Disclaimer: Le cadre et les personnages issus de l'univers de Harry Potter sont la propriété exclusive de JKR, je publie gratuitement!

Remerciements: Malgré son brol de plein déménagement, ma chère Loufoca a pris le temps de me corriger, et ses commentaires me donnent à chaque fois envie de continuer!


L'Héritage de la Haine

One cloudy day, we both lost the game
We drifted so far and away

Shamandalie, Sonata Arctica (1)

Chapitre 4 – C'est pas moi, c'est toi !

Quand Noemy émergea de l'inconscience, le premier concept qui lui vint à l'esprit fut celui de rendre tout ce que son estomac pouvait contenir. Elle se redressa donc vivement, ce qui accentua la désagréable sensation.

« - Voici un seau, » entendit-elle au moment où elle sentait qu'on lui posait quelque chose sur les jambes.

Elle attrapa ledit seau à deux mains et se pencha en avant pour y vomir. Malheureusement, elle réalisa bien vite que son estomac ne contenait pas grand-chose. Elle releva donc son nez du seau qui devait se vider magiquement car aucune odeur infecte ne s'en dégageait.

Le seau lui fut repris, et elle se laissa retomber sur le lit dur.

« - Ce que vous avez fait n'était pas très intelligent. »

Rogue. C'était lui qui avait tout fait rater en insérant cette insupportable douleur dans sa tête une fois de plus.

« - Effectivement, » répondit-elle, la bouche pâteuse. « Si j'avais mieux choisi mon moment, vous n'auriez pas pu intervenir. »

« - Si vous n'aviez pas bu cette potion, je n'aurais pas eu à intervenir, et vous ne subiriez pas actuellement un lavement complet de votre système digestif. »

D'où les nausées incessantes…

« - Combien de temps cela prendra-t-il ? » demanda-t-elle.

« - Entre cinq et sept jours. Sachez que vous n'aurez pas le droit de vous nourrir durant cette période… »

« - Je n'en ai de toutes façons pas l'envie. »

« - Fort bien. »

Un silence, que Noemy ne tarda pas à rompre.

« - Pourquoi restez-vous là ? »

« - Je supervise votre traitement. »

« - Quel bonheur… »

« - Je vous demande pardon ? »

La Serpentard remarqua aussitôt la différence. L'indignation de Rogue était à moitié feinte, comme s'il relevait juste pour la forme.

« - Étant donné que je suis sensée être en vacances, j'ai tout à fait le droit d'être déçue que votre présence me soit imposée de la sorte… »

« - La réciproque est tout aussi vraie. »

« - Mon point de vue prévaut sur le vôtre. »

« - Il me semble pourtant assez obscur… »

Noemy resta d'abord sans voix en entendant la réplique acerbe que Rogue venait de lui envoyer. Puis elle sourit. C'était la première fois qu'on se fichait ouvertement de sa poire parce qu'elle était aveugle. Il était temps.

« - Qu'est-ce qui vous fait sourire ? » demanda Rogue.

« - Votre remarque. »

« - Ce n'était pas exactement son but. »

« - Je sais. »

Et elle continua de sourire. Elle se sentait mal pour diverses raisons, parmi lesquelles se trouvait le fait qu'elle n'avait plus envie de vivre et qu'on était en train de vider ses entrailles. Et pourtant, une bêtise pareille parvenait quand même à lui apporter un semblant de bien-être passager. Elle ferma les yeux en soupirant faiblement et essaya de faire abstraction de la désagréable sensation que son estomac était prêt à danser la salsa à n'importe quel moment.

Quand elle les rouvrit, elle sentit une main dans son dos qui l'aida à se redresser, et le seau reprit immédiatement sa place sur ses jambes, accueillant vaillamment le peu que l'estomac de la jeune femme refusait de garder pour lui. Le système digestif au bord des lèvres, essoufflée, Noemy se dit qu'elle devait à l'instant paraître bien pitoyable.

La main qui la tenait fermement ne pouvait être que celle de Rogue. Il devait se régaler du spectacle, lui qui était responsable de son état…

« - Et bien, il serait temps que vous assumiez enfin vos opinions, Miss McLane ! »

Noemy sursauta à l'instant où Rogue prononçait ces paroles avec rage en reprenant le seau. Elle resta muette, étonnée. Jamais elle ne l'avait entendu élever la voix.

« - Vous pensez probablement que j'ai l'entière part des responsabilités dans votre accident ! » s'exclama-t-il. « Et bien, vous avez tort ! Vous devriez faire fonctionner vos méninges pour enfin comprendre tout ce qu'implique un Lien Indestructible ! »

Elle entendit un raclement brusque de chaise, puis un claquement de porte. Fidèle à ses habitudes, elle resta silencieuse un instant, ce qui lui permit de capter le bruit d'une respiration rapide et saccadée, au loin. Rogue n'était pas sorti. Une réplique cinglante lui vint à l'esprit, mais elle se garda de la formuler à voix haute. Il n'était pas prudent de se mettre complètement à dos celui qui s'occupait de son traitement.

Noemy se mit alors à réfléchir. Soit il y avait eu une exceptionnelle coïncidence, soit Rogue avait encore farfouillé dans son esprit. Et la deuxième solution était la plus logique. Elle n'avait rien formulé à voix haute, comment aurait-il pu savoir ce qu'elle pensait autrement ?

« - Vous êtes décidément bien aveugle, » lâcha Rogue d'un ton amer. « Et je ne fais pas de mauvais jeux de mots. Il y a de cela deux mois, vous m'avez accusé de ne pas avoir conservé latent un Lien dont vous n'avez même pas la moindre idée de comment il fonctionne… »

La Serpentard ouvrit la bouche pour répliquer, mais Rogue ne lui en laissa pas le temps.

« - Vous pensez qu'il vous affecte, que vous êtes le catalyseur. Mais en vérité, c'est tout le contraire. Tout ce qui vous touche, ce sont les remous laissés sur la plage quelques heures après que la tempête soit passée. Vous avez l'esprit tellement peu ouvert à la magie qu'il peut déployer que cela vous rend pratiquement insensible. »

« - Et toute cette haine ?! » explosa Noemy. « Je l'ai imaginée peut-être ? Et la douleur qui m'a explosé au visage, brûlant mes yeux ! C'était aussi le fruit de mon imagination ? »

« - Ha, vous croyez avoir souffert, sans doute ! » ricana Rogue. « Vous ne savez pas ce c'est que de souffrir. Et vous vous destiniez à être une Mangemort, paraît-il… Vous n'auriez pas tenu un mois ! »

« - Peu importe ! C'est de votre faute si ma vie est complètement fichue à présent ! »

« - Oh que non, c'est là toute l'essence de votre grossière erreur ! »

« - On se calme ici, qu'est-ce que c'est que ces manières ? »

Noemy soupira en entendant claironner l'infirmière.

« - Vous êtes dans une infirmerie ici ! » continua Mme Pomfresh.

« - Je m'en allais, » répliqua Rogue. « Pensez à la surveiller. »

Et la porte claqua violemment. Cette fois, il était bel et bien parti. Noemy en eut la confirmation quand l'infirmière demanda :

« - Que s'est-il passé ? »

« - Cela ne vous regarde en rien, » répliqua la Serpentard d'un ton sans appel.

« - Hm, probablement, » conclut la vieille sorcière, ses pas laissant savoir à Noemy qu'elle retournait dans son bureau.

Enfin seule, la jeune femme soupira, puis elle ferma les yeux, se concentrant pour se souvenir des détails de la description du Lien Indestructible qu'elle avait lus. Après quelques efforts de mémoire, la totalité lui revint à l'esprit.

« Lien Indestructible. Très ancienne magie qui unit deux sorciers. Le Lien reste latent jusqu'à ce qu'un des deux Liés l'active au moment de leur première rencontre. Il est très puissant, et c'est le Lié le plus réceptif à la magie de l'esprit qui en a le meilleur contrôle. C'est aussi lui qui en a la plus grande réception. »

La dernière phrase se répéta en boucle dans la tête de Noemy. Le sens qu'elle lui avait donné lors de sa lecture lui apparaissait à présent comme complètement erroné. Elle l'avait alors compris comme le fait que Rogue pouvait plus facilement savoir ce qu'elle pensait. Mais elle se rendait compte qu'elle avait été bien loin de la vérité. En fait, Rogue pouvait tout percevoir comme s'il avait été dans la tête de la jeune femme. Mais être dans sa propre tête en même temps que dans celle d'un autre, ce ne devait pas être aisé. En l'attaquant, il l'avait contrainte à se focaliser sur une chose à la fois au lieu du désordre habituel auquel donnaient lieu des pensées non contrôlées. Donc il n'avait fait que se défendre.

Noemy secoua la tête pour chasser ces idées généreuses… avant de se rappeler que dans son état, c'était la dernière des choses à faire. Elle réarrangea ses couvertures, geste inutile car elle ne se sentit pas mieux pour autant, et se laissa couler vers le sommeil.

Ce furent des murmures qui la tirèrent de sa torpeur où s'étaient mélangés la vengeance et le pardon. Elle ne mit pas longtemps à identifier les voix qui l'entouraient. Sam, Kat et Ben. Elle décida de les écouter avant de signaler son réveil.

« - C'est quand même bizarre que chaque fois qu'on est venus, Rogue était là, » dit Kathryn. « Je pensais qu'il ne la supportait pas. »

« - C'est lui qui supervise son traitement, » répondit Benjamin. « Après tout, c'est quand même lui le Maître des Potions. »

« - Oui, mais après ce qu'il lui a fait, » reprit Kat, « on pourrait penser que Dumbledore lui aurait interdit de l'approcher seul de trop près… »

« - Arrête de dire des bêtises, Kat, » intervint Samantha. « Si justement Dumbledore ne dit rien, c'est que Rogue n'a rien à voir dans cette histoire… »

Finalement, songea Noemy, c'était peut-être Kathryn qui était la plus réaliste. Dumbledore n'intervenait pas simplement parce qu'il ne pouvait strictement rien faire.

« - Qu'est-ce que vous faites là ? » demanda Noemy, interrompant l'inintéressant débat auquel ils se livraient.

Samantha répondit immédiatement.

« - On est venus voir comment tu allais avant de repartir chez nous. »

« - Je vais bien, merci d'être passés, bonnes vacances. »

« - C'est une façon de nous expulser bien plus polie qu'à ton habitude, » reprit Sam.

« - Alors tu devrais t'estimer heureuse et t'en aller avant que je ne te serve autre chose d'un niveau que tu jugerais plus habituel, » répliqua sèchement Noemy.

« - Très bien. »

Une série de pas en direction de la porte, immédiatement suivie d'une autre.

« - Sam, attends ! » s'exclama la voix à présent lointaine de Benjamin.

Ne restait plus que Kathryn, et celle-ci prit la parole avant que Noemy n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit.

« - Tu sais, tu n'es plus la dirigeante de Serpentard depuis un bout de temps. Tu es même devenu un sujet de plaisanterie au sein de notre maison. Tout simplement parce que tu es devenue ce que tu leur as toujours appris à mépriser : tu es devenue faible. Pourtant, Sam, Ben et moi, on a essayé de t'aider, de jouer le rôle des amis. Mais tu es incapable d'accepter l'aide des autres. Que ce soit pour la victoire ou pour la défaite, tu es seule, et tu le restes. Au revoir, Noemy. Bonnes vacances quand même. »

Kathryn quitta la pièce à son tour. Noemy avait à présent envie de hurler de frustration tout en souhaitant disparaître. Parce que Kathryn avait raison. Elle avait toujours tout vécu et envisagé seule. Et elle qui ne savait pas partager était liée à jamais à un être qu'elle détestait. Comme tout le monde, elle payait sa facture. Mais ses intérêts étaient incommensurables.

§X§

« - Réveillez-vous, c'est l'heure de votre potion. »

Le ton neutre en apparence, mais tellement plein d'acidité de Rogue tira Noemy de son pauvre sommeil. Elle ouvrit les yeux et passa d'un noir à un autre avec une nuance si subtile qu'elle-même n'était pas certaine de réellement la percevoir.

Cela faisait déjà quatre jours qu'elle subissait le traitement. Elle ne s'était jamais sentie aussi vide, et pourtant elle avait toujours cette envie de vomir qui devenait de plus en plus insupportable car elle n'avait plus rien à remettre.

« - Asseyez-vous. »

Elle obtempéra. Rogue lui tint le menton et posa le bord du gobelet sur sa lèvre, l'inclinant peu à peu pour la faire boire. Elle avala docilement, puis se rallongea quand il eut fini.

« - Vous êtes aussi mal en point que le paraît un Détraqueur, » dit Rogue.

« - Navrée, » répondit-elle d'une voix atone. « Au moins, je ne fais pas autant de bruit qu'eux. »

« - Si leur aspiration était réelle à la mesure du bruit qu'ils émettent, nous aurions un équivalent des aspirateurs moldus. »

Noemy fronça les sourcils, cherchant une explication logique à ce qu'elle venait d'entendre.

« - Qu'a… qu'avez-vous dit ? » demanda-t-elle lorsqu'il fut clair qu'elle ne trouverait pas ce qu'elle cherchait.

« - Oubliez ça. Essayez de dormir, il n'y a rien d'autre que vous puissiez faire. »

La Serpentard n'en revenait pas. Rogue faisant de l'humour. Rogue se préoccupant un tant soit peu de sa santé. Rogue qui probablement se forçait à agir avec elle comme s'il n'y avait rien eu. Et avant qu'elle n'ait pu s'en empêcher, les mots franchirent la limite de ses lèvres.

« - Je suis désolée. »

À peine prononcés, déjà regrettés. Que venait-elle donc de faire ? À peu près l'équivalent à mettre de la viande fraîche autour de son cou face à un lion affamé. Noemy McLane ne s'excusait pas et ne reconnaissait pas ses torts, car elle n'était jamais en faute et avait toujours raison. C'était du moins la personnalité qu'elle s'était donnée, et à laquelle elle-même avait fini par croire. Mais tout comme retourner la terre d'un champ de mines, remuer des traits de caractère enfouis pouvait s'avérer dangereux. En l'occurrence, cela la ramollissait. Mais inexplicablement, une vague de douce chaleur l'avait envahie, la soulageant apparemment.

Rogue se chargea cependant de bien vite lui remettre les pendules à l'heure.

« - À quel propos ? » s'enquit-il.

Malheureusement, son ton était loin d'être ironique, ce qui empêcha la jeune femme de répondre ironiquement à son tour. Alors tant qu'à faire, elle continua sur sa lancée, malgré les nombreux et énormes voyants rouges qui s'allumaient dans sa tête.

« - De n'avoir pas voulu comprendre correctement ce qui nous arrive… »

Un silence. Qu'allait-il faire, quelle réaction ? Se moquer d'elle peut-être, profiter de cette confession. Mais même si elle était fermée à la magie de l'esprit, elle était persuadée qu'il ne ferait rien de ça. Elle imputait cette conviction au Lien, mais elle n'en était pas plus sûre que ça.

« - Et bien, Miss McLane, vous êtes en progrès, » se contenta de répondre Rogue. « Maintenant dormez, vous en avez besoin. »

Et sans qu'elle sache pourquoi, elle se sentit rassurée, et ses yeux se refermèrent calmement.

§X§

Encore un réveil douloureux. Son estomac, déjà fortement resserré, se contractait encore plus sur lui-même. La potion, en plus de la rendre semblable à un Inferius, la faisait vivre des cauchemars absurdes. Dans le dernier, elle avait présenté des excuses à Rogue. Son cerveau devait subir autant que son système digestif. À moins que…

« - Non, ce n'était pas le fruit de votre imagination. »

Il était là. Encore. Et même quand il n'était pas tout proche, il était quand même là.

« - Vous ne pourriez pas au moins essayer d'éviter d'écouter mes pensées ? » dit-elle d'une voix caverneuse. « Vous êtes Occlumens, non ? »

« - Cela dépasse mes compétences. »

Elle ne put s'empêcher de sourire.

« - Alors comme ça, vous êtes faillible… »

« - Bien stupide est celui qui prétend ne pas l'être. »

« - Ces mots semblent bien déplacés dans la bouche d'un Mangemort. »

« - Je ne le suis plus. »

« - Je suppose que c'est effectivement la meilleure attitude à adopter à présent… »

« - Je… »

Noemy attendit. Une hésitation de la part du maître des potions restait un évènement rarissime.

« - Je ne l'étais déjà plus avant qu'il ne disparaisse. »

La Serpentard ne réagit pas. Elle savait pertinemment qu'il pouvait suivre ses réflexions en temps réel, mais sur le coup, celui lui importait peu. Il semblait tellement sincère. Mais pour convaincre Dumbledore, c'était plus que sincère qu'il avait dû paraître.

« - Et si c'était vrai, pourquoi me confier ça à moi, une ex-futur Mangemort ? »

« - Parce que malgré vos médiocres aptitudes, il arrivera un jour où vous serez également submergée par le Lien, et je ne pourrai rien y faire. »

« - Dans six mois, je repars en Australie, et vous le savez. Votre argument ne tient pas, la distance atténue le Lien. »

« - Six mois vous suffiront amplement. »

« - Vous me surestimez. »

« - Certainement pas, ce n'est pas dans mes habitudes. »

« - Mais vous vous contredisez. Je croyais ne rien y entendre à la magie de l'esprit… »

Son ton s'était fait méprisant en prononçant la dernière phrase. Il devait rester un substitut de fierté en elle.

« - Votre inaptitude à voir le monde physique va vous pousser à voir autre chose. L'esprit est à lui seul un ensemble des sens qui constituent les perceptions physiques, mais à un autre degré. Probablement inconsciemment, vous avez commencé à développer votre vue spirituelle. Je peux le sentir. »

Noemy garda le silence. Elle ne réfléchissait pas, elle ne voulait plus. Elle se laissa porter dans les méandres de turbulences noires sur fond noir. C'était tout ce qu'elle voyait de la pièce, comment aurait-elle pu voir autre chose ? Mais elle savait que dans cette pièce, il y avait des lits. Dans un de ces lits, il y avait elle, et quelque part sur sa gauche, Rogue était présent, probablement assis d'après l'endroit d'où venait sa voix.

C'est alors qu'elle se vit. L'espace d'un instant, elle s'observait. Puis, tout redevint noir. Alors c'était ça, l'autre vue ?

« - Apprenez-moi ! » s'exclama-t-elle.

« - Pourquoi ferais-je une telle chose ? » répliqua Rogue, un mélange d'ironie et d'étonnement dans la voix.

« - Parce que vous n'aurez plus jamais une élève comme moi. »

« - Vous n'êtes pas capable d'apprendre de manière disciplinée quelque chose qui ne vous est pas inné. »

« - Vous me mettez au défi de le faire ? »

Malgré son estomac en purée, son manque de nourriture et d'eau, et son mal de tête à faire exploser sa boîte crânienne, Noemy se sentit revivre en cet instant précis. Elle ne chercha pas à comprendre ce qui lui arrivait. Peut-être lorsqu'elle aurait recouvré tous ses esprits se demanderait-elle ce qui avait bien pu lui passer par la tête, mais en attendant, elle avait enterré la hache de guerre.

« - Si vous le prenez comme tel, » répondit Rogue, « je pense avoir suffisamment de temps à perdre pour vous former. »

Noemy acquiesça, satisfaite, et ouvrit la bouche pour enchaîner, mais Rogue la devança.

« - Mais nous n'entreprendrons rien tant que votre traitement ne sera pas fini. »

Elle voulut rétorquer, mais il avait raison, elle n'était certes pas en état de suivre un cours. Alors elle se résigna à attendre.

§X§

Son traitement se termina le lendemain matin, mais il lui fallut deux jours supplémentaires à l'infirmerie pour se réhabituer à s'alimenter. Toute sa première semaine de vacances y était passée, avec le jour de Noël. Quand elle réintégra sa chambre, plusieurs paquets se trouvaient sur son lit. Elle les rangea, se disant qu'il valait mieux attendre que Samantha ou Kathryn soit là pour l'aider à les ouvrir.

Elle s'installa sur son lit, et se mit à réfléchir. Elle se demandait comment elle allait réagir pendant ses cours privés avec Rogue. Bien sûr qu'il n'arriverait à rien avec elle, l'esprit était à l'opposé de son domaine de prédilection.

Elle haussa les épaules et régla son réveil magique qui répondait aux directives vocales. Dormir ne pourrait pas lui faire de tort, elle était encore loin d'avoir récupéré toute sa forme physique. Elle ferma les yeux et se laissa bercer par les images insensées que son cerveau projetait tout seul dans ses nerfs optiques. Un germe d'idée lui vint à l'esprit, mais elle s'endormit avant de l'avoir développé.

Quelques heures plus tard, Noemy ouvrit les yeux au son du réveil. Elle l'avait mis au cas où elle ne se réveillerait pas avant l'heure, mais elle n'avait pas pensé dormir autant. Elle devait retrouver Rogue dans la salle commune un quart d'heure plus tard.

La jeune femme se leva de son lit et s'installa à sa coiffeuse. Elle se brossa les cheveux et les attacha simplement d'un noeud, seule manœuvre qu'elle parvenait à réussir dans le noir, puis elle quitta la chambre et se rendit dans la salle commune à tâtons. Si le maître des potions n'était pas en retard, elle n'aurait pas à attendre, ce qui lui éviterait de se ridiculiser devant les quelques Serpentard présents.

À peine eut-elle franchi le seuil de la pièce que Rogue se manifesta à elle.

« - Ah, Miss McLane, parfait. »

Il lui prit le bras et la guida silencieusement. Elle connaissait tous les chemins du château par cœur, mais comme elle n'avait plus aucune notion de profondeur, elle avait besoin de quelqu'un. C'est alors que le début d'idée qu'elle avait eu avant de s'endormir lui revint. Si elle pouvait forcer son cerveau à générer une vision interne qui évoluerait en temps réel au cours de sa marche, elle pourrait se déplacer seule. Mais était-ce seulement possible ?

« - C'est tout à fait possible, » dit Rogue.

Noemy s'arrêta net, forçant son professeur à stopper sa marche.

« - Je vous avais demandé d'arrêter de faire ça, » dit-elle d'un ton de reproche.

« - Et je vous ai dit que cela m'était impossible, » répliqua Rogue, impassible.

« - Vous pourriez au moins avoir la courtoisie de faire semblant. »

« - Très bientôt, vous aurez également accès à mes pensées, surtout avec mon aide. Inutile de se voiler la face de la sorte. »

« - Je ne comprends pas pourquoi vous me prêtez le flanc. »

« - J'espère simplement qu'avec mon aide, vous aurez acquis suffisamment de discipline mentale pour ne pas succomber le jour où cela arrivera. »

« - Succomber ? Et où est votre intérêt ? »

« - Pour un novice, le Lien est très, trop puissant. Et s'il ravage votre esprit, il ravagera le mien aussi, causant notre mort à tous les deux. »

« - Et si je mourrais autrement ? »

« - Théoriquement, je ne risquerais rien. »

« - Pourquoi avoir empêché mon suicide ? Vous auriez été gagnant. »

« - Parce que je ne suis pas un meurtrier. Pouvons-nous reprendre cette conversation plus tard ? Le lieu ne me semble pas approprié. »

Noemy acquiesça, et ils se remirent en route silencieusement. La jeune femme s'interdit tout vagabondage mental, essayant de s'imaginer ce que cela ferait de voir les couloirs défiler dans son esprit, mais les mots de Rogue lui revenaient sans cesse, sans qu'elle sache pourquoi. « Je ne suis pas un meurtrier ; je ne suis pas un meurtrier… »

Heureusement pour elle, le directeur de Serpentard lui permit bientôt de se concentrer sur autre chose.

« - Nous sommes arrivés. »

Une porte s'ouvrit, il la fit avancer, et la porte claqua doucement dans son dos. Des images défilèrent devant ses yeux aveugles, mais elle ne pouvait pas les identifier. Par contre, elle ressentit clairement ce qui en émanait : souffrance, peine, remord.

« - C'est ici que vous vivez, n'est-ce pas ? » ne put-elle s'empêcher de dire.

« - On ne peut rien vous cacher. Mettez-vous ici. »

Elle se laissa placer. Rogue la dirigeait, les mains posées sur ses bras. Alors elle eut un flash, qui ne dura qu'une fraction de seconde. Elle se vit, rigide, le regard dans le vide, inexpressive. Elle était tellement choquée que le fait de comprendre que ce n'était pas l'autre vue mais simplement la vue de Rogue ne la toucha pas. Le professeur arrêta net tout mouvement.

« - Vous faites ça consciemment ? » demanda-t-il.

« - Non. »

« - Les choses iront peut-être plus vite que je ne le pensais. »

Il marqua une pause, Noemy se sentant vaguement examinée, et sachant à présent à quoi elle ressemblait, elle se sentit honteuse.

« - Puisque vous montrez une facilité sur ce point, vous allez essayer de voir par mes yeux. D'abord au contact. Donnez-moi votre main gauche. »

Elle lui tendit docilement sa main, qu'il serra doucement dans la sienne. Elle prit une légère inspiration, mais elle redoutait de se voir encore. Elle se trouvait amorphe, sans vie. Elle préférait conserver le souvenir du reflet vivant et mordant que son miroir lui avait tant renvoyé.

« - Vous bloquez volontairement le processus, » dit soudain Rogue.

Noemy ne répondit rien. Il savait déjà, de toutes façons.

« - Si vous ne faites aucun effort, nous perdons notre temps, » reprit-il.

« - Ne me regardez pas, et je ferai l'exercice » répondit-elle finalement.

« - Si vous voulez. »

Elle lui fit confiance, et la curiosité de découvrir à quoi ressemblait son antre reprit le dessus. Aussitôt, elle vit une belle porte massive. Elle eut le temps de voir les détails qui ornaient le bois de la porte, la rendant plutôt agréable à la vue.

Rogue balaya alors la pièce des yeux, et Noemy suivit donc son mouvement. Elle vit un magnifique bureau, du même genre que celui que son père possédait, avec une très belle chaise, mais sa vue se brouilla tout à coup. Une série d'images commença à défiler dans sa tête, qu'elle identifia rapidement comme étant les souvenirs de Rogue, rattachés à ce bureau. Elle tenta d'abord de les ignorer pour revenir à l'image que son directeur voyait vraiment, sans succès. Elle essaya alors de les chasser de son esprit, mais ils semblaient s'être ancrés, comme s'ils avaient été ses propres souvenirs. Bientôt, elle ne sut plus exactement où elle en était, n'arrivant plus à distinguer le vrai du faux, et elle chancela.

Rogue lâcha sa main et l'empêcha de tomber. Le noir revint s'installer devant les yeux de Noemy, étrangement salvateur dans ces circonstances.

« - Je suis navré, » dit Rogue tout en l'aidant à s'asseoir dans un siège relativement confortable. « Je n'avais pas envisagé la possibilité que votre esprit ait été scellé. »

« - Scellé ? » articula faiblement Noemy, reprenant peu à peu pied dans la réalité.

« - Exactement. »

« - Vous serait-il possible d'être un peu plus explicite ? » soupira la jeune femme.

Après un court silence, Rogue reprit la parole.

« - Vous avez en fait les capacités d'un Legilimens moyen. »

Noemy haussa les épaules.

« - Moyen, ce n'est pas bon, et encore moins excellent, donc ça n'a pas d'intérêt. »

« - Qui vous a enseigné ce concept erroné ? »

« - Mon père. »

« - Et bien, vous avez vous-même scellé votre esprit à cause de cette fausse idée reçue. Oubliez définitivement ces idées élitistes, elles ne sont que très rarement d'application dans le monde magique. À présent, vous ne pouvez plus vous permettre de ne pas développer cette capacité. »

La Serpentard fronça les sourcils.

« - À présent ? Vous voulez dire qu'avant j'aurais pu m'en passer ? »

« - Tant que votre esprit était scellé, vous étiez pratiquement insensible au Lien. »

« - Et maintenant je ne le suis plus ? Je vais vous avoir dans ma tête ? Mais c'est hors de question ! »

Elle s'était levée et avait haussé le ton. Rogue répliqua comme si de rien n'était.

« - Ce n'est pas comme une serrure que l'on ouvre ou ferme. Le passage de l'insensibilité totale à votre niveau normal se fera progressivement, mais il est évident que le Lien accélèrera les choses. Vous allez donc devoir vous entraîner et discipliner votre esprit. »

La jeune femme se rassit et resta un instant silencieuse.

« - Et bien, allons-y, » soupira-t-elle enfin. « Entraînez-moi. »


(1) Traduction:

Un jour nuageux, on a tous deux perdu le jeu
On a dérivé tellement loin


Voili, voilou, avec beaucoup de retard, et je m'en excuse, j'ai été pas mal occupée ces deux derniers mois. Mais ne vous inquiétez pas, la suite avance bien, très bien même, j'en suis d'ailleurs étonnée, j'écris de manière relativement fluide depuis deux semaines. J'espère en tous cas que vous appréciez toujours mes personnages, même s'ils ne sont plus exactement ce qu'ils étaient au début. Bonne lecture!

Lupinette