PARTIE II
Chapitre 8 : Toute connaissance se mérite
Sirius était toujours sur le choc de la demande de Lily. Il resta quelques temps abasourdi sur le sofa inconfortable du salon qui commençait à se pourrir, la bouche légèrement ouverte. Ce n'était pas possible. Tout bonnement impossible.
Revenir dans ce vieux manoir pour raison de sécurité était une chose, mais se plonger dans des recherches sur la magie noire était inconcevable. Il avait jusque là étudier à se défendre contre elle ce qui impliquait bien sûr avoir déjà eut affaire à elle. Après tout, quand on né Black, difficile d'y échapper. Mais c'est bien pour cette raison qu'il avait décidé de ne jamais — oh ! grand jamais — l'étudier ! Quant à la pratiquer, l'idée était tout simplement risible !
Sa famille avait beau avoir été mordue de magie noire, il devait lui reconnaître le mérite de ne pas avoir chercher à la lui faire pratiquer.
Sa mère lui avait bien appris à lire sur des livres de magie noire, et son tuteur s'était employé à lui faire apprendre des incantations en guise de poème, mais jamais ils n'avaient forcé leur fils à pratiquer cet art… Sans doute parce qu'ils ne l'en jugeaient pas dignes, se dit-il plus sérieusement.
Regulus y avait sans doute eut droit, lui.
En ressassant ces vieux souvenirs, il monta de manière presque machinale vers la bibliothèque familiale. Là où il avait réalisé ce qu'était la famille Black. Il se demanda comment sa mère réagirait si elle voyait qu'il y mettait finalement les pieds, de son plein gré.
De l'extérieur, cette pièce ne passait pour rien d'autre qu'une simple pièce du grand manoir : il en était de même pour la plupart des bibliothèques familiales des longues lignées de sorciers. Mais Sirius se souvenait de son volume.
Il s'attendait à pouvoir profiter de la vue de l'espace de la pièce en ouvrant la porte mais elle était aussi sombre que pouvait l'être une nuit, la lumière du couloir refusant d'y pénétrer. Il se souvint alors qu'il avait autrefois posé la question à sa mère puis son tuteur...
« Toute connaissance se mérite. Il faut savoir s'en montrer digne, Sirius. »
La pièce ne sentait pas le pourris, contrairement à ce que Sirius s'était imaginé mais l'odeur des vieux parchemins et celles de roses démoniaques montaient à ses narines réveillant son enfance. Ses mains le guidèrent machinalement vers le chandelier à sa gauche.
Il aurait aimé regarder avec sa curiosité d'enfant la pièce, mais le cercle de lumière que formait le chandelier ne lui permettait qu'un faible rayon de vision.
La pièce n'était pas aussi grande que dans ses souvenirs ; mais devait bien renfermer autant de livre que celles de Poudlard. Elle était divisée en trois larges rangées de livres, sachant qu'une devait occuper 20 mètre et Sirius savait que d'autres étagères étaient cachées dans les murs.
Il se souvenait que quelques rangées plus loin étaient disposées les deux grandes tables. C'était sur elles que Sirius avait fait ses premiers pas en tant que Black, et derniers, songea-t-il férocement.
Les livres étaient classés avec minutie et Sirius savait qu'il était impossible de ne pas ranger un livre à sa place.
Ce n'était pas faute d'avoir essayer, se rappela-t-il.
Les deux tables se trouvaient exactement là où il les avait laissées. C'était ici qu'il avait appris à lire. Dans cette pièce si sombre, avec pour seule compagnie son manuel d'histoire de la magie noire débutante, de faible rayon de lumière et sa mère ou son tuteur.
Une véritable torture mentale. Il se souvenait encore de l'emplacement de ce maudit livre et de chaque ligne qu'il avait lut. Là, il avait su discerner le bien du mal. Il s'était forgé son propre opinion en ouvrant la fenêtre de sa chambre. Pourquoi la magie noire ne proposait-elle pas d'embellir les choses comme ses fleurs qui poussaient difficilement ? Pourquoi rajouter du noir dans un pays déjà si sombre ? N'y avait-il pas autre chose ? Il avait rapidement trouvé des réponses en la personne de sa cousine Andromeda.
Un livre était resté sur la table. Il était encore ouvert, de nombreux parchemins, une plume et un encrier à ses côtés. L'encre était sec mais les parchemins comme le livre n'étaient pas recouvert de poussière.
La curiosité de Sirius fit place à l'une des plus grandes excitations de sa vie. Il n'eut aucun mal à reconnaître l'écriture et étudia sérieusement les parchemins — ou plus vraisemblablement l'essai remarquable — comme le livre.
Peter avait toujours eut du mal à interpréter les faits. A y trouver des liens de causalités. Tout le monde s'accordait à dire que c'était le signe d'une certaine idiotie, mais comme quoi, même le plus idiot d'une bande peut se faire un nom chez les mangemorts.
Voldemort avait réussi à en faire un mangemort précieux.
Il avait tout de suite sentie qu'il était important de lui montrer l'importance qu'il aurait auprès de lui, de lui faire des promesses de grandeurs, mais surtout de le mettre en confiance. De lui assurer qu'il était dans le camp des vainqueurs, que plus rien ne servait de s'opposer à lui.
Rien de sorcier pour le Seigneur des Ténébres, et Peter le servirait fidèlement.
Les compliments subliminaux du Seigneur des Ténèbres ne tardèrent pas à étourdir de reconnaissance Peter.
Il avait finit lui-même par se convaincre qu'il n'était pas si idiot qu'on avait voulu lui faire croire.
Il se prosternait religieusement devant Voldemort lorsqu'il lui fit part des conclusions de son rapport. Ce dernier émit dans un premier temps de gros doutes lorsqu'il les entendit.
Il insista pour visionner la scène. Peter aimait cette attention, il se sentait alors si particulier, si utile. Plus qu'il ne l'avait jamais été. Dans ses moments, il ne doutait pas qu'un jour il serait un mangemort craint, redouté, renommé. Et il aimait ce rêve.
Il ne pensait plus à ses amis, les considérant alors comme des ennemis. Des nuisibles, comme il aimait les appeler parfois dans ses pensées les plus sombres.
Ou, pour se donner une conscience légère, il se disait que ses amis seraient heureux de le voir épanoui, et encore plus sachant qu'ils y participaient.
Lorsqu'ils ne seront plus de ce monde, qu'ils comprendront ce qui s'était passé, ils seront content voire fier de lui.
Un pour tous.
C'est ce que Lily se plaisait à dire lorsqu'elle les voyaient préparer une escapade pour Remus. Et bien dans cette période, le Remus était lui.
Moi aussi, j'ai droit à ma part de bonheur. Vous me le devez.
Les proches de Voldemort restaient dubitatifs...
Voldemort leur avait demandé de mettre en place une investigation de premier ordre.
La certitude l'emporta finalement légèrement sur le doute, et Voldemort jugea que cela suffisait : « dans tous les cas, il y aura de quoi faire ».
Ils passèrent à l'action : ils capturèrent Remus Lupin.
Remus n'avait plus de baguette, sa robe était fendue, déchirée.
Son torse luisait à la lumière de la demi-lune, ses cicatrices et sa sueur projetaient d'étranges reflets sur les arbres environnants.
Il était ensanglanté, les cernes lourds, il tentait en vain de se débattre, alors qu'un mangemort se tenait derrière lui et l'agrippait au niveau des épaules. Quelques coups plus tard, Remus, à moitié évanoui, crachait du sang à genoux.
Une lueur de folie brilla dans ses yeux et il tenta de rendre les coups à ses assaillants mais les mangemorts réagirent plus vite et le rouèrent de coups, en éclatant de rire devant la folie et la lenteur du loup-garou.
- Silence !
Les mangemorts s'écartèrent aussitôt, et formèrent un demi-cercle derrière Remus. Il n'eut pas besoin de lever les yeux pour savoir à qui appartenait cette voix. Des larmes d'impuissance vinrent se mêler à celle de sa douleur.
Son dos le faisait souffrir mais cette douleur n'était plus qu'une donnée dans un coin de son esprit, une donnée secondaire. Il se tenait droit, écarta d'un revers de bras les larmes qui lui brouillaient la vue.
Les Maraudeurs. Les Potter. Dumbledore. Furent les dernières pensées qu'il s'autorisa avant de fermer son esprit. Concentré à l'idée de faire face à la Mort.
Il ne disait rien. Il était accompagné d'une femme et d'un homme, tous deux étaient encapuchonnés en plus d'être cagoulés, ils donnaient l'impression de n'être que deux ombres aux côtés de leur Maître.
Toujours sonné, Remus ne les avaient même pas vu. Il n'accordait son attention qu'à Voldemort qui se tenait devant lui, se disant qu'il mourrait en le regardant dans les yeux.
- Dis-moi ce que je veux savoir.
Remus ne répondit pas. Il ne comprenait pas ce qu'attendait Voldemort de lui. Cela faisait plusieurs jours qu'il essayait de mettre à jours les rapports sur les mangemorts cherchant un lien entre les récentes disparitions. Il ne détenait aucune information capitale. Ou alors n'en avait pas encore pris conscience.
Mais il ne laissa pas voir son incompréhension. Il avait compris depuis le début qu'il y avait eu un malentendu, mais son sacrifice accorderait quelques jours précieux à celui qui gênait ses opposants.
Voldemort leva sa baguette.
- Où sont les Potter ?
Il aurait préféré être frappé par un sort. Voldemort l'avait comprit. Il n'avait pas pu empêcher son visage de former une mine surprise, de même que son cœur s'accéléra... Et Voldemort le nota avec un sourire satisfait.
Mais il ne dit rien. Une main invisible le força à se cambrer puis à se relever. Son dos le faisait atrocement souffrir. Il entendait à peine les rires des stupides mangemorts qui l'avaient roué de coups.
- Où sont-ils ?
Nouveau silence. Voldemort rabaissa sa baguette. L'espace d'un instant, Remus eut la folle pensée qu'ils allaient passer leur chemin et le laisser seul avec sa douleur.
- J'ai des moyens bien plus efficaces que la magie pour te faire parler, Remus. Mais dis moi avant, comment réagirais-tu si un de tes amis maraudeur se faisait torturer devant toi ?
- Peu importe, dit-il dans un souffle.
Il se surpris lui-même à pouvoir parler et pensa avec tristesse que Peter devait être prisonnier. Mais tous ses amis étaient préparés à cette échéance depuis le jour où ils avaient rejoint l'Ordre.
Voldemort semblait s'attendre à une telle réaction et poursuivi :
- Dans ce cas…je connais un moyen très à même de te faire réagir.
Remus tressaillit. Voldemort sourit. Il reprit la parole en prenant toujours soin de séparer de séparer ses phrases par des pauses plus ou moins longues, sa manière d'apprécier l'attention que lui accordait ses interlocuteurs.
- En vérité, c'est une chance que je t'offre. Tes précieux amis n'ont jamais pu t'accepter tel que tu es, n'est-ce pas ? ... Toujours à t'éloigner des autres lorsque tu es toi. ... Ils auraient dut te laisser t'exprimer, tu ne penses pas ? ... Toujours à te retenir prisonnier...tu dois être terriblement frustré.
Voldemort se délectait : il pouvait sentir Remus comprendre au fur et à mesure de ses paroles ce qu'il s'apprêtait à lui faire subir. Il sentait déjà le combat dans l'esprit de sa proie qui commençait. Il sentait la torture de l'esprit du loup-garou. Une jouissance dont il ne se lasserait jamais.
Remus tremblait. Ses jambes finirent par fléchir à la fin du monologue de Voldemort. Il tomba à genoux. Quelques lourdes larmes coulaient sur ses joues. Il tomba sur ses mains, comme prosterné devant lui. Son corps était agité de spasmes.
- A moins que tu n'aies quelque chose à me dire ?
- NOOOONNN ! hurla-t-il en frappant des poings la terre. NON ! non…non…murmura-t-il se sentant plus maudit que jamais.
Des larmes de rage, d'impuissance coulaient à présent à flot sur son visage.
Voldemort brandit sa baguette, Remus fut projeté sur un arbre avoisinant. Les cinq mangemorts qui l'avaient amené coururent ridiculement à sa suite et entouraient l'arbre.
Voldemort - la baguette toujours brandie - et ses deux fidèles se déplacèrent calmement vers lui.
Il n'avait pas réagit au choc, son corps et son esprit s'étaient scindés. Ses larmes brillaient dans la nuit. Voldemort baissa alors sa baguette, le regardant presque tendrement.
- Réfléchis, loup-garou. Je t'offre enfin la chance d'accomplir ton dessein. Tu n'as jamais put mordre, je sais que tu en meurs d'envie…
- Non…non…
Il secouait sa tête contre l'arbre.
- La chaire fraîche, le sang,…l'humain. Il n'y a aucun mal à aimer ça, loup-garou.
- Non…non…secouant plus fort sa tête, jusqu'à s'ouvrir l'arrière du crâne.
- Tout ce que tu as à faire c'est me répondre...
- JAMAIS ! JAMAIS ! s'écria-t-il comme possédé, en se détachant de l'arbre. Plutôt mourir, dit-il d'une voix lourde de menace, les yeux brillants.
- Qui parle de mourir ? Je t'offre au contraire la chance de vivre !
Remus le regarda effaré. Voldemort continua de parler. Sa voix était aussi calme et froide que la nuit.
- De nombreuses pleines lunes sont à venir.
Il disait cela en souriant, sa voix plus froide que jamais. Il accompagnait chacune de ses phrases de longs silences, profitant de l'impact de chacune de ses phrases sur Remus.
- La prochaine est dans quelques jours. Il y a un village à quelques kilomètres... Mais je suis sûr que tu t'en apercevras par toi-même. Ou l'as-tu peut-être déjà sentie ?
- Non…NON ! dit Remus en se prenant la tête dans les mains, et en la secouant, jusqu'à se faire mal aux tempes, au crâne.
- Oh si ! Tu le sens…ce sang, le sang humain, tu n'as pas envie de mordre... loup-garou ?
- NOOOOOON ! hurla-t-il à la terre battue, à ses pieds.
- Ils disent tous ça, la première fois, dit le fidèle de Voldemort, faisant sourire son maître.
- Et ils finissent tous par y prendre plaisir. Tu me remercieras bientôt, loup-garou. Et tu me demanderas alors d'autres proies... Tu ignores le nombre de proies que je peux t'offrir, en tant que loup-garou. Imagine juste…
- Je ne veux pas, dit Remus fermement plus fort encore ses yeux, espérant ne plus jamais voir.
Voldemort observait chacune des réactions de Remus, se tenant plus droit que jamais, marquant sa supériorité suprême. Et lorsqu'il reprit la parole sa voix froide montra pour la première fois du mépris.
- Alors il te faudra me dire où sont les Potter. Dis-le moi et je te laisserai même retourner à ta misérable vie de loup-garou frustré. Tu pourras continuer de me traquer, je ne te tuerai pas. Tout ce que tu as à faire c'est me dire où ils sont.
- Jamais, plutôt mourir.
- Mourir ? Sourit-il. Cela serait bien trop simple. Tu devrais réfléchir plus sérieusement à ma proposition. Tu es intelligent. La vie de ce village n'est-elle pas plus importante que celle des Potter ? Si tel est ton choix alors nous reparlerons dans trois jours. Après ton premier festin. Emmenez-le !
Remus avait la bouche ouverte et se laissa emmener sans opposer de résistance.
Ainsi commence la deuxième partie. Davantage centré autour de Remus et des sombres pensées qui vont le gagner... Mais également l'Ordre qui va apprendre la disparition de Remus. Le doute ne va pas tarder à naitre... Et Peter ? Va-t-il être épargné ? Voldemort se rendra-t-il compte de son erreur ? Harry va-t-il devenir le survivant ?
Loulou2a : merci pour ta review ;) désolée de ne pas pouvoir m'étaler mais j'espère que ce chapitre t'aura plu !
La suite est à venir !
