendre, alors que je ne comprends pas exactement moi-même ? Comment lui faire comprendre que j'ai envie de lui rendre au centuple ce qu'il m'apporte de par le simple fait d'être entré dans ma vie ?

-Tu n'y es pas du tout. Je... Je ne fais pas semblant avec toi. Au début, c'est vrai, je me disais que j'allais faire tout ce que je pouvais pour essayer de te faciliter les choses, et en même temps être le plus honnête possible avec toi. Je voulais être fort pour toi, parce que je te trouve différent et que je sais à quel point cet endroit peut détruire les gens, parce que j'avais tellement besoin de quelqu'un comme toi, de quelqu'un de nouveau avec qui créer un lien, et au final tu es plus fort que moi, je crois que c'est toi qui es en train de me sauver, tu ne te rends pas compte...

Je débite mon discours d'une seule traite, sans réfléchir véritablement à ce que je raconte. Peut-être que mes paroles ont dépassé ma pensée, c'est même fort possible, mais Newt exerce cette espèce d'attraction indéfinissable qui me pousse à m'ouvrir à lui.

Il ne dit rien, il me scrute simplement comme s'il cherchait à me percer à jour. Puis :

-Et alors, est-ce que tu as vraiment été le plus honnête possible avec moi ?

Panique.

-Qu... quoi ?

-Tu as dis que tu voulais être honnête avec moi « au début ». Je peux savoir où ça en est maintenant ?

Merde merde merde.

Il y a des choses dont je ne peux pas, dont je n'oserai jamais lui parler. Pour sa sécurité et pour la mienne, et aussi parce que j'ai peur que l'image qu'il a de moi ne change radicalement, je n'ai pas le droit de lui confier certaines informations. Même si quelque part j'en meurs d'envie. Le poids des secrets devient chaque jour plus difficile à porter.

Alors je fais de mon mieux pour biaiser.

-C'est toujours d'actualité. Je suis le plus honnête possible avec toi.

J'insiste bien sur le mot « possible ». Il hoche lentement la tête. Il n'est pas stupide, je sais qu'il perçoit mon dilemme, qu'il garde toujours dans un coin de son esprit que l'environnement dans lequel nous évoluons est à peu près aussi dangereux et imprévisible que des sables mouvants.

-O.K. Thomas. Ca me va.

-Merci.

Je prends conscience que j'avais cessé de respirer durant les dernières secondes. Changer de sujet. Vite. Mais comme rien ne me vient sur le coup, je me remet à manger, même si je n'ai pas particulièrement d'appétit.

Aucun de nous ne prononce le moindre mot pendant plusieurs minutes. Et je me rends compte que je déteste ça. Nous n'avons déjà pas beaucoup de temps à notre disposition, et je devrais en profiter au lieu de rester muet comme une carpe, à ressasser le pour et le contre de toute cette situation. Je suis vraiment stupide. Newt vient bien de me déclarer qu'il me considérait à présent comme un ami, et j'ai peur qu'il finisse par penser que je n'ai pas envie de lui rendre la pareille. Alors que rien ne serait plus éloigné de la réalité. J'ai des tonnes de choses à lui demander, j'ai envie de savoir tout de lui. C'est le moment ou jamais de se lancer.

-Newt, est-ce que... Enfin, je voulais te demander quelque chose.

-Tout ce que tu veux, vas y !

Wow. Sa réponse a fusé, j'ai nettement perçu l'enthousiasme dans sa voix. Et je dois avouer que cela me soulage.

-L'autre jour, tu as dis que tu avais une sœur. Elle avait l'air de beaucoup compter pour toi. Je veux dire... On n'est pas obligés d'en parler si tu n'as pas envie, je ne te force à rien, mais je me demandais comment tu avais atterri ici, et comment ça s'était passé avec ta famille.

Mes questions sonnent un peu maladroites, et je crains pendant un instant qu'ils ne les trouve trop intrusives. Mais malgré le voile de tristesse qui ternit quelque peu son regard, il trouve la force de m'adresser un sourire rassurant.

-En gros, tu veux que je te raconte la tragédie qu'était ma vie, avant qu'elle ne devienne encore plus tragique en arrivant ici ?

-Euuh...

-C'est bon, je plaisante, détends-toi ! Bon, pour être tout à fait honnête, ce n'est pas totalement une plaisanterie. O n ne peut pas dire que je n'ai vécu que des bons moments, loin de là. Tu es sûr que tu veux savoir ?

Oui, je suis sûr. Je hoche simplement la tête en signe d'assentiment, et il commence son histoire.

Il ne me faut pas plus de quelques minutes pour me rendre à l'évidence: Newt n'a rien exagéré. Sa vie avant le WICKED n'avait rien d'une partie de plaisir. Comme nous tous ici, certes, mais pour ma part, je m'estime chanceux d'avoir eu au moins une mère aimante pour veiller sur moi jusqu'à ce que l'on vienne m'arracher à elle. Lui n'a pas eu cette chance. En vérité, il n'a jamais eu beaucoup de chance.

Entre un père alcoolique et violent et une mère qui se désintéressait complètement de lui, il a dû apprendre très tôt à se débrouiller seul. Pourtant, je ne perçois aucune rancoeur dans son ton lorsqu'il évoque les nuits interminables à écouter ses parents se hurler dessus depuis l'étage du dessous, ou le nombre incalculable de fois où en rentrant de l'école, il se retrouvait seul dans leur maison de la banlieue de Los Angeles, sans savoir où son père et sa mère avaient bien pu partir, ni combien de temps ils resteraient absents. Cela pouvait parfois durer plusieurs jours. Ils avaient toujours traité leur fils comme un poids mort, un enfant initialement non désiré dont la charge leur incombait, et rien de plus. Les choses n'avaient pas changé lorsqu'il avait été établi que Newt était surdoué. Justement, ses parents avaient eu l'air de considérer que cela tombait à merveille, comme si le fait d'être plus intelligent que la moyenne impliquait forcément que vous étiez capable de vous gérer en toute autonomie, peu importe votre âge, sans le soutien de votre famille. Et les choses n'avaient pas non plus changé à la naissance de la sœur de Newt, lorsque celui avait dix ans.

Si jusque là, je le sentais un peu crispé en me racontant ses souvenirs, les yeux de Newt s'illuminent littéralement lorsqu'il me parle de Nella. Elle aussi était vue comme un « accident de parcours » par leurs parents. Mais pour Newt, elle était beaucoup plus que cela. Elle était tout. Il a très vite compris qu'il ne fallait guère s'attendre à un changement d'attitude de la part de leurs géniteurs, et que par conséquent, elle n'avait que lui au monde pour prendre réellement soin d'elle. Et pendant les six années qui avaient suivi, ils s'étaient accrochés l'un à l'autre pour survivre, résignés, espérant qu'un jour, les choses s'arrangeraient.

Sauf que bien sûr, cela n'avait pas été le cas. Lorsque les agents du WICKED avait débarqué chez eux pour réclamer Newt, leurs parents, enchantés, n'avaient opposé aucune résistance. Ils avaient même tentés de leur fourguer Nella, mais son potentiel n'étant pas jugé suffisamment intéressant par le WICKED, la petite fille avait dû assister, impuissante, au départ de son frère.

Newt finit par s'interrompre, les poings serrés sur la table, l'air sombre. Une brusque vague de culpabilité m'envahit, et je regrette de l'avoir forcé à faire resurgir des souvenirs aussi éprouvants. Je ne veux pas le voir triste. Je n'aime pas ça. Ca ne lui ressemble pas.

Je voudrais pouvoir le toucher, le réconforter, me serrer contre lui, lui dire à quel point je suis désolé, désolé pour tout, mais je n'arrive pas à trouver les mots. C'est à cause du WICKED et de ses activités qu'il s'est retrouvé séparé de sa sœur, à cause du WICKED que cette gamine de six ans se retrouve livrée à elle-même, privée de la seule personne qui l'ait jamais aimée. A cause de cette organisation pour laquelle je travaille. J'ai beau essayer de me raisonner, de me dire que ce genre de drame m'est également arrivé, que je suis tout aussi victime que Newt, une petite voix tout au fond de moi continue à me murmurer que je suis aussi bourreau.

Finalement, c'est Newt qui initie le contact, presque timidement, comme s'il craignait de me brûler. Sa main effleure la mienne, presque une caresse, et effectivement, je brûle. Je ne sais pas comment relancer la conversation après tout cela. Il me connaît à peine, et il n'a pourtant pas hésité à me confier ses blessures les plus profondes. Et sa confiance me touche énormément.

-Hé, Thomas, ça va ?

Voilà qu'il s'inquiète pour moi maintenant. Décidément, je ne le mérite pas... Je me ressaisis rapidement.

-Oui, oui, ça va. Effectivement, tu ne te fichais pas de moi en déclarant que ton histoire n'avait rien de marrant...

Je marque une pause, rassemblant mon courage pour la suite.

-Je... Je voudrais faire quelque chose, tu sais, n'importe quoi. Je voudrais que tout cela ne soit jamais arrivé, que tu n'aies pas à subir ces tests stupides, que tu sois toujours aux côtés de ta sœur au lieu d'être coincé ici, et que...

-Thomas...

Mais cette fois, la vanne est ouverte, et je ne peux plus m'arrêter.

-Mais la vérité, c'est que je ne sais pas quoi faire. Je veux être là pour toi, je veux te soutenir, et je n'ai aucune foutue idée de comment faire ça correctement, parce que je n'ai pas de marge de manœuvre, et aussi parce que...

-THOMAS !

Je me tais instantanément. Newt pousse un long soupir avant de reprendre d'une voix plus douce.

-Thomas, ça ne sert à rien de vouloir changer tout ça. Tu ne peux rien y faire, je le sais. C'est comme ça, je me suis fait à l'idée. Par contre, ne dis pas que tu ne sais pas comment t'y prendre pour me soutenir. C'est vraiment dingue, on dirait que tu ne réalises pas tout ce que tu fais déjà pour moi! Toutes les règles que tu enfreints juste pour me voir, pour me parler. Et puisque je suis coincé ici comme tu le dis si bien, alors je préfère être coincé avec toi plutôt que rester seul. Et dernière précision, ce n'est pas un choix par défaut. Tu n'imagines pas à quel point ta compagnie... Enfin, pour faire court, j'aime être avec toi.

Newt rougit légèrement sur cette dernière phrase, et de mon côté, je crois bien que mon cœur va exploser.

-OK, donc ce que tu essayes de me dire, c'est que je peux me contenter de me pointer, et que ma seule présence a un effet bénéfique sur toi ?

Mon dieu, j'ai essayé d'être drôle, là ? En tout cas, il semblerait que cela ait un peu détendu l'atmosphère. Newt lève les yeux au ciel en prenant une expression dramatique.

-Ben ça va, tocard, tu n'as pas du tout les chevilles qui enflent !

-Tocard ?

Newt hausse les épaules et me décoche un petit sourire en coin.

-Ouais. Vous ne dites pas ça, ici ? C'est affectueux, rassure-toi.

-J'espère bien !

-Puisque je te le dis, fais-moi confiance !

-Je te fais confiance.

Et là, il y a un blanc.

Je ne sais pas trop comment l'expliquer, mais je crois bien que c'est le genre de silence que personne n'a envie de rompre. En tout cas, pour une fois, moi je n'en ai pas envie. J'ai l'impression qu'il n'y a rien à ajouter, je me contente de prendre la mesure de mes paroles, de ses paroles, d'intégrer le fait qu'il y a indéniablement un lien qui est en train de se créer entre nous, petit à petit.

Nos regards se trouvent, s'accrochent. Le temps se fige. J'ignore ce qui est en train de se passer, je crois que j'ai un peu peur, et en même temps, j'ai envie de... plus, même si je ne sais pas de quoi exactement. Je veux savoir et je ne veux pas savoir. Mais il y a une chose dont je suis absolument certain. C'est que moi aussi, j'aime être avec lui. Et il me semble que c'est en train de prendre le pas sur tout le reste.

Au bout d'un moment (Quelques secondes ? Une bonne minute?), Newt finit par rompre le contact visuel, et se met à jouer nerveusement avec sa fourchette.

-Tu ferais bien d'y aller, murmure-t-il. Cela fait déjà un certain temps que tu es là, il ne faudrait pas qu'on attire trop l'attention.

Je hoche la tête en silence. M'arracher à ma chaise et retourner à mon travail n'aura jamais été aussi dur.

Et je sens que ce n'est que le début.