Elle s'arrêta à la sortie de l'établissement.

- Par où ? Me demanda-t-elle en se retournant vers moi.

Je finis enfin par me secouer un peu pour essayer de reprendre mes esprits.

- Viens, par là. Ce n'est pas très loin.

La tirant à mon tour par la main je prit la direction de l'appartement que j'avais loué le matin même.

Je reprenais peu à peu prise sur la réalité. L'adrénaline commençait à redescendre. Et je sentais la main qui avait stoppé la boule de feu pulser de douleur, la brûlure remontait toujours jusqu'à mon épaule mais je n'y faisais pas attention. Nous marchions en silence dans la rue sombre. Je pouvais voir Quinn réfléchir intensément. Je la laissais prendre le tend d'assimiler tout ce qui venait de se passer. Je la voyais toujours tendue, ses yeux scrutaient les ombres à la recherche du moindre mouvement suspect. Je ne savais pas trop ce qu'il fallait faire... j'avais tellement l'habitude de bloquer le moindre de mes sentiments que je ne savais pas trop comment réagir. Alors je ne fis rien. Elle était tellement calme que je me doutais qu'elle prenait sur elle pour ne pas craquer là au milieu de la rue.

Arrivées devant le porche du petit immeuble, je la retins par la main.

- C'est ici... viens...

Sans un mot elle me suivi. Nous montâmes les marches, toujours silencieuses. Devant la porte, je posais sa main sur mon épaule, je ne voulais pas briser le contact mais mon autre main me faisait encore souffrir.

Je la vis se demander ce que je fabriquais à chercher les clés d'une seule main. D'un seul coup, elle sembla reprendre le dessus et me fixa d'un drôle d'air. J'arrivais enfin à dégoter les clés et ouvris prestement la porte avant de l'entraîner avec moi dans l'appartement.

- Fais comme chez toi. Mets toi à l'aise... lui dis-je en essayant de retirer ma veste.

Toujours sans rien dire elle m'aida puis pris doucement ma main blessée entre les siennes.

- Mon dieu ta main ! S'écria-t-elle. Pourquoi tu n'as rien dis ? Elle est brûlée !

- Ne t'inquiète pas, ça va aller... demain il n'y aura plus rien.

Elle me regarda abasourdie. Ok... la discussion fatidique n'allait pas tarder. J'espérais seulement qu'elle n'allait pas complètement paniquer.

- Non... non... c'est impossible ! Il faut te soigner !

Elle reprenait le dessus... presque autoritaire. Je ne pus retenir un léger sourire devant son inquiétude.

- Où est la trousse de secours ? Dit-elle en regardant autour d'elle avant de se diriger vers la salle de bain dont la porte était restée entre-ouverte.

L'appartement était petit mais fonctionnel. Un petit salon avec un bar séparant un coin cuisine, une chambre douillette, une salle de bain pratique. Le tout agencé dans un style moderne avec des touches de couleurs ici et là. Je la vis revenir avec la trousse qu'elle avait dû trouver dans l'armoire à pharmacie de la salle de bain et je décidais de la laisser faire. Je voyais bien que ça la rassurait de s'occuper de ma main et de cette façon je gagnais encore un peu de temps avant la fameuse discussion...

Elle prit ma main valide et me tira vers le canapé avant de me pousser pour me forcer à m'asseoir. Elle se mit alors à fouiller et sortir de la crème pour les brûlures et un bandage.

- Ok... laisse moi voir ça de plus prêt. Dit-elle en reprenant ma main et en faisant la grimace en voyant l'ampleur des dégâts.

Je sentais toujours la douleur pulser mais à son contact ça n'avait plus vraiment d'importance. Le simple fait qu'elle pose ses mains fraîches faisait refluer la douleur. Je profitais du fait qu'elle était fixée sur ma blessure pour l'observer. Je voyais bien qu'elle était inquiète mais elle ne paniquait toujours pas. Ou du moins elle se contrôlait bien. Je ne savais pas trop si l'inquiétude venait de mes blessures ou du fait d'être en ma présence. Elle fronçait les sourcils de concentration, retournant doucement ma main pour ne pas me faire de mal. Son visage était doux, les lignes de son visage harmonieuses. Mon regard glissa sur la courbe de sa mâchoire vers son cou. Je voyais le sang pulser dans ses veines en battement rapprochés. Elle était anxieuse.

Je n'osais pas lui dire que j'avais survécu à bien pire et que ce n'était vraiment rien. Bien des démons avaient essayé de s'en prendre à moi pour monter dans la hiérarchie. Être la fille de mon père n'avait pas que des bons côtés. Surtout avec une mère humaine... j'étais plus vulnérable que les autres, plus humaine par certains côtés. En théorie plus facile à éliminer même si je leur avais prouvé le contraire. Après tout j'étais toujours sortie vivante de ses duels... eux n'avaient pas eu cette chance.

- Je vais mettre de la pommade. Ça risque de faire mal...

Je relevais les yeux et la fixais calmement. Son regard s'adoucit et je ne pu m'empêcher de me crisper. Maudites réactions humaines ! D'autant plus qu'à son contact tout semblait rejaillir, toutes ces émotions que j'avais apprit à maîtriser et à refouler refaisaient surface. En temps normal, j'aurais repoussé ce genre d'attention. Je ne voulais pas de pitié de la part de personne, je ne voulais pas qu'on m'approche ! J'avais horreur qu'on me touche ! Cela faisait des années que ma carapace était bien en place et que je ne laissais personne me toucher.

Mais je ne voyais pas de pitié dans son regard. Je ne comprenais pas moi même mes réactions à son contact. Ou du moins mon manque de réaction. Pourquoi me laisser faire ? Pour ne pas l'effrayer ? Depuis quand cela avait-il de l'importance de ne pas effrayer quelqu'un ? Merde, j'aimais plutôt ça effrayer les humains !

Elle me regardait toujours, attendant que je lui donne mon accord pour continuer. Je me perdis quelques secondes dans son regard vert avant de me reprendre en hochant doucement la tête.

Un frisson me parcouru l'échine quand je sentis ses mains douces venir appliquer la crème en couche épaisse dans la paume de ma main. Je ne sentais même plus la douleur, concentrée sur le doux touché de Quinn.

- Désolée, je te fais mal...

- Euh... pas vraiment... c'est... encore une fois je perdais mes mots face à elle.

Elle releva la tête pour venir à nouveau sonder mes yeux. Son regard brillait de curiosité maintenant. Le monde tournais à l'envers c'était officiel ! Moi le démon apprivoisée par une humaine... il fallait vraiment que je me reprenne.

Une fois la crème appliquée, elle se mit à bander ma main. Je restais là à la laisser faire, l'observant.

- Et voilà !

- Merci... murmurais-je le cerveau fonctionnant à plein régime. Je supposais que l'heure de la fameuse discussion était arrivée.

Le silence s'installa entre nous. Elle me regardait calmement de son regard clair. Pas de jugement ici. Elle attendait juste que je me décide. Devant mon regard perdu ce fut finalement elle qui brisa le silence:

- Alors... donc... tu es...? Elle me regarda en haussant doucement les sourcils.

Je grimaçais... j'étais anxieuse à l'idée de la faire encore flipper. J'inspirais à fond avant de lâcher rapidement en la regardant dans les yeux:

- Un démon... enfin semi-démon... ma mère est humaine. Je suis en quelque sorte en mission ici. Je dois retrouver un artefact... enfin un objet...

Je me stoppais net en voyant que j'étais en train de trop parler. Je ne m'étais jamais sentie aussi nerveuse. Je baissais le regard en me maudissant mentalement. Je ne voulais pas lui faire peur et je lui balançais tout ça à la figure. Bien joué Santanna!

Je la sentis prendre à son tour une inspiration avant de prendre la parole:

-Ok... murmura-t-elle

Je relevais alors mon regard, intriguée. Pas de panique en vue. Je la voyais froncer les sourcils assise à coté de moi sur le canapé, mais elle semblait accepter la petite bombe que je venais de lui balancer comme ça. Et puis son regard s'évada et alla parcourir nerveusement la pièce.

- Je veux dire... pourquoi pas... après ce que j'ai vu tout à l'heure dans le gymnase... par contre euh... T'es sure? T'es un démon? Non parce que les démons normalement ce n'est pas méchants? Et toi je ne pense pas que tu me feras du mal! Je devrais surement flipper complètement en ta présence mais ce n'est pas le cas! Et l'autre c'était quoi si toi tu es un démon? Parce que lui par contre il m'a fait flipper!

Ah! Enfin un signe de nervosité! Je ne pus retenir un léger sourire pour essayer de la rassurer. Je la voyais parler vite sans pouvoir s'arrêter, les mots sortant de sa bouche sans qu'elle ne puisse les retenir. Son énergie tournoyait nerveusement autour de nous sans pour autant que je me sente agressée. Il fallait bien que ça sorte. J'attendais qu'elle fixe à nouveau son attention sur moi.

- C'est aussi un démon. C'est assez compliqué mais... nous ne somme pas tous les mêmes. J'essayais de la rassurer.

- Pourquoi tu m'as défendu alors? Elle attendait ma réponse, ses yeux scrutant les miens en profondeur.

- Je... Je ne sais pas trop... Est ce que tu... euh... comment expliquer... Je passais une main nerveuse dans mes cheveux en cherchant mes mots.

- Je quoi? Sa voix se fit à nouveau douce devant ma propre nervosité. Merde! C'était à elle d'être nerveuse et à moi de la rassurer? Non? Je pris une grande inspiration avant de répondre.

- J'ai réagit comme ça parce que je pense que tu es liée d'une façon ou d'une autre à l'artefact que je recherche.

Elle secoua doucement la tête de droite à gauche.

- Je n'ai rien à voir avec vos histoires! Je ne sais pas ce que l'autre me voulait! Et... je te remercie d'être intervenu mais maintenant vous allez tous m'oublier!

Elle s'était mise à crier sur les derniers mots. Si seulement c'était si facile... maintenant qu'elle était repérée ils ne la lâcheraient plus.

- Tu... tu ne perçois pas ton pouvoir n'est ce pas?

- Quel pouvoir? Son regard était un peu perdu mais au moins la question l'avait surprise, ce qui avait fait redescendre un peu la tension qui l'habitait.

Je la regardais avec curiosité... Comment cela était-il possible? Autant de pouvoir sans en avoir conscience.

- Ok... Je le sens. Je veux dire... Je sens ton aura tout autour de nous.

- Mon aura?

- Ta puissance si tu préfère.

- Mais... non je n'ai pas ce genre de truc... je suis... Elle fronça les sourcils complètement perdue.

- Je t'assure que c'est vrai. En fait, je n'ai jamais vu autant de puissance brute chez personne. C'est aussi pour ça que les démons euh... empruntent la puissance des êtres qui les entourent. J'essayais de lui expliquer mais je me savais mauvaise pédagogue. Ce n'est pas pour rien que je fuyais tout le monde! Handicapé de la communication voilà ce que j'étais! De la colère, des remarques acerbes, de l'ironie... autant que vous en vouliez! Mais tenir ce genre de conversation c'était bien autre chose.

- On va essayer autre chose... tu veux bien essayer avec moi? Je ne te ferais pas de mal promis!

Elle me regarda avec suspicion. Je pouvais presque voir les rouages tourner à plein régime dans sa petite tête angélique. Puis je la vis se redresser et carrer les épaules avant de respirer profondément, me donnant son accord d'un petit signe de la tête.

- Pause tes mains dans les miennes. Je parlais doucement, calmement pour ne pas lui faire peur.

J'essayais d'adoucir mon regard au maximum. Levant un sourcil pour l'encourager. J'attendis patiemment qu'elle prenne sa décision elle même, les mains tendues presque au dessus de ses genoux.