Merci encore à tous ceux qui me suivent, lire vos reviews est toujours un vrai plaisir !
Mais je me tais, et vous laisse découvrir ce nouveau chapitre. Bonne lecture !
Chapitre 4 : Survivre
Vivre sans Sam ce n'est pas exister. Il n'arrive pas à penser autrement. Peut-être parce qu'il n'y a pas trente six façons d'analyser sa situation ? Dean n'est plus qu'une ombre. Plus mortel que jamais. Plus sombre que jamais. Il se fond dans le noir, il s'y fond si bien que ça en est effrayant.
La lumière le fuit. Il fait froid dans la vie de Dean, tellement froid maintenant. Hiver permanent. Dean a bien essayé d'en sortir, mais que ce soit la Floride ou la Californie rien ne semble pouvoir le réchauffer. Ah si ! Peut être cette bouteille de vieux whisky le peut-elle ? Ou sa sœur avalée la veille. Pour le moment en tout cas aucune réaction chimique ne vient chasser cette sensation. Dean retentera quand même le coup, sait on jamais … Que pourrai-t-il faire d'autre de toute façon ?
Dès lors que Sam a franchi la maudite porte de ce maudit hôtel Dean a perdu un énorme morceau de son être. Sam, âme … curieuse similitude de sonorité. Dean ne croit plus au hasard. Le plus gênant dans tous ça c'est qu'il n'est plus vraiment sûr de se rappeler comment être humain, comment être vivant. Finalement, qu'est-ce qui le différencie vraiment des monstres qu'il chasse ?
Il est toujours capable de marcher, mettre un pied devant l'autre ça n'a jamais été trop dur pour lui, mais c'est pour le reste, tout le reste, qu'il est perdu. Champs de brouillard constant. Voilà plus ou moins à quoi ressemble son esprit ses derniers temps. Tout est brumeux, lent, sans intérêt. Non, décidément, plus rien n'a d'intérêt. Dean voudrai juste que cet enfer soit un peu plus chaud. Marre de frissonner des pieds à la tête chaque putain de jour ! Peut être que Dean est à bout ? Peut être qu'il a touché le fond ? Pourtant la chasse est là, toujours là, valeur sure. Il ne compte plus le nombre de monstres abattus ces derniers temps.
Dean continue de sauver des gens. Il ne s'en sort pas si mal en solo finalement, l'esprit entièrement focalisé sur la chasse. Alors pourquoi cette pensée lui donne envie de mourir ?
Dean continue de sauver des gens, mais plus le temps passe et plus il se persuade que rien ne pourra le sauver lui.
Sam hurle.
Vanessa n'a jamais entendu un tel son, jamais. Le cri lui glace le sang, la paralyse un moment. Quelle puissance ! Quand elle reprend enfin le contrôle de son corps Sam hurle à nouveau.
« Sam ! Sam réveille toi ! »
Sam agrippe le matelas de toutes ses forces, les muscles des mains et des bras tendus au maximum. Son visage est contracté, les yeux désespérément fermés, crispés avec force. Il roule d'un coté à l'autre du lit, remue la tête dans tous les sens comme s'il cherchait une respiration qui ne venait pas. Chaque veine se dessine clairement dans son cou. Oh Dieu, Vanessa voudrait qu'il arrête, vraiment ! Elle se demande brièvement d'où peut venir une telle souffrance.
Sam semble agoniser. Il crie toujours.
« Sam je suis là ! Ça va aller ! Calme toi ! »
Vanessa essaie de l'apaiser, elle encadre son visage de ses deux mains tremblantes. Il est brûlant.
« Sam tu m'entend ? »
Juste quand Vanessa est prête à appeler une ambulance Sam cesse de hurler. Il gémit, son corps agité de quelques spasmes encore. Soudain il écarte les lèvres avec peine :
« Dean ? Dean. »
Vanessa se fige. C'est la première fois que Sam reparle de son frère aîné depuis leur séparation. Un simple nom murmuré à travers les voiles du sommeil … Vanessa se demande ce que ça veut dire, pourquoi son cœur se serre comme ça ? A présent ça lui fait presque mal de regarder Sam s'apaiser. Elle réajuste la couverture sur les larges épaules de l'ancien chasseur et embrasse son front avant de se lever et d'aller préparer le café.
Inutile de tenter de se rendormir après ça.
Dean se tient sur le ponton, droit comme un I. Il observe les trois canards qui nagent tranquillement devant lui, se demande si ce sont les même que la dernière fois. La dernière fois ... Le vent joue dans les arbres, secouant les feuilles en une douce mélodie. Ici tout n'est que calme, calme et blancheur.
La dernière fois c'était la fois avec Sam.
Dean se laisse tomber à l'eau. Sans enlever ses chaussures, sans enlever ses vêtements. Il ne plonge pas, il saute juste droit, les pieds en avant, les bras légèrement levés. Il frappe la surface du lac de tout son corps. Le choc est rude. L'eau est gelée. Forcément, on est plus en été. Le temps qui passe est une vraie plaie. Un brusque frisson le pousse à remonter à la surface. Il nage un moment, sans grande conviction. Apprécie et n'apprécie pas le grand silence qui règne ici. Dean n'est pas pour la perfection. Ça fait bien trop peur. Et ça ne dure jamais. Alors cet endroit si particulier, là, tout de suite, il a envie d'y foutre le feu.
Il veut tout cramer, tout brûler, réduire ces arbres en cendres. Ah putain, il enflammerai le lac même s'il pouvait ! Il imagine le grand feu de joie dans sa tête et c'est presque agréable. Dean flotte doucement, un peu en transe. Une sorte de planche qui coule à moitié. Un peu comme lui en fait. Accord presque parfait du corps et de l'esprit. Dean est revenu parce qu'il pensait qu'il se sentirai plus proche de son morceau manquant ici. Mais autant être réaliste, ça ne marche pas du tout. Dean est encore réaliste. Il n'est plus tout un tas de choses mais réaliste, si, toujours. Sûr que ça ne doit pas arranger les choses !
Il ferme les yeux, essaie de prendre plaisir au souffle du vent sur sa peau, au calme du lieu, au doux son de l'eau qui clapote. Rien n'y fait. Alors il tente autre chose. Sur un coup de tête, il garde les yeux fermés et se laisse couler. Ce n'est pas difficile, vraiment pas. Il suffit juste de lâcher prise.
Dean coule et pendant un moment c'est agréable. Pendant un moment il arrive à se représenter le visage de son frère tout près de lui. Les bras en croix en véritable Jésus aquatique, Dean a soudain l'impression qu'il peut se reposer. Il le mérite bien, après tout, est ce qu'il n'a pas déjà tout donné, tout abandonné au monde ? Que peut il encore y apporter ? Quand il ouvre les yeux l'eau le blesse à peine. Il croit toujours apercevoir ce visage. Dean sourit un peu. Un sourire triste mais apaisé.
Pour une fois, il sent qu'il fait parti de ce monde, de cette terre à laquelle il ne pense jamais mais qui est toujours là. Quand il ferme à nouveau les yeux il croit même sentir une caresse douce sur sa joue. Il s'imagine que c'est Sam. Oui, après tout, il n'est pas si mal ici. Ce n'est pas le froid qui réveille Dean et l'empêche de se noyer, ce n'est pas non plus le visage de Sam qui l'exhorte de remonter, loin de là ! C'est son instinct qui, au moment ou il est prêt à ouvrir grand la bouche et à emplir d'eau ses poumons, le pousse à donner un coup de pied au fond et à remonter à la surface.
Dean se traîne sur la berge, à bout de souffle, ahuri, abasourdi même par ce moment de paix inattendu qui a failli lui coûter la vie. Dean ne veut pas mourir. Il vient de le réaliser. Le problème c'est qu'il ne veut pas vraiment vivre non plus.
Il s'étend sur le dos, fait face au ciel et hurle sa rage.
Sam travaille dans un diner. Ce n'est pas le nirvana. Ce n'est pas le truc le plus passionnant du monde. Mais au moins, San ne risque sa vie qu'avec la friteuse, en témoigne cette nouvelle marque sur son bras gauche. Une blessure tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Sam ne devrait pas, mais cette vie simple l'émerveille. Peut être l'attrait de la nouveauté …
Sam décide que non. C'est ce qu'il voulait. La liberté. La sécurité. Sam refuse de douter une minute.
Tout va pour le mieux.
Dean s'essuie pour la dixième fois le nez. La situation n'a pas vraiment tournée à son avantage. Son mouchoir se rempli peu à peu de sang. Il conduit à toute allure, conscient de devoir quitter cet état le plus rapidement possible. Pas envie de passer une énième nuit en détention. Dean chéri sa liberté. Après tout, que lui reste-t-il d'autre ?
Il jette un coup d'œil à son retro, revient sur la route et jure violemment. Quel idiot ! Quel crétin ! Ces derniers temps il semble ne pas pouvoir s'empêcher de se mettre dans des situations pareilles. Il vient de semer trois voitures de flics. Au fond il est plutôt fier de cet exploit. Il est toujours excellent conducteur. Pour le self contrôle par contre, on repassera. Il vient d'amocher sévèrement un type. Pas un monstre. Juste un pauvre type. Dean plaque une fois encore son mouchoir contre son nez.
Devenir la terreur des bistro. Est-ce vraiment à ça qu'il aspire à présent ? Rien de plus pathétique. Dean a sentit les os craquer sous ses coups. La limite ou il s'arrête généralement, suffisant pour une bagarre de bar honnête. Mais pas cette fois. Il a continué.
Dean tourne brusquement à droite, rejoint la route nationale et se sent un peu soulagé en apercevant le panneau de changement d'État.
Il faudra qu'il se souvienne de ne pas revenir ici pendant quelques temps. Quelques années sans doute … Ce pauvre mec l'a bien cherché c'est sur, mais Dean sait bien, au fond, qu'il a exagéré. Ce n'est pas courageux d'amocher autant plus faible que soit et Dean connaît peu de personnes plus fortes que lui. Il se remémore la scène, essaie de savoir ce qui a pu le rendre aussi fou de rage. Il revoit le visage du barbu. Se rappelle comment il l'a provoqué. Rien de bien extravagant, rien qu'il n'eut déjà vu, un pauvre type à la recherche d'un peu d'animation. Pour ça, il n'a pas du être déçu ! Dean pense qu'il lui a cassé le nez, la pommette droite, peut être la mâchoire … Quand il est sorti son visage ne ressemblait plus à rien, un gros bout de steak sanguinolent.
Bravo Dean ! C'est ça ta vie maintenant ? Te battre comme un enragé dès qu'on te fait une remarque ? Prendre le risque de finir en prison pour une raison aussi minable ?
Merde ! Dean donne un coup sur le volant, les dents serrés par la colère. Quel imbécile ! C'est alors qu'une idée le frappe. Une idée qu'il se prend de plein fouet. Une pensée qui lui fait bien plus mal que ce putain de nez qui ne veut pas arrêter de saigner. S'il fini en prison, qui viendra le chercher ? Sa mère ? Son père ? Même son petit frère ne viendra pas. Ce n'est pas drôle de se sentir seul au monde, de perdre tous ceux à qui on tient.
Dean se sent ridicule. A son age, pleurer encore la mort de sa mère ! Il a été mieux élevé que ça. Il tente de ravaler ses sentiments, comme toujours, mais aujourd'hui ce n'est pas un franc succès.
Sur un coup de tête, Dean déplie sa vieille carte sur la banquette et y jette un coup d'œil. Quand ses yeux reviennent face à la route, il accélère encore.
Dean entame sa dixième bière. Beau score, même pour lui. Et ne parlons pas du fond d'une vieille bouteille de whisky qui est passé avec ! La veille son nez n'a cessé de saigner qu'au bout de plusieurs heures. Il sait qu'il a du perdre pas mal de sang. Dean est complètement bourré, reconnaissons le. Il ricane bêtement, sans aucune raison. Mais dans cet état Dean se sent bien. Dean a tellement de mal à se sentir bien. Il est toujours dans sa voiture, bien sûr, mais au moins elle est à l'arrêt, garée le plus discrètement possible dans une allée sombre. En face de la maison qu'il scrute depuis plusieurs heures maintenant. Au moins deux heures pense Dean en regardant les cadavres de bouteilles. Il ricane encore, essaie de se dire qu'il doit vraiment arrêter de faire ça. Sans succès.
Il chante à tue tête du Led Zep quand, enfin, il aperçoit ce pour quoi il est venu.
Sam et Vanessa descendent doucement la rue, en pleine conversation.
Dean ne ricane plus du tout. Sam, c'est son Sam, juste là, à quelques centaines de mètre de lui ! Une vraie bouffée d'air frais. Dean se rappelle soudain les moindres détails de leur vie à deux. Il se rappelle les manies de son frères, manies qui avaient tendance à l'agacer plus que tout, manies qui lui manquent tant à présent ! Oui, cette façon de se passer la main dans les cheveux ! Cette façon de rire ! C'est bien lui ! Sam ! Dean envisage une seconde de bondir de la voiture pour se jeter sur lui et l'étouffer dans ses bras. Mais il sait qu'il ne pense ça que parce qu'il a bu.
Dean ne fera jamais une chose pareille.
Sam et Vanessa arrive devant la maison et la jolie rousse ouvre la porte. Comme elle a l'air petite à coté de son frère ! Comme il est grand ! Dean avait presque oublié. La porte se referme brusquement et Dean se retrouve seul, sans plus rien à scruter. Peut il y avoir instant plus douloureux ?
Dean se laisse doucement aller en arrière. Dans sa hâte à fixer le couple, il réalise que son visage touchait presque le pare brise. Il faut dire aussi que pour ne pas se faire repérer il a du ranger l'Impala assez loin. Difficile de rater une voiture aussi reconnaissable. Bon et maintenant ? Quelle est la suite du programme ? Il est venu, il a vu que son frère allait bien. Et maintenant ?
Dean ne peut se résoudre à repartir aussi vite. Impossible. Il a beau ordonner à sa main de tourner la clé et de démarrer, rien ne se passe.
Trois heures plus tard Dean est toujours là. Son attente est récompensée de temps en temps quand un visage passe devant la fenêtre, quand la silhouette de son grand petit frère traverse la pièce. Dean n'a plus du tout envie de rire. L'effet de ses dix bière est passé depuis longtemps. Dean ouvre une bouteille de Whisky.
Sam croit un instant entendre un bruit de moteur familier, mais quand il tourne la tête vers la rue, il ne voit rien. Pincement au cœur.
Les mois suivants Dean revient souvent. Il gare l'Impala dans un coin discret et observe, sans bouger, parfois avec l'aide de jumelle. Tout pour ne pas se faire repérer ! Silencieux, calme et empli de peine, on pourrait le croire en deuil. C'est un peu le cas. Mais ces moments volés lui redonnent de la force. De quoi tenir encore un peu. Sam existe toujours quelque part, il n'est perdu que pour lui.
Dean se sent funambule. En équilibre précaire au bord du vide. Ce précipice lui fait peur. Ses parois sont trop lisses, sa crevasse trop profonde. Parfois le vent souffle un peu fort et Dean redoute de basculer. Peut être qu'il bascule parfois ? Il se souvient très bien de cette stupide bagarre de bar qui lui a interdit le Maine tout entier ! Dean voudrait juste arrêter de penser. Devenir un robot, perdre son âme, agir sans se poser de questions. Il se rend compte plus que jamais à quel point son impulsivité reposait sur le sang froid et le sérieux du modéré Sam.
Intellectuel Sam. Une question d'équilibre encore... Maintenant que Dean travaille seul il réalise le temps et la concentration que demandent les recherches préalables. Impossible de faire l'impasse sur ces interminables heures de réflexion. Dean n'est pas un idiot, mais il marche plus à l'instinct qu'à autre chose.
A quel point Sam et lui se complètent ! Comme Dean voudrait qu'il soit encore avec lui !
Dean sort de l'ombre. Le cœur de Sam rate un battement. Dean. Là. Juste ici. En face de lui. Dean avec son éternel soupçon de barbe. Dean avec ses jolis yeux verts toujours un peu plissés, toujours un peu sur le qui vive. Mais Sam note néanmoins qu'il paraît aussi détendu que possible, la ride horizontale qui orne habituellement son front n'est pas là aujourd'hui.
Aujourd'hui. Aujourd'hui il sera avec son grand frère. Rien de plus normal au monde.
Dean s'avance. Il sourit. Sam se demande quand est-ce qu'il lui a déjà semblé si heureux. Il n'arrive pas à s'en souvenir. Qu'est-ce que ça peut vouloir dire sur le type de vie qu'ils mènent ? Rien de positif en tout cas ... Mais pour l'instant Sam s'en fout. Tout ce qui compte se tient là devant lui.
Sam ne s'était pas rendu compte. Sam n'avait pas réalisé et il s'en veut. A quel point Dean lui a manqué ! A quel point sans Dean il n'est pas Sam ! C'est un tel soulagement. Dean s'avance encore et Sam se dit que le temps est étrangement long, il ne semble pas s'écouler comme d'habitude. Au fur et à mesure qu'ils se rapprochent l'un de l'autre Sam remarque mille petits détails. Mille petites nuances de Dean.
La coupure juste en dessous de son menton. Les nouvelles lunettes de soleil Ray Ban posés en attente sur le haut de sa tête. Il trouve ça bizarre parce qu'il neige. Cette façon de sourire en relevant le coin droite de la bouche plus que le gauche. Le petit grain de pollen pris dans ses cheveux (Pollen ? En hiver?). L'angle familier de ses sourcils. Le son sourd de ses lourdes bottes sur le béton. Le collier qui se balance au rythme de ses pas. Et surtout, surtout, cette chaleur qui se dégage de son regard. Cette complicité bienvenue. Cette gentillesse qui émane de Dean dès qu'il pose les yeux sur lui. Sam ne connaît pas d'autre manière de se sentir protégé. Trop petit quand sa mère est morte, Sam ne peut se rappeler que des rares et rudes (maladroites?) caresses de son père et des yeux de Dean sur lui.
Quand Dean arrive devant lui et l'étreint, Sam se sent enfin à la maison. Comme cela lui avait manqué ! Et maintenant c'est cette odeur si particulière, si unique, qui l'atteint, mélange désordonné d'after shave à la lavande (combien de fois Sam s'est moqué de lui avec ça!), d'essence, d'un peu de sueur et de cette flagrance difficilement identifiable que Sam attribue à la terre elle même. Ça sent son grand frère.
Dean...
Sam l'enserre dans ses grands bras, voudrait ne jamais avoir à le lâcher. Quitte à mourir étouffé, ce ne serait pas si grave.
« Salut Sammy. »
Quand Dean murmure à son oreille Sam pense sincèrement que jamais personne ne pourra prononcer son nom de la manière dont Dean le prononce. Cette tonalité là, ce son, il n'appartient qu'à eux deux, c'est tout. Eux deux contre le monde, comme toujours. Sam savoure même la sensation du vieux cuir, rugueux sous ses doigts. Parce que cela aussi, ça fait partie de Dean, cette veste qu'il traîne depuis tant d'année. Tout ce qui lui rappelle son frère est bienvenu dans le cœur de Sam.
Dean toujours là pour lui. Combien de fois lui a-t-il sauvé les fesses ? Sam préfère ne pas compter. Dean, qui le laisse toujours partir quand Sam le décide. C'est dans ces moments difficiles que Dean prouve la profondeur de sa loyauté. Respecter les décisions de son idiot de petit frère … Comme ça a du lui coûter parfois ! Mais qu'importe les conséquences, qu'importe la solitude, Dean n'a jamais pu se résoudre à empêcher Sam de quitter le business familial quand il en ressentait le besoin. Comme la chasse doit être dure quand on est seul ! Sam n'avait jamais pensé à ça, tout simplement parce que ça ne lui été jamais arrivé.
Quand enfin Dean se décide à relâcher son étreinte c'est un froid terrible qui s'empare de Sam. Sensation de perte glaçante. Sam a beau se dire que c'est tout le contraire d'une perte ce qu'il se passe là, plutôt des retrouvailles, rien n'y fait. Les papillons de joie qui s'agitaient dans son ventre gèlent d'un seul coup. Et la suite n'arrange pas les choses.
Un instant Dean se tient face à lui, rassurant, avec un petit rire de satisfaction, l'instant suivant il n'est plus là. Disparu. Pfouf ! En un éclair, plus de Dean.
Sam se retrouve seul dans la rue déserte. Et sombre. Quand est-ce que la nuit est tombée ?! Le souffle coupé Sam regarde autour de lui. « Dean ? »
Seule une bourrasque lui répond. Que se passe t-il ? Sam se met à courir, espérant apercevoir une silhouette, des traces de pas dans la neige, quelque chose ! Il jure tout bas, promet de poignarder dans la seconde la chose qui vient de le priver de son grand frère. Deux blocs plus loin, toujours rien. Pas de Dean. La panique se repend doucement dans ses veines. Il hurle le nom de son frère.
« Dean ! »
Tend l'oreille. Silence. Se remet à courir. Est-ce un loup qu'il vient d'apercevoir du coin de l'œil ? Pas le temps de vérifier.
« Dean ! »
Sam s'époumone tandis que la neige tombe de plus en plus drue. Il a beau courir de toutes ses force, le paysage défile mais il n'a pas l'impression d'avancer. Il tourne sur lui même, étrange yéti épouvanté par le froid. Les larmes aux yeux, il essaie désespérément de repérer le fameux blouson en cuir de son frère dans le blizzard.
Où est Dean ? Où est Dean ?
Puis Sam se réveille.
Dean transpire à grosses gouttes. Cette saloperie ne veut rien lâcher !
Il se passe le dos de la main sur le front dans une vaine tentative d'essuyer cette sueur qui le gène, le pique, glissant dans ses yeux alors qu'il doit rester concentré. Il ne réalise pas que ce geste lui laisse une traîné de sang sur la peau. Dean se lave les mains, évacue tout ce sang dans les égouts. Cadeau ! Lui n'en veut plus. Dean ne se sent pas souillé, pas vraiment, plutôt très en colère.
Il prend péniblement appui des deux mains sur l'évier crasseux de la maison abandonnée qu'il squatte en ce moment. Sur le fil. Encore. A nouveau. Il sent presque le vide se déployer à sa droite et à sa gauche. Cette ordure ne veut pas parler ! Refuse encore et encore !
Dean perçoit bien la force de la colère qui l'anime. Il veut faire mal, très mal, blesser, tuer même ! Ce qui le sépare des monstres qu'il chasse diminue de plus en plus. Dans des instants comme celui là, il se demande si ce n'est pas plutôt lui qu'il devrait chasser. Mais ce fichu sens du devoir, qui lui gâche probablement la vie depuis à peu près sa naissance, lui rappelle bien vite qu'il a mieux à faire pour le moment.
La chose qui l'attend, ligotée au sous sol, a déjà tuée deux petits garçons. Elle traquait le troisième quand Dean l'a débusquée.
« Quel genre de tordu il faut être pour s'attaquer uniquement à des gamins ! »
Dean croyait avoir tout vu, mais comme d'habitude, les monstres s'échinent à être de plus en plus monstrueux ! Quelle perte pour l'humanité de ne plus avoir un chasseur comme Sam ! Comme il pourrait faire la différence ! Dean est toujours en colère, seulement sa rage passe d'un à deux objets. Le monstre du sous sol, tueur de petits garçons, et le presque monstre de l'étage, celui qui a poussé le chasseur le plus talentueux du pays à ne plus chasser.
Dean en endosse toute la responsabilité, pas de demi mesure avec lui, il n'y a jamais cru. Verre à moitié vide ou à moitié plein, mon cul ! Tout ce qu'il y a sur cette putain de table c'est un verre, rien qu'un verre ! Si Sam ne chasse plus c'est à cause de son taré de frère et de ses sentiments … Mais Dean refuse d'y penser. Tout refouler en bloc ça lui avait plutôt bien réussi jusque là.
Le fait qu'il ai craqué de manière spectaculaire cette nuit là ne le pousse pas à reconsidérer la question.
Rien à envisager de ce coté là. Oublie, oublie, oublie ! Dean se serine ce simple mot de plus en plus souvent. Comme un mantra un peu bizarre qui l'éloigne du vide. Dean soupire bruyamment, fronce les sourcils et sort de la salle de bain. Il descend les marches avec lenteur, focalisé sur la tache qui l'attend.
Cette goule dégénérée lui donnera la localisation de son repère. Dean ne lui laissera pas le choix. Et ensuite il pourra lui couper la tête et se délecter de sa mort. Cette perspective lui arrache un sourire. Peut être est-ce ce sourire impitoyable qui entaille la résistance du monstre, mais trois jours plus tard l'Impala reprend la route, laissant derrière elle un entrepôt désaffecté réduit en cendre et quelques cadavres de plus.
Sam gribouille ses commandes sans vraiment y prêter attention. Et même si l'une de ses clientes le drague ouvertement, il n'a pas vraiment la tête à ça. Il ne daigne pas poser les yeux sur elle et tourne les talons dès que possible, la laissant visiblement vexée au possible. Sam ne se sent pas très bien. Lui qui ne tombe jamais malade, monstre de bonne santé, ne fait pas le fier aujourd'hui. Même l'effet du rêve un peu estompé, une méchante boule d'angoisse lui serre encore la gorge.
Sam a l'impression de faire une erreur.
Il se raisonne, essaie de se dire que partir était la bonne solution, mais n'arrive jamais tout à fait à se convaincre. Sa place n'est elle pas sur les routes, à parcourir le pays aux cotés de son frère comme il l'a toujours fait ? Qu'en penserai John ? Sam a tellement l'habitude de le décevoir cependant, que même le fait qu'il ne soit plus là n'y change rien. Sam n'en fera toujours qu'à sa tête. Il maudit toutefois ce rêve imbécile qui vient perturber la petite routine qu'il essaie désespérément de se créé.
Dean revient systématiquement le hanter. Parfois Sam se dit qu'ils sont maudits, voués à s'attirer et se rejeter sans répit tout au long de leurs vies. Deux petits aimants pitoyables, qui s'aiment et se détestent. Sam est encore en colère.
Après tout, tout ça c'est la faute de Dean, uniquement de sa faute ! Si rien ne s'était passé, ils auraient pu continuer comme avant. Poursuivre leur route ensemble, sans (trop) de heurts.
Chasser. Conduire. Manger. Dormir. Ce n'était pas si mal tout compte fait.
Le fil a lâché. Dean le sait, Dean le sent. Mais il ne peut rien y faire. De toute façon il n'a jamais été le plus grand équilibriste du monde. La sensation du mince cordon qui le maintenait en équilibre a disparu de sous ses pieds. A quoi bon battre des bras ? Dean ne peut pas voler, sinon il partirait loin, le plus loin possible. Aux Caraïbes ? En Alaska ? Dean n'a pas encore décidé. C'est une question qu'il se posait souvent, mais puisque le fil n'est plus là, ce n'est plus la peine.
Plus rien ne vaut la peine.
Dean ne chasse plus. Dean ne mange plus. Dean boit. C'est à peu près tout. Et c'est comme ça que Bobby le trouve.
« Cest pas vrai » murmure-t-il dans sa barbe quand il aperçoit cette épave. C'est à grand peine qu'il le convainc de venir chez lui quelques temps. Dean ne conduit plus non plus. Mais quand Bobby le pousse sans ménagement dans l'Impala, il ne peut s'empêcher de caresser le volant : « Mon bébé …
-Oh ! Voilà qu'il parle à présent ! Bravo mon chou ! Tu veux peut être une sucette d'encouragement ? »
Le regard que Dean lui lance est plus sombre que la plus noire des nuits sans lune. Il se garde néanmoins de répondre à la provocation. Trop de mots à prononcer. Dean est fatigué et a perdu l'habitude. Pas vraiment sûr d'avoir encore sa voix. C'est à toute vitesse qu'il se décide à conduire jusqu'à chez Bobby, le dépassant dès le premier mile. Ce qui lui vaut d'arriver des heures avant lui et de devoir crocheter la serrure pour pouvoir entrer.
Les jours suivants Dean ne fait toujours rien. Avachis dans un coin, le regard sombre. Ombre de lui même. Les piques que Bobby lui envoie systématiquement ne lui font rien. Plus envie de se battre, tout simplement. Plus envie de rien.
« Family business … mon cul ouais ! »
Plus de Mary, plus de John, et maintenant plus de Sam ! Ça en fait un peu trop pour Dean. Est-ce sa faute ou celle du monde ? Finalement il n'aura tenu qu'un temps. Dans cette famille personne ne dure trop longtemps de toute façon ! Il ne dit pas un mot mais Bobby arrive toujours à deviner à quoi il pense. Ce bon vieux Bobby ! Dean n'arrive pas à se sortir de la tête que lui aussi il ne durera qu'un temps …
« Bon fillette, t'as pas bientôt fini de te morfondre ? »
Chaque jour Bobby vient le titiller, tenter de le faire réagir. Chaque jour en vain. Dean s'enfonce encore et encore.
Vanessa conduit. Doucement. Vanessa est toujours prudente. Sam soupire, un peu fatigué de voir le paysage défiler si lentement par la fenêtre.
« Et ben Sammy ? Pourquoi ce soupir ? »
Sam sursaute presque. Presque. Piqué au vif. Il fronce les sourcils, et même si Vanessa ne le voit pas, il se frotte l'arrête du nez dans un geste contrarié.
« Ne m'appelle pas comme ça s'il te plaît. »
Vanessa lui jette un regard étonné.
« Ah bon ? Pourquoi ? Tu n'aimes pas ?
-Ça fait bizarre, c'est tout.
-Je trouve ça mignon pourtant.
-C'est pas mignon.
-Personne ne t'a jamais appelé Sammy ? Même pas ta mère ?
-J'en sais rien. Elle est morte quand j'avais six mois. Je me souviens pas comment elle m'appelait. »
Vanessa se tourne encore une fois vers lui, horrifiée.
« Oh mon Dieu je suis désolée Sam !
-C'est pas grave. Tu ne pouvais pas savoir. »
Vanessa ne rajoute rien pendant un moment, l'air songeur. Puis :
«C'est vrai que tu ne m'as encore jamais parlé de ta famille. A part Dean, bien sûr. Et ton père ? »
Sa voix se fait plus douce, interrogatrice mais prudente. Sam passe vraiment un mauvais moment à présent. Il aurait voulu qu'elle ne pose pas toutes ses questions. Il veut prendre du recul, s'éloigner de tout ça. Cette pensé le frappe instantanément. Est-ce que c'est ça ? Est-ce qu'il ne fait que fuir ? Comme un enfant qui ferme les yeux et se bouche les oreilles pour se protéger ?!
Mais non ! Ce n'est pas ça ! C'est …
« Sammy ?
-Mort aussi. Et ne m'appelle pas Sammy ! »
Sam est à deux doigts de s'énerver contre elle. Cette manière d'utiliser son surnom ! Il vient pourtant de lui dire de ne pas le faire ! Et puis va-t-elle se décider à accélérer un peu ?! Pire que tout, elle lui adresse un regard plein de pitié. Sam déteste tellement ça que de la chair de poule recouvre ses bras. Il n'est pas un pauvre petit chiot qu'il faut protéger ! Il est l'un des chasseurs les plus redoutés d'Amérique ! Puis il se rappelle qu'en fait il ne l'est plus. Et de toute façon peu de personnes savent qu'il l'a été ...
Il se prend la tête dans les mains. Mais qu'est-ce qu'il lui arrive ? Il n'est pas si stupide que ça ! Si Vanessa lui demande tout ça, c'est qu'elle tient à lui, voilà tout. Alors pourquoi cette colère soudaine ?
« Changeons de sujet d'accord ? Je n'ai pas envie d'en parler là tout de suite …
-Bien sûr, comme tu veux. »
Et elle lui caresse doucement la joue, pleine de compassion. Sam tourne la tête dans l'autre sens.
Dean n'a pas bonne mine, ça non ! En fait Bobby l'a rarement vu aussi sombre, et ce n'est pas peu dire ! C'est l'effet que Sam a sur lui. L'importance qu'il lui accorde dans sa vie. Au fond Bobby n'est pas surpris. Il a toujours un peu craint cette co-dépendance si forte entre les deux frères. Mais comment leur en vouloir ? Comment reprocher à deux personnes de s'appuyer l'une sur l'autre pour s'en sortir ? Et Dieu sait que ces deux là en ont eu besoin !
Bobby ne sait pas ce qu'il s'est passé entre eux, n'a aucune idée de comment un lien aussi solide a pu se rompre d'un seul coup mai hé ! après tout c'est la vie. Impossible de se projeter pour toujours avec quelqu'un. « For ever » c'est juste un mensonge de film romantique, rien de plus. La réalité c'est qu'au fond on est seuls, seuls avec nous même. C'est peut être terrifiant, mais c'est comme ça. C'est ce qu'il voudrait que Dean comprenne. Ça ne veut pas dire que la vie ne vaut pas d'être vécue. Et après tout, les combats c'est bien la spécialité des chasseurs non ?
Ce dont Dean a besoin, c'est d'un bon coup de pied au cul !
Comment Bobby se retrouve à lui écraser son poing dans la figure, il n'en a aucune idée ! Pourtant il entend bien ses jointures craquer. Il sent bien cette odeur de fer si caractéristique quand quelques gouttes de sang s'échappent du nez de Dean et volent dans la pièce.
Retour en arrière.
Bobby se tient face à Dean, avachis dans le canapé comme d'habitude. Avachis dans mon canapé ! Grommelle-t-il dans sa barbe.
« Tu vas te décider à sortir de l'adolescence ou quoi ? T'as eu suffisamment de temps pour digérer non ? Remonte en selle cow boy et arrête de faire ta fillette ! »
Dean lui jette un regard noir. Un autre à ajouter à sa collection ! pense Bobby.
« Depuis quand tu me donnes des ordres ? C'est nouveau ça !
-Depuis quand tu en as besoin, idiot ?!
-Lâche moi Bobby. Tout ce que je demande c'est d'avoir un peu la paix, tu vas pas t'y mettre toi aussi.
-La paix ça n'existe pas, t'as pas compris ça encore ?
-Bobby …
-Non, pas de Bobby qui tienne, tu vas m'écouter fils, et tu vas m'écouter attentivement. J'ai été suffisamment patient avec toi, alors ouvre bien tes oreilles : Sam a le droit de vivre sa vie sans toi. »
L'expression de Dean se ferme encore plus si c'est possible. Sa mâchoire se serre. Ses yeux se plissent de colère. Bobby le voit même relever un coin de la bouche dans un tic nerveux.
« Alors oui, c'est nul, ça craint, c'est sûrement douloureux mais c'est comme ça. Fais toi une raison !
-Tais toi Bobby !
-J'ai pas fini, petit ingrat ! Ton frère te manque, c'est normal. »
Ce sont les poings de Dean qui se serrent cette fois.
« Je sais tout ce que vous avez traversé ensemble. Merde, même moi j'ai trouvé ça dur !
-Bobby !
-Et je sais que si John à réussi à te faire rentrer un truc dans le crane, c'est bien de veiller sur Sam. Mais on dirait qu'il n'en a plus besoin maintenant. »
Bobby n'arrive pas à distinguer clairement si l'humidité des yeux de Dean est due à ses heures passées devant le poste ou à sa rage. En tout cas il le sent sur le point d'exploser. Pas grave, ce que cherche à faire Bobby, c'est bien à provoquer un réaction quelle qu'elle soit.
« Maintenant ton job c'est de surmonter ça. Merde, de t'en réjouir même, si tu peux ! Il est en sécurité non ? Alors reprend le dessus ! Des gens comptent sur toi, t'as pas le droit de les laisser comme ça ! Tu connais les saletés qui traînent sur cette putain de terre ! Tu peux pas laisser tomber, c'est trop important ! Qui d'autre peut faire ça ?
-Mais Sam …
-Laisse tomber Sam. C'est ton rôle de grand frère non ? Le laisser prendre ses propres décisions ? Apprends à vivre sans lui mon grand, t'as pas le choix. »
Dean se lève d'un coup, tendu comme un arc. Bobby peut détailler chacune de ses veines dans son cou. Joli dessin, mais inquiétant.
« Ferme la Bobby ! Ferme la ! Je te jure que je te ferais taire !
-Oh quoi ? Tu me menaces maintenant ? C'est ça la personne que tu veux devenir sans ton frère ?
-Je ne deviens personne sans mon frère ! Personne ! Je ne peux pas !
-Non mais tu t'entend ? C'est de la merde ça ! Bien sur que tu es quelqu'un sans lui !
-Très bien, je suis quelqu'un alors ! Mais je n'ai plus personne ! Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? J'en ai marre d'être seul ! J'ai essayé Bobby, je te jure que j'ai essayé ! Mais je ne peux plus, c'est trop dur.
-Oh pauvre chou ! Tu veux que je te plaigne ? Que je m'apitoie sur ton sort ? Merde Dean, je le sais que c'est dur, je le sais que sur la route au final on est seul. Mais tu crois être le seul à souffrir sur ce monde ? DES GENS ONT BESOIN DE TOI ! »
Bobby appuie bien sur chaque mot, essaie de les graver dans le crane de Dean.
« Sans Sam je n'y arriverais pas ! Je ne sais pas vivre comme ça ! Je ne sais pas vivre si je l'ai perdu ! »
Dean rage, hurle à plein poumon comme si ça pouvait changer quelque chose, altérer la réalité et lui rendre son petit frère.
« J'ai tout perdu, tout ! Il ne me reste plus rien ! Je peux pas vivre comme ça, c'est trop dur ! »
Dean a l'air paniqué maintenant. Un animal sauvage acculé. Ces yeux parcourent la pièce à toute vitesse, cherchant quelque chose à quoi se raccrocher. De toute évidence il ne trouve rien.
« Je ne sais pas vivre comme ça ! »
Bobby pense que Dean utilise un peu trop « comme ça » à la place de « sans Sam ». Il est plus gravement atteint que ce qu'il pensait. Il fait néanmoins front. Tant pis si pour le moment Dean ne fait que souffrir, il a besoin de l'entendre.
« Il est parti Dean. Tu dois surpasser ça. »
Dean pousse un cri de rage, ne surpasse rien du tout, ne sait pas quoi faire, comment s'exprimer, comment rejeter tout ça en bloc. Il envisage sérieusement de se coucher par terre, de fermer les yeux et de ne pas les rouvrir avant que Sam soit là.
« Non ! Je refuse ! UN MONDE COMME CA JE N'EN VEUX PAS !
-T'as pas le choix putain ! Imprime un peu !
-Mais tais toi ! Tais toi !
-Non. »
Toute l'agressivité de Dean se tourne d'un coup vers Bobby.
« FERME TA PUTAIN DE GUEULE ! »
C'est plus qu'il ne peut en supporter. Sans aucun signe avant coureur il lève son poing et donne un énorme coup dans le mur, à un cheveux de la tête de Bobby. Qui ne cille même pas.
« J'ai plus rien !
-Si t'étais un peu moins con tu verrais que tu m'as moi. Je te laisserais pas tomber. »
Dean s'essuie le front de sa manche, à bout de souffle, un peu calmé par le coup, le fait d'avoir libéré un peu d'énergie. C'est presque dans un murmure qu'il répond :
« C'est ce qu'il disait aussi. « Toi et moi contre le reste du monde ». Mais dans ce monde on passe son temps à mentir. Rien n'est vrai. Rien n'est pour toujours.
-Dean, je ne te mentirais pas. Jamais. »
Dean relève la tête et le fixe. Bobby à l'impression de passer un étrange examen. De toute évidence il ne le réussit pas. Le désespoir qu'il lit dans les yeux de Dean, la déception aussi, le touche profondément. Jusqu'à ce qu'un air mauvais traverse son visage. Dean doit trouver un objet à sa colère, et le seul disponible pour le moment, c'est Bobby.
« Je m'en branle que tu me mentes ou pas. Ça change rien. Arrête de faire comme si ça te concernait tout ça. T'es pas mon père, juste un vieil ivrogne de merde. »
Et voilà. C'est comme ça que Bobby se retrouve à mettre son poing dans la figure de Dean. C'est plutôt agréable. Celle là il ne l'a pas volé. Dean se plie en deux sous le choc, lève un regard surpris vers lui.
« T'es qu'un sale gosse Dean, un sale petit ingrat. Reviens quand tu aura un peu grandi » et il lui montre la porte du doigt.
Il n'y a plus trace de colère sur le visage de Dean, juste un mélange bizarre de regret, d'égarement, d'incompréhension et de ce qui ressemble à une sorte de supplication silencieuse. Oui, Bobby, l'espace d'un instant, a l'impression que Dean le supplie de l'aider. C'est ce qu'il vient de faire. Bobby a un pincement au cœur. Il ne peut rien faire de plus. Dean s'en rend compte, se redresse doucement et sort sans un mot.
Bobby entend le moteur de l'Impala s'emballer tandis que Dean reprend la route.
Voilà pour ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
