Le blabla inintéressant de Cat :

Hey ! Oui, encore un chapitre qui a mis quinze mille ans à arriver, pour ma défense j'ai passé TOUT mon été à travailler dans un club de vacances (quatre mois à nettoyer des chiottes, on aime) et à préparer mon départ pour un an en Erasmus à Prague, ce qui m'a pris, en plus de tout mon temps, toute mon énergie. Cela ne justifie rien cependant, mais on ne va pas s'éterniser sur mon incapacité chronique à être régulière, voici le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira ! Merci encore pour les retours que j'ai eu sur le chapitre précédent, cœur sur vous.

Bonne lecture !


CHAPITRE 3
Vous avez dit Quidditch ?

─ Tu as quoi ?

─ Shhhh !

Madame Pince, la nouvelle bibliothécaire, nous fit les gros yeux derrière son bureau avant de reprendre son inspection de la bibliothèque, prête à bondir sur le moindre étudiant qui abimerait ses merveilleux livres en s'agitant un peu trop. Je soupirai en m'enfonçant un peu plus sur ma chaise. De l'autre côté de la table, Coraline me regardait comme si j'avais commis un crime horrible. Ce qui n'était pas très loin de la vérité en réalité.

─ Je crois que j'ai tué McGo, répétai-je à voix basse en évitant de la regarder.

─ Comment ça, tu « crois » ? T'en es pas certaine ? Comment c'est possible ? me harcela-t-elle en secouant la tête comme si elle essayait de réaliser ce que je lui disais. Mais enfin, Grace, ne me sors pas des trucs comme ça !

─ C'est juste que… je suis sortie hier soir après le couvre-feu pour me balader un peu et quand j'ai entendu un miaulement, j'ai pensé que c'était Miss Teigne, tu vois ? Du coup, j'ai lancé un sort au hasard le temps de pouvoir m'enfuir mais j'ai pas arrêté d'y songer et en y repensant, ce chat ne ressemblait pas à Miss Teigne…

─ Attends, je croyais que tu avais arrêté les sorties en douce ? fit Cora en fronçant les sourcils.

Mon silence dut lui suffire puisqu'elle me lança un long regard désapprobateur.

─ Lily est au courant ? demanda-t-elle ensuite en soupirant.

─ Tu rigoles ? m'écriai-je, toujours en chuchotant, avec un air horrifié. Si elle l'apprend je suis bonne pour des remontrances encore pires que celles de ma mère !

─ Ça te ferait pas de mal de temps en temps, asséna mon amie d'enfance. Franchement, parfois je me dis que tu es encore pire que les Maraudeurs ! Ou alors c'est un trait commun des Gryffondor d'agir sans réfléchir ?

Je grimaçai à la référence de ce surnom que s'étaient donné Black et Potter en quatrième année pour qualifier leur petit groupe suite à une stupide idée de Pettigrow. Non seulement c'était ridicule, mais en plus tout le monde l'utilisait désormais, et j'étais persuadée qu'ils pensaient que ça les rendait cool. Ça me donnait des envies de gerbe terrible personnellement, rien qu'à l'entendre j'en avais des frissons, alors être associée à ça…

─ Et c'est un trait commun des Serdaigle de se concentrer seulement sur les petits détails ? ripostai-je. Je te signale que j'ai tué un professeur ! m'exclamai-je, angoissée, en passant une main dans mes cheveux encore et toujours en bataille.

─ Mais calme-toi ! Déjà, rien ne te dit que c'était vraiment elle, donc tant qu'on n'est certaines de rien, ça ne sert à rien de paniquer. Et puis, qu'est-ce que MacGonagall aurait bien pu faire dans les couloirs à cette heure-là ?

─ Je sais pas moi, un petit tour pour se dégourdir les pattes peut-être ? Qu'est-ce qu'on y connait nous à ses hobbies hein ? Si ça se trouve, elle adore chasser les souris dans le château quand tous les élèves sont couchés !

─ N'importe quoi, Grace, répondit Cora en levant les yeux au ciel, néanmoins je vis qu'elle était amusée. Et puis, si ça avait vraiment été elle, tu ne crois pas qu'elle t'aurait reconnue et qu'elle se serait retransformée ? Franchement, c'est un professeur, je ne pense pas qu'elle puisse se laisser avoir par une élève de sixième année, même avec un niveau de sortilèges comme le tien !

─ Mais si elle était distraite par les souris ? demandai-je avec une toute petite voix.

─ Tu me fatigues, G., répliqua la blonde toute en rangeant ses affaires dans son sac.

─ Où est-ce que tu vas ? paniquai-je en la voyant se lever.

─ Eh bien, puisque tu as l'air si convaincue d'avoir tué le professeur McGonagall, on va aller vérifier de ce pas si elle est bel et bien vivante ou non, déclara Coraline en remontant les lunettes qui avaient glissé sur le bout de son nez, un sourire satisfait aux lèvres.

─ Quoi ? Jamais de la vie ! Ce serait beaucoup trop suspect ! protestai-je en m'accrochant à son bras, affolée qu'elle puisse faire une telle chose.

─ Hum hum…

D'un même mouvement, Cora et moi nous retournâmes pour tomber sur Madame Pince, les mains sur les hanches, qui nous regardait avec un air tout sauf avenant, sa tête de vautour prête à nous étriper vivantes.

─ Mesdemoiselles, puisque vous semblez si promptes à converser à haute voix, je vous suggère d'aller le faire ailleurs qu'ici, puisqu'il vous a sans doute échappé qu'il s'agissait d'une bibliothèque, susurra-t-elle.

─ On allait partir de toute manière, dis-je en haussant les épaules.

Je ramassai mon sac, que je n'avais pris que pour faire bonne figure, et suivis Coraline qui s'empressait de déserter les lieux.

─ Si jamais elle refuse que j'emprunte un livre la semaine prochaine à cause de toi… me menaça-t-elle d'un air pincé une fois qu'on fut deux couloirs plus loin.

─ Attends t'es sérieuse là ? m'exclamai-je en la suivant au petit trot puisqu'elle était plus grande que moi.

─ Peut-être, peut-être pas, fit mon amie avec un sourire en coin.

─ Je ne sais pas ce qui est pire avec vous, les Serdaigle, votre manie de parler en énigmes, ou bien votre sérieux à toute épreuve… soupirai-je, mais elle était déjà trop loin pour m'entendre.


Le drame atteignit finalement son apogée quand, au repas de midi, McGonagall ne parut pas à la table des professeurs pour déjeuner. Je devins tellement blanche que Gemma dut passer sa main au moins dix fois devant mes yeux pour s'assurer que je n'étais pas devenue un fantôme. Mon regard se porta immédiatement deux tables plus loin, sur Cora qui fronçait les sourcils en fixant la chaise vide du professeur de Métamorphose. Elle me fit signe de sortir discrètement, et j'obéis en laissant sans regret mon assiette à mon frère assis à côté de moi, l'estomac trop noué pour manger.

Et si j'avais vraiment assassiné McGonagall ? Et si c'était réellement elle que j'avais cru apercevoir dans le couloir ? Ce qui n'était au départ qu'un doute devenait lentement une angoisse absurde…

─ McGo n'était pas à table, lançai-je sitôt que je vis Coraline sortir de la Grande Salle à son tour.

─ Merci captain Obvious, répondit-t-elle avec une grimace. J'avais remarqué !

─ Qu'est-ce qu'on fait ? paniquai-je. Tu crois qu'on devrait prévenir Dumbledore ? Tu crois qu'ils vont m'envoyer à Azkaban ? Oh, Cora, j'ai pas du tout envie de me faire sucer la face par un squelette flottant ! pleurnichai-je en secouant une nouvelle fois son bras tandis qu'elle semblait réfléchir intensément.

─ Ce n'est peut-être qu'une coïncidence ? proposa la blonde sans grande conviction.

─ A Poudlard les coïncidences n'existent pas, déclarai-je en grimaçant.

─ Elle est peut-être malade ? tenta-t-elle à nouveau, mais c'était plus pour se convaincre qu'autre chose. Je maintiens qu'on devrait aller voir dans son bureau.

─ Tu as peut-être raison…

Quelques minutes plus tard, on était figé devant la porte du bureau du professeur de Métamorphose, incapable de se décider à frapper. On se jetait des regards en coin, mais aucune de nous semblait prête à bouger. Alors que j'allais lever une main tremblante – j'étais une Gryffondor, que diable ! – une voix se fit entendre derrière nous :

─ Et bien mesdemoiselles, ne devriez-vous pas être en train de déjeuner avec le reste de vos camarades ?

Cora et moi sursautâmes avant de nous retourner, pour apercevoir le professeur McGonagall en très bonne forme, qui nous regardait avec un air inquisiteur.

─ Professeur, vous n'êtes pas morte ! fut la première chose qui sortit de ma bouche, tandis qu'une vague de soulagement me traversait.

Cora me donna un coup de coude discrètement dans les côtes, et elle s'empressa de rectifier le tir, alors que notre enseignante nous observait derrière ses lunettes en écailles.

─ Nous nous inquiétions de ne pas vous voir dans la Grande Salle, professeur, nous sommes venues voir si vous alliez bien, fit-elle avec un sourire posé, jouant à fond la carte de la Serdaigle sérieuse et impliquée.

McGonagall plissa les yeux, j'eus du mal à discerner si c'était une preuve de surprise ou bien de suspicion, avant de déclarer :

─ J'aidais le pauvre Georges Stewart, quelqu'un a stupéfixé son chat la nuit dernière, le petit était en pleurs ce matin en le retrouvant dans le couloir des Sortilèges.

J'échangeai un regard avec Cora qui me fit les gros yeux, qui signifiait sûrement « tu vois je te l'avais bien dit » la connaissant. Ça ne m'empêcha pas de me sentir coupable.

─ Hrm, et euh… Il va bien ? bégayai-je, me sentant transpirer à grosses gouttes. On a trouvé qui était le coupable ? demandai-je précipitamment en essayant de paraître le moins suspecte possible – très réussi, Grace, bravo.

─ Le professeur Flitwick a inversé le sortilège, mais il semblerait qu'il n'ait pas trouvé de qui il provenait, répondit-elle. Je suis étonnée que vous vous souciez de la santé de cet animal, Miss Mercer, ajouta-t-elle en levant un sourcil.

Aïe, touché.

Et bien, vous voyez, en tant que propriétaire d'un chat, j'aurais très peur qu'un Stupéfixeur en série s'attaque à nos gentils compagnons, la nuit, dans les couloirs, quand personne ne peut les protéger. J'y tiens à mon Loki, vous savez, même s'il aime se soulager sur tout ce qui traîne et qu'il fait ses griffes sur le canapé de la salle commune. Si jamais quelqu'un lui faisait du mal, je ne sais pas ce que je deviendrais ! J'espère que vous allez trouver qui ose s'en prendre à nos animaux de compagnie, on n'est pas en sécurité dans ce château ! Sur ce, bon dimanche professeur.

Je saluai McGonagall avant de partir dignement, la tête haute, sans même attendre Coraline. Elle me rejoignit quelques minutes plus tard, secouant la tête avec incrédulité.

─ Stupéfixeur en série, sérieusement ?

─ Il fallait bien que je trouve quelque-chose…


Je ne sais pas ce qui m'a pris de garder la Botanique cette année. Sûrement un moment de folie passager, mais que je regrettais amèrement maintenant. J'adore le professeur Chourave, hein, n'y voyez pas là un quelconque grief contre elle ou contre sa matière, au contraire, c'est un des rares enseignants à me donner envie d'aller en cours, mais franchement, je me serais bien passée de mettre mes mains dans la terre dès le premier jour. Heureusement, je pouvais compter sur Hestia pour me soutenir, il n'y avait qu'elle pour se porter volontaire quand il fallait rempoter un géranium dentu. Et avec le sourire en plus. Chourave nous avait mises en binôme, et c'était sûrement la seule chose qui me donnait l'impression que non, avoir de la bouse de dragon jusqu'aux coudes à la fin de la journée, ce n'était pas une mauvaise chose, surtout quand on pouvait en glisser discrètement dans les poches de Mulciber et Wilkes, deux Serpentard particulièrement cruels et désagréables.

Enfin, après m'être débarbouillée, je n'avais pas été mécontente de retrouver les filles pour le repas, et depuis que j'étais installée à la table des Gryffondor, j'étais lancée dans un grand débat avec Gemma sur les qualifications de Quidditch annoncées hier soir pour l'équipe de notre maison et qui auraient lieu samedi. Elle était batteuse depuis deux ans déjà et je doutais que mon frère songe à la remplacer. Nos inquiétudes se portaient plutôt sur les postes à pourvoir et sur les futurs matches. La coupe nous était passée sous le nez l'année précédente et c'était les Serpentard qui avaient récolté tous les lauriers. Mon frère en avait été malade, et j'avais passé un été très éprouvant à l'écouter ressasser notre défaite tout en maudissant les verts et argent. Le seul point positif, sur lequel j'avais dû insister pour le remettre d'aplomb, était que le capitaine des serpents, Harrison, avait terminé sa dernière année à Poudlard et que Pucey, qui le remplaçait, était une vraie brêle pour diriger une équipe. Il ne lui en avait pas fallu plus pour finalement s'en remettre et repartir au quart de tour, pour mon plus grand malheur. On avait passé de nombreuses heures – trop – à parler stratégies, tactiques de jeu et méthodes d'intimidation. Moi qui espérait enfin avoir la paix…

Le Quidditch avait toujours été présent dans nos vies, à Liam et à moi. Notre oncle Parrish était un joueur de renommée internationale, qui nous avait donné très tôt l'envie de voler. Liam avait reçu son premier vrai balai à l'âge de six ans, quant à moi j'avais été condamnée à le regarder jouer avec nos cousins – on devait être assez nombreux pour former trois équipes, en comptant les cousins éloignés – mais j'avais tourné ça à mon avantage puisque j'en avais profité pour apprendre toutes les techniques possibles et imaginables, plongée dans Le Quidditch à travers les Ages, puis, plus tard, dans Stratégies (d)étonnantes pour vaincre à tous les coups. Et sans me vanter, j'étais plutôt douée quand il s'agissait d'établir un plan d'attaque pour un match.

J'avais également tendance, lorsque personne ne me voyait, à grimper en douce sur un balai pour voir ce que certaines figures donnaient en réalité, ce qui m'avait d'ailleurs causé un bon nombre de fractures qui expliquaient pourquoi j'avais appris les sorts de soins basiques pour éviter que l'on me pose des questions embarrassantes. C'était très vite devenu une habitude et j'avais alors eu envie qu'on remarque que je pouvais être utile, que j'avais moi aussi ma place sur un terrain de Quidditch.

Puis, lors de ma troisième année, Samuel avait remarqué que je prenais scrupuleusement en note tous les matchs depuis le début de ma scolarité à Poudlard – bon, au départ c'était plus parce que lui était sur le terrain que par véritable passion, il fallait avouer. J'avais ainsi pu poser un pied dans la cour des grands. Le capitaine de l'époque, Ragmar Dorkins, qui jouait désormais pour les Canons de Chudley, avait vu en moi un atout pour battre les autres équipes, dont je consignais toutes les tactiques, les points forts et les points faibles depuis trois ans. J'ai cru qu'il allait me sauter dessus tellement il était heureux lorsqu'il avait vu mon carnet de notes. Personne n'avait voulu prendre le rôle d'observateur durant les matches et les entraînements, notamment ses amis, qui soupiraient à chaque fois qu'ils l'entendaient prononcer le mot « Quidditch ». Il m'avait regardée comme si j'étais son héroïne – il m'avait paru un peu fou à ce moment-là, mais il fallait avouer que tous les fans du sport préféré des sorciers étaient légèrement timbrés (oh, doux euphémisme).

Depuis, j'aidais l'équipe quand on me le demandait. Cependant, lorsque mon frère avait pris sa place l'année suivante, il avait insisté pour que ma place de « consultante » comme il aimait m'appeler, soit permanente, m'enlevant par là même tous mes week-ends sans une once de compassion. Sans rire, je devais passer plus de temps sur le terrain qu'un joueur ! J'avais dû mettre le holà quand il avait suggéré que je fasse les exercices avec l'équipe, histoire de tester moi-même si ses méthodes étaient efficaces. Un taré, je vous dis. Mais voir la fierté dans ses yeux lorsque j'expliquais maladroitement une nouvelle stratégie à son attrapeur, c'était ça qui me donnait l'envie de me lever, un samedi sur deux, à cinq heures du matin pour suivre l'entraînement.

─ Hé la guenon, tu me passes les pommes de terre ou pas ?

Qui a dit que je faisais ça pour lui déjà ? J'ai dû me tromper, en vérité, c'est juste pour pouvoir baver tranquillement sur les abdos de Samuel sans me faire repérer. Rien à voir avec un quelconque amour fraternel.

─ Et si tu bougeais ton cul pour les prendre, pour une fois ? répliquai-je en direction de mon frère aîné en plantant ma fourchette dans mon assiette.

─ Langage ! râla-t-il aussitôt, les sourcils froncés.

T'es pas ma mère, je grognai en relevant ma fourchette, tandis qu'une feuille de ma salade s'envolait pour atterrir dans la figure de Pettigrow, qui poussa un petit cri de surprise que j'ignorais royalement.

Alors que Liam allait répliquer, Samuel coupa court à la dispute en faisant léviter le plat de pommes de terre frites jusqu'à lui en m'adressant un clin d'œil. « Tu sais comment il est quand il a faim », articula-t-il en me souriant de son sourire parfaitement parfait.

Quand on y réfléchit bien, un homme capable de s'interposer entre mon frère et moi en pleine prise de bec mérite qu'on l'épouse. Voilà, tout est dit. Peut-être même que maintenant je vais faire exprès de m'accrocher avec Liam pour le voir intervenir et me faire des clins d'œil.

Il va falloir que Pettigrow s'attende à recevoir d'autres feuilles de laitue dans la tronche, c'est pour le bien de ma vie sentimentale.


Quel est le fils de gobelin qui a dit que la sixième année était une année tranquille déjà ? On en était déjà à la deuxième semaine et les professeurs nous bombardaient dans tous les sens d'essais à rendre, de sorts à réviser et de leçons à apprendre. Je commençais déjà à compter le nombre de jours qui restaient avant les prochaines vacances, c'est pour vous dire. Je commençais déjà à compter le nombre de jours qui restaient avant les prochaines vacances, c'est pour vous dire.

Qu'est-ce que tu lis ? me demanda Lily en s'approchant de mon lit, sa serviette sur ses épaules pour éviter que ses cheveux ne trempent son pyjama.

─ Le cours de Défense pour demain, répondis-je en tournant ma page. D'après Liam, Byrne est capable de nous faire des interros surprises et je voudrais éviter de me prendre un D dès le début.

─ Tu as décidé d'être studieuse cette année, dis-moi, sourit Lily en s'asseyant à côté de moi.

─ Ça ne va pas durer ! lança Mary depuis la salle de bain.

─ Hé, je peux être sérieuse quand je veux ! m'exclamai-je en tirant la langue dans sa direction. Et puis, je ne vais pas tout le temps compter sur vous, rajoutai-je à voix basse, un peu mal à l'aise d'être toujours le boulet du groupe.

─ Oh, ma Grace, tu sais qu'on est toujours là si tu as des difficultés ! fit Lily en posant sa main sur ma cheville avec un sourire rassurant.

─ Même en Métamorphose ? me moquai-je en la voyant pâlir à ces mots.

─ Oui, enfin, il faut peut-être pas pousser non plus, dit-elle en grimaçant, il y a des situations où on ne peut plus faire grand-chose, malheureusement.

─ Tu dis que je suis un cas désespéré ? m'indignai-je, et elle rigola.

─ C'est toi qui le dis, pas moi !

Elle poussa un grand cri quand je me jetai sur elle pour la chatouiller, à coup de « Répète pour voir ? ». Elle ne se laissa pas faire et décida de m'asperger d'eau en secouant sa tête de toutes ses forces. Ce fut à mon tour de crier quand les gouttelettes glacées atterrir dans mon cou.

─ Dix Mornilles sur Lily, fit Gemma sur un ton neutre, lançant les paris.

─ Vingt sur Grace, c'est une teigneuse, renchérit Mary, avec un sourire joueur.

─ Vingt-cinq que Bowman va débarquer pour leur dire d'arrêter, affirma Dorcas, prenant pour une fois part aux défis que nous aimions nous lancer, quoique je le prenais un peu mal que cette fois-ci elles se fassent de l'argent sur mon dos, ces traîtresses.

Finalement, ce fut Dorcas qui remporta le pari, puisque Meredith Bowman, la préfète de septième année, descendit dans notre dortoir pour nous ordonner de faire moins de bruit. Quelques minutes plus tard, la lumière était éteinte mais je continuai de pouffer entre mes draps.

─ Si Potter pouvait voir ça… murmura la voix de Mary depuis son lit.

─ Il n'en reviendrait pas, de notre Lily la tigresse, rajoutai-je en ricanant.

─ Peut-être qu'il faudrait l'inviter la prochaine fois, s'amusa Gemma en tapotant son oreiller.

─ Je vous déteste, les filles, si vous saviez combien de vous déteste, soupira Lily.

Seul un éclat de rire commun lui répondit.


« Ma chérie,

J'espère que ta rentrée s'est bien passée, et que tu n'as pas trop de travail pour le moment. N'ayant reçu aucun hibou venant du professeur McGonagall nous indiquant que tu aurais fait exploser un couloir ou un élève, j'ai supposé que le petit Black n'avait pas encore réussi à te porter sur les nerfs, ou bien qu'aucun Serpentard n'était venu te chercher des noises. Encore une fois, j'ai un peu de mal à comprendre toutes ces oppositions entre maisons, chez les Serdaigle seule la compétition intellectuelle était sujette aux tensions mais je suppose que tu as hérité du tempérament bien trempé du côté Rosier de la famille (non que je veuille dire que ton grand-père a mauvais caractère, mais tu vois où je veux en venir). Quant à ton frère, eh bien, il ne s'est rien cassé pour le moment, mais espérons que cela dure ! Essayez de ne pas trop vous chamailler tous les deux, je sais bien que depuis les révélations de votre mère l'année dernière vous vous êtes éloignés, mais je suis persuadée que malgré vos désaccords vous saurez tout de même discuter comme des adultes sur la question.

Pour revenir à un sujet plus joyeux, de notre côté, nous avons recueilli un chien. Oui, tu as bien lu, je dois dire que j'étais aussi surprise que toi. Un matin, nous avons ouvert les volets, et nous avons vu cette boule de poils qui gambadait dans le jardin sans même s'effrayer des gnomes qui l'insultaient. Tu connais ton grand-père, il a toujours dit qu'il serait bien incapable de s'occuper d'un animal « normal », mais tu l'aurais vu devant cette petite bête, il a été incapable de résister ! Alors, après avoir fait le tour des maisons moldues près du village sans succès, on a décidé de le garder. On cherche encore un nom, mais je comptais sur ton aide pour cela. Je t'ai joint une… comment Lily a dit que cela s'appelait déjà ? Une tofografie ? J'ai essayé de faire fonctionner l'appareil qu'elle nous a offert l'hiver dernier mais j'ai bien peur que cela soit un peu flou. En espérant que cela t'aide tout de même ! Sache en tout cas que c'est un amour de chiot, vous allez tomber sous son charme dès votre retour !

Je vais te laisser sur ces mots, ma gargouille, je dois aller préparer un cake aux fruits pour ton grand-père, ce qui ne va certainement pas arranger son embonpoint, mais ne lui dis rien, il va encore se vexer.

Ta mère te fait savoir qu'elle t'embrasse, elle a beaucoup de travail en ce moment mais elle t'enverra sûrement un hibou quand elle trouvera l'occasion.

Avec toute mon affection,

Mamie »

Toute en donnant un bout de ma tartine à la petite chouette effraie de ma grand-mère, je parcourais sa lettre en baillant, encore un peu dans le coltard. Arrivée à la fin, je retournai la lettre pour découvrir l'image qui était effectivement accrochée au parchemin. On y voyait une forme floue de couleur beige avec un museau et une petite langue rose qui dépassait. A côté, on distinguait mon grand-père, un air malicieux au fond des yeux, qui regardait en haut de l'objectif, sûrement en direction de ma grand-mère. Je souris, songeant que malgré notre départ précipité dix jours auparavant, ils me manquaient tout de même un peu. Ma mamie avait toujours été celle à laquelle je pouvais parler quand rien n'allait, surtout quand ma mère était tellement plongée dans son travail qu'elle oubliait qu'elle avait des enfants. Elle me connaissait peut-être mieux d'ailleurs, sauf en ce qui concernait les sandwichs, malheureusement.

─ Dis-moi Lily, demandai-je en me tournant vers mon amie, tu aurais des idées de noms de chien ?

─ Hmm… Laisse-moi réfléchir…

A partir de là, le reste de la journée fut ponctué de noms lancés à tout va entre deux cours ou durant le déjeuner, même mes amis de Serdaigle s'y étaient mis et ils profitèrent du cours d'Histoire pour me bombarder de parchemins griffonnés avec des petits dessins et des surnoms en tout genre, parfois ridicules.

─ Sérieusement, Artur, tu veux vraiment que mes grands-parents appellent ce chien Croquette, t'as pas mieux ? En plus c'est l'année des M, pas des C.

J'étais assise par terre dans un couloir désaffecté du deuxième étage tandis que mon meilleur ami était allongé sur le banc en pierre, faisant voler dans les airs l'une de mes plumes pour se distraire.

─ Tu sais, ma tante a bien appelé sa chèvre Tartine alors bon, me dit-il en haussant les épaules.

─ Sans vouloir te vexer, Arty, ta tante Ebb est peut-être la Cracmolle la plus bizarre que je connaisse, plaisantai-je.

─ Est-ce qu'on en parle de grand-tata Frida ou pas ? répliqua-t-il en faisant référence à l'une des sœurs de ma grand-mère, une vieille aigrie qui ne manquait jamais une occasion pour gâcher les réunions familiales – où elle n'était jamais invitée d'ailleurs.

Pour seule réponse, j'agitai ma baguette en direction de la plume d'aigle suspendue au-dessus de lui et celle-ci fusa droit sur son visage dans un sifflement. Il poussa un cri aigu en roulant sur le côté, atterrissant ainsi sur le sol. Soufflant sur une mèche de cheveux, il me regarda en riant, appuyé sur ses deux mains pour se relever :

Ok, reçu cinq sur cinq, on ne parle pas de grand-tata Frida.

C'était agréable de passer du temps avec Artur, ça me rappelait les bons moments de notre enfance, quand Coraline partait passer l'été chez sa grand-mère sur l'île de Wight, et qu'on restait tous les deux, à s'empiffrer de cookies dans sa cuisine avant d'aller jouer à la bataille explosive dans son jardin. Mon frère râlait parce qu'il devait nous surveiller mais c'était toujours le premier à courir mettre ses chaussures pour aller chez les Priestley. Lorsqu'il était parti pour Poudlard, il n'y avait eu qu'Artur pour me consoler. Quand il pleuvait, on restait dans le salon, en pyjama, à se raconter des histoires qui faisaient peur et lorsqu'un volet claquait contre le mur de la maison, on sursautait en même temps avant de se traiter l'un et l'autre de mauviette. On passait notre temps à se taquiner et ça, ça n'avait pas changé. Heureusement, parce que, s'il y avait bien une chose que je détestais, c'était le changement. J'avais besoin de stabilité, de valeurs sûres, pas un chaos incessant dans ma vie. Et parfois, quand je devais m'accrocher à quelque-chose pour éviter de sombrer, c'était vers Artur que je me tournais. Il arrivait toujours à me changer les idées.

Il s'approcha de moi avant de se laisser glisser contre le mur pour s'asseoir à mes côtés. Sans tourner la tête vers lui, je savais que son visage avait changé d'expression.

─ En parlant de famille… commença-t-il plus sérieusement avant que je ne le coupe.

Je ne veux pas en parler, dis-je brutalement en secouant la tête.

─ Grace…

Il soupira, se résignant finalement à me laisser tranquille, mais je savais bien que le sujet finirait par ressortir tôt ou tard. Je ne pouvais pas éviter la conversation indéfiniment alors que j'avais passé presque tout l'été chez Cora et chez lui afin d'éviter ma propre maison.

─ Tu sais que je suis là si tu as besoin de parler, finit-il par dire en passant un bras derrière mes épaules.

Je hochai la tête, serrant brièvement sa main pour le remercier.

─ Bon, et si on faisait une petite surprise à nos amis Poufsouffle de septième année ? s'exclama-t-il après quelques minutes de silence.

─ Je croyais que tu attendais Trevor et Zach' ? Le cours de McGonagall ne finit que dans une demi-heure, lui fis-je remarquer en haussant un sourcil.

J'ai cru comprendre que Marshall recrutait dans sa promo pour les essais, il y a peut-être une chance que l'un eux se blesse accidentellement à la sortie des cours et qu'il ne puisse pas jouer cette année ? suggéra-t-il avec un sourire malicieux.

─ Ça s'appelle être retors, ça, Priestley, le grondai-je sans pouvoir m'empêcher de sourire. Ce n'est pas très digne d'un Serdaigle.

─ Il paraît que j'ai des ancêtres Serpentard, me confia-t-il tout en se levant. Et ne me fais pas croire que tu n'en as pas envie, toi aussi !

─ Je respecte les règles, moi, monsieur ! protestai-je en le suivant.

─ Ah oui ? Et dois-je te rappeler qui a « malencontreusement » mis le feu au balai de Jenny Bolen l'année dernière ?

─ Ça n'a absolument rien à voir ! C'était pendant un match d'entraînement ! Et d'abord, elle n'avait qu'à pas essayer de séduire Samuel, cette espèce de petite garce ! Pff, comme si elle pouvait lui plaire avec son énorme pif et les deux œufs au plat qui lui servent de poitrine.

─ Qu'est-ce que je disais…

Artur leva les yeux au ciel, avant de m'attraper le bras pour que l'on se cache à l'angle du couloir. Juste à ce moment-là, la cloche retentit et la porte de la salle d'Etude des Moldus s'ouvrit, laissant sortir les élèves aux cravates rayées noire et jaune.

─ Tu sais ce que tu as à faire, me souffla Artur. A trois. Un, deux…

─ Trois, terminai-je et on lança tous les deux notre sort.

Tout à coup, tous les septième année semblèrent pris d'une terrible difficulté à rester stables sur leurs pieds et finirent par tomber comme des dominos. Avant même qu'ils n'aient eu le temps de comprendre ce qui leur arrivait, l'effet de mon sortilège de Confusion – je devenais spécialiste en la matière – les frappa de plein fouet et aucun d'entre eux ne nous vit disparaître derrière une tenture dissimulant un raccourci vers la tour Ouest.


« Question n1 : Qu'est-ce qu'un sortilège informulé ? (Veillez à répondre de manière brève)

Question n2 : Quels sont les avantages d'un tel sortilège ? (Donnez au moins deux exemples)

Question n3 : Quelles sont les qualités nécessaires qu'il demande, en comparaison avec un sortilège oral ?

Question n4 : Selon vous, est-il préférable d'utiliser les sortilèges non-verbaux ou bien la prononciation de la formule est-elle essentielle à la puissance et la précision du sort ? (N'hésitez pas à argumenter) »

Le professeur Byrne n'aimait pas nous donner des essais à rendre sur parchemin, cependant, il avait une méthode peut-être encore plus exigeante qui consistait à nous donner une interrogation écrite chaque semaine, au hasard sur nos trois séances, pour être certain que nous avions une parfaite connaissance de son cours. Si, au départ, nous avions tous exprimé notre désaccord, il fallait avouer que c'était un formidable moyen de retenir nos notes.

─ Plus que cinq minutes, résonna la voix grave de l'Irlandais dans le silence qui régnait sur la classe.

Je posai ma plume, soulagée d'avoir bien révisé deux jours auparavant. Peut-être que je n'allais pas tout foirer, cette année, finalement. J'avais toujours peur d'échouer, même si ce n'était pas pour autant que je travaillais plus, honte à moi, mais surtout, je n'avais pas les mêmes capacités que mes amis : Lily était un génie des potions, Remus avait un don en DCFM, Dorcas était très douée en Métamorphose, et Coraline était l'une des meilleures en Runes. La sensation d'être la dernière du groupe ne me quittait pas depuis plusieurs années déjà, et le fait que mon frère me précède n'arrangeait rien à la situation, surtout que je sentais la comparaison planer au-dessus de ma tête, Liam étant bien meilleur que moi dans tout ce qu'il faisait. J'avais l'impression qu'il fallait sans cesse que je fasse mes preuves, et que jamais je ne pourrais briller autant que lui. Autant laisser tomber.

D'aucuns diraient que je souffrais d'un manque de confiance en moi, mais moi je préfère dire que je suis juste de mauvais poil. C'est fou le nombre de pensées négatives qui peuvent vous assaillir quand vous vous êtes levés du pied gauche. Surtout quand vous savez que vous êtes en retenue pour les trois semaines à venir à cause de votre fichu meilleur ami qui n'a pas pu s'empêcher de se vanter de vos exploits conjugués de la veille, un manque total de discrétion qui vous a coûté votre soirée du vendredi tant attendue.

Je vous jure, les hommes, incapables de la boucler quand il faut !

J'adorais le vendredi soir en plus, c'était le moment de détente de la semaine où tout le monde s'adonnait à son passe-temps favori (autre que le Quidditch). Poudlard, comme toute école, proposait différentes activités en dehors des cours, il n'était pas obligatoire d'y participer mais très fortement conseillé, pour le mélange des maisons et des années, le contact privilégié avec le corps professoral et l'élargissement de son cercle social. Il arrivait parfois que l'on parle avec des personnes auxquelles on n'aurait jamais imaginé adresser la parole un jour, et cela permettait aussi d'approfondir nos connaissances ou bien justement, de s'intéresser à un domaine qui n'était pas officiellement enseigné. Par exemple, il y a quelques années, quand ma mère étudiait à Poudlard chez les Poufsouffle, un professeur enseignait l'option Art et musique magiques, mais par la suite personne n'avait repris la matière et ceux qui souhaitaient pratiquer se répartissaient entre le club d'art, la chorale de l'école et le club de musique. Certains, comme Severus, passaient une partie de l'après-midi et presque toute la soirée enfermés dans les cachots pour le club de Potions, mais cela ne semblait pas les déranger plus que ça de passer du temps supplémentaire avec Slughorn – personnellement les six heures hebdomadaires de sixième année me suffisaient amplement. La plupart des Serdaigle se réunissaient, ainsi que quelques Poufsouffle, dans une salle du quatrième étage pour discuter de sujets philosophiques, politiques ou bien juste des règles et des changements dans l'établissement, ils s'étaient même donné le surnom des « cerveaux de Merlin ». Assez ambitieux, tout de même. Il me semble que Sarasvati en faisait partie l'année dernière, alors même qu'on passait nos BUSEs. Il fallait effectivement avoir un gros cerveau pour en faire partie. Il y avait également un club de Botanique, créé par le professeur Chourave, aucun d'entre nous n'y avait jamais mis les pieds, mais la rumeur circulait que la jeune directrice des noir et jaune était plus clémente avec ses membres.

Mary s'était inscrite au club de Bavboules l'année dernière, après Noël ou à Pâques je ne sais plus. Elle nous avait dit vouloir en savoir un peu plus sur le jeu, alors qu'il me semblait me souvenir très clairement que l'été précédent, lorsqu'on avait voulu l'initier, elle avait trouvé tous les prétextes possibles pour nous éviter. Quant à Dorcas, elle avait rejoint un des nombreux clubs de lecture de l'école, tandis que Lily faisait elle aussi partie du club de Potions, seulement maintenant, après ce qu'il s'était passé entre Severus et elle, je n'étais pas certaine qu'elle y retourne. Ce qui était quand même malheureux, parce qu'elle adorait ça, concocter des potions, des antidotes, des poisons parfois, des gels ou encore pommades, elle aimait noter ses observations, recommencer quand elle avait échoué, tester elle-même les breuvages – même si j'avais beau lui dire que ça ne valait pas le coup qu'elle risque sa vie non plus – et passer des heures à parler de nouvelles créations avec des personnes toutes aussi mordues qu'elle.

Coraline, sous les conseils du professeur Flitwick, donnait des cours à des élèves des années inférieures pour le club d'aide aux devoirs. Hestia et Artur, eux, alors pourtant qu'ils se plaignaient toujours que le Quidditch ne leur laissait pas de temps pour d'autres activités extrascolaires, faisaient partie de la rédaction du journal de l'école depuis la quatrième année. Gemma avait été réélue vice-présidente du Bureau des élèves cette semaine, grâce notamment à son air avenant et son dynamisme mais surtout parce qu'elle arrivait toujours je ne sais comment à se faire des amis un peu partout dans chaque maison, y compris Serpentard. C'était donc vers elle, et vers Eliott McGregor, un septième année de Poufsouffle, qu'il fallait se tourner pour l'organisation des sorties à Pré-au-lard, des soirées d'Halloween, ou encore des matches de Quidditch. Ils soulageaient les préfets lors des premières journées de rentrée pour accueillir les nouveaux élèves, et si on avait une quelconque récrimination, c'était à eux qu'il fallait s'adresser.

On aurait pu croire que Black ou Potter se serait empressé de se présenter aux élections mais étonnamment aucun des deux n'avait tenté de faire campagne, tels les outsiders qu'ils étaient. Pourtant les représentants du BDE n'étaient pas les plus exemplaires ni les plus responsables, ça aurait été idéal, eux qui adoraient qu'on n'admire qu'eux. Je suppose que les joyeux trublions avaient d'autres préoccupations, notamment mettre l'école sans dessus-dessous. Ce matin encore, je ne sais pas lequel d'entre eux avait lancé un sortilège empêchant les hiboux apportant le courrier de décoller pour repartir, créant un immense remue-ménage dans la Grande Salle. Dans le doute, McGonagall avait puni le groupe, excepté Remus qui n'était pas là, heureusement.

J'allais avoir de la compagnie pour ma retenue comme ça, je suis ravie. Vous sentez l'enthousiasme qui m'envahit là ?

─ C'est terminé !

Le professeur Byrne fit un mouvement de baguette afin de ramener les copies sur son bureau, ce qui recentra mon attention sur ce qu'il se passait autour de moi, et non plus sur ma soirée tombée à l'eau.

─ Bien, reprit Byrne en haussant la voix pour couvrir les bavardages qui n'avaient pas manqué de se faire entendre dès la fin du devoir. Maintenant je vais vous demander, contrairement à la semaine dernière, de vous lever et d'aller vous placer au fond de la classe.

Surpris, on obtempéra sans discuter, attendant de voir ce qu'il nous avait réservé. Tandis qu'on se rangeait en rangs d'oignons, il ensorcela les tables de façon à ce qu'elles laissent un grand espace vide au milieu de la salle de classe. Avec excitation, on suivit ses ordres lorsqu'il nous fit signe de nous avancer.

─ Mettez-vous par équipe de trois, en laissant un espace de deux mètres entre chaque trio pour éviter les sorts perdus. L'un d'entre vous tentera d'ensorceler son partenaire sans prononcer la formule du sortilège, l'élève visé devra le repousser sans parler. Le troisième se munira d'un parchemin et sera chargé de noter les erreurs commises par ses camarades afin qu'ils s'améliorent. Vous échangerez les rôles toutes les dix minutes.

Après un instant de flottement, toute la classe se mit à parler en même temps, essayant de former des trios sans trop d'encombres, puis se disputant la répartition des rôles, personne ne voulant être dans la position de celui qui se ferait attaquer si jamais, par malheur, l'autre réussissait.

En SILENCE, s'il-vous-plaît, c'est le but de l'exercice ! tonna Byrne en s'adossant à une des tables pour nous surveiller.

Je me retrouvai quelques minutes plus tard avec Mary et Dorcas, essayant vainement de lancer un sort de Jambencoton à cette dernière sous le regard embué de larmes de Mary. Elle tentait de réprimer son fou rire pour éviter de se faire réprimander par le professeur mais je sentais qu'elle était sur le point de lâcher prise. Evidemment, la vision de mon visage rougi sous l'effort que me demandait la concentration nécessaire à la réalisation du sortilège ne l'aidait pas beaucoup.

─ Alors, tu sens quelque-chose ? demandai-je finalement à Dorcas qui se limait les ongles face à moi.

─ Ah parce que tu tentais de me jeter un sort là ? répondit-elle sur un ton pince sans rire en levant les yeux vers moi, un petit sourire moqueur au coin des lèvres.

Je soupirai en me tournant vers Mary, désespérée. Celle-ci avait les joues gonflées à force de retenir son souffle par peur de laisser échapper un gloussement.

─ Qu'est-ce que je note dans Observations, « une seconde veine a éclaté sur le front de Grace, il semble que ce soit un échec, encore » ? articula-t-elle difficilement, avant de finir par éclater de rire.

Sérieusement ? protestai-je en les pointant du doigt toutes les deux. Je croyais que les meilleures amies se soutenaient, que ce soit dans les succès comme dans les défaites ? Vous êtes des traitres, voilà la vérité ! Si c'est comme ça je change de groupe !

Sans écouter leurs rires entrecoupés d'excuses, je fis le tour de la classe pour trouver de nouveaux amis, qui eux ne se moqueront pas de mon triste fiasco. Même si, bien entendu, je n'étais pas le moins du monde fâchée contre elles, j'aurais eu honte de faire demi-tour. Fichue fierté de Gryffondor.

J'évitai soigneusement plusieurs groupes de Serpentard, notamment le trio de choc Rosier-Mulciber-Avery, pour arriver vers des eaux moins houleuses. Enfin, c'est ce que je croyais.

─ Miss Mercer, m'interpella soudain le professeur Byrne. Tenez puisque vous êtes seule, pourquoi ne vous joindriez vous pas à Messieurs Potter et Black ? me proposa-t-il, sans toutefois que ça ait l'air d'une proposition.

Abasourdie, je me retournai pour voir qu'effectivement, le troisième mousquetaire avait quitté le navire pour se mettre en groupe avec Andrew Campbell et Rafael Giordano. J'allais vraiment me retrouver avec les deux asticots pour cet exercice ? Je ne me vois vraiment pas dire à Byrne : « Oui mais non merci, je ne peux vraiment pas les encadrer, je vais passer mon tour ! », je suis pas exactement sûre qu'il apprécie…

Je hochai donc la tête et attendis qu'il s'éloigne en direction d'un autre trio pour me tourner vers Black qui, je le sentais, me fusillai du regard.

─ Je n'y suis strictement pour rien ! m'exclamai-je en levant les mains pour me défendre.

─ Comment tu fais pour toujours apparaître au moment où j'ai le moins envie de te voir ? râla-t-il en desserrant le nœud de sa cravate.

─ Dis-donc, tu es de bonne humeur aujourd'hui ! ironisai-je, sachant que cela ne servait à rien de déclencher une guerre en plein milieu du cours. Je te signale que le seul à qui tu devrais en vouloir ce serait plutôt Pettigrow qui vous a carrément lâché là ! ne pus-je cependant pas m'empêcher de balancer.

Potter s'avança entre nous, aussi ennuyé par nos crépages de chignon que je l'étais par ses déclarations incessantes envers ma meilleure amie.

─ Dîtes, on pourrait peut-être s'y mettre, si ça vous dérange pas ? suggéra-t-il avec un haussement de sourcil.

─ Je vous laisse commencer ! m'exclamai-je, pas mécontente d'avoir l'occasion de n'être que simple spectatrice et d'éviter de me ridiculiser une fois encore, surtout devant Black. Autant ne pas lui donner une raison supplémentaire pour se moquer de moi.

Je saisis un morceau de parchemin et ma plume avant de me reculer pour leur laisser l'espace nécessaire pour s'affronter. Bien évidemment, aucun d'eux n'eut du mal à lancer un sortilège informulé ni même à contrer sans même lever un sourcil. C'était dur à reconnaître mais ces saligauds étaient sacrément doués alors qu'ils n'en foutaient pas une rame.

Il y a de quoi être dégoûté, la vie est vraiment mal faite parfois.

─ C'est fou comme je me sens utile là, marmonnai-je en dessinant un bonhomme obèse avec une queue de cochon sur ma feuille en attendant qu'ils aient terminé la démonstration de leurs talents.

─ Qu'est-ce que t'as marqué ? s'enquit Potter en regardant par-dessus mon épaule. « La masse désolante que forment les cheveux de Potter lui tombe sans cesse devant les yeux, c'est à se demander comment il fait pour viser correctement. J'ai peur pour la coupe de Quidditch de cette année. Payez-lui un coiffeur s'il-vous-plaît. ». Sérieusement, Mercer ?

Je haussai les épaules, tandis que Black s'approchait le sourire aux lèvres, prêt à le chahuter.

─ Ne ris pas trop vite mon vieux, c'est pareil pour toi ! gloussa son acolyte en m'enlevant le parchemin des mains pour mieux lire. « Une maîtrise du charme du Bouclier beaucoup trop avancée à mon goût, j'aurais bien aimé voir le maléfice du Saucisson en action. Avec un peu de chance, ça nous aurait épargné une année difficile. Dommage. »

─ Quand le prof dit « Observations », ça ne comprend pas tes commentaires déplacés, Mercer, dit Black, les sourcils froncés, en se saisissant à son tour de la feuille. C'est joli ton dessin, c'est censé être un autoportrait ? railla-t-il ensuite en désignant mon bonhomme-cochon du doigt.

─ Espèce de petit- fulminai-je tandis que les deux compères explosaient de rire.

Je sortis ma baguette de ma poche pour la pointer sur lui et, d'un geste vif et sans même une once d'hésitation, je lui lançai le premier sortilège qui me passait par la tête. Il poussa un cri de surprise avant de porter la main à ses oreilles, dans lesquelles avaient subitement poussé de jolis plants de poireaux.

─ Très beau sortilège informulé, miss Mercer ! fit une voix derrière moi, alors que toute la classe regardait dans notre direction. Même si j'aurais préféré qu'il reste dans le cadre de l'exercice…

Je ne m'étais même pas rendue compte que, sous la colère, je n'avais pas prononcé un mot de la formule du Poiroreilles. J'avais réussi alors ?

─ Magnifiques poireaux que vous avez là, monsieur Black, ajouta le professeur Byrne en s'adressant à Black qui s'était tourné vers Potter d'un air incrédule. Vous feriez mieux de vous rendre à l'infirmerie, ou bien vous pouvez toujours demander au garde-chasse de vous adopter dans son jardin de manière définitive, cependant je serai déçu que vos capacités s'enterrent dans le parc de l'école.

Après un hochement de tête étonnamment approbateur dans la direction de notre trio, il annonça la fin du cours. Je profitai du remue-ménage que cela engendra pour échapper à la vue de Potter et de Black, n'ayant pas envie de subir la vengeance de ce dernier. Elle viendrait bien assez tôt, j'en étais persuadée.

─ Pourquoi est-ce que ce genre de choses t'arrive constamment ? soupira Lily quand je la rejoignis ainsi que Mary, Gemma et Dorcas.

─ Excellente question, je disserte dessus depuis bientôt six ans, lui répondis-je en empoignant mon sac et en me dirigeant vers la sortie.

─ Joli sort, en tout cas, me félicita Dorcas généralement avare de compliments.

─ Fort mérité, lui répondis-je avec un grand sourire. Je déteste passer plus de deux minutes en sa compagnie, c'est le temps qu'il me faut pour me rappeler à quel point je ne le supporte pas.

─ Tu devrais fonder un fan-club, plaisanta Mary alors qu'on montait les escaliers en essayant d'atteindre le quatrième étage sans que l'un d'eux ait la bonne idée de pivoter dans l'autre sens.

─ Désolée, j'ai peur d'être un peu surchargée avec mon poste de trésorière dans le club anti-Potter, ça me prend tout mon temps tu sais ? plaisantai-je, et Lily ne manqua pas de me frapper gentiment sur l'épaule.

Les filles éclatèrent de rire avant de se calmer rapidement lorsque l'on entra dans la bibliothèque. Je saluai d'un signe de la main Madame Pince qui me foudroya du regard, visiblement elle ne m'appréciait toujours pas.

Tandis que Dorcas allait rendre les livres qu'elle avait empruntés, Mary et Lily se chargèrent de trouver une table où s'installer. Gemma était déjà partie papillonner ailleurs avant même que j'aperçoive un petit groupe de Poufsouffle derrière l'étagère dédiée à la Métamorphose. Lorsqu'elle me vit, Hestia me fit un grand sourire et me tira la chaise à côté d'elle. A sa gauche, comme toujours, Finnigan était plongé dans un livre de science-fiction, et Hollie Bennett, une fille un peu forte avec une mèche rose dans les cheveux, construisait un château avec des cartes moldues. Face à eux, Geoffrey Coleman baillait à s'en décrocher la mâchoire en tournant mollement les pages d'une bande-dessinée, sans faire attention à Jenna, la petite amie de mon frère, qui essayait visiblement de s'attirer les bonnes grâces du capitaine de Quidditch de sa maison – à croire qu'elle avait décidé de tous se les faire

─ Hey, Marshall, saluai-je ce dernier en m'asseyant, et il me répondit en grommelant ce que je compris comme étant des injures. Allez, boude pas, je suis sûre que tes futurs joueurs vont s'en remettre ! m'exclamai-je en riant face à son regard noir.

─ C'était de l'anti-jeu, Mercer ! protesta-t-il. Je vous retiens, toi et Priestley, notre vengeance sera terrible ! menaça-t-il et Hestia hocha la tête en murmurant « Terrible, terrible, terrible » comme un écho.

─ On vous attend, dis-je avec un sourire confiant. On reste les meilleurs sur le terrain, rajoutai-je en me balançant sur ma chaise.

─ Ça, ça reste à voir, répliqua Hestia. Pas sûre que vous fassiez d'aussi bons essais que les nôtres, fit-elle avec vantardise en faisant référence à leurs qualifications qui avaient eu lieu la veille.

─ Oh, je ne me fais pas de soucis pour ça, répondis-je en haussant les épaules. On a le plus grand capitaine de Poudlard depuis Dimitri Vankov et j'ai potassé toutes les archives de l'équipe des Pies de Montrose, qui a quand même l'un des meilleurs entraîneurs de toute la Ligue depuis plus de dix ans ! dis-je en m'excitant sur place, sous le regard dédaigneux de Jenna – c'était à se demander si elle aimait réellement le Quidditch.

─ J'avais oublié qu'avec toi comme atout, les Gryffondor avaient peut-être une longueur d'avance, c'est vrai, affirma Marshall en me faisant un clin d'œil. Mais on ne va pas se laisser faire, crois-moi !

C'est sur cette note de compétition joyeuse que notre discussion sportive s'acheva, laissant place à un silence studieux. Je sortis mon manuel de Potions et mes parchemins afin de relire mes notes pour le prochain cours. J'étais tranquille, Slughorn n'interrogeait jamais les élèves, préférant plutôt laisser ses petits favoris participer. Il n'était cependant pas rare qu'il nous demande, lors de la séance du vendredi, de reprendre notre potion de la semaine qu'on l'ait ratée ou non et d'examiner pourquoi elle n'avait pas eu la note maximale et comment faire pour l'améliorer. Etant donné que j'avais eu un Acceptable à mon élixir de Permanence – une potion qui permettait de faire durer les effets d'un sortilège plus longtemps – il ne faisait aucun doute que j'allais devoir me rattraper.

Vivement le cours de Sortilèges, c'est moi qui vous le dis.


Alors que je rentrais tranquillement dans la salle commune, après avoir donné le mot de passe – « hydromel » – que la Grosse Dame avait choisi après un repas particulièrement arrosé avec les nobles gallois du tableau de la tour Nord, je fus kidnappée sans prévenir par un fou furieux.

─ J'ai besoin de toi Grace, amène-toi.

─ Tu sais Liam, tu pouvais juste demander, tu n'es pas obligé de me tirer comme ça à travers toute la salle commu – hé salut Jo ! – et être aussi brutal – comment ça va MacCormick, toujours aussi nul en Potions ? – parce que franchement je viens de manger et j'ai pas très envie de – désolé, pas le temps de te parler Georgia ! – enfin tu vois quoi… Hé, dis, tu m'écoutes ?

Je soupirai devant son manque de réponse, songeant que le professeur Flitwick allait devoir patienter dans la salle de retenue, et me contentai de le suivre jusqu'à une grande table près d'une des fenêtres, où des dizaines de parchemins étaient étalés de manière ordonnée. Mon frère était quelqu'un de particulièrement organisé, ce qui pouvait surprendre quand on ne le connaissait pas, et j'aurais bien aimé lui ressembler mais quelles que soient les affaires qui entraient en ma possession, elles finissaient toujours dans le bazar constant que constituait ma partie du dortoir. Je tenais beaucoup de mon grand-père pour cela.

─ Je croyais qu'on en avait déjà parlé avant que tu partes chez Samuel, grimaçai-je en apercevant ses schémas et ses fiches alors que je m'installais.

─ Ça, c'était avant d'apprendre que Pierce nous lâchait cette année parce qu'il a ses BUSEs à passer ! m'informa-t-il en grognant. Comme si moi j'avais abandonné il y a deux ans !

Je me retins de lui faire remarquer qu'il n'était pas donné à tout le monde de concilier trois séances d'entraînement hebdomadaires avec l'emploi du temps chargé de la cinquième année, cela n'aurait pas fait avancer les choses.

─ Bref, le fait est que nous n'avons plus d'attrapeur et que je n'avais pas prévu de faire passer des tests pour ce poste demain, soupira-t-il devant la situation désespérée. Qu'est-ce que tu proposes ? me demanda-t-il ensuite.

C'était toujours une satisfaction personnelle de l'entendre demander mon aide.

Et bien… j'avais noté quelques idées cet été au cas où, commençai-je en farfouillant dans ses parchemins pour trouver une feuille vierge.

Le visage soudainement éclairé, mon frère bondit pour frotter son poing contre mon crâne dans une tentative malheureusement réussie de me décoiffer qui me fit pousser un cri.

─ T'es la meilleure ! s'exclama-t-il.


Quand mon réveil sonna le lendemain matin, il déclencha une floppée de grommellements indistincts dans tout le dortoir. Seule Gemma, qui était déjà levée, m'adressa un sourire lorsque j'émergeai de mon lit, enroulée dans ma couette, les cheveux emmêlés et les yeux encore à moitié fermés.

─ Je vais tuer mon frère, menaçai-je sans m'adresser à personne en particulier avant de me traîner jusque dans la salle de bain.

Après une douche rapide qui acheva de me réveiller, je m'habillais d'un vieux survêtement et d'un sous-pull rouge à manches courtes ainsi que d'une paire de baskets bien abimée, ma tenue habituelle lorsque j'allais sur le terrain de Quidditch. Il avait plu pendant la nuit et j'étais prête à parier qu'on allait se retrouver les pieds dans la boue. Je donnai un coup de brosse à mes cheveux sans arriver toutefois à un résultat satisfaisant et décidai finalement de les attacher pour être plus à l'aise.

Lorsque je sortis finalement de la salle de bain, il était à peine sept heures et demi et si vous voulez mon avis, c'était foutrement tôt pour un samedi. Gemma m'attendait dans la salle commune, et je fus surprise, une fois descendue, de voir qu'un nombre important de Gryffondor était déjà debout. Liam avait volontairement annoncé que l'heure des essais serait matinale afin de voir qui serait assez motivé pour venir, mais il semblerait que ça n'ait pas arrêté la plupart des concurrents.

─ Ils sont tombés du lit ou quoi ? demandai-je en arrivant à la hauteur de Samuel qui patientait près de la porte.

Il était encore plus beau le matin, les yeux encore embués de sommeil. Si j'imaginais très fort, je pouvais presque me persuader que c'était comme si on avait passé la nuit ensemble.

Je suis une grosse malade, il faudrait peut-être que je me calme…

─ Liam leur a dit que c'était la première épreuve à passer, expliqua-t-il en baillant. Je ne pensais pas que ça s'appliquerait à nous aussi. Ta retenue s'est bien passée au fait ? s'enquit-il avec bienveillance en plongeant ses beaux yeux marrons dans les miens.

A la seule pensée qu'il ait pu retenir que j'avais eu une colle la veille et qu'il ait pris la peine de me poser la question, je crus que j'allais fondre. J'en oubliai même la vengeance de Black qui m'avait coincée à la sortie dans une des armures du couloir du quatrième étage, de laquelle j'avais mis plus d'une demi-heure à sortir, après l'avoir insulté de tous les noms et maudit sur dix-sept générations.

─ Oh, tu sais, c'est une retenue quoi, répondis-je en essayant d'avoir l'air dégagé.

Notre conversation passionnante aurait sûrement pu se poursuivre si mon frère n'était pas intervenu pour ordonner à tout le monde de descendre pour le petit-déjeuner, ce que l'on fit sans rechigner. J'allais suivre le groupe d'élèves qui discutaient nerveusement à voix basse dans la Grande Salle, mais il m'attrapa par la manche.

─ Pas toi, Grace, dit-il en secouant la tête. Tu viens sur le terrain avec moi, on va mettre les exercices en place.

─ Quoi ? Et mon petit déj' alors ? protestai-je alors qu'il marchait déjà dans la direction opposée. C'est pas vrai, pourquoi est-ce que je fais ça moi déjà ? Je suis même pas payée, marmonnai-je en le suivant néanmoins.

Il faisait frais à l'extérieur du château, un vent doux traversait le parc, annonciateur de beau temps, et le soleil commençait à poindre derrière les montagnes. Frottant vigoureusement mes bras pour chasser la chair de poule qui les recouvrait, j'attendais que mon frère revienne avec la malle contenant les balles. Je levai les yeux vers les buts, qui nous surplombaient quinze mètres plus haut, et songeai qu'à la fin des essais, je m'éclipserai peut-être pour faire un tour sur un des vieux balais de l'école.

Alors qu'on installait les cerceaux et autres cordes et plots servant aux différents exercices, les gradins entourant le stade se remplirent progressivement de spectateurs venus observer les qualifications, notamment des membres des équipes adverses, ce qui me fit grimacer. Le seul point positif, c'était que cela signifiait que les autres nous prenaient au sérieux.

─ Bien, commença Liam une fois que tout le monde fut réuni sur le terrain. Si vous êtes là aujourd'hui, c'est pour rentrer dans l'équipe de votre maison, pour faire la fierté de vos camarades sur le terrain, et surtout, c'est pour montrer à nous et à vous-même de quoi vous êtes capable, s'exclama-t-il en regardant chacun des participants droit dans les yeux. Vous n'êtes pas sans savoir que nous avons perdu la coupe l'année dernière, continua-t-il sur un ton plus grave, déclenchant un murmure parmi les titulaires restants, le souvenir amer de la défaite toujours présent. Les Serpentard nous ont volé le trophée de cinquante ridicules points, et nous ne voulons qu'une chose, c'est la leur reprendre. C'est pour cela que je ne me contenterai pas de joueurs médiocres, alors si vous avez du mal à tenir sur un balai ou bien si vous n'êtes pas motivé, je ne vous retiens pas plus longtemps, déclara-t-il, et quelques personnes se détachèrent discrètement du groupe. Bien, maintenant que cela est dit, nous pouvons commencer. On va débuter par les batteurs, si vous voulez bien prendre place.

Ceux qui ne venaient pas pour ce poste se mirent sur le côté, laissant les six participants s'avancer sur le terrain. Gemma me fit un grand sourire en levant un pouce en l'air. Quelle que soit la situation, elle n'avait jamais l'air de s'inquiéter, mais bon, elle n'avait aucune raison d'être stressée, c'était une très bonne batteuse. A ses côtés, je fus étonnée de trouver un Tobias Lloyd angoissé qui se rongeait les ongles, je ne savais pas qu'il avait prévu de passer les essais et vu la tête que faisait Liam, il n'avait jugé bon de lui faire part de ce détail non plus. Peut-être avait-il voulu éviter d'être sélectionné grâce à son amitié avec le capitaine, ce qui n'était absolument pas le genre de mon frère. Au contraire, il était bien plus exigeant quand cela concernait ses proches…

─ Hmm, alors, essaya de poursuivre Liam sans montrer qu'il était perturbé. Pour le premier exercice, nous nous sommes basés sur un sport moldu populaire aux States, le « baseball ». Mettez-vous en ligne, à environ vingt mètres, avec votre batte. Si vous n'en avez pas, elles sont au bord du terrain, près de Grace, fit-il en désignant l'endroit où j'étais, quelques mètres plus loin, avec les battes et les balais. Nous avons ensorcelé de simples balles non-magiques pour qu'elles se dirigent vers vous, à la vitesse moyenne d'un Cognard et vous devrez les renvoyer. Ceci afin de vérifier si vous êtes capables du strict minimum, c'est-à-dire frapper dans une balle.

On avait essayé cet exercice cet été avec Liam, on s'était entraîné à tour de rôle jusqu'à ce que nos bras soient tellement lourds qu'on avait été incapables de soulever notre batte plus longtemps.

─ Bon courage ! lançai-je à tout le monde en faisant un clin d'œil à Lloyd, pour qu'il se détende.

L'exercice se passa remarquablement bien, Gemma et Lloyd passèrent le test haut la main et cela permit d'évincer deux troisième année qui partirent en rigolant. Le seul hic fut qu'on n'avait pas pensé à ce que les balles deviendraient une fois renvoyées et lorsque les futurs batteurs avaient commencé à taper dedans, certaines avaient atterri dans les gradins, provoquant une vague de hurlements suraigus de la part des groupies de l'équipe. On avait vite réglé le problème avec un enchantement de protection, mais je n'avais pas pu empêcher un rire narquois de m'échapper lorsque j'avais vu que Danielle Clarks, la fanatique attitrée de Samuel, faisait partie de celles qui s'étaient étalées dans la boue dans leur précipitation.

Non je ne suis pas cruelle, je protège juste mes arrières, c'est tout.

On était passé rapidement aux tests suivants, c'est-à-dire un exercice en vol, où il s'agissait globalement de répéter ce qui précédait mais à plus de vingt mètres au-dessus du sol, puis ensuite à des exercices d'équilibre et de figures propres aux batteurs, et bien que cela demandait encore de l'amélioration, Gemma (bien entendu), Lloyd et Patterson – un élève de quatrième année – furent sélectionnés. Liam leur annonça qu'ils joueraient le match de fin de sélections afin de savoir si leur jeu s'adapterait à celui de l'équipe et le cas échéant, lequel d'entre eux serait remplaçant. En effet, on s'était mis tous les deux d'accord que notre échec de l'an dernier tenait essentiellement au fait qu'on avait terminé le match à six au lieu de sept. Hors de question que cela se reproduise !

Ce fut ensuite le tour des poursuiveurs. Liam ne tenait pas particulièrement à prendre de nouveaux joueurs, surtout quand James Potter faisait partie du trio d'attaquants, mais encore une fois, nous avions besoin de joueurs de réserve en cas de coup dur.

Il arrivait je ne sais comment à mettre de côté les chevilles enflées et l'arrogance du binoclard pour se concentrer sur ce qu'il pouvait apporter à l'équipe et sur son talent, et Merlin ça me tuait rien que de le penser mais ce crétin était très talentueux. Il avait auditionné pour le poste d'attrapeur en deuxième année – rien d'étonnant venant de lui puisqu'il s'agissait de la position la plus prestigieuse au Quidditch – mais Madame Bibine lui avait conseillé d'attendre encore un peu, et de postuler plutôt en tant que poursuiveur puisqu'il en avait le profil. Et je dois dire que, même si j'adorais mon frère, Potter était un véritable dieu sur un balai. C'était lui, l'as de l'équipe, et il le savait. Cela participait sûrement au fait qu'il adorait se pavaner dans les couloirs de l'école en distribuant des sourires charmeurs à qui voulait bien le regarder passer fièrement sa main dans ses cheveux selon une chorégraphie savamment coordonnée.

Ne m'en voulez pas, cette description sort directement de la bouche de Lily.

L'autre poursuiveur était en réalité une poursuiveuse, du nom de Lucy Prescott, une septième année connue surtout pour sa poitrine généreuse et sa faible résistance à l'alcool. Elle avait une silhouette de rêve et une chevelure de princesse, elle était douce et gentille, sa chatte s'appelait Duchesse et le pire, c'était qu'elle partageait les vestiaires avec les autres garçons de l'équipe, et donc Samuel. En résumé, je n'avais absolument aucune chance face à elle.

Bref, on n'était pas là pour discuter de mon manque d'attractivité, mais plutôt de sport – bien que les deux avaient certainement un lien, mais encore une fois, ce n'est pas le sujet.

Il n'y eut que deux personnes pour le poste de gardien mais honnêtement, personne ne pouvait concurrencer Samuel. Ceci en toute objectivité, bien entendu. C'est un troisième année qui remporta la place de remplaçant, ce qui nous serait bien utile lors des matches d'entraînement.

Alors que mon frère était sur le terrain, distribuant des ordres rapides pour que les joueurs sélectionnés patientent sur le côté, j'étais installée sur un des bancs qui bordaient le terrain. J'avais sorti mon carnet, dont la couverture défraichie commençait à se détacher et les pages cornées se multipliaient avec les années, entrecoupées par des feuilles volantes couvertes de mon écriture peu soignée. Je notais au fur et à mesure les noms des nouveaux joueurs ainsi que ce qu'ils pourraient sûrement apporter à l'équipe et les défauts qu'il allait falloir corriger. Bien entendu, tant que je ne les aurais pas vu jouer pour de bon, je ne pouvais pas avoir d'idée sur l'étendue de leur potentiel.

Potter, assis à côté de moi, faisait ses commentaires en inspectant distraitement le manche de son balai pour vérifier qu'il n'avait pas d'échardes. Je lui répondais de temps à autres, souriant en secouant la tête lorsqu'il faisait une remarque pertinente. Etonnamment, lorsqu'il s'agissait de Quidditch, nous étions sur la même longueur d'ondes et je pouvais passer plusieurs heures en sa présence sans lever les yeux au ciel. Presque.

Surtout ne le dîtes pas à Lily, hein.

Il ne restait plus que les essais pour la place d'attrapeur, que nous avions volontairement gardé pour la fin – une histoire de caractère patient que devait posséder un attrapeur, ne m'en demandez pas plus, mon frère prenait parfois des initiatives que j'avais du mal à comprendre totalement…

─ J'espère qu'on va trouver quelqu'un de potable, marmonna Potter en s'essuyant nerveusement les mains sur son pantalon.

─ Sinon tu n'auras qu'à jouer aux deux postes, proposai-je ironiquement en faisant référence à cette manie qu'il avait depuis la troisième année de se trimballer partout avec un vieux vif d'or.

─ Vas-y, moque-toi, je serais toujours plus efficace que Morgan Phelps lors du dernier match contre les Tornados, répliqua-t-il, visant ma faiblesse en insultant mon équipe préférée, les Holyhead Harpies.

─ Tu paieras cet affront, Potter, marmonnai-je en le pointant de ma plume, ce qui ne lui fit aucun effet puisqu'il osa m'adresser un grand sourire.

Entendant mon frère crier aux aspirants attrapeurs de se mettre en place, je tournai la tête en direction des cinq élèves qui avaient décidés de passer les essais. Mon œil acéré remarqua tout de suite l'un d'entre eux, un garçon assez mince, avec une impressionnante chevelure bouclée, qui écoutait les instructions avec attention. Est-ce que c'était la manière dont il tenait son balai ? Ou bien son regard vif et intelligent ? La contraction nerveuse de ses mâchoires ? En tout cas, je sus que c'était lui, notre nouvel attrapeur.

─ Celui au pull rayé, déclarai-je sans hésitation, et Potter hocha la tête.

─ Il ressemble à Josef Wronski, fit-il remarquer en fronçant les sourcils.

─ Ah, tu trouves aussi ? Je me suis fait la même réflexion ! m'exclamai-je, toute excitée.

Impatients, on suivit tous les deux le déroulement des divers exercices qu'on avait élaboré à la dernière minute la veille avec Liam. Bientôt, il ne fit aucun doute que Bouclettes se démarquait des autres, et de loin. Il volait remarquablement bien pour un cinquième année sans expérience, et il nous fit même une pirouette qui déclencha cris et gloussements du côté des gradins. Ce fut sans surprise, et après un bref regard de connivence dans ma direction, que mon frère déclara que notre nouvel attrapeur s'appelait Gabriel Duncan.

─ Très bien, notre équipe est au complet, déclara Liam après avoir demandé le silence, je prierai donc les personnes qui n'ont pas été sélectionnées de retourner dans les gradins ou bien ailleurs, je ne sais pas, faîtes votre vie. Tentez votre chance l'année prochaine, cette fois-ci ce n'était pas la bonne.

Pour des mots réconfortants, vous pouvez aller voir ailleurs, ce n'est certainement pas mon frère qui vous les procurera.

─ Pour ceux qui restent, eh bien bienvenue dans l'équipe ! Ce ne sera pas toujours une partie de plaisir durant cette année, mais mettez-vous bien ça dans la tête, on est là pour gagner, alors on va faire tout ce qu'on peut pour atteindre notre objectif. Je veux qu'à la fin de l'année, on reparte avec notre nom inscrit sur cette foutue coupe ! s'exclama mon frère, les yeux brillants, et les joueurs déjà présents les années précédentes hurlèrent un grand « Ouais ! » tandis que les nouveaux sifflaient pour appuyer son discours.

C'était la dernière année pour la plupart, et je pouvais lire leur rage de vaincre sur leur visage. Enfin, mes yeux étaient surtout fixés sur celui de Samuel, qui souriait férocement, un bras autour du cou de mon frère. Merlin, ce qu'il pouvait être beau…

─ Bien, on va désormais passer à un petit match, rien de bien sérieux, pour évaluer la manière dont vous mettez en valeur vos capacités personnelles dans une équipe. Grace, tu viens m'aider ?

Détachant mon regard de Samuel, je me levai pour rejoindre mon frère au milieu du terrain. Arrivée à sa hauteur, je lui tendis mon carnet pour partager mes notes, indiquant quelle était la meilleure combinaison pour un premier match.

─ Je pense que tu devrais jouer avec les deux remplaçants, Potter et Prescott suffiront largement pour aujourd'hui, suggérai-je. Par contre, il faudra que Patterson change de balai si jamais il est sélectionné, le sien n'est pas assez maniable pour sa position de batteur, mais on est tout les deux d'accord que Lloyd s'en sortira beaucoup mieux que lui dans un véritable match, s'il apprend à gérer la pression bien sûr.

Après m'avoir écoutée, Liam hocha la tête et très vite, tout le monde se mit en place. Comme mon frère ne pouvait pas lancer le jeu lui-même, je me plaçai entre Potter et lui, le Souaffle dans la main. Je comptais jusqu'à trois, et lorsque le décompte toucha à sa fin, je lâchai la balle et soufflai dans le sifflet magique que Madame Bibine, la jeune professeure de vol, m'avait offert l'été dernier. Les joueurs s'envolèrent et rapidement le match commença. Je repris ma place sur le banc, remerciant le ciel clair pour me permettre d'avoir une vue dégagée sur l'action qui se déroulait dans les airs.


─ Félicitations !

Lorsque l'on rentra dans la salle commune vers onze heures et demie, une partie des élèves applaudirent les nouveaux joueurs avec enthousiasme.

─ Hé, on n'a pas encore gagné de match ! lança Liam mais Prescott le fit taire en faisant remarquer qu'un peu de soutien ne faisait pas de mal.

Après avoir frappé gentiment l'épaule de Lloyd pour le féliciter une nouvelle fois avant qu'il ne revienne faire du bouche à bouche avec Maggie, je me dirigeai vers les escaliers menant aux dortoirs dans l'optique d'aller me changer. Cependant, la voix de Samuel couvrit les exclamations de joies et les rires qui fusaient dans la pièce et je me stoppai sur la première marche pour l'écouter.

─ Cette équipe sera la meilleure des quatre maisons et ça n'aurait pas été possible sans l'aide de Grace, dit-il en dirigeant l'attention sur moi, alors je voudrais qu'on garde deux ou trois applaudissements pour elle, parce qu'on sait bien que c'est la plus talentueuse des deux Mercer, déclara-t-il avec un sourire en coin.

Je ne prêtai même pas attention au reste de la salle, seuls comptaient les mots que Samuel venait de prononcer ainsi que ses yeux chocolat plongés dans les miens, comme si le monde s'était brusquement figé. Est-ce que c'était réel ? Est-ce qu'on était dans une dimension parallèle ? Moi qui pensais que j'étais invisible à ses yeux et voilà que soudainement, il reconnaissait devant tout le monde que j'existais. Moi. La cadette du capitaine. La sœur de son meilleur ami. La fille sans intérêt. Ça ne paraissait peut-être rien, sans doute que je voyais là un signe inexistant, mais j'étais amoureuse de ce garçon depuis que j'avais onze ans et c'était le genre de moment qui peuplait mes rêves continuellement depuis lors. Mon cœur allait exploser de sentiments contradictoires, j'avais envie d'hurler de joie comme je voulais me terrer au fond d'un trou.

Finalement, en digne Gryffondor que j'étais, je fis la seule chose qui me vint à l'esprit : je m'enfuis.


Sans doute que ce n'était pas la meilleure décision que j'ai prise de ma vie, je vous l'accorde. Gemma se chargea d'ailleurs de me le rappeler toute la semaine qui suivit. « Tu aurais dû voir ta tête, on aurait dit que tu allais t'évanouir ! » qu'elle me disait en riant, tandis que Lily m'adressait des petits sourires désolés. Mary, en grande romantique, décortiqua pour moi toutes les significations de la scène qui s'était déroulée, alors que je n'avais qu'une envie qui était de l'oublier justement, et en était venue à la conclusion que Samuel était fou amoureux de moi depuis des années et que comme il s'agissait de sa dernière année à Poudlard avec moi, il avait décidé de se déclarer. Elle était même prête à prédire le nom de nos futurs enfants dans le fond de mon verre de jus de citrouille.

Comme si Samuel pouvait éprouver quoi que ce soit de romantique envers moi.

Au final, je trouvai du réconfort en passant la plupart de mon temps à la bibliothèque avec Dorcas, qui s'était contentée de hausser les épaules lorsque j'étais remontée dans le dortoir, mortifiée. Prenant exemple sur elle, j'avais décidé de faire comme si toute cette histoire ne me touchait pas. L'avantage de cette méthode, c'était que j'étais en avance sur mes devoirs puisque les rédiger m'évitait de penser. J'avais même fait vingt lignes de plus pour mes recherches pour le cours de Runes, c'est pour dire !

─ Miss Mercer, prononça le professeur Babbling sur un ton satisfait en me tendant ma copie, avant de poursuivre la distribution en naviguant entre les rangs.

J'écarquillai des yeux aussi ronds que le O sur ma copie. J'avais obtenu un Optimal ! Je crois bien que c'est la première fois que j'ai la note maximale en Runes.

Je me tournai vers Remus dans un mouvement rendu brusque par mon excitation, ce qui le fit légèrement sursauter. Sans dire un mot, je lui désignai fièrement la lettre rouge qui se démarquait sur le parchemin. Avec un regard fatigué, il me félicita chaudement et prit même le temps de lire ma copie pour voir ce que j'avais écrit, ce qui était ce que moi je faisais habituellement avec les siennes. Touchée et un peu embarrassée, j'enroulai une mèche de cheveux autour de mon doigt en attendant qu'il termine.

─ Je n'avais pas pensé à ça, marmonna-t-il en étouffant un bâillement.

─ Est-ce que ça va ? lui chuchotai-je en voyant qu'il piquait du nez quelques minutes plus tard.

─ Mauvaise nuit, me répondit-il avec un sourire un peu faiblard.

J'allai insister lorsque le professeur haussa légèrement la voix, et je me reconcentrai sur la traduction en cours. Le dictionnaire de runes placé entre nous prenait presque toute la place, et lorsque je glissai un œil sur la page de gauche, un symbole ressemblant à un « i » me sauta aux yeux. Il me disait quelque-chose mais j'étais incapable de me souvenir ce à quoi ça me faisait penser. Je reportai mon attention sur mon Traité supérieur de traduction des runes, les sourcils foncés. J'étais certaine de l'avoir vu quelque part, peut-être que…

Je tournai discrètement plusieurs pages, avant d'y aller franchement pour finalement tomber sur le passage que je cherchais inconsciemment.

« Isa [] symbolise la Glace, non pas en tant qu'élément destructeur ou mortel, mais en tant qu'élément qui arrête ce qui est en mouvement. Associée avec Ingwaz [] dans sa forme ouverte, on peut l'interpréter comme une Enceinte de Glace stoppant ce qui viendrait de l'extérieur. »

Interloquée, je passais une main sous ma chemise pour sortit délicatement le pendentif qui ornait mon cou. Je savais bien que cette rune avait une signification plus profonde que « protection ». J'observai un instant les volutes nacrés qui semblaient prendre des reflets de la couleur des glaciers par instants à l'intérieur du cristal, avant de le replacer à l'abri des regards. Je portai le collier tous les jours depuis que Grand-père me l'avait offert et si, au départ, les légères pulsations qui émanaient du bijou m'avaient surprise, j'avais fini par m'y habituer et j'y trouvais même un certain confort désormais. Il avait peut-être une signature magique, ou alors il s'agissait juste de ce que Lily appelait « l'effet placebo » mais en tout cas, j'avais l'impression de porter un peu de l'affection de mon grand-père, et pour moi c'était déjà beaucoup.

Le reste du cours passa lentement et lorsque la sonnerie retentit, mon ventre grondait d'impatience.

─ Allons satisfaire ton appétit d'ogre, fit Remus en se levant, amusé.

─ D'ogresse plutôt, le corrigea Coraline qui s'était approchée de notre bureau et je leur offris ma plus belle imitation de la créature imaginaire moldue.

Remus et moi étions les deux seuls Gryffondor à assister aux cours du professeur Babbling, les autres élèves ayant choisi l'Arithmancie ou la Divination sur cet horaire-là. On se retrouvait tous devant les portes de la Grande Salle, échangeant quelques mots avant de s'asseoir à la table de notre maison.

─ Je n'ai jamais rien mangé d'aussi bon, soupirai-je en avalant goulument une bouchée de poulet rôti. Quoi ? m'agaçai-je en voyant le regard dégouté d'une fille de première année. Toi aussi tu aurais faim si tu avais passé les deux premières heures de la journée à ramasser des excréments de Sombrals ! m'exclamai-je en agitant ma fourchette sous son nez. Ah, ils ont beau être invisibles, c'est pas le cas de tout ce qui sort de-

─ Grace ! s'écrièrent en même temps Lily et Mary, outrées, tandis que nos voisins de tablée me jetaient une œillade mi-amusée, mi-consternée, et Gemma explosa de rire.

─ Par qui tu as été élevée sérieusement, Mercer ? soupira Potter assis non loin.

Par une mère plus intéressée par son travail que par ses enfants et un père imaginaire pourquoi ? rétorquai-je en enfournant une nouvelle fourchette de mon plat dans ma bouche.

Il me regarda de travers, pas certain de savoir si je plaisantais ou non, avant de reprendre sa conversation avec Pettigrow.

─ On comprend mieux lorsqu'on te voit pourquoi les familles de Sang-Pur ne se mélangent pas à la vermine, chère cousine, fit soudain remarquer une voix sarcastique derrière un groupe de quatrième année qui poussèrent un couinement effrayé en apercevant la couleur vert et argent de la cravate des deux arrivants.

─ La ferme, Rosier, répliquai-je à l'unisson avec Black.

Je lui jetai un regard, il fixait celui qui était tout autant son cousin que le mien avec cette haine déclarée qu'il avait envers tout ce qui représentait la noblesse sorcière dont il avait pris le contre-pied. Toute la table s'était tendue à l'arrivée des Serpentard, et je voyais mes amies observer la scène avec crainte. Lily lançait des coups d'œil à la fois dans la direction des Maraudeurs, qui n'hésitaient jamais à se lancer dans les rixes opposant Gryffondor et Serpentard, et de la table des professeurs, qui déjeunaient tranquillement.

─ Tu t'es perdu, serpent, la table des fils à maman c'est de l'autre côté, siffla Black avec hargne.

─ Pas étonnant que tu n'y ais pas ta place alors, Black, se moqua Rosier avec ces yeux mauvais qui annonçaient qu'il allait sortir une immondicité. Félicitations, d'ailleurs, j'ai appris que tu avais été déshérité. Ta mère se vante à qui veut l'entendre qu'elle n'a plus qu'un seul fils, on dirait bien que c'est Noël avant l'heure pour elle. Il n'y a pas à dire, ils savent comment gérer la mauvaise graine dans la famille Black.

Ma mâchoire se décrocha en entendant les paroles de Rosier tandis que j'observais Black pour vérifier si tout ça n'était pas une plaisanterie. En voyant la lueur sombre au fond de ses yeux acier et la manière dont il serrait les mâchoires, je compris que le Serpentard n'inventait rien.

C'était sans doute là la raison de son absence auprès de son frère et de sa mère, sur le quai de la gare, le jour de la rentrée. Cela signifiait donc qu'il était parti de chez lui ? Où avait-il bien pu aller ? Je me traitais mentalement d'imbécile en apercevant la main de Potter sur son épaule, le retenant de sortir sa baguette. Evidemment, il avait dû aller chez les Potter, où d'autre ? S'il y avait bien une chose de certaine, même si le monde s'écroulait, c'était l'amitié entre ces deux-là, bien plus proche du lien de sang que de la simple camaraderie. N'importe quel idiot pouvait le percevoir.

─ Quelle délicate attention de ta part de venir me donner des nouvelles, Rosier, mais je croyais qu'il y avait des hiboux pour ça, ironisa Black en serrant tout de même les poings dans ses poches, et Rosier montra les dents.

─ Bon, et si tu nous disais pourquoi tu es là, Rosier, au lieu de faire durer le désagrément de ta visite, intervint Potter les sourcils froncés mais la voix calme néanmoins, ce qui ne surprit pas que moi. On oubliait facilement que Potter était un Sang-Pur et que la diplomatie faisait partie de son éducation.

Rosier lui lança un regard dédaigneux.

─ Je ne gaspille pas ma salive pour des traitres à leur sang, renifla-t-il et cette fois-ci ce fut Black qui retint Potter par le bras.

Rosier jouait un jeu dangereux, à venir nous provoquer en plein territoire Gryffondor. Si ça ne s'arrêtait pas tout de suite, cela n'allait pas tarder à dégénérer.

Nott, qui était resté silencieux derrière mon cousin, attendant certainement que celui-ci ait terminé de se donner en spectacle, eut l'air d'arriver aux mêmes conclusions que moi puisqu'il décida d'intervenir.

─ On est simplement venu apporter les invitations de Slughorn, énonça-t-il sur un ton indifférent, et il posa les cartons verts aux bordures argentées sur la table. Bon appétit.

Et après un coup d'œil appuyé adressé à mon cousin, puis un autre en direction de la table des professeurs où McGonagall fronçait les sourcils, ce qui n'était jamais bon signe, il tourna les talons. Rosier nous adressa un dernier rictus, inclinant la tête d'un geste plein d'un mépris souverain, et le suivit.

Notre tablée resta plongée quelques instants dans le silence, avant que je ne repousse mon assiette bruyamment en soupirant.

─ C'est malin, ça m'a coupé l'appétit.

A partir de là, chacun y alla de son commentaire, Black s'exclamant qu'il aurait dû lui jeter un beau Furonculus, Lily lui répondant que ça n'aurait pas été très judicieux, Mary posant et reposant ses couverts en murmurant que ça aurait même été pire, Potter grimpant presque sur la table pour crier sus à l'ennemi, les première et quatrième années à proximité qui grimaçaient sans savoir comment réagir, Remus qui essayait de calmer tout le monde, Pettigrow qui suivait l'exemple de Potter, Dorcas qui les traitaient tous d'imbéciles finis, Gemma qui demandait son avis à une fille de troisième année, mon frère qui s'incrusta pour savoir ce qu'il s'était passé, avec Jo qui portait une couronne de fleurs en mousse …

En bref, c'était le gros bordel.


Il m'en fallait plus que l'attitude pseudo-menaçante de mon cousin pour passer une mauvaise journée, et même si celle-ci avait très mal commencé, il restait toujours une chance pour qu'elle s'améliore.

N'est-ce pas ?

Sitôt que cette pensée me traversa l'esprit, je bousculai une certaine Serdaigle au détour d'un couloir, en sortant de Métamorphose. Je m'excusai immédiatement avant même de l'avoir reconnue, et finalement j'aurais mieux fait de m'abstenir, surtout que c'était elle qui était en tort ! On a pas idée de débouler comme ça, il y a des braves gens qui n'ont pas envie de mourir à chaque coin de Poudlard, par Merlin !

─ Mercer…

─ Vance, répondis-je sur le même ton en réajustant mon sac sur mon épaule.

Elle se rapprocha de moi en plissant les yeux, son éternel chignon sur la tête et ses lunettes sévères sur le nez. Elle ressemblait à une institutrice, et avec son badge de préfète mis en avant sur sa poitrine c'était encore plus flagrant. Elle me dépassait d'une demie-tête mais je n'allais pas me laisser impressionner.

─ Je vois clair dans ton petit jeu, Mercer, dit-elle en pointant son doigt sur mon visage, et je levai un sourcil interrogateur. Oh, ne joue pas à la plus maligne avec moi, je ne sais pas ce que tu as bien pu faire au professeur Slughorn pour qu'il t'accepte dans son club réservé aux meilleurs éléments de l'école, dont tu ne devrais clairement pas faire partie, mais je trouverai. Et quand ce sera fait, je prendrai ce qui me revient, me menaça-t-elle d'une voix grave.

Elle leva le menton en l'air, avant de me bousculer de nouveau pour continuer son chemin.

─ Mais merde, tout le monde m'en veut ou quoi aujourd'hui ? m'exclamai-je à voix haute en baissant les bras d'un air vaincu.

─ Ton horoscope du jour avait anticipé ta mauvaise journée, tu l'aurais su si tu ne m'avais pas formellement interdit de te le lire depuis la troisième année, m'informa Mary en haussant les épaules.

Je grommelai une phrase indistincte à propos des bêtises moldues surpassant la Divination sorcière dans ce qu'elle avait de plus stupide, soit les prédictions, et on se remit en route vers les cachots pour notre cours de Potions.


J'avais l'impression que la journée avait duré infiniment plus longtemps que le temps qui s'était réellement écoulé, et j'étais bien contente d'avoir terminé pour pouvoir remonter dans le dortoir pour prendre ma douche. J'avais ensorcelé une petite radio que Mary avait piqué à ses parents deux étés auparavant, et avec un peu de bricolage, quelques sortilèges de ma confection, et surtout plusieurs essais infructueux, elle captait désormais les ondes moldues.

Mama, oooooooh, didn't mean to make you cry, if I'm not back again this time tomorrow. Carry on, carry on…

La brosse à cheveux sur le menton, le son de la radio monté à fond, ma serviette enroulée autour de moi, les cheveux dégoulinants encore de la mousse de mon shampooing, je chantais à pleins poumons.

Oh mamma mia, mamma mia, mamma mia, let me go !

Et c'est à ce moment-là que Lily débarqua dans la salle de bain dans un dérapage à peine contrôlé pour compléter notre duo, balançant la porte sans s'en soucier, l'appel de la musique plus fort que tout.

─ Beelzebub has a devil put aside for me, for me, for meeeeeeeeeeeeeee !

Et c'était fini, nous étions parties. Mary frappait le mur de la salle de bain en rythme, Gemma, debout sur son lit, jouait d'une guitare invisible, Lily balançait sa tête dans tous les sens et moi je sautais comme une folle en essayant de ne pas glisser sur le sol mouillé. Et on beuglait en cœur :

─ SO YOU THINK YOU CAN STONE ME AND SPIT IN MY EYE ? SO YOU THINK YOU CAN LOVE ME AND LEAVE ME TO DIIIIIIIIE ? OH BABY !

Est-ce qu'il y avait besoin de préciser que nous étions complètement barrées ?


Disclaimer : Queen est un groupe de LEGENDE, ses paroles ne m'appartiennent pas. / L'idée des différents clubs extra-scolaires ne vient pas de moi, elle est très largement inspirée du RPG Rictusempra ( www . rictusempra forum ) sur lequel je suis tombée par hasard. / Les runes sur le collier de Grace et leur explication vient du site Institut Symbiosis ( institut - symbiosis 2014 / 03 / magie - runique - talisman - runes - liees / )

J'espère que ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à commenter j'aimerais beaucoup avoir votre avis ! En espérant, comme toujours, que le chapitre suivant arrive plus vite…

Cat