Hé salut !

Beaucoup de gens m'ont dit hier avoir pensé à Harry Potter. Bon, c'était pas le but, mais je suppose que, ouais, vu que c'est une école de sorciers, ça y fait automatiquement songer. xD Cela dit, non, ça ne se passe pas du tout dans le même univers, si certains se posent la question. A vrai dire, j'ai vu l'anime Little Witch Academia il n'y a pas longtemps, donc ça se rapproche sûrement davantage de ça que de Harry Potter... Quoique ce soit pas exactement pareil non plus. x)

Bonne lecture !


J-4 (Vendredi)

« Malade ? Mais pour quoi faire ? »

L'étonnement de Sora était aussi sincère qu'exaspérant. Sous ses couvertures, Riku haussa les yeux au ciel.

« Je fais pas exprès... »

C'était un mensonge, évidemment.

Il n'en revenait pas de constater qu'il suivait les conseils de Vanitas. Enfin, foutu pour foutu, autant tout mettre en œuvre afin que ce qu'il essayait d'éviter ne se produise pas malgré tout. Et cela passait par le fait de fuir ses amis comme la peste.

« Tu veux qu'on t'emmène à l'infirmerie ? s'enquit Ventus.

-Non.

-Tu veux qu'on te rapporte de quoi manger, ce midi ?

-Non.

-On dit aux profs que tu es absent et on te prend les devoirs ?

-Oui. »

Ils quittèrent la pièce une fois qu'ils eurent fini de se préparer, et Riku se leva, s'étira, souffla. Il supposait qu'il aurait pu faire un effort de théâtralisation. Trouver un sortilège qui lui donne une apparence misérable, teint jaunes, grandes cernes et tout le tralala. Ou bien ingérer un champignon dont l'effet durait quelques heures tout au plus.

Ce n'aurait pas été nécessaire, cela dit. Il ne séchait jamais de cours et n'avait pas de raison de le faire, alors personne ne songerait à le soupçonner de mentir.

Grâce à un sortilège d'aimant, Riku sortit de sous son lit la dizaine de grimoire empruntés à la bibliothèque. L'un d'eux émit un rire grave et lugubre, qu'il ignora avec la facilité de l'habitude.

S'il existait un autre moyen que la théorie de Vanitas, il comptait bien le trouver. Il devait bien exister une potion, ou un truc comme ça... Un artefact magique, au pire du pire ?

Le premier livre vient se poser sur son bureau avec un bruit de mini-séisme, sonnant le début de ses recherches acharnées.


« Et alors, ça se passe bien ? »

Vanitas haussa les épaules, soûlé à l'avance de l'interrogatoire qu'il allait subir de la part des deux fourbes personnes qui se prétendaient ses amis, quoiqu'il ne leur ait rien demandé.

Il ne pouvait pas dire que ça se passait bien. Pas dans le sens où ils l'entendaient. Mais mal ?

Ils avait juste creusé des lanternes-citrouilles sans parler, le plus gros de la soirée. Après ça, il pensait l'avoir vexé. Et après, il l'avait fait rire. Ça équilibrait, en un sens ?

« Il est gentil ? » demanda Xion.

Un peu ténébrophobe.

« Pas étonnant, hein ! commenta Axel. Tu t'es embarqué dans une sacrée histoire, mon pauvre Vanini ! »

Vanini lui renvoya un regard à mi-chemin entre la menace de mort et la lassitude. Comme s'il avait décidé de ça tout seul... Il ne se serait pas fourré dans cette galère, s'il n'avait pas eu d'amis. Ah, le doux appel de la solitude éternelle ! Il ne connaîtrait ça que dans la mort, sans doute. D'ailleurs, il n'avait pas le souvenir d'avoir consenti à une quelconque amitié avec qui que ce soit. Ces deux-là, et d'autres avant eux, s'était contentés de s'agglutiner à lui tels des parasites.

La plupart du temps, ça ne le dérangeait pas tant que ça. Mais là...

« Vous vous voyez, ce soir ? Vous allez faire quoi ? »

Tenter de comprendre ce qui le dérange avec les forces du mal, répondit nonchalamment Vanitas, histoire d'avoir la paix.

« Moi, j'pense qu'il a un sacré souci à régler avec lui-même, grimaça Axel. Un truc psychologique. »

Pas besoin d'être un génie pour comprendre cet état de fait... Fallait être sacrément mal dans sa peau pour avoir à ce point besoin de changer sa nature profonde.

Et pourtant, Vanitas n'avait pas trop envie de se moquer. Enfin si, un petit peu, mais pas méchamment. Pourtant, se moquer méchamment faisait partie de ses hobbies favoris. Là, il ressentait plus de la curiosité qu'autre chose.

Ça et les sentiments ridicules qui lui donnaient envie de se jeter du haut d'une tour ou un truc du style. Il ne comprenait toujours pas d'où ça venait, et ça restait gérable tant que l'objet de ses pensées restait hors d'atteinte.

Même si, la première fois que son cœur s'était mis à faire un solo de batterie en apercevant l'énergumène de loin, il avait été tenté de l'extraire de sa poitrine pour le sermonner : « Oh, tu m'fais quoi, là ? Arrête ça tout d'suite, c'est pas l'genre de la maison ! »

Et il saisissait encore moins, maintenant qu'il savait que Riku était un idiot. Quoiqu'il faisait une distraction somme toute amusante, avec ses oeillades méfiantes et son esprit torturé.

Bah, puis, on dit que les opposés s'attirent...

Il s'étonna soudain de n'avoir pas été sollicité par ses parasites depuis au moins trente bonnes secondes, lorsqu'il s'aperçut que Xion dormait profondément de nouveau, comme cela lui arrivait environ quinze fois par jour. Axel passait le temps en lui dessinant sur la joue à l'aide d'un marqueur épais. Ennuyé par le reste de son environnement, Vanitas le regarda faire, se demandant vaguement s'il ne faudrait pas filmer cela pour la postérité, ou pour faire chanter l'un des deux.


« Tu es sûr que c'est une bonne idée ? »

Absolument pas, écrivit Vanitas.

Pour une fois, personne ne squattait la crypte pour y consommer quoi que ce soit d'illicite. Vanitas s'était toujours demandé ce qui pouvait bien se trouver dans les étages inférieurs. Des cercueil, évidemment, mais quoi d'autre ? Ce truc était abandonné depuis tellement de décennies...

« On va croiser des goules... » soupira Riku.

Bof, trop commun... Vanitas aurait parié sur un vampire, lui.

Et alors ? T'es là pour me protéger, non ?

« Même dans l'obscurité, je peux deviner que tu te moques de moi. »

C'est qu'on commence à se connaître...

« T'étais obligé, les points de suspensions ? »

Il ne répondit pas, trop occupé à s'empêcher de pouffer de rire.

On n'y voyait pas grand chose effectivement, même avec le sort de flammes vertes qu'avait invoqué Vanitas, et qui flottait devant eux à distance respectable.

Il avait convaincu Riku de se rendre dans cet endroit lugubre et sinistre qui puait le moisi parce que... Eh bien, ils n'avaient rien d'autre à foutre, en fait. Vanitas supposait qu'il s'agissait d'un lieu comme un autre pour apprendre à se connaître. Personne ne lui avait vraiment enseigné ces choses-là, alors il faisait ce qu'il pouvait...

T'as réussi à semer tes potes niais ?

« Ouais, j'ai fait semblant d'être malade pour pouvoir faire des recherches. »

Et donc ?

« Bah, j'ai rien trouv- Je crois qu'un truc vient de me ramper dessus. »

Le dégoût dans sa voix s'entendait fort. Vanitas lui renvoya un sourire tellement plein de dents que l'autre dû le voir même dans le noir.

T'as peur ?

« Non, je connais des sorts anti-venin, mais je préférerais quand même qu'on remonte. Je suis pas sûr qu'on n'attrape pas une maladie médiévale cheloue, ici. »

Ah, ça... Puis, il valait mieux ne pas être asthmatique, pour s'aventurer là. Vanitas avait l'impression de respirer de l'air solide, tellement la poussière imprégnait l'air.

T'es pas curieux ?

« Si... admit Riku du bout des lèvres. Mais je ne suis pas sûr que ça vaille le coup. Et ça peut être dangereux, je pense. N'importe quel monstre aurait pu s'installer là. »

Et alors ? J'suppose que tu sais te défendre, non ?

« Oui, mais ce n'est pas la question. Ça reste stupide. »

Pourquoi ? Si on risque rien.

« Pfff... Tu gagnes. »

Ah, il le savait ! Alors comme ça, monsieur se forçait à être raisonnable, mais il ne disait pas non au danger quand on insistait suffisamment longtemps, hum ?

Trop de retenue dans ce gars. C'était un peu mignon. Ou sexy. Smixy ? Urgh, quel mot atroce.

Vanitas manque de buter sur un cercueil. Par curiosité, il voulut lire le nom gravé quelque part sur le bois, mais ne trouva qu'un immense trou béant là où devrait se trouver la tête du défunt. Vu les éclats de bois tournés vers l'extérieur, la chose ayant défoncé la planche venait de l'intérieur du cercueil. Dons s'était échappé.

Ils échangèrent un regard circonspect.

T'as peur, maintenant ?

Claquement de langue agacé de la part de l'autre sorcier.

« Ce n'est pas un jeu, Vanitas. »

Oooh, voilà qu'il prenait son ton autoritaire, maintenant ! Décidément, rien que pour ça, ils avaient bien fait de venir.

« Remontons. »

Non.

Son expression contrariée juste éclairée par les flammes magiques était mémorable. Ouais, chouette distraction, vraiment. Carrément mieux que de regarder Axel dessiner des crapauds dansant la macarena sur la joue de Xion et les faire vraiment danser à l'aide de la magie.

Il pourrait s'habituer à cette distraction-là.

« Sérieusement? » soupira l'autre sorcier.

Oui. On est pas loin du fond, on continue.

Il ne lui laissa pas le temps de débiter des arguments contraires et commença à avancer. Bientôt, les pas de l'autre le suivirent dans l'obscurité.

Seuls leurs bruits de chaussures et de respirations résonnaient dans la vieille crypte. De temps à autre, une chauve-souris changeait de perchoir avec un battement d'aile sonore et leur frôlait les cheveux.

En parlant de chauve-souris...

« Qu'est-ce que vous foutez là, espèce de débiles ? »

Leur professeur apparut devant eux, avec sa vilaine face de jeune-vieille sorcière, les poings sur les hanches. Enfin, la prof de Vanitas, puisque c'était celle de l'option de métamorphoses, dont Riku ne faisait pas partie.

« Vous êtes complètement inconscient ?! cracha Larxène. N'importe quel élève normalement constitué se serait barré après avoir descendu trois marches, ou aurait mouillé son pantalon ! Puis je me répète, vous faites quoi ici ? »

Vanitas leva les yeux au ciel. Qu'elle ruine son rendez-vous, passe encore, mais si elle pouvait éviter de parler de pantalons mouillés ou d'autres trucs dégoûtants, au cas où l'association se ferait dans l'esprit de Riku...

Et vous, alors ? répliqua-t-il silencieusement.

« Oh, sur un autre ton, Simplet ! J'ai pas de compte à rendre, moi. Et puis, je suis une chauve-souris, je suis sensée aller me terrer dans les coins sombres et humides ! »

Bon dieu... Et lui, il se transformait en corbeau, pourtant il n'allait pas manger des vers de terre ou quoi que soit !

Pour une fois, il fut content de ne pas pouvoir répliquer comme il le voudrait, tiens, parce que la chose lui aurait probablement valu une punition qu'il préférait ne pas imaginer.

« Professeur, intervint Riku. Nous sommes navrés. Nous n'aurions pas dû... Mais il faut que vous le sachiez, quelque chose s'est enfui de l'un des cercueils. On ne sait pas trop quoi, mais...

-Ah, t'es l'intello, toi, nan ? répliqua Larxène en bonne garce qu'elle était. Tu réfléchis pas plus loin que tes cours, hein ? Si y'a eu un truc dans cette crypte, alors ça n'y est plus depuis longtemps ! Vous pensez pas qu'on va garder des machins aussi dangereux près des élèves ? À part dans la forêt maudite, bien sûr... Allez, hors de ma vue ! Zou ! »


« Je savais pas que les profs pouvaient nous parler comme ça » commenta Riku une fois qu'ils furent sortis.

Normalement non. C'est une connasse.

Riku haussa un sourcil. Ç'avait le mérite d'être direct.

« Tu la connais ? »

Ouais, prof de mon option.

« Ah bah, bon courage... » lui souhaita Riku.

Il faisait nuit. La lune s'était levée, presque ronde. Encore un tout petit peu... Ah, avec tout ça, il en avait oublié la pleine lune... Demain, non ? Il faudrait qu'il pense à aller faire la cueillette avec Sora et... Oh, ou pas.

Bof, ma mère est pire.

« Ah... »

Ceci expliquait quelques peu cela. Riku le plaignait un peu, sans savoir de quoi exactement.

« Au fait, se rappela-t-il soudain. Demain, c'est sam... »

Une immense bourrasque l'interrompit dans sa phrase et il manqua de se faire défigurer par les brindilles pointues d'un balai volant.

« Riku ! »

Sans qu'il comprenne rien, Kairi se tenait entre lui et Vanitas, balai à la main, l'air presque sévère. Bon sang, qu'est-ce qu'elle foutait là ?

« Mais t'étais où ? Sora m'a dit que t'étais malade, et quand ils sont revenus dans la chambre tu étais parti ! On ne sort pas quand on va pas bien, enfin !

-Euh... Ouais, pardon, je le referais plus. »

Quand Kairi sermonnait quelqu'un, rien ne servait de répliquer ou d'argumenter. De toute façon, pour dire quoi ? À part tout lui avouer, il ne voyait pas vraiment de solution de rechange.

« Et puis qu'est-ce q- »

Elle s'interrompit lorsqu'elle se rendit compte de l'existence de Vanitas, qui la fixait d'un air un peu effrayant, peut-être vexé à l'idée d'avoir été ignoré autant de temps. Kairi le fixa en retour, essayant sans doute de comprendre qui il était et ce qu'il faisait là, aussi près d'eux.

Riku soupira, fatigué à l'idée de prendre la responsabilité des présentations.

« Euhm, Kairi, je te présente Vanitas. C'est... »

C'est quoi, d'ailleurs ? Flûte. Un espèce de mec diabolique qui le fixait avec des sourires en coin ? Qui le faisait rire parfois avec sa répartie de merde, quand bien même ne pouvait-il pas parler ?

« Un ami » se décida-t-il finalement, bien que ça ne sonne pas très bien au bout du compte.

Sora et Kairi étaient des amis. Ven était un ami. A la rigueur, Roxas. Mais il ne pouvait pas non plus dire que Vanitas soit juste une connaissance. Les deux possibilités sonnaient de façon tout aussi étrange l'une que l'autre.

A son grand désarroi, Riku vit Kairi le regarder d'un air soupçonneux. Puis regarder Vanitas, puis le regarder lui. Plisser les yeux comme les rouages de son cerveau s'activer à plein régime derrière son front.

« Oh... Ok... » fit-elle d'un ton peu convaincu.

Vanitas hocha la tête en direction de la jeune sorcière en guise de salutations.

« Bonjour, répondit la rousse du bout des lèvres avant de se tourner vers Riku. T'es pas malade, du coup ?

-Euh, si, pourquoi ?

-Mmmmouais... »

Il se doutait bien de quelles conclusions elle tirait, avec son air circonspect. Le pire étant qu'il ne possédait pas d'autre excuse à ses escapades, alors il n'était pas en état de démentir quoi que ce soit...

Comment il allait se tirer de cette galère, au juste ?

« Je leur dis quoi, à Sora et Ven ? s'enquit Kairi.

-Que j'arrive.

-Et ?

-Juste que j'arrive. Pars devant. »

L'injonction et son débit rapide semblèrent renforcer les suspicions de la jeune fille alors que ses yeux se plissaient davantage. Miséricorde, il n'allait pas finir d'en entendre parler...

Sans cesser de le fixer de son regard d'inspecteur des impôts, son amie enfourcha son balai et s'envola dans le ciel étoilé.

Vanitas souriait. Il ressemblait au grand méchant loup, comme ça, ou à une créature de fourberie équivalente. Riku se retenait de sourire en retour, parce qu'il savait ce qui le faisait sourire et que c'était drôle, mais aussi un peu embarrassant.

Charmante.

« Tu trouves ? »

Non. Tu vas lui dire quoi ?

« Je sais pas. Elle doit s'être fait une... fausse impression » marmonna Riku.

Il ne savait toujours pas dire si ça l'arrangeait ou non. Dans tous les cas, il faudrait qu'il s'explique une fois Halloween passé et, pff...

Quel genre ?

Comme s'il ne s'en doutait pas, avec son rictus diabolique.

Ses yeux brillaient encore dans le noir. Ça ne l'avait pas fait, dans la crypte. Peut-être juste une illusion d'optique. Riku n'en avait jamais vu de cette couleur...

Putain c'était vraiment pas le moment de penser à ce genre de trucs.

« Bah, du genre, tu sais... Je peux pas lui en vouloir, je serais arrivé à la même conclusion, à sa place. Tu vois ? »

Il remua un peu de poussière par terre, embarrassé de la tournure de la conversation.

Non. Explique.

« Mais... »

Finalement, la conversation avec Kairi et Sora serait peut-être moins déroutante que celle-ci. Il ne sut pas pourquoi il rentrait dans son jeu, mais il se mit à expliquer, bêtement, au lieu de l'envoyer chier :

« Ben disons que, j'ai fait semblant d'être malade, de son point de vue pour m'éclipser avec un garçon qu'elle ne connaît pas, aux alentours de la crypte. Endroit souvent désert. Hum. Elle va croire que, euh, qu'on sort ensemble ou un truc comme ça. »

Il osa à peine relever les yeux pour voir ce qu'il allait répondre, parce qu'il se doutait que l'autre allait se foutre de sa tronche pour s'être montré aussi gêné d'un truc faux et aussi banal.

C'est grave ?

Ah, il n'avait pas l'air de trop rire à ses dépends. Curieux. Bah, il ne le connaissait pas tant que ça, après tout, c'était peut-être un peu tôt pour interpréter ses faits et gestes.

« Non mais va falloir que je démente. Et que je trouve une autre excuse, du coup. »

Pourquoi ?

« Ben... Parce que c'est pas vrai ? »

Ça lui semblait évident, à lui. Surtout qu'ils n'allaient pas pouvoir s'empêcher de lui poser tout un tas de question auxquelles il ne pouvait et ne voulait pas répondre.

Vanitas fronça les sourcils, leva sa baguette pour écrire quelque chose, la rabaissa, comme hésitant. Fixa le bout de ses chaussures. Riku haussa un sourcil, se demandant s'il fallait qu'il attende ou si l'autre n'allait pas répondre du tout. Finalement, après une inspiration :

Et puis ? Ce serait si vexant que ça qu'ils le croient ?

« Ah non ! Ben non ! se récria Riku. C'est pas ça. Mais ça reste, ben... pas vrai, quoi. »

Sacré argument, se moqua l'autre sorcier. Sers t'en comme excuse.

Sauf qu'il allait devoir rétablir la vérité après Halloween, et ça risquait d'être complexe. Il ne tenait pas vraiment à ajouter un mensonge à la liste.

Et puis, ça te fait une raison pour pas les voir ce week-end. D'ailleurs, même endroit demain matin ?


C'était aussi éreintant qu'il s'y était attendu.

Lorsque Riku avait poussé la porte de sa chambre, trois paires d'yeux s'étaient tournées vers lui d'un air avide. Urh. Kairi s'était incrustée, évidemment. Et avait raconté davantage de choses que nécessaire aux autres.

« T'as pas le droit d'être dans le dortoir des garçons, Kai'... »

Sa plaidorie fut évidemment ignorée par tout le monde.

« T'as un amoureux et tu nous l'a même pas dit ? s'offusqua Sora avec une moue de victime.

-Non... »

Il tenta de faire comme si de rien n'était, la jouer je m'en-foutiste, et juste d'aller s'affaler sur son lit en ignorant superbement toute l'attention portait vers lui. Ça marchait rarement.

« Tu sors pas avec ce gars, alors ? demanda Ven.

-Pas vraiment... »

Le non définitif leur aurait donné une raison pour demander : « vous faisiez quoi, tout seuls dans la crypte, alors ? », et il ne pouvait pas vraiment répondre à cette question. Sur le chemin du retour, il avait décidé de répondre de manière évasive, seul moyen de se tirer de là en vie.

« Pas vraiment, ça veut dire bientôt ? »

Haussement d'épaule désinvolte. Bien, ça devrait fonctionner. Pour avoir l'air d'encore plus s'en foutre, il prit un livre au hasard sur sa table de chevet et l'ouvrit à une page au pif. Ah, L'Histoire des Cyclopes pendant la Révolution Industrielle. Bon, ça allait devoir suffire... Pourquoi est-ce qu'il avait ce truc près de son lit, au fait ? Personne ne pouvait réellement faire semblant de s'intéresser à ça !

« C'est pas une réponse, dis ! s'impatienta Kairi.

-Bah, c'est que ça vous regarde pas, en fait.

-Mais on est tes amis ! Tu peux pas nous reprocher de nous intéresser à ta vie sentimentale ! En plus, on partage tout, non ? »

Ouch, la culpabilité. Riku fit de son mieux pour garder une expression concentrée, faisant semblant de parcourir la page des yeux, mais ses épaules se tassèrent un peu sous le poids du mensonge.

« Nan, je pense pas que vous me racontiez vraiment tout, vous non plus. Puis c'est pas si important...

-Un peu quand même, marmonna Ven. Puis tu l'as rencontré où, d'abord ?

-Euh... À l'école ?

-Oui bon bah ça c'est logique, oui... C'est un première année comme nous, non ? J'connais même pas son nom, mais je l'ai déjà vu de loin.

-Il s'appelle Vanitas. »

Merde, pourquoi il se sentait embarrassé rien qu'à l'idée de pronnocer son nom ? C'était c'te situation, aussi !

« Il est gentil ? demanda naïvement Sora.

-Non. »

Il n'avait même pas eu l'idée de mentir devant l'incongruité de la question. Gentil n'était pas le qualificatif qu'il aurait employé.

« Quoi, il t'a déjà foutu un râteau ?

-Hein ? Mais non ! »

On nageait en plein délire...

« Alors pourquoi tu dis qu'il est pas gentil ?

-Parce que c'est vrai. »

Son ami pencha la tête sur le côté en signe d'interrogation. Riku soupira. Quelle plaie...

« Bon, déjà, il se moque toujours des gens, expliqua-t-il en abaissant son livre. Ou du moins, on en a l'impression, avec son sourire en coin, là, euh... Et il est agressif, je l'ai vu jeter un sort sur un fantôme, hier. Bon, le fantôme avait été malpoli aussi, c'est sûr... Il a aucune notion du danger. Et de façon générale, je l'ai jamais vu avoir un comportement vraiment gentil. Mais après tout, bon, je le connais pas depuis si longtemps que ça, en fait. »

Ah, flûte, avec ça, son mensonge fondait comme neige au soleil, non ? Ils n'allaient jamais croire qu'il passait du temps de son plein gré avec quelqu'un qu'il dépeignait si négativement...

« Aaaw, trop mignon !

-Hein ? s'étonna Riku.

-La façon dont tu parles de lui, c'est chou.

-Euh, mais, j'ai dit quoi ?

-Nan, c'est plutôt le ton de ta voix, sourit Kairi. On dirait que tu l'aimes vraiment bien. »

Riku fronça le nez, perplexe. C'est sûr, il se méfiait bien moins de Vanitas maintenant que trois jours auparavant. Ce n'était même pas déplaisant de se trouver à ses côtés, ni moins distrayant que de se trouver avec ses autres amis. Il n'y avait même pas pensé de toute la journée, aux autres, en fait.

Mais pas à ce point-là non plus ! Fallait pas exagérer... Ça allait être compliqué à démentir, une fois Halloween passé.

Riku se félicita de nouveau pour son talent à toujours se fourrer dans des pétrins improbables. Déjà enfant, commencer à côtoyer Sora et Kairi n'avait pas été une idée lumineuse. Oh, il ne regrettait pas, loin de là, néanmoins ce choix lui avait apporté pas mal de problèmes fâcheux, d'aventures dont il se serait passé, et de diverses fractures et contusions.

A croire que Riku n'aimait pas vraiment les décisions intelligents.


« Tu l'emmènes que dans des endroits glauques, aussi ! observa Axel. C'est pas comme ça qu'on fait ! »

Il s'est pas plaint, fit observer silencieusement Vanitas en gonflant les joues.

« Oui, mais du coup, il a pas dû remarquer qu'il t'intéressait ! s'exclama Xion. J'ai tort ? Evidemment que non, ah ! »

C'était la nuit, donc Xion était survoltée. Vanitas plaignait ses camarades de chambre. Oh, elle avait des somnifères pour apaiser son état handicapant d'oiseau de nuit, bien sûr. Lorsqu'elle pensait à les prendre...

C'est pas le but.

« Bien sûr que si ! »

Bon, ouais, si, en effet, mais il se voyait mal aborder la question. Ça semblait mal barré, de toute manière.

Déjà, je l'aide avec son souci et après je verrais, non ?

« Tu penses vraiment que ça va marcher ? » grimaça Axel.

De moins en moins à mesure qu'il y réfléchissait, mais ça, Riku n'avait pas besoin de le savoir.

De toute façon, Vanitas en ressortait gagnant dans tous les cas. Soit Riku parvenait à appartenir à la Lumière de nouveau, en un temps record, et il lui serait reconnaissant à vie, soit ça ne marchait pas et il se retrouvait dans sa classe l'an prochain. Il ne pouvait pas perdre, de ce point de vue.

« Plus sérieusement, Vani, reprit Xion en parlant très très vite. Axel a raison, arrête avec les champs de citrouilles et les cryptes et les cimetières ! C'est marrant mais c'est pas très propice aux rapprochements. Emmène-le au village, c'est samedi demain ! Y'a un bar à chats noirs qui a ouvert. Tu sais, pour les sorcières. Et les sorciers, évidemment. »

C'est débile. Comment ils reconnaissent les chats s'ils tous noirs ?

« Bah, y'en a qui ont des tâches, répondit Axel en haussant les épaules. Ou des tailles différentes ou des airs grincheux. J'suppose... »

Toujours débile. Y'a rien à faire dans un bar à chats.

« T'es pas sensé faire des trucs, t'es sensé boire du thé et grattouiller des chats et apprendre à connaître la personne en face de toi. A peu près. »

Xion hocha la tête vigoureusement pour approuver.

C'est foireux. Jamais j'irais.