~Guéris-moi~
Résumé : La guerre est finie, elle devrait être heureuse, elle a tout pour. Pourtant, Hermione s'enfonce dans une dépression jour après jour, sans que personne ne voit rien. Tous se laissent berner par son bon jeu d'actrice. Tous sauf un. Le dernier auquel elle s'était attendue.
Couple : DM/HG
Rating : K
Note : … Et j'ai survécu ! Arhem… … *ting ting ting* je voudrais s'il vous plaît lever ma coupe (nan j'en ai pas mais on a le droit de rêve, hein ?) à tous ceux qui ont survécu à cette abominable année pleine de « conjoncture défavorable », « croissance négative », et de « 1 point de chômage en plus, les jeunes étant les plus touchés ». Jsais, c'est pas encore officiellement la fin de la l'année... Mais j'ai eu ce mois ci beaucoup d'exemples que « génération galère » pouvait s'en sortir… Parfois… mais bon ça fait plaisir quand même ^^
Alors on s'accroche, on baisse pas les bras et on se MOTIVE ! (vi, jsais c'est dur)
RAR :
Marilyn : très heureuse que tu aies aimé! Ca me fait super plaisir que tu me dises que j'ai évité les clichés car c'est vraiment quelque chose que je voulais éviter ! et que tu aies pris le temps de me laisser une review aussi :) j'espère que la suite te plaira. bisous
4) … et cette douleur qui ne nous quitte pas.
Mardi 13 janvier
J'ai rencontré Malefoy au Magic'Bar (1) l'autre jour. Il est venu me parler. Il a fait ça si naturellement que j'en suis encore toute retournée. Et tenez vous bien… Ca m'a fait plaisir de lui parler. Vraiment.
Il avait l'air aussi paumé que moi le pauvre. Il a prétendu que la médicomagie, il avait toujours voulu faire ça. Vilain menteur. Je n'arrive plus vraiment à lui en vouloir pour ces sept dernières années. C'est certainement mieux comme ça. Le passé est le passé, ce qui est fait est fait, c'est comme ça, autant s'y faire.
Ca ne veux pas dire que je l'apprécie loin de là. Je ne le connais même pas. Mais je me suis sentie moins seule. Je n'ai pas eu besoin de coller un faux sourire sur mon visage, ni de prendre un air enthousiaste, ni de mentir. Ca fait du bien parfois d'être soi même. Donc déprimée.
Ne pas être coupable de se sentir horriblement triste alors qu'on a survécu et que d'autres sont morts.
Je ne pourrai pas parler de ça à Harry. Pas après ce qu'il a vécu. Ca m'a fait du bien de le revoir, nous n'avons pas perdu notre complicité mais ma bonne humeur et mes rires sonnent faux. J'oriente toujours la conversation sur lui. Son école le passionne assez pour qu'il parle pour deux... Non vraiment, je ne veux pas embêter Harry avec cette histoire. Il a besoin d'être heureux maintenant, pas de s'enticher d'une potiche déprimée...
Jeudi 15 janvier
Hermione se traîna vers son cours de « droit médical » avec autant de motivation que si elle allait à l'échafaud. Pendant un instant, elle se demanda si Malefoy serait là. Son cœur s'accéléra brutalement et son ventre se tordit. La jeune fille s'arrêta dans sa marche, les mains crispées sur la lanière de son sac, pour inspirer longuement.
La manière dont elle avait quitté Malefoy la dernière fois avait été plutôt curieuse et elle craignait maintenant de le rencontrer à nouveau. Hermione n'arriva pas à trouver au fond de sa mémoire si le blond avait cours avec elle ou pas.
Son angoisse grandissante –une angoisse irraisonnée et stupide elle le savait- ne faisait que grandir quand elle arriva devant la porte. Mais à sa grande surprise, ce n'était pas Malefoy mais Jade qui attendait d'entrer dans la salle parmi la vingtaine d'autres étudiants.
- Qu'est ce que tu fais là ? s'enquit Hermione, étonnée, alors que Jade, tout sourire, lui plaquait une bise sur la joue.
- Je viens en cours 'Mione, répondit son amie, malicieuse. Qu'est ce que tu voudrais que je fasse d'autre ?
- Mais… Tu n'étais pas dans mon groupe de TD !
- Je suis allé voir notre responsable d'année. Je lui ai raconté que mes horaires de boulot avait changés et que j'avais besoin de venir dans ce groupe de TD car c'était le seul créneau qui correspondait…
Hermione lui jeta un regard étonné. Elle serait toujours surprise du culot et du je-m'en-foutisme de son amie. Partagée entre l'envie de la réprimander et de rire, elle choisit finalement la deuxième solution.
- Mais tes horaires n'ont pas changé alors pourquoi…
- Pour être avec toi, espèce de veracrasse, s'agaça Jade en levant les yeux au ciel.
- Oh…
Le cœur d'Hermione manqua un battement. Consciente de sa gêne, Jade se mit à jacasser de tout et de rien. Elle avait vu que son amie n'était pas bien en ce moment. Elle ne la connaissait pas encore assez bien pour trouver ce dont il s'agissait mais elle essayait de s'impliquer autant qu'elle le pouvait.
Pendant que Jade bavassait, Hermione se mordit les lèvres. Et voilà qu'elle avait envie de pleurer. Jade était vraiment adorable avec elle. Elle n'avait jamais été très douée pour se faire des amis. La jeune fille était venue vers elle spontanément, pour lui demander si elle savait où se trouvait une salle. Et quand on passe une heure et dix minutes à tourner dans toute la fac à la recherche de la pièce A2 345 B, forcément, ça rapproche. Jade était le type de fille que tout le monde aimerait avoir comme amie. Ouverte, attentive, spontanée, amusante.
Elle s'était d'ailleurs fait d'autres amis et amies dans leur promo, pas comme Hermione qui savait qu'ils parlaient derrière son dos dès qu'elle était suffisamment éloignée. Le statut d'héroïne de guerre et de meilleure amie du Survivant, c'était dur à porter parfois. Elle préférait rester seule, loin de l'hypocrisie ambiante.
Au fil de leurs discussions au Magic'Bar, Hermione avait raconté à Jade tout ce qu'il lui était arrivé à Poudlard, sans pudeur, sans faux semblants. Et Jade lui avait dit aussi. Ces années à Salem, son statut de fille populaire, la découverte de la face cachée de la médaille, cette grande désillusion de n'avoir jamais vraiment eu d'amis finalement. Son père absent, sa mère malheureuse, sa déception d'être restée fille unique. Et cet événement dramatique, qu'il l'avait poussée à partir brusquement en Angleterre.
Hermione n'avait pas présenté Jade à ses amis. Elle leur en parlait mais n'avait pas envie qu'ils se rencontrent. Comme si l'ancienne Gryffondor voulait la garder pour elle seule. Jade était une partie de la nouvelle Hermione, de sa nouvelle vie, de sa nouvelle manière de voir les choses et elle n'avait pas envie de partager ça avec quiconque.
- Page 223 ! siffla Jade en lui donnant un coup de coude.
Hermione sursauta en se rendant compte qu'elles étaient allé s'asseoir et avaient sorti leurs affaires sans qu'elle s'en rende compte.
Les deux filles travaillèrent donc pendant leur heure de cours, s'échangeant des remarques, des petites blagues parfois et Hermione constata qu'elle arrivait beaucoup mieux à bosser avec son amie à ses côtés pour la motiver. Le cours passa vite puis leur professeur passa entre les rangées pour distribuer des copies de devoirs maison.
- Bien. Maintenant que je vous ai rendu vos devoirs, j'aimerais parler des examens du deuxième semestre…
Mais Hermione n'écoutait déjà plus. Stupéfaite, elle fixait le devoir qu'on venait de lui remettre et sur lequel trônait un grand P dessiné au feutre rouge. Elle feuilleta rapidement les parchemins, sous le choc. De très nombreuses annotations avaient été faites.
- Mione, on y va ? Ou tu comptes rester là toute la soirée ? lui demanda Jade, qui avait déjà rassemblé ses affaires.
- Je… J'arrive… Oui, oui… Je viens… bafouilla la jeune sorcière, en rangeant rapidement son devoir dans son sac.
- Ca va pas ? demanda Jade, en jetant un coup d'œil suspect à son amie.
- C'est juste que… Un Piètre… C'est bête… Mais j'en avais jamais eus, tu vois…
Hermione rangea ses affaires sans même s'en rendre compte et sorti de la salle avec Jade. Elles discutèrent de la fameuse note tout en rejoignant la sortie du bâtiment, là où il était possible de transplaner.
- Ne t'en fais pas pour ça, l'avait rassurée Jade. Tu es hum… Déprimée en ce moment. Et puis, tu crois pas qu'après avoir passé 7 ans… Non, pardon, 15 ans si on compte la maternelle, à avoir des super notes, t'as le droit de te reposer ?
Hermione avait doucement hoché la tête, elles étaient arrivées à ce moment là devant les portes de l'aile consacrée aux Potions de l'Ecole. Jade se tourna soudainement vers son amie et prit ses mains dans les siennes.
- Mione, je t'en supplie, ne te ronges pas les sangs avec ça. Tu sais, toutes les plus grandes personnalités ont déjà eu un Piètre au moins une fois dans leur vie, ajouta-t-elle en roulant des yeux. On leur a jamais ressorti ça au cours de leur carrière en leur disant : « Ah mais vous avez un seul P en première année ! On peut pas vous prendre désolé ! ». Tu te rattraperas la prochaine fois, d'acc ? On bossera toutes les deux si tu veux. Et dès que tu lèveras les yeux de tes bouquins, je te frapperai avec ma règle. Tu sais, celle en métal ?
- Je ne suis pas sûre que m'assommer soit la meilleure manière de me faire réussir un devoir, se moqua Hermione.
- A grand maux, grand remède ! déclama Jade.
Les deux amies pouffèrent de rire et Jade, heureuse d'avoir remonté le moral de son amie, se dépêcha de sortir du bâtiment. Elle travaillait dans un café en dehors de la fac et prenait son service dans un petit quart d'heure. Son patron était sans pitié sur les retards et elle avait besoin de cet argent pour payer son loyer alors il ne fallait pas traîner.
- N'hésite pas à m'appeler ce soir si t'as pas le moral ! ajouta Jade avant de transplaner. Même si je suis sûre que Ron saura te réconforter comme il se doit…
Elle lui adressa un clin d'œil amusé et Hermione, rouge comme une pivoine, lui tira la langue. Un petit pincement au coeur lui rappela que Ron ne risquait pas de la réconforter, et certainement pas ce soir, vu qu'il n'avait pas pris la peine de transplaner juste pour 5 petites minutes pour la voir cette semaine... Mais devant les efforts de Jade, Hermione fit bonne figure.
- Allez file, tu commences à plus pouvoir te passer de moi, c'est pénible ! répliqua Hermione, sourire aux lèvres.
Une fois que Jade eu disparu, la jeune sorcière se sentit tout à coup affreusement seule. Ginny était à Poudlard, Ron à l'étranger pour son stage de perfectionnement, ses parents en vacances, Harry en cours de DCFM. Elle n'avait pas envie de retrouver son minuscule studio qui la ferait déprimer encore plus.
Hermione se demanda ce qu'elle allait bien pouvoir faire. Un ciné ? non pas toute seule. Lecture ? non pas envie. Et après... Après elle ne voyait pas. Hermione se demanda un instant comment ses études avaient pris une telle importance dans sa vie pour que cette obsession une fois disparue, il ne lui reste plus rien. Rien du tout, aucune passion, aucune activité. Sa vie était aussi plate que les cruches qui épluchaient la vie des stars pour vivre à travers elles... Perdue dans ses pensées, Hermione avançait dans les couloirs de l'Ecole, sans trop savoir où aller, ni que faire. Et puis tout à coup, elle craqua.
Hermione venait de prendre conscience de l'absolu ridicule de sa situation. Elle n'avait pas travaillé ce devoir et maintenant que la note était tombée, elle se sentait aussi nulle que le jour où… Non en fait, elle ne voyait pas. Elle cherchait désespérément de la compagnie, pour éviter de penser à sa propre déprime. C'était elle, Hermione Granger, combattante auprès d'Harry Potter, qui déambulait dans les couloirs sans but.
Les larmes dévalèrent ses joues sans qu'elle s'en rende compte et la douleur l'obligea à se plier en deux. Hermione se laissa doucement glisser sur le sol. Elle voulait que cette douleur, cette douleur qui ne la quittait plus, s'en aille, par tous les moyens. Elle voulait que la honte et la pitié qu'elle même s'inspirait arrêtent de lui faire tout ce mal. Hermione voulait redevenir quelqu'un, pas rester cette loque qui fondait en larmes pour n'importe quel prétexte...
...
Drago venait de terminer son TD et se dit qu'il allait peut être draguer les deuxièmes années de médicomagie. Il se sentait d'humeur aujourd'hui. Blaise et sa mère lui avaient mis un coup de pied au cul, il était parti ! Ca y est ! Adieu la déprime, bonjour les filles ! C'était globalement son raisonnement…
Du moins le pensait-il lorsqu'il vit, seule dans les couloirs, une fille frêle et agitée de sanglots. Il eu conscience que c'était Granger avant de l'identifier réellement. Drago hésita un instant, ne sachant que faire. Peut être pourrait-il tourner les talons en faisant mine de n'avoir rien vu. C'est en tout cas la première idée qui lui vint à l'esprit.
Pourtant, il s'approcha d'un pas mal assuré, comme aimanté par la jeune fille. Drago se racla la gorge mais comme il n'obtient aucune réaction, il se décida à s'agenouiller auprès de l'ancienne Gryffondor.
- Granger mais qu'est ce que tu fous ?
Elle était en larmes. Tout son corps tremblait comme une feuille, elle avait l'air tellement vulnérable que l'ancien Serpentard en resta figé. Ses mains serraient tellement fort les lanières de son sac que ses jointures en étaient blanches. Il ne l'avait jamais vue ainsi. Il se dégageait une telle détresse, un tel sentiment de souffrance de tout ce petit corps qui tremblait que Draco lui demanda bêtement si elle avait mal quelque part.
- Laisse moi ! eu le courage de s'écrier Hermione, d'une petite voix aigue.
- Quoi pleurer toutes les larmes de ton corps devant notre promo ? répliqua Drago, sarcastique malgré lui.
Hermione ne répondit pas, tentant de se calmer comme elle pouvait. Il fallait qu'elle se reprenne. Il fallait qu'elle arrête de se rendre ridicule, un dans sa propre fac, deux devant son pire ennemi, trois… pour elle-même. Inspirant un grand coup, Hermione passa une main vigoureuse sur ses yeux pour sécher ses larmes, s'appuya au mur et se releva lentement, en tremblant…
- Ca suffit Granger, je vais te ramener chez toi…
Drago savait bien que de nombreux élèves finissaient leurs cours à 17h30. Il avait essayé de se tenir à l'écart, n'aidant pas Hermione car il connaissait sa fierté. Mais là, ça devenait urgent. La jeune fille ne semblait pas savoir que le campus était un monde aussi voir plus cruel que Poudlard. S'il la laissait là, à la vue de tous, sa réputation serait finie dès le lendemain. Elle ne serait plus qu'Hermione Granger la cinglée, qui piquait une crise de larmes dans les couloirs.
Drago prit alors une décision que jamais auparavant il n'aurait faite et souleva Hermione de terre pour la prendre dans ses bras. Elle était plus légère qu'il ne le pensait. La jeune femme laissa échapper un hoquet de surprise.
- Granger, donne moi ton adresse vite !
- Va te faire voir, pervers ! répondit agressivement l'ancienne Gryffondor.
- Quelle jeune fille tout à fait charmante...
Drago fila à travers les couloirs pour sortir du bâtiment et transplaner. Heureusement ils ne croisèrent personne… La rumeur aurait été encore bien pire qu'une Granger cinglée. Une fois dehors, il transplana chez lui, dans son appartement du centre le Londres. Aussitôt arrivé, il déposa Hermione par terre. Elle ne tenait pas bien sur ses jambes et Drago fut obligé de l'attraper par les épaules pour la secouer.
- Merlin ! Mais dis moi ce qui t'arrives ! Granger !
Hermione restait tête basse, le visage caché par une cascade de cheveux bruns, et recommença à sangloter. Drago, impatient, lâcha ses épaules pour la prendre sous le menton et la forcer à relever la tête. Ce qu'il vit le cloua sur place.
Des larmes scintillantes coulaient le long de son visage dont les joues rosissaient légèrement. Ses lèvres tremblotaient comme si elle avait froid, ou peur. Mais le pire, c'étaient ses yeux. Draco se souvenait les avoir toujours vus soit pétillants de vie, soit lançant des éclairs. Il connaissait bien les yeux d'Hermione pour y avoir souvent fait face. Ils étaient d'une chaude couleur noisette, pailletés d'éclats dorés qui brillaient lorsqu'il y avait du soleil. L'extrémité de ses iris ne tendaient plus vers le marron mais se dégradaient tout doucement dans un mélange de bleu, de gris et même de vert…
Mais là… Là il ne voyait qu'une douleur sourde... Drago, stupéfait par cette découverte, se recula de plusieurs pas. Hermione abaissa la tête.
- Viens t'asseoir, je vais te faire un truc à manger, prononça-t-il difficilement, comme si être gentil était une épreuve particulièrement difficile.
Il vit qu'Hermione ne bougeait pas, lâcha un soupir exaspéré. Il prit la jeune femme par la main et l'amena jusqu'à son large canapé de cuir blanc puis s'éclipsa pour revenir avec une couverture chaude qu'il passa autour des épaules de Granger. Puis, il s'attela en cuisine, se flattant de pouvoir la surveiller en même temps.
- N'inonde pas ce canap' de larmes Granger, il m'a coûté plus de Gallions que t'en auras jamais sur ton compte à Gringotts…
Mais elle restait emmitouflée dans sa couverture, fixant le vide, sans bouger. Vingt minutes plus tard, il posait une assiette de poulet au curry sur la table basse. La cuisine était l'une de ses nouvelles lubies. Autant en faire profiter quelqu'un pour une fois. Drago se redressa et contempla un instant la jeune fille au visage crispé par la douleur. Il ne savait pas quoi faire. Il était partagé entre l'envie de la gifler et l'envie de la bercer pour qu'elle s'endorme car il savait comment elle avait mal. C'est le premier penchant qui repris le dessus. Il restait un Malefoy après tout.
- Coopère un peu, Granger. Je vais pas te donner la becquetée comme à un gosse !
- Ça sera pas utile, répliqua Hermione d'une voix froide et sèche.
Il eu l'impression qu'elle avait usé ses dernières forces pour lui répondre mais c'était déjà un signe encourageant. Il fit mine de repartir vers la cuisine en gardant un œil sur Hermione et vit qu'elle avait pris l'assiette et picorait sans enthousiasme. Puis, au bout d'un moment, il crut déceler un changement et Hermione porta enfin une fourchette pleine à ses lèvres.
Drago l'observa encore, fasciné. Où était Granger ? Où était-elle passé ? Qui était cette pâle copie de la gamine qui se promenait dans les couloirs de Poudlard, l'air fier et bravache avec ses deux imbéciles d'amis, comme si la terre était à eux, se fichant de tout, passant au dessus des moqueries des autres, parce qu'elle estimait qu'elle valait plus que ça… Et maintenant, elle arrivait à peine à se nourrir. Granger était pitoyable. Déplorable. Drago savait aussi que c'était à cela qu'il ressemblait parfois, lui aussi. Son ego en prit un coup et, brusquement, il se dirigea vers la jeune fille et s'assit sur la table basse.
- Bon… Qu'est ce que je peux faire pour toi ?
Granger releva les yeux, un peu surprise. Elle n'était pas jolie comme ça. Son air était chiffonné, ses cheveux défaits, sa peau pâlotte.
- Rien. Rien, ça va… répondit-elle doucement.
- Oui, je constate, répondit-il en levant les yeux au ciel. Ecoute Granger, tu t'effondres dans les couloirs pour pleurer toutes les larmes de ton corps si ça t'amuses mais à partir du moment où tu fais ça chez moi, je pense que je suis un peu impliqué.
- Je… Je ne veux pas t'embêter…
Voir Granger lui répondre sur cet air de femme soumise acheva de briser les dernières barrières du jeune homme.
- Ca ne m'embêtes pas, répondit Drago en tentant de rester calme, au prix d'un suprême effort pour ne pas la gifler. Ce qui m'emmerde c'est que tu te braques comme ça ! J'ai… J'ai l'impression que tu me considères toujours comme ce gamin débile qui t'insultait à Poudlard pour avoir ce serait-ce qu'une marque d'affection de son monstre de père !
Il avait presque hurlé ces dernières paroles, excédé. Draco passa la main sur son visage et s'éloigna du canapé, sur lequel Hermione le regardait d'une manière curieuse. Il savait qu'il risquait peut être de faire une erreur en la ramenant chez lui. Mais que pouvait-il faire d'autre ? Le sorcier se posta devant la baie vitrée et tenta de calmer l'agitation qui s'était emparée de lui. Il n'avait pas l'habitude de… ça. D'aider les gens. Trouver les mots justes. Réconforter. C'était pour les nanas ce genre de trucs. Ca le mettait trop mal à l'aise.
- Je suis désolée, murmura Hermione derrière son dos. Je vais partir…
- Non, c'est bon Granger, lâcha Drago sans la regarder. Tu peux rester.
Il se dirigea vers la cuisine et mangea à son tour, en faisant semblant de lire la Gazette, alors que son esprit était en plein débat intérieur. Quand il revint dans le salon, Hermione dormait. Drago poussa un soupir, résistant à l'envie de la flanquer dehors et alla prendre sa douche. La journée l'avait épuisé mais il ne voulait pas que Granger fasse une bêtise, et encore moins chez lui. Si jamais elle décidait de se jeter par la baie vitrée, il aurait des problèmes et c'était la dernière chose dont Drago avait envie.
Il alla donc se coucher mais se réveilla régulièrement et allait voir si Granger dormait toujours. Vers cinq heures du matin, troublé par la vision de la fille qu'il avait détestée pendant 7 ans prostrée sur son canapé, il eu soudain une idée. Drago attrapa une plume et un parchemin qu'il noircit rapidement. Il se relut, hésita un instant, puis appela l'un de ses hiboux. Il ne cacheta pas la lettre et ne la signa pas et pendant quelques secondes, il regarda son Grand Duc voler dans la nuit, se demandant s'il avait bien fait.
« - C'est le boulot d'une psychomage, qu'est ce que tu veux faire d'autre ? » s'agaça sa voix intérieure.
vendredi 16 janvier
Granger a dormi chez moi. … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … … ….
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...
Je vais répéter ça tout haut jusqu'à que je m'y soit fait. Granger a dormi chez moi. Ça aurait pu être l'objet d'une bonne blague mais c'est la réalité. Qu'est ce qui m'a pris allez vous dire ? Je suis censé la détester ? Ca serait mentir. J'ai détesté ce que représentait Granger, pas Granger en elle même. Je ne la connais pas.
Et maintenant, je peux choisir librement de la détester... Ou pas...
En fait quand je l'ai vue là, avec toute cette détresse qui émanait d'un si petit corps… Je ne me suis jamais senti plus proche de quelqu'un qu'à ce moment. Je savais qu'elle ressentait la même chose que moi pour l'avoir enduré si souvent ces derniers temps. Ces poignards invisibles qui vous transpercent le cœur, vous empêchant presque de respirer, ce sentiment de désespoir, de n'être plus rien, ce dégoût de vous même qui vous lamine pendant des heures...
Elle m'a fait pitié. Elle était recroquevillée comme une gamine, elle était moche, agaçante, désespérante... Granger était humaine. Définitivement plus humaine qu'à Poudlard. Je sais qu'elle n'a pas choisi de me montrer des blessures dont elle ignore le nom, de paraître si faible alors qu'elle s'attendait à ne jamais être aussi forte, de se faire attaquer par cette douleur qui ne nous quitte plus alors qu'on pensait avoir définitivement remisé douleur et peine de notre vocabulaire.
Je me trahis. "Nous". Il n'y a jamais eu de nous. Ni chez les Malefoy, ni chez les Serpentards. Et pourtant, je sens que ça nous rapproche.
Je suis comme ça aussi. ... Je suis comme elle.
C'est pour ça que je l'ai accueillie chez moi. Si deux personnes dans la même détresse ne sont pas foutues de se tendre la main… J'ai repensé à la fois où Potter m'avait surpris dans les toilettes de Mimi Geignarde, en sixième année. Peut être que si on me l'avait tendue, cette fichue main, tout aurait pu être différent.
Et puis ça ne m'engage à rien. La preuve, quand j'ai enfin émergé de mon sommeil perturbé, elle était partie. J'ai retrouvé la couverture impeccablement pliée au pied du lit, un petit déjeuner prêt à être réchauffé et un mot, griffonné à la va-vite et apparamment d'une main tremblante. « Merci ». Comme quoi Granger restait encore elle-même quelque part.
Mais ça m'intriguait. Je n'ai pas arrêté d'y penser. Pourquoi une fille comme Granger, qui avait tout pour être heureuse, était tombée dans cette spirale infernale ? … Pourquoi ?
Drago leva sa plume en entendant la porte d'entrée claquer. Il glissa son carnet sous le canapé et se leva en soupirant, prêt à faire face à son meilleur ami. A qui il serait peut être temps d'apprendre la politesse… Le métisse fit un petit signe de tête à Drago et leva son bras droit, pour lui montrer une bouteille portant des inscriptions dans une langue qu'il ne connaissait pas.
- Salut vieux. T'as une meilleure tronche, s'amusa Blaise. Je t'ai ramené du Chianti, du vin italien. Je tiens à préciser qu'au prix de la bouteille, j'aimerai que tu te bourres pas la gueule avec.
Drago faillit sourire. Il prit la bouteille des mains de Blaise et la posa sur la table, tout de même touché par ce geste.
- Des bouteilles à mille gallions, j'en ai plein ma cave perso, répliqua le blond en arquant un sourcil dans son meilleur style hautain.
Blaise éclata franchement de rire. Si son meilleur pote avait retrouvé son humour grinçant, c'est qu'il était sur la bonne voie.
- J'en doute pas, j'en doute, se moqua ouvertement le métisse. Alors quoi de neuf ? Ca va ?
Drago demanda avant à Blaise s'il voulait se faire une bouffe entre homme et ensuite écouter la retransmission d'un match de Quidditch à la radio et son ami ayant accepté, il se mit aux fourneaux. Blaise se servit dans les placards -il connaissait bien l'appartement- pour leur trouver de quoi prendre l'apéro. A sa grande surprise, il trouva des chips, aliment moldu donc, et ils commencèrent à s'empiffrer en buvant de la Bierraubeurre. Drago arrivait en même temps à cuisiner, ce qui pour un homme, relevait du miracle. Et il répondit enfin à la question de Blaise, anodine pour 99% des gens mais redoutée par beaucoup d'autres.
- Bien, bien. Je me suis remis à la boxe, je suis allé voir ma mère trois fois cette semaine, j'ai réussi à faire un gâteau au chocolat. Et mon devoir de potions... Ca va.
- Cool. Alors comment va Narcissa ?
- Son état est stable mais je pense qu'elle a besoin de temps, c'est tout. Et toi alors ? C'est comment l'Italie ?
Blaise se lança dans un monologue enflammé sur les beautés du pays, regrettant que le mois de janvier ne soit pas plus approprié à la drague. Blaise était un séducteur mais c'était avant tout le goût du jeu qui l'amusait. Cela lui arrivait de simplement flirter sans jamais aller jusqu'au bout. Ca faisait partie de se personnalité et c'était bénéfique pour sa réputation. Il avait réussi le tour de main de se faire qualifier ni de connard ni de don juan, de courreur de jupons cela arrivait effectivement. Il était juste Blaise, le mec inaccessible et jouait sans cesse là dessus. Une remarque du métisse sur une jolie petite brune qu'il avait repérée fit soudain émerger une envie irrépréssible à Drago... Il pesa un instant le pour et le contre puis décida de se lâcher.
- Tu te souviens de Granger ? demanda alors Drago, à brûle pourpoint.
- Granger ? Hermione Granger ? Le rat de bibliothèque de Poudlard ? répondit Blaise, sourcils froncés, après un moment d'hésitation.
- Elle même. Elle est dans ma promo.
- Ouais, je sais, tu me l'as déjà dit…
- Je crois qu'elle aussi… Elle… Elle est comme ça.
Blaise cligna des yeux sans comprendre puis il rencontra le visage froid et fermé de son ami.
- Ah comme toi ! s'exclama-t-il au bout d'un moment. Qu'est ce qu'il te fait dire ça ? C'est une héroïne de guerre, elle peut enfin s'envoyer en l'air avec son Weasley alors pourquoi…
- Je l'ai vu, coupa Drago d'un ton sans appel. Et je me demande même comment je l'ai pas remarqué avant. Elle se promène sans aucun bouquin à la fac…
- Ah oui, effectivement, ça va mal, ricana Blaise.
Il étouffa son hilarité après l'œillade meurtrière de Drago.
- Et alors ? Je vois pas où tu veux en venir. Tu vas aller lui taper la causette pour ça ?
- Je l'ai déjà fait. On a bu un verre ensemble.
Blaise manqua de s'étouffer avec sa Bierraubeurre. Il toussa pendant un moment, Drago lui mettant de grandes claques dans le dos, puis secoua la tête, l'air incrédule.
- Drago, tu dis ça comme si c'était normal de picoler avec Hermione Granger !
- Sur le coup ça m'a paru normal. A elle aussi.
- Super, vous êtes faits pour être ensemble alors ! soupira le métisse en levant les yeux au ciel. Aussi cinglé l'un que l'autre !
Blaise s'étonna un peu de cette révélation mais après tout pourquoi pas... Ils avaient suffisamment été brimés pendant leur enfance et adolescence pour avoir envie de faire ce qu'il leur passait pas la tête sans songer aux conséquences... Comme son tour du monde par exemple. Alors Granger... Pourquoi pas ? Il eu peur un instant, vu que Drago et elle étaient dans la même situation d'après ce qu'il prétendait, que ces deux là se tirent mutuellement vers le bas. A en juger l'expression du visage de son ami, très pensif, il se dit que ce n'était peut être pas une mauvaise chose.
Mais il comprenait ce qu'il se tramait dans le cerveau de son ami. Granger, Sang de Bourbe, lui, Sang Pur et gnagnagna... Des idées qu'il ne partageait pas -enfin pas toutes, ça serait mentir car Blaise n'envisageait pas de se marier avec quelqu'un d'autre qu'une riche héritière- et il pensait que Drago s'en était plus ou moins affranchi...
- Tu crois que je fais bien ? Je veux dire...
Ou peut être pas...
- C'est bon, laisse toi vivre un peu, coupa Blaise. Ton cinglé de père est plus là pour te commander, t'es pas obligé de rester coincé dans ton rôle d'héritier pourri jusqu'à la moelle, infecte et raciste non ?
- C'est ce que je suis, Zabini !
- Arrêtes de dire des conneries. C'est ce qu'on t'as formé à être. Tu peux être ce que tu veux maintenant. Alors ne te cherches plus d'excuses et sois juste… Toi…
- Putain Blaise, tu comprends pas ! J'ai aucune idée de qui je suis ! Tu viens de le dire, on m'a formaté, éduqué, je n'ai jamais eu aucune liberté de pensée ! Je… Je suis complètement paumé maintenant !
- C'est ça la vie. Essaie, tente. Tu vas te prendre des mandales dans la gueule, avoir des bonnes surprise mais c'est comme ça que ça marche dans la vraie vie… Allez je file, j'ai rencard avec une belle italienne.
- Bonne chance, répondit Drago en lui adressant un clin d'œil, pas du tout rancunier sur la manière dont il avait mis fin à la conversation.
Il savait ce que Blaise voulait lui dire de cette manière : d'arrêter de se regarder le nombril, de continuer, d'avancer, parce qu'il le fallait.
- J'en ai pas besoin, tu le sais bien, rit le métisse avant de transplaner.
Drago resta longtemps à songer quand Blaise fut parti. Oui, il allait se prendre en main. Il allait montrer aux autres ce que Drago Malefoy pouvait faire. Il allait montrer que même en ayant plus rien, il pouvait remonter la pente. Qu'il était quelqu'un de doué avant d'être "le fils de". Il allait...
Tout à coup, ses belles résolutions fléchirent aussi vite qu'elles s'étaient imposées à son esprit.
Son regard dévia lentement sur le canapé. Ce même canapé sur lequel Granger avait dormi. Drago sentit son ventre se nouer. Quand il s'était occupé d'elle –enfin occupé était un bien grand mot- il avait oublié ses soucis. C'était l'une des premières fois qu'il s'occupait de quelqu'un… Et non de lui même. Et avec horreur, il se rendait compte que ça procurait une sensation bien agréable…
Puis la réalité le frappa : il avait besoin de quelqu'un, qu'il n'y arriverait pas seul. Oui, il avait besoin de quelqu'un qui croit en lui, pour une fois… Drago massa doucement ses tempes. Il se sentait fiévreux, presque nauséeux. L'agitation intérieure qu'il ressentait s'était à nouveau manifestée.
Il avait besoin de Granger. Ils s'étaient vus trois fois et voilà qu'elle s'était sans le vouloir imposée dans son monde. C'était un constat assez terrible pour lui.
(1) oui c'est le seul nom que j'ai trouvé pour le bar mais si quelqu'un a mieux, j'attends des suggestions !
Voilà donc encore un chapitre plein de déprime mais ça les rapproches alors on se plaint pas :p Draco est pas forcément très sympa avec Hermione mais je voulais pas changer son caractère trop radicalement non plus !
J'espère que vous avez aimé sinon j'attends des critiques histoire de m'améliorer, vous pouvez tout me dire ! Jsuis pas susceptible, juré ! Et le prochain chapitre... heuuu... jpeux vrt rien promettre :s tte le scénario de cette fic est encore très flou donc j'avance vrt au fur et à mesure...
Bon courage à ceux qui ont des exams, des concours, des entretiens d'embauche et tout et tout...
bisous za toutes,
Morgane 2 toi
