Chapitre 4
Le lendemain matin je retrouvais Amélia attablée devant son petit déjeuner dans la cuisine. Elle me gratifia d'un "salut coloc, bien dormi ?" tout en me servant une tasse de café (un ange cette fille !). Je lui rendis son salut et lui demandais si elle s'était remise des événements d'avant-hier soir, étant donné qu'on ne s'était pas parlé depuis. Elle m'expliqua que pour elle, les choses étaient plus ou moins rentrées dans l'ordre. Elle avait, bien entendu, éprouvé une peur bleue sur le coup, mais étant donné qu'elle n'avait pas vraiment de contact avec les vampires, elle s'était vite remise. Elle s'inquiétait plutôt pour son père et ses contrats passés avec la reine. Allait-il pouvoir continuer son travail maintenant qu'un nouveau roi s'était emparé du pouvoir ?Elle me raconta aussi qu'elle avait passé sa journée d'hier au bureau du cabinet d'assurance, la secrétaire était malade et on l'avait appelé hier matin pour lui demander si elle était libre quelques jours pour la remplacer. Puis le soir, elle était sortie au cinéma avec son petit copain du moment, le lycanthrope, Tray Dawson. Après m'avoir raconté à quoi elle avait passé son temps, elle s'enquit de mon état d'esprit :
"Et toi ça va ? Comment tu prends la chose avec le nouveau roi des vampires ? Tu as revu Quinn ? "
Je lui parlais alors de la visite matinale de mon petit ami la veille et lui confiait mon incapacité à m'y retrouver dans les sentiments que j'éprouvais. Je pouvais lire dans son esprit qu'elle était désolée pour moi et qu'elle aurait bien voulu m'aider, mais elle ne savait pas comment.
Je lui parlais de mon impuissance à couper le lien de sang qui me reliait à Eric et lui avouais être parvenu à la conclusion que c'était ce lien l'origine du problème. Sans lui, j'étais sûre de pouvoir décider lequel des deux hommes choisir.
J'avais bien un temps pensé demander de l'aide à mon arrière grand père Niall, mais j'avais comme dans l'idée que la seule solution qu'il me proposerait pour couper le lien serait la mort d'Eric et je ne pouvais m'y résoudre. J'omettais délibérément de parler de cette solution à Amélia qui ne connaissait pas l'existence de mon aïeul.
Non, je ne voyais pas ce qui pouvait m'aider à me débarrasser de ce lien inexplicable, magique…
Soudain, nos regards se croisèrent, la même idée venait de traverser nos deux esprits en même temps. Si ce lien était vraiment d'origine magique, alors peut-être que la magie avait le pouvoir de m'en débarrasser ? Amélia était d'accord avec moi sur ce point, seulement elle n'avait encore jamais entendu parler d'une telle chose. Elle me promit néanmoins de faire des recherches sur le sujet :
« Qui sait, il existe peut-être un rituel, une formule magique ou même une potion capable de rompre le lien ? Je peux essayer de contacter certains de mes amis sorciers de la Nouvelle-Orléans pour leur demander de l'aide. »
Elle avait l'air déterminé. Ca me touchait qu'Amélia soit prête à renouer des contacts avec ses anciens amis. Son départ de la Nouvelle-Orléans ne s'était pas fait dans les meilleures conditions à cause de ce qui était arrivé à Bob, ensuite, l'ouragan Katrina était passé par là. Elle me demandait quand même d'être patiente, car elle ne savait pas au juste par où commencer ses recherches, et aussi de ne pas fonder tous mes espoirs sur elle, car elle n'était pas sûre de trouver quelque chose.
Elle me quitta pour se rendre à son travail et moi je me sentais le cœur un peu plus léger. Je n'aurais pas dû, car je n'avais aucune certitude qu'Amélia pouvait m'aider à résoudre mon problème, mais pour la première fois depuis des semaines j'entre-apercevais enfin un début de solution. Et puis ça faisait du bien de pouvoir se confier entièrement à quelqu'un à ce sujet.
Etant de repos les deux prochains jours, je décidais de consacrer mon temps à mes occupations habituelles (bronzette si le soleil voulait bien se montrer, ménage, rangement, courses…) plutôt que de me morfondre sur mon sort.
Plusieurs jours passèrent sans qu'Amélia ne puisse me donner de réponse favorable. Pas de nouvelles des vamps non plus, même si j'apercevais parfois Bill rôder autour de ma maison la nuit. Malgré tout, je n'arrivais pas à en vouloir à Eric, il devait avoir énormément de travail depuis la mise en place du nouveau régime. Plusieurs fois, je me retins de passer un coup de fil à Quinn. A quoi bon ? Je ne savais pas quoi lui dire. Il était parti en colère, sans un mot, je ne savais même pas s'il me répondrait. Lui non plus ne m'appelait pas…
Je devais me retenir pour ne pas harceler Amélia, l'attente me paraissait si longue, mais je savais qu'elle faisait tout son possible, elle consacrait beaucoup de temps libre à ses recherches. Je m'en voulais aussi de fonder tant d'espoirs sur elle, alors que mon amie n'était pas sûre de trouver de quoi m'aider. Elle m'avait bien mise en garde!
Puis arriva finalement l'inattendu…
Je servais son hamburger Lafayette à Jason et une salade au poulet à sa dernière conquête dont je ne me rappelais pas le nom, lorsque mon téléphone portable vibra dans ma poche. Je m'éclipsais discrètement aux toilette pour lire le message que je venais de recevoir. Ce n'était pas dans mes habitudes de recevoir des appels ou des messages pendant mon service, ce qui avait donc aiguisé ma curiosité. Le message était d'Amélia : "trouvé possible soluce à ton pb, t'attends ce soir pour en parler – AB ".
Je n'en croyais pas mes yeux, à tel point que je relus plusieurs fois les quelques mots. Je jetais un coup d'œil à ma montre, je n'en étais qu'à la moitié de mon service. La soirée promettait d'être longue… J'envoyais un rapide "ok" à Amélia, avant de ranger mon téléphone et de rejoindre la salle pour continuer mon service.
Il n'y avait malheureusement pas foule ce soir là. Je faisais et refaisais le tour des tables en distribuant sourires et mots gentils pour éviter de passer le reste de mon service à trépigner d'impatience.
Quand vînt enfin l'heure H, je me précipitais dans le bureau de Sam pour y récupérer mes affaires tout en me débarrassant au passage de mon tablier. Je lançais un :
"Bye Sam, à demain" auquel mon patron me répondit :
"Tout va bien Sookie ? Tu es pressée ce soir on dirait ?" (Heu vraiment, ça se voit tant que ça ?)
Je me contentais de lui expliquer vaguement que malgré l'heure tardive, j'avais des projets avec Amélia (ce qui n'était pas un mensonge), et me dépêchais de passer la porte pour couper court à la conversation. Je n'entendis pas la réponse de Sam à supposer qu'il y en avait une. Déjà je me trouvais devant ma voiture, dont j'ouvrais la porte. Au moment où je m'y engouffrais, Eric se matérialisa à côté de moi (un coup à vous filer une crise cardiaque, je crois que je ne m'y ferais jamais), je ne l'avais même pas vu arriver.
Une bouffée de bonheur m'envahit soudain, je n'éprouvais tout à coup plus aucune précipitation à filer chez moi, et pourquoi diable, était-il aussi séduisant ? Saleté de lien du sang ! Mais avec un peu de chance, j'allais bientôt en être débarrassée.
"Bonsoir Sookie." Pourquoi fallait-il toujours qu'il tombe au mauvais moment ? Je réussis tout de même à me rappeler qu'Amélia m'attendais à la maison et au prix d'un énorme effort, je tentais de congédier Eric :
"Bonsoir Eric, je suis désolée, mais je n'ai pas vraiment le temps pour toi ce soir, ma colocataire m'attend à la maison."
- A dire vrai, je n'ai pas beaucoup de temps moi non plus, je suis toujours en plein travail avec les sbires de Felipe de Castro. Mais ça fait longtemps que je ne t'ai pas rendu visite, j'avais envie de te voir…"
Mon esprit commençait sérieusement à s'embrumer. Comment s'y prenait-il pour me mettre dans des états pareils ? Etait-il vraiment venu pour me voir ou avait-il eu vent de mes projets de couper notre lien ? Non ça n'était pas possible, Eric pouvait percevoir mes émotions, mais pas lire dans mes pensées, il ne pouvait pas connaître mes intentions…
"Je tenais aussi à m'excuser que tout ceci soit arrivé dans ta maison, je n'avais pas l'intention de te mettre en danger, mais tout est allé si vite."
Eric s'excusait? Ca n'était encore jamais arrivé dans mes souvenirs, mieux vaut tard que jamais !
"Excuses acceptées, tu n'y était pour rien.
-Je dois tout de même te prévenir que le roi sait qui tu es. Il connait ton « don » et s'y intéresse probablement. Il n'a pour l'instant pas manifesté le désir de recourir à tes services, mais je te promets de faire ce qui est en mon pouvoir pour te protéger de lui et l'empêcher de se servir de toi. J'ai aussi chargé Bill de veiller sur ta maison. "
A mes yeux j'avais plutôt l'impression que Bill était chargé de m'espionner. Quant à la prétendue protection d'Eric contre le roi De Castro, qui me disait que ce roi voulait vraiment me nuire ?A mon avis, Eric avait plutôt peur de perdre le contrôle qu'il exerçait sur moi et de devoir partager mon prétendu don avec quelqu'un d'autre. Il avait beau débiter de belles paroles devant moi, je ne pouvais m'empêcher de me demander si elles étaient sincères ou si ce n'était pas une énième stratégie du viking pour parvenir à ses fins…
"Oui, je sais, Bill me l'a dit. Merci de t'inquiéter pour moi.
- Je vais te laisser rentrer chez toi. J'espère pouvoir te rendre une autre visite bientôt.
- Alors à bientôt peut-être."
En un instant, il s'était à nouveau évanouit dans les airs. Pas une fois il n'avait mentionné Quinn. Il devait pourtant être au courant de sa visite le matin suivant l'attaque du Nevada. Quant à moi, j'aurais dû lui demander des comptes au sujet de Quinn et de cette interdiction de séjour dans la cinquième zone, lui montrer à quel point cela me déplaisait. Mais comme à mon habitude, depuis qu'Eric et moi avions échangé nos sangs à Rhode, j'étais quasiment incapable de formuler le moindre reproche devant lui.
J'avais assez perdu de temps, je me mettais enfin en route pour retrouver Amélia. J'avais attendu ce moment toute la soirée, il me tardait de savoir si la trouvaille de "ma sorcière bien-aimée'' m'aiderait à m'éclaircir les idées et m'apporter la solution au dilemme qui occupait mon esprit.
