Sonea retint un hoquet et termina son verre, savourant la gorgée. C'était la dernière de la soirée, elle commençait à sentir sa tête tourner et il n'était pas bon de saouler un magicien. Elle avait mis assez d'objets en feu par le passé pour ne pas avoir envie de recommencer. Elle mis sa joue dans la paume d'une de ses mains, le coude appuyait sur la table. Ça ne faisait pas très grande dame mais tant pis !
La soirée s'était révélée excellente. Ils avaient parler de politique, novice, magie, professeurs pendant longtemps, échangeant des opinions sûres comment améliorer la guilde et l'intégration des novices des basses couches sociales. Sonea avait découvert un Regin intelligent et réfléchi, qui se souciait sincèrement du sort des étudiants. Puis ils avaient bien évidemment parler de Lorkin. Sonea aurait pu parler de son enfant toute la journée, relater ses manies, ses mimiques, ses bêtises et ses petits exploits, sans jamais se lasser.
« -D'ailleurs en parlant de Lorkin, il faut le mettre au -elle. Une seconde... Quelle heure il est ? »
Prise d'un doute soudain, Sonea saisit le rideau et le tira légèrement, afin de voir une des horloges qui se tenaient sur le mur d'à côté. Il était beaucoup plus tard qu'elle ne l'avait d'abord pensé.
« -Je dois rentrer! fit-elle en bondissant sur ses deux pieds, avant de se rattraper du bout des doigts à la table, pour ne pas vaciller »
Regin leva vers elle des yeux surpris.
« -Pourquoi donc? demanda-t-il
-Lorkin ! Je dois... Je dois le mettre au lit !
-Il est tard, si vous voulez mon avis votre tante l'a mis au lit depuis longtemps.
-Elle doit m'attendre depuis des heures, elle est peut-être inquiète ! Je n'avais pas prévu de rentrer si tard ! »
Elle vit Regin se levait, avec plus de précautions qu'elle, pour regarder lui aussi l'horloge.
« -Oh, je pensais qu'on était bien plus proche du -il. Permettez-moi de vous ramener à la guilde, j'ai pris ma voiture personnelle.
-Merci, mais ce n'est pas nécessaire, je peux-
-Vous n'envisagez pas de rentrer à pied par ce froid tout de même . Vous allez vous changer en glaçon et le temps que vous arriviez ce sera vraiment le matin. Prendre ma voiture prendra moins de temps. »
Sonea réfléchit et décida qu'il avait raison. Elle hocha la tête. D'un air satisfait, Regin prit sa cape et s'emmitoufla dedans. Pendant que Sonea faisait de même, il alla payer l'addition (en ignorant superbement les pièces que Sonea lui tendait). Elle le rejoignit à l'entrée. Dehors, la nuit était calme, pas le moindre bruit. Les seules lumières de la rue venaient des lampadaires, qui diffusaient de faibles halos depuis leur petite chandelle. Sonea poussa un soupir de soulagement en sentant la fraîcheur sur son visage. Il faisait trop chaud à l'intérieur. Une voiture avec l'incal de la Maison de Regin semblait les attendre. Le guerrier lui ouvrit une portière et la suivit une fois qu'elle fut installée à l'intérieur. Il tapota le toit et les chevaux se mirent en route. Sonea regarda par la fenêtre. Aucune fenêtre des Maisons n'était allumée, signe que tout le monde était endormi.
« -C'est plutôt amusant d'être la seule réveiller, alors que tout le monde est assoupi Pensa-t-elle en souriant, le nez à la fenêtre »
Elle sentit un regard sur elle et tourna les yeux pour sourire à Regin. Il avait les yeux qui pétillaient, pour ce qu'elle en voyait et il lui souriait.
La voiture s'arrêta. Sonea s'étonna d'être arrivé si vite et sauta au sol avant de regarder devant elle d'un air perplexe.
« -Seigneur Regin, qu'est-ce que ça veut dire ?
-Pardon ?
-Venez ici. »
Regin lui obéit et regarda devant lui. Il se figea deux secondes avant de rire, une main sur la bouche. Sonea lui jeta un regard sévère.
« -Excusez-moi; fit-il une fois calmer. J'ai oublié de dire qu'il fallait allait à la guilde et le chauffeur nous a tout simplement amené chez moi. »
Sonea se sentit rougir et posa de nouveau son regard sur la maison. C'était donc la demeure familiale de Regin. Une bâtisse à deux étages, à la façade impeccable. Les cadrans n'étaient pas tous tirés, elle pouvait voir de lourds rideaux aux fenêtres. Ce tout petit aperçu éveilla sa curiosité. Comment était l'intérieur ? Sûrement luxueux, mais à quel point ? Y avait-il des portraits ? Elle avait envie de rentrer pour le voir de ses propres yeux.
« -Voulez-vous entrer un peu? proposa Regin en voyant les yeux de Sonea courir de fenêtre en fenêtre
-Heu... Je ne sais pas...je.
-Je vous propose ça parce que ça à l'air de vous intriguer.
-Oh, je suis juste très...curieuse. Je ne suis jamais rentrée dans les Maisons du cercle intérieur. »
Regin lui jeta un air surpris.
« -Jamais ?
-Jamais, jamais. Quand je faisais des livraisons pour ma tante et mon oncle, les domestiques prenaient les affaires depuis l'extérieur. Mais je crois que mes parents étaient domestiques dans une Maison... Mais j'étais bébé, les souvenirs sont flous.
-Eh bien, c'est l'occasion pour vous de voir. »
Disant cela, Regin s'avança et ouvrit la porte d'entrée avant de se tourner vers elle d'un air interrogateur. Sonea hésita, pensa à sa tante qui devait l'attendre dans ses appartements.
« - Elle s'est sûrement endormie elle -elle. Une petite visite ne me tuera pas, et je vais en profiter pour lui payer ce que je lui dois du dîner ! »
Elle se décida et rejoignit Regin à l'intérieur. L'entrée en elle-même était assez incroyable. Les murs étaient peints de couleurs vives, les meubles étaient des antiquités soigneusement cirés. Des bibelots, des plantes et des cadres constituaient la décoration. Sans attendre son hôte, Sonea s'avança dans une autre pièce, fascinée. Un grand salon, rempli de fauteuils capitonnés, assortit aux couleurs des murs. Elle continua sa visite et passa dans une grande salle à manger. La table était immense, elle ne pensait pas en avoir déjà vu de si grande. Juste à côté, sont arrivés dans une pièce qui devait servir de bureau, au vu des meubles et de l'énorme bibliothèque. Un grand portrait se trouvait sur le mur. Intriguée, Sonea s'approcha. Un couple de vieillards, trois autres couples jeunes et beaucoup d'enfants.
« -Mon grand-père tenait à avoir un portrait de tous ses enfants et petits-enfants. »
Sonea sursauta et se retourna. Elle avait complètement oublié Regin ! Celui-ci l'avait suivi à travers les pièces et se tenait à présent à deux pas derrière elle. Il regardait le portrait.
« -C'est... Ce sont vos parents? demanda Sonea dans un souffle, essayant de reprendre contenance
-Eh oui. Mon grand-père et ma grand-mère paternels. Ici, vous avez mon oncle paternel et ma tante par alliance. Là, ce sont mes parents. Ces deux filles sont mes cousines. Ici, vous avez mes sœurs aînées et là, mon frère cadet. Expliqua-t-il en désignant les visages au fur et à mesure qu'il parlait
-Et ici, c'est vous souffla Sonea en montrant le dernier visage »
Regin hocha la tête. L'enfant représenté sur le portrait était jeune, Sonea lui donner dix ou onze ans au maximum. Il était représenté contre sa mère, mais tenant les mains des deux autres petites filles. Celles-ci étaient de l'autre côté de leur mère et, entre eux, sur les genoux maternels, le petit frère, encore un tout jeune enfant sur le portrait.
« -Vous semblez proches de vos sœurs fit remarquer Sonea en le regardant
- Nous avons toujours été proches. Je n'ai que deux ans de différence avec l'aîné et un an avec la seconde. Ça joue dans les relations. »
Sonea hocha doucement la tête. Elle n'avait jamais eu de frères et sœurs et enviait secrètement les grandes fratries. Ça devait forger le caractère !
« -Quand on le voit enfant, on ne dirait pas qu'il pouvait être aussi mauvais que durant notre noviciat pensa la magicienne en étudiant le portrait. Là, il semble très sage. Et mignon !
-Vous voulez continuer la visite? proposa Regin »
Sonea hocha doucement la tête. Elle était curieuse de voir ce qu'il y avait à l'étage. Regin l'emmena de nouveau dans le couloir d'entrée et gravit les marches, toujours impeccablement cirées. Ils firent le tour du deuxième étage, où se trouvaient d'un côté des chambres, des salles de bains ainsi qu'une pièce remplis de jouets, de livres et de quelques bureaux. Sonea devina que cette partie était réservée aux enfants. De l'autre côté se trouvait un autre bureau, une grande salle d'eau ainsi qu'une chambre. Sonea rosit en voyant l'imposant lit double qui trônait au milieu de la pièce. Un vrai lit de couple. Ce devait être la chambre parentale.
« -Et maintenant que c'est Regin le maître de Maison, c'est sans aucun doute sa chambre à lui Pensa-t-elle en rougissant encore plus »
Évitant le lit du regard, elle se concentra sur les peintures. Regin la regarda et s'assit sur le lit. Il ne disait rien.
« -Bien, tu as fait ton petit tour, maintenant du vent pensa Sonea. Seigneur Regin, ajouta-t-elle à voix haute, combien vous à coûter le dîner ?
-Ça, vous n'en saurez rien répondit le concerner
-Je le dois bien si je veux payer ma part.
-Hors de question, rangez-moi ces pièces. »
Sonea retint un grognement et le rejoignit pour essayer de lui mettre de force les pièces dans la main. Regin résista et tenta de s'éloigner. Commença une bataille amicale, à grands renforts de cris et de protestations. Dans la bataille, Sonea glissa et s'étala sans grâce aucune sur les genoux de Regin. La voyant glisser, celui-ci essaya de la rattraper, mais elle s'écroula sur le matelas. Elle était secouée par un fou rire. Regin ne tarda pas à rire aussi fort qu'elle, en s'allongeant aussi sur le matelas.
Au bout de quelques minutes, Sonea poussa un soupir de profond soulagement et essuya ses yeux remplis de larmes. Elle n'avait pas ri comme ça depuis un moment ! Elle tourna la tête. Regin s'était calmé et la regarder, les yeux pétillants, en souriant. Il se tourna pour se mettre sur le ventre. Sonea le suivit du regard et le regarda approcher son visage, sans rien dire. Elle commençait à deviner les intentions du jeune homme mais bizarrement, elle n'avait pas envie de se relever.
« -Sonea souffla Regin
-...Oui ?
-Je peux vous embrasser ?»
Sonea rosit en entendant la question. Au moins c'était clair et net ! Elle regarda ailleurs et réfléchit quelques secondes. Après tout, puisqu'il demandait la permission...
« -Pourquoi pas...murmura-t-elle »?
Elle vit le sourire de Regin s'illuminer et il se penchait un peu plus jusqu'à ce leurs lèvres ses touches. Sonea sentit un frisson délicieux lui parcourir la colonne vertébrale. Son premier baiser depuis la mort d'Akkarin. Depuis deux ans et demi. Elle ne se souvenait pas que c'était aussi...bon. Ou alors c'est juste Regin qui savait bien embrasser.
Sonea sentit qu'il passait ses bras autour d'elle et qu'il l'attirait contre lui. Elle gémit un peu et cassa le baiser. Elle avait besoin de respirer un peu.
« -Alors? souffla Regin en la regardant dans les yeux
-Quoi, alors ? »
Elle avait chaud, très chaud. Et elle sentait une autre forme de chaleur, dans son bas-ventre, qu'elle n'avait pas non plus ressenti depuis un petit moment. Elle était excitée. En même temps, être allongé sur un lit avec un homme au-dessus de vous qui vous embrassent, ça ne laisse généralement pas de marbre.
« -Un peu plus, ça vous tenterait, Sonea? susurra Regin en lui caressant la joue
-Un peu plus... »
Oh... Eh ben... Pourquoi pas? Elle leva les yeux et hocha doucement la tête. Le regard de Regin s'alluma. Il l'embrassa encore une fois mais avec plus de fièvre que la première fois. Ses mains se firent baladeuses, tâtant l'épais tissu noir de la robe de Sonea, jusqu'à se glisser en dessous, pour toucher la peau pâle. Sonea frissonna en sentant les doigts de Regin remontait, rebroussant sa robe au passage.
Pas question de rester sans rien faire pour autant. Ses mains commencèrent une lente exploration du corps au-dessus d'elle. En tâtant le torse, Sonea se rendit compte que Regin était bien plus athlétique qu'elle ne l'aurait cru au premier abord. Maintenant, elle était curieuse de voir à quoi ça ressembler. Regin s'arrêta, surpris de la voir tirer sur sa robe pour la lui retirer. Elle semblait vouloir prendre des initiatives !
Il ne leur fallut pas beaucoup de temps pour se retrouver seulement en sous-vêtements. Ses yeux parcoururent les courbes qui s'offraient devant lui. Sonea avait pris un peu de poids depuis qu'elle vivait à la guilde, mais elle restait encore bien plus mince que les autres magiciennes. Elle avait quelques petites cicatrices par-ci par-là et, sur son ventre, on pouvait voir les petites vergetures que lui avait laissées sa grossesse. Elle était belle.
Il se pencha et entreprit d'embrasser chaque centimètre de peau qui se présenter. Il sentit la fermeté de sa poitrine, son ventre, avant de faire un petit détour sur les longues jambes. Il l'entendait soupirer de bien-être, ses mains dans ses cheveux. Sonea regardait le plafond, en souriant. C'est fou comme de simples baisers sur la peau pouvait détendre. Elle poussa un petit cri de surprise. La langue de Regin venait de s'aventurer entre ses jambes. Un autre cri lui échappait quand il recommença. Akkarin ne lui avait jamais fait ça pendant leurs relations.
« -Il faut qu'il arrête, ce n'est pas...pensa Sonea
-Pas quoi? Pas agréable? fit la petite voix dans sa tête
-Bien sûr que c'est agréable mais...
-Mais quoi? Ce n'est pas convenable . Vous n'êtes pas marié de toute façon ! »
Décidément, cette voix avait le don de l'agacer profondément ! Elle devait penser à un moyen de la faire taire, si possible de manière définitive. Mais elle avait plutôt raison. C'était agréable. Très agréable même ! Elle ferma les yeux et décida d'étudier les sensations. Elle sentait la chaleur envahir son entrejambe au fur et à mesure des coups de langue. Ça picotait même... Il avait trouvé l'endroit le plus sensible... Sa respiration s'accéléra progressivement. Le plaisir était sur le point d'atteindre son summum. Elle se cambra doucement, prête à laisser sortir le long râle de plaisir qui s'accumulait dans sa gorge, quand ça s'arrêta doucement. Un cri de protestation lui échappa, auquel Regin répondit par un rire bref avant de se mettre au-dessus d'elle.
« -C'est...a mon tour...souffla Sonea »
Regin lui mit un doigt sur la bouche.
« -Ce soir c'est moi qui m'occupe de toi. Tu en as bien besoin. »
Sonea rosit et regarda ailleurs. Regin l'embrassa encore une fois et se mit sur elle. Sonea prit une longue inspiration en sentant qu'il la prenait. Il attendit quelques secondes avant de commencer à bouger lentement, en continuant à l'embrasser un peu partout. Sonea se tenait à ses épaules aussi fermement qu'elle le pouvait, ses jambes glissant sur les draps de qualité. Sa bouche se tordait pour laisser passer ses gémissements de plaisir. Ses jambes s'enroulèrent autour des hanches de Regin, tandis que ses mains lui caressaient le torse. Elle sentait son cœur battre à tout rompre, elle sentait son souffle rapide et saccadé, elle voyait ses yeux pétillaient comme des escarboucles. Et puis finalement, l'orgasme arriva pour eux deux. Ils se serrèrent l'un contre l'autre, dans un râle de plaisir, avant d'arrêter de bouger, pour essayer de reprendre leur souffle.
« -Comment est-ce que j'ai pu oublier à quel point c'était bon...pensa Sonea en passant une main sur son visage pour en chasser les cheveux »?
Elle se sentait très différente maintenant, beaucoup plus...détendue ! Cependant, elle commença à réfléchir à ce qu'il venait de se passer. Elle avait couché avec Regin. Or, l'après-midi même, elle s'était persuadé que les propositions sensuelles de Regin n'étaient qu'une plaisanterie. Elle avait cédé. Elle se redressa d'un coup sur le lit, sous le regard perplexe de son amant.
« -Est-ce que j'ai trahi Akkarin? pensa-t-elle ,paniquée. Non. Non ! Akkarin est...mort. Je l'ai aimée de tout cœur pendant plusieurs mois, de toutes mes forces et pleurée pendant deux ans sa mort... Je n'étais pas prête avant pour avoir de nouveau des relations avec quelqu'un. Mais Regin... Pourquoi Regin ! De tous les hommes de la guilde ! Bien sûr, il a changé mais... Si on m'avait dit un jour...
-Tu n'as pas aimé? demanda d'un coup Regin en s'asseyant
-Hein ? »
Il désigna le lit en un geste vague.
« -Ce n'était pas bien ?
-Oh! Sonea rougit encore plus et baissa les yeux sur le drap) Si si, c'était très bien. Mais...
-Mais ?
-Je... Suis un peu perdue.
-Oui, ça je l'avais compris.
-...Seigneur Regin, une relation amoureuse, je ne peux pas.
-Ce n'est pas ce que je propose. »
Sonea haussa un sourcil. Il soutint son regard.
« -Je sais que tu ne veux pas te mettre en ménage, et je comprends encore plus que tu ne veuille pas être en couple avec moi. C'est trop tôt depuis la mort d'Akkarin. Je comprends parfaitement. Ce que je te propose c'est juste... De temps en temps, se voir, pour discuter. Et se faire du bien mutuellement, entre adultes responsables. »
Sonea regarda ailleurs, devinant que son visage était aussi rouge qu'un pacha. Voilà ce qui s'appelait être direct ! Jamais on ne lui avait fait ce genre de proposition.
Sonea n'était pas naïve, elle savait que ce genre de relations fût monnaie courante, aussi bien dans les taudis que dans la guilde, malgré tout le scandale qu'elle faisait (scandales biens souvent réglés par le mariage des deux amants). Beaucoup y trouver leur compte : une relation amoureuse, ça se développe, ça s'entretient et surtout, ça demande du temps. Or, beaucoup de magiciens ne l'ont pas ce temps. C'est pourquoi une bonne partie refusée de se marier. Les autres préfèrent une relation sans engagement. Ceux qui se mariaient le faisaient plus pour plaire à leur famille que pour une autre raison (les mariages d'amour étaient souvent encouragés s'il y avait un potentiel politique derrière, autrement on avait plutôt tendance à le désapprouver dans les Maisons).
Sonea, elle, ne savait pas où se situer. Elle avait été légèrement amoureuse de Cery, du temps où elle fuyait la guilde (et encore, elle pensait maintenant que ce n'était que parce qu'il la protégeait et qu'elle s'inquiétait pour lui). Dorrien avait été le premier à lui mettre véritablement les sens en émoi, mais leurs relations étaient restées totalement platoniques, à l'exception de quelques rêves ou petits scénarios qu'elle s'inventait afin de s'endormir. Son premier amant, ça avait été Akkarin. C'était lui qui s'était chargé de lui montrait le plaisir que l'on pouvait ressentir pendant du sexe, lui qui lui avait fait découvrir certaines zones sensibles mais Akkarin était mort, et pendant deux ans, Sonea avait enterré toute envie sensuelle envers un autre homme. Pendant très longtemps, sa libido était resté totalement en berne. Elle l'avait réveillé quelquefois, en s'occupant seule, en proie à des rêves agréables où elle retrouvait le père de son fils.
Et là... Elle frissonna en repensant à la façon dont ses sens et son corps s'étaient enflammés quand Regin avait commencé ses caresses. Elle avait eu l'impression que le plaisir coulait avec son sang dans ses veines. Elle tourna les yeux vers Regin, qui attendait patiemment. Le drap avait glissé sur lui, Sonea avait donc une vue plongeante sur son torse et le début de son entrejambe. Elle frissonna et suivit des yeux les lignes du corps du guerrier. Maintenant qu'elle avait goûter de nouveau au sexe, est-ce qu'elle pourrait y renoncer encore une fois ? Si ça restait discret, ça ne tuerait personne...
« -Regin ?
-Oui ?
-...Je veux bien de ce que vous me proposez. Mais cependant j'ai quelques exigences.
-C'est légitime. Quel genre de règles. Je te préviens que si je ne peux pas t'embrasser, c'est la première règle que je vais briser ! »
Sonea lui agita un index sous le nez pour le faire taire.
« -Je ne parle pas de ce genre de règles. Mais plutôt par rapport aux autres magiciens.
-Je suis tout ouïe.
-En premier: discrétion. Je n'ai pas spécialement envié que ça s'ébruite dans toute la guilde. Quand... On voudra se voir, on communiquera par mot.
-Très bien.
-Deuxième règle : jamais dans la guilde. Troisième règle : Non, c'est non.
-Ça, c'est une règle de base de toutes relations, Sonea.
-Je sais mais je préfère le dire quand même. Dernière règle : je rentrerais toujours chez moi après.
-Ah, pas de lendemain sur l'oreiller ?
-Non. »
Elle vit de la malice dans les yeux de Regin. Il devait penser que ces règles se briseraient d'elles-mêmes. Mais Sonea avait la ferme intention de les respecter, puisqu'elle les avait édicté.
« -En parlant de la règle 4, il faut que je file maintenant, il est très tard! remarqua-t-elle en regardant autour d'elle pour retrouver ses vêtements, le drap plaquer contre le corps. On se tourne ! »
Regin la regarda, d'abord surpris, avant d'éclater de rire. Sonea le regarda rire sans rien dire.
« -Ah, Sonea, je crois que je n'ai pas fini de m'amuser!fit Regin, une fois calmé
-Je ne vois pas ce que j'ai dit de drôle !
-Me demander de me retourner. Pourquoi? Pour ne pas te voir nu pendant que tu t'habilles. Sonea, il y a dix minutes, je voyais et toucher les parties les plus intimes de ton corps ! Aïe ! »
Sonea venait de lui donner un coup de poing sur l'épaule pour le faire taire, serrant un peu plus le drap contre sa poitrine. Ce qu'il disait était totalement vrai. Mais même, maintenant qu'ils n'étaient plus... Dans ce contexte-là, elle se sentait gênée à l'idée qu'il puisse voir son corps nu. Comprenant qu'il n'avait nullement l'intention de se retourner, elle s'emmitoufla dans le drap et manœuvra pour récupérer ses vêtements. Elle se rhabillait aussi rapidement que possible, essayant de se cacher avec ses mains et sa robe. En tournant la tête, elle vit que Regin ne perdait pas une miette de ce qui se déroulait sous ses yeux. Allonger sur le côté, la tête appuyée sur une main, il la suivait des yeux, un sourire légèrement moqueur sur le visage. Visiblement, lui n'était pas gêné que Sonea puisse le voir, puisqu'il n'avait toujours pas remonté la couverture sur lui. Et Sonea devait bien s'avouer qu'elle aurait été déçu qu'il le fasse. La vue était très agréable ! Elle se mordit la langue. Ce n'était pas le moment d'apprécier la plastique de son nouvel amant ! Il fallait qu'elle rentre à la guilde.
« -Je dois avouer que, maintenant que je t'ai vu sans, je suis très déçu de te revoir en robe de mage commenta Regin. Elles ne sont vraiment pas faite pour mettre le corps en valeur.
-Elles sont faites pour que l'on puisse bouger facilement répondit Sonea. Et ça me semble plus important, je n'aimerais pas me balader avec les robes que portent les jeunes filles des Maisons c'est trop...moulant.
-Pourtant je donnerais cher pour te voir dedans !
-Jamais de la vie ! »
Regin lui sourire. Sonea remit un peu ses cheveux en place. Maintenant, elle ne savait pas comment prendre congé tranquillement.
« -Allez, file retrouver ton fils dit Regin en s'allongeant complètement »
Sonea hocha la tête, le salua du menton et commença à sortir quand il l'appela.
« -Oui ?
-Tu as une très belle expression quand tu jouis ! »
Sonea poussa un cri d'indignation, rougi violemment et lui envoya un éclair de force, qu'il contra en créant un bouclier, hilare. Elle sortit précipitamment et se glissa à l'intérieur de la voiture, après avoir demandé au conducteur, à moitié endormi, de la conduire à la guilde.
« -Il aurait vraiment pu s'abstenir de faire cette remarque! pensa Sonea en regardant le sol »
Mais ça voulait dire qu'il l'avait regardé. Elle, elle avait fermé les yeux au moment de l'orgasme. La prochaine fois, elle les garderait ouverts juste pour voir son expression à lui !
