Chapitre 3 :
Captivité
Ely sortit doucement de sa torpeur. Un violent mal de crâne survint, l'obligeant à rester immobile. Elle se souvenait vaguement de la soirée de la veille. Un restaurant, lui vint premièrement à l'esprit. Marion les avait emmenées, un restaurant indien succulent. Ely avait raffolé de leur poulet, servi avec un excellent riz basmati. Le patron leur avait même offert le dessert par galanterie, une spécialité indienne qu'il n'avait pas voulu nous révéler. Elles avaient passé une bonne partie de la soirée à se remémorer leurs années du secondaire à Athènes. Ensuite, elles étaient parties dans un bar près du Sacré Cœur, à quelques rues du lieu où elles avaient mangé, où il y avait une ambiance bien particulière. A chacune de leur soirée, elles finissaient par s'y rendre, n'ayant trouvé nulle part d'aussi bon mojito. Ely se souvint vaguement d'une petite dispute avec Marion et Laura, à propos des hommes, elle n'avait eu aucun sens à ses yeux. Mais peu importe, elle avait fini par se retrouver toute seule au bar, et de s'être faite accoster par un homme. Un flash traversa son esprit, elle se vit avec lui dans une rue sombre. Il l'avait bloquée contre un mur, ses paroles raisonnaient encore dans son crâne. Tout était allé très vite à partir de ce moment. Ses souvenirs étaient totalement incohérents, elle ne voulait pas y croire. Ely tentait de se rassurer en se disant que la drogue que lui avait donnée son agresseur, lui avait provoquée ces illusions. Les vampires ne pouvaient pas exister, ils étaient le fruit de l'imagination d'auteurs, et cinéastes. Personne ne l'avait mordu au cou, tout n'était qu'un mauvais trip. Elle tenta de bouger les membres de son corps. Ils répondaient tous à ses appels, avec plus ou moins de difficultés. Ils étaient engourdies, douloureux. Elle bougea ses mains sur le drap qui recouvrait le lit. Elle sût aussitôt qu'elle n'était pas chez elle. La peur la saisit, mais où pouvait-elle bien se trouver ? A l'hôpital ? Ce qui était tout à fait probable après ce qu'elle venait de traverser. Marion et Laura avaient dû s'inquiéter pour elle, et partir à sa recherche. Ely espérait de tout son cœur qu'elles étaient arrivées à temps que les choses aillent plus loin, même si ses douleurs réduisaient considérablement ces parts de chance. Elle prit une longue et profonde inspiration, et usa de toutes ses forces pour soulever ses paupières. La lumière éblouissante aggrava ses maux de tête. Toute la pièce était floue. Après plusieurs efforts, elle put distinguer une grande pièce blanche, ressemblant étrangement une chambre d'hôpital. Elle poussa un soupir de soulagement. Finalement, quelqu'un l'avait trouvée. Elle n'avait pas la force de tourner la tête pour en découvrir un peu plus sur le lieu où elle se trouvait. Son réveil lui avait beaucoup coûté en énergie, et sa tête la faisait atrocement souffrir. Elle déglutit difficilement, la bouche pâteuse comme si elle avait trop bu la veille. Elle plissa les sourcils, et sentit sa peau tiré à ce mouvement. Elle réussit à soulever son bras avec beaucoup de peine, la mâchoire crispée pour outrepasser au-delà de la douleur. Du bout des doigts, je sentis plusieurs points de sutures, ainsi qu'une plaie.
_Je ne vous conseille pas d'y toucher. Dit une voix venant du couloir
Surprise, Ely tourna un peu trop vite la tête. Une vive douleur lui foudroya le crâne. Elle ferma les yeux, et porta une main sur son front pour tenter de faire passer la douleur. Des pas s'approchèrent de son lit, elle n'avait pas eu le temps de voir la personne. Les mains qui touchèrent son bras étaient rugueuses, et semblaient viriles. Elle était persuadée de faire face à un homme, plutôt âgé.
Inspirez profondément, le mal de tête s'atténuera.
Elle suivit son conseil, remplissant à bloc mes poumons. Au bout de quelques minutes, la douleur commença à s'amoindrir. Malgré son expérience, il n'était jamais facile de se mettre à la place du patient. Le personnel avait beau leur dire les gestes à faire, il ne ressentait jamais la même chose. Les mouvements d'Ely étaient un peu plus amples, et moins douloureux.
_Je vous ai augmenté la dose de morphine. Vous allez un peu avoir la tête qui tourne, mais vous vous sentirez mieux.
_Oui, je sais. Je me sens déjà un peu mieux. Où est-ce que je suis ?
Ely rouvrit doucement ses paupières, et tourna la tête vers son interlocuteur. Ses soupçons furent confirmés. L'homme qui se trouvait à ses côtés devait avoir un peu plus de 50 ans. Des rides profondes marquaient son front, ainsi que ses joues. De grands yeux ambrés perçaient son visage, illuminé par son sourire. Une petite barbe naissait au creux de ses joues. Une masse de cheveux gris recouvraient son crâne, il était rare de voir un homme de cet âge en avoir autant. Il était pas plus grand qu'Ely, et possédait néanmoins un physique d'athlète, le genre d'homme qui continue à s'entretenir malgré les années. Ely eut l'étrange impression qu'il irradiait, telle une lumière. Elle ferma les yeux, et les rouvrit, pensant que la morphine jouait sur son cerveau. Cette réaction tira un sourire au vieil homme.
_Dans un centre privé. On vous a retrouvés inconsciente dans la rue. Vous avez eu beaucoup de chance cette nuit. Vous vous souvenez de ce qui c'est passé ?
La jeune femme préféra porter son attention sur le mur opposé pour ne pas montrer sa gêne.
_Vaguement. J'ai des sortes de flashs… C'est assez troublant.
_La mémoire va vous revenir, ne vous inquiétez pas. Vous avez subi un choc au niveau de la tête, vous vous êtes ouvert l'arcade droite. J'ai dû vous recoudre, vous cinq points de sutures. Je n'ai rien vu d'autres d'inquiétants.
Le visage d'Ely s'empourpra, et instinctivement elle souleva les draps. Elle n'était vêtue que d'une chemise d'hôpital, un peu légère.
_Où sont passés mes vêtements ? s'empressa-t-elle de demander
_Heu… Je suis navrée mais, je ne pense pas que vous pourrez les remettre. Nous avons dû les découper pour vous vérifier que vous n'aviez pas d'autres blessures. Nous sommes allés au plus vite.
_Quoi ? Vous savez combien coûtait ses vêtements ? hurla Ely, folle de rage
_Vous préfériez qu'on vous laisse mourir dans vos beaux vêtements, ou qu'on vous sauve la vie ?
Ely voulut répondre, mais rien ne lui vint à l'esprit. Il avait raison sur toute la ligne, elle qui avait tant l'habitude de tenir ce genre de discours à ses patients ! Elle passa une main dans ses cheveux, tout ça n'avait aucun sens pour elle. Les souvenirs étaient trop confus dans sa tête, elle ne parvenait pas à les mettre dans un ordre correct. Soudain, elle se souvint d'une sensation, une sensation très douloureuse. Instinctivement, elle porta une main sur son épaule. Elle ne sentit rien, mais mit cela sur le compte de la morphine.
_Vous dites que vous n'avez trouvé aucune autre blessure importante à part mon arcade ?
_Non, pourquoi ? sollicita le médecin, soudainement captivé par la question d'Ely
_Je sais que ça peut paraître stupide, mais je crois que mon agresseur m'a mordu au niveau du cou.
_Comment ça ?
_J'ai eu une sorte de flash avant de me réveiller. Il… Il me maintenait contre le mur, en me disant toute ces choses étranges.
_Quelles choses ? me coupa-t-il
_Qu'il n'avait pas le choix, qu'il devait le faire pour prouver sa valeur… C'est assez confus. Mais ça a quelle importance ?
_Continuez ? dit-il en prenant place sur le bord de mon lit
_Il s'est approché de mon cou, je ne pouvais pas me défendre. La drogue m'avait complètement paralysée. Et l'instant d'après, il m'a utilisé comme bouclier, je ne sais plus pourquoi, et il m'a plantée ses dents dans le cou. La douleur était à la limite du supportable. Vous êtes sûr de n'avoir rien vu ? Il doit y avoir une trace, c'est pas possible.
_Je n'ai rien vu de tel.
_Quel médecin êtes-vous pour ne pas écouter votre patient ? s'obstina Ely
Elle avait toujours eu le don pour tomber sur les incapables. Ely le foudroya du regard, ce qui convaincu apparemment le vieil homme. Il repoussa ses cheveux en arrière, et tira le bout de sa chemise pour dénuder son épaule. Il l'examina pendant plusieurs minutes minutieusement. Il fit la même chose avec l'autre épaule, avant de se tourner vers la jeune femme, l'air satisfait.
_Vous n'avez absolument rien mademoiselle.
_Je vous assure que si ! Je l'ai senti, je ne suis pas folle.
_Certaines drogues peuvent provoquer des hallucinations.
Ely se prit la tête dans ses mains, son mal de tête avait repris en puissance malgré la morphine. Une personne héla le vieil homme dans le couloir, cette voix n'était pas étrangère à Ely, mais elle ne parvenait pas à mettre un visage dessus. Le vieil homme s'excusa auprès de la jeune femme, et sortit de la pièce d'un pas assuré. La jeune femme en profita pour examiner l'endroit où elle se trouvait. La chambre n'était pas conventionnelle, vu les moulures au plafond et l'arc des fenêtres, l'immeuble était ancien. Les diverses lumières à l'extérieur indiquaient qu'il se situait en ville. Les phares des voitures qui passaient dans la rue, éclairaient par intermittence la pièce. Les murs n'étaient pas totalement blancs, mais composés de vieilles pierres, comme étaient faites les anciennes maisons. Néanmoins, la salle était équipée du meilleur matériel médical du moment. Les voix commençaient à s'échauffer à l'extérieur, Ely savait qu'elle en était le centre. Un bruit sourd résonna dans la salle, comme si quelqu'un venait de frapper le mur violement. La peur monta en Ely, elle devait absolument sortir d'ici. Elle avait une perfusion intraveineuse au niveau du coude gauche, reliée à divers poches d'antibiotiques, ainsi qu'à une seringue automatique de morphine. Elle attendit quelques minutes, le temps que les choses se calment dans le couloir. Elle vit le vieil homme passé, son visage avait perdu tout sourire. Elle entendit le bruit de pas, partant dans la direction opposée. C'était le moment ou jamais. Elle trouva un chariot de premiers soins près de son lit.
Avec difficulté, elle s'assit sur le bord du lit. Le spectacle qu'offraient ses jambes n'était pas joli, elles étaient recouvertes de bleus. Sa cheville droite virait quasiment au noire. Le sol était gelé sous la plante de ses pieds. Elle attrapa d'une main le chariot et la ramena près d'elle. Elle avait fait un nombre incalculable cette procédure, Ely savait exactement ce qu'elle devait faire. Elle commença par défaire les tuyaux reliés aux poches, et à la morphine, puis elle appliqua une compresse sur la perfusion avec sa main droite – par chance, elle était droitière. Tout en maintenant une bonne pression, elle fit glisser hors de son coude la perfusion délicatement. Elle replia son coude sur lui, pour éviter une petite hémorragie. Ely retira d'un geste les sondes collées à son corps, branchées au moniteur pour mesurer ses constantes. D'un geste prudent, elle se leva de son lit, gardant un appui sur son lit. Apparemment, ses jambes la maintenaient correctement. Elle avança d'un pas hésitant, mais elle perdit l'équilibre, tombant sur le chariot de soins. Sa chute lui réveilla toutes ses douleurs, estompées par la morphine. Ely serra des dents pour éviter de crier, mais tout le monde avait dû entendre le bruit de sa chute. Malgré cela, elle continua son avancé. Elle se servit du chariot pour la rapprocher le plus possible du mur, où elle se laissa glisser dessus. Par chance, les pierres dessinées dessus permettaient à la jeune femme d'y avoir un bon appui. Elle continua comme ça jusqu'à la porte. Ses jambes retrouvaient peu à peu leur motricité à force de marcher, mais Ely avait encore besoin de se maintenir sur quelque chose. Elle parvint à atteindre le couloir, il était sombre et étroit. Aucun moyen de savoir par où était la sortie. Ely allait devoir faire confiance aveuglement à son instinct si elle voulait sortir de là. Elle tourna à droite, où elle avançait doucement, ayant peur que ses jambes la lâchent à tout moment. Le cœur battant, elle continuait à marcher le long de ce couloir interminable.
Des gouttes de sueur perlaient le long de son front, et l'aveuglaient par moment. L'effet de la morphine commençait à se dissiper, ses articulations la faisaient de nouveau souffrir, et son mal de tête refaisait surface. Ely puisait dans des ressources qui lui étaient encore inconnues. Si elle avait été en meilleure forme, et moins esquintée, cette distance ne l'aurait quasiment pas épuisée, mais là elle n'en pouvait plus. Elle finit par apercevoir une cage d'escalier un peu plus loin. A cette vue, elle sentit ses muscles regagner une nouvelle énergie, au point de s'éloigner du mur. Elle accéléra la cadence de ses pas, un peu trop vite pour ses jambes, encore meurtries. Ses pieds s'entremêlèrent entre eux, et la jeune femme perdit l'équilibre. Elle s'attendit à tomber de tout son poids sur le sol, mais deux bras venaient de la rattraper dans son vol.
_Mais, qu'est-ce que vous faites là ?
Cette voix… C'était celle de tout à l'heure. Elle leva ses yeux vers lui. Par elle ne sait quelle lumière, son visage était baigné dans une lumière tamisée. Ce fut le flash qu'elle attendait, le détail qui lui permettrait de tout remettre en place. Les images reprenaient leur place exacte chronologiquement : leur rencontre en début de matinée, puis l'épisode du bar où il s'était fait passer pour son petit-ami, et pour finir son agression. Elle savait désormais qu'elle n'avait pas rêvé, ou que tout ce qu'elle avait vu n'était un des effets de la drogue. Tout était vrai. De stupeur, elle lâcha prise, et tomba sur le sol, les fesses les premières. Ian n'avait pas eu le temps de la rattraper de nouveau, trop surpris de la voir. Ely ne parvenait à y croire, ou plutôt ne voulait pas. Mais cela n'était pas le moment d'en débattre, elle devait quitter cet endroit. Elle prit appuie sur le mur pour se relever, sous le regard ébahi d'Ian, et continua son chemin vers les escaliers.
_Où est-ce que vous allez comme ça ?
_Ca ne vous regarde pas. Répondit Ely, la mâchoire crispée
_Très bien. Dit-il en prenant appui le dos contre le mur
Il avait repris son assurance habituelle. Il prit une cigarette qu'il avait coincée au dessus de son oreille, et l'alluma. Il était impressionné par la détermination de cette femme. Elle ne reculait devant rien quand elle avait une idée en tête. Mais la voir dans cet état désastreux le perturbait plus qu'il ne désirait. Les vampires n'avaient jamais eu la réputation de bon samaritain, mais il était rare qu'ils s'acharnent autant sur leur victime, surtout en présence d'archanges. Ely tomba à nouveau le tirant de ses pensées. Il se pencha près d'elle. Ses membres tremblaient à cause de l'effort qu'ils avaient fourni à force de l'avoir porter jusque là. Ses yeux étaient cachés par quelques mèches de ses cheveux, mais il savait qu'elle était en train de le fusiller du regard.
_Je crois vous avoir déjà dit que c'était mauvais. Déclara-t-elle
Ian sourit en l'entendant, elle lui avait tiré le même discours dans la matinée. Des bruits venant du couloir lui firent reprendre un ton plus sérieux. Tandis que le visage d'Ely se décomposa en le voyant. Elle n'avait pas fait autant d'efforts pour en finir là. Elle s'appuya de nouveau sur le mur, mais ses jambes refusèrent de la soulever.
_Ils sont à votre recherche.
_Je ne veux pas y retourner
Ian était partagé entre son devoir envers les siens, et la leur remettre, et son désir de la protéger. Néanmoins, il voulait à tout prix savoir ce qui c'était passé quelques heures auparavant, et elle était la seule à avoir la réponse. Il lui suffit d'un millième de seconde pour prendre sa décision. Ely haletait sur le sol, essayant de récupérer comme elle le pouvait. Ian passa son bras sous les jambes de la jeune femme, et la souleva du sol.
_Non, mais qu'est-ce que vous faites ? s'offusqua Ely, en se débattant
_Vous voulez partir d'ici, ou non ?
_Je peux…
Il ne la laissa pas finir sa phrase en s'engouffrant dans la pièce, par laquelle il était apparu. Il ferma derrière lui la porte d'un coup pied. Il traversa la chambre jusqu'à une sorte de placard. Il l'ouvrit d'une main, et y déposa délicatement Ely dedans.
_J'espère bien que vous n'avez pas l'idée de m'enfermer dedans, hein ?
_Vous devrez vous en contenter !
Sur ces paroles, il ferma la porte. Elle commença à taper sur la porte pour qu'il vienne lui rouvrir, mais elle stoppa tout mouvement où la porte de la chambre se mit à trembler violement. Ely pouvait assister à la scène étant donné que les portes étaient adaptées comme des stores vénitiens. Personne ne pouvait la voir, à sa différence. Elle porta une main devant sa bouche pour cacher sa respiration, au moment où Ian vint ouvrir la porte. Le vieil homme était en arrière, accompagné de deux créatures étranges. Elles ressemblaient de loin à un être humain, malgré leur peau grise, mais en y voyant de plus près, leurs yeux étaient étrangement bridés, cachant un iris jaune transpercé verticalement par un trait noir. De profondes cicatrices en forme de V parcouraient leur front. D'autres traces semblables entaillaient leurs joues. Ely cherchait vainement où pouvait se trouvait leu nez, lorsqu'elle remarqua deux petites fentes qui faisaient office de narines. Ils ne possédaient pas de lèvres, laissant à la vue de tous leurs dents pointues, aiguisées. Leur crâne était dépourvu de cheveux, luisant à la lumière. Les monstres ne portaient que comme vêtements un morceau de tissus partant de ses deux épaules, coincés dans une sorte de pagne autour de la taille. Leurs bras musclés, ainsi que leur torse étaient laissés à l'air libre. Leurs mains étaient grandes et puissantes, elles pourraient sans aucune difficultés majeures écrasées le crâne d'un adulte. De plus, elles étaient armées de longues griffes. Leurs jambes étaient tout autant musclées, lui permettant de couvrir de longues distances rapidement. Une odeur nauséabonde dégageait de leurs corps, donnant à Ely des maux de cœur. Ces monstres étaient le genre d'être qu'il ne fallait jamais rencontrer au cours de sa vie, au risque d'encourir la mort. Le vieil homme s'approcha d'Ian, qui ne prêtait aucune attention à ces gardes du corps.
_L'humaine s'est échappée. Je ne pense pas qu'elle ait pu aller loin dans son état. Tu ne l'aurais pas vu par hasard ? le questionna-t-il en examinant la pièce du regard
_Non. Elle sait des choses sur nous ?
_J'ai réussi à semer la confusion dans son esprit, mais on n'est jamais assez prudent. Elle a été témoin de la scène… continua-t-il en entrant dans la pièce
_Victime. Rectifia Ian en le suivant des yeux
_Victime si tu veux. Mais elle se posait beaucoup de questions. Je ne sais pas ce que lui avait donné le vampire – ce qui est étrange comme attitude – mais elle avait oublié certains détails sur son agression. Néanmoins, elle s'en rappelait de certains, comme lorsqu'il l'a mordu. C'est assez étonnant, habituellement, ils oublient tous ce moment. Pas elle. Cette situation est étrange, tu ne trouves pas ?
A la fin de sa phrase, le vieil homme passa près du placard où était cachée Ely. Elle se colla un peu plus contre la paroi pour se dissimuler sous son regard drastique. Elle alla même jusqu'à cesser de respirer, ce qui était la meilleure des solutions en raison de l'odeur que dégageait les deux monstres.
_Je ne crois pas qu'il avait l'intention de la tuer cette nuit, tout du moins pas immédiatement. Il en avait besoin.
_Intéressant, ce que tu viens de me révéler. Ceci demande réflexion. Il est bien tard pour s'y mettre maintenant. Je ne me suis pas aperçu de l'heure qu'il était, tu dois te reposer après ce qui c'est passé. Je suis navré de t'avoir dérangé Ian. Déclara-t-il quelque peu déçu de n'avoir rien trouvé ici, et se rapprochant de la porte, Nous avons tous besoin de repos après cette journée agitée.
_Comment ça ? demanda aussitôt Ian
_Des questions diplomatiques. Certains remettent en cause l'existence de la zone neutre. Bien entendu, ceux sont qui n'ont pas vécus les années tourmentées, où la guerre faisait rage. Ils ne savent pas le nombre d'entres nous sont tombés à cause de ces rivalités absurdes. Je vais essayer de retrouver cette jeune femme, elle doit être perdue à l'heure où on parle. Cette batisse est un véritable labyrinthe quand on ne la connaît pas !
Le vieil homme sortit de la pièce, après avoir salué Ian de la tête. Ely eut l'impression qu'une des créatures avait le regard rivé sur elle. Elle rapprocha ses jambes contre sa poitrine, pour se cacher un peu plus. Mais Ian ferma la porte derrière eux, les laissant plus que tous les deux dans la pièce. Il attendit quelques minutes, interminables pour la jeune femme, pour venir la libérer. Le visage d'Ely avait étrangement palie.
_Les toilettes… murmura-t-elle
_Pardon ?
_J'ai besoin d'aller aux toilettes immédiatement ! s'obstina-t-elle
Ian ne prit pas plus de temps à réfléchir, et haussa des épaules. Il aida Ely à se relever, qui tenait un peu plus en équilibre, et l'amena dans la salle bain. Une fois dans la pièce, elle se précipita vers les toilettes pour se vider l'estomac. L'odeur des créatures avait été insupportable pour elle. Néanmoins, elle était parvenue à se contrôler, pour éviter de se faire repérer. Préférant garder un œil sur elle, Ian ne referma pas la porte derrière elle, et prit appui sur le chambranle de celle-ci. Il attendit patiemment qu'elle finisse de se soulager. Il savait ce qui l'avait rendue, en général, elles avaient ce genre d'effets sur les personnes. Il avait eu la même réaction qu'elle, la première fois qu'il les avait vues. Au moment où elle se sentit mieux, Ely sortit sa tête de la cuvette des WC, et se laissa aller contre le mur, les paupières clauses. La fraîcheur qu'il dégageait lui fit un bien fou, après ce qu'elle venait de vivre, toutefois elle attendait des réponses que seul Ian pouvait lui donner. Elle baissa son visage, et se concentra sur autre chose que lui, la façon dont il la regardait, la mettait bien trop mal à l'aise.
_Qu'est-ce que c'était ?
_Vous les avez vu ? demanda-t-il surpris
_Ils passent difficilement inaperçus. répliqua Ely sur un ton narquois
_Les humains ne peuvent pas les voir normalement, ils en n'ont pas la capacité.
_Qu'est-ce que ça veut dire ? Que je ne suis pas humaine ? s'emporta la jeune femme face au ton indifférent qu'il employait
_C'est une possibilité à prendre en compte.
Ely fit les yeux ronds, elle divaguait forcément. Elle s'accrochait à l'idée que rien n'était réel. Elle ferma les yeux, et pressa ses poings contre ses tempes. Elle murmurait des prières que sa mère lui avait apprise quand elle était petite. Ian se rapprocha d'elle, et prit appui sur ses genoux. Il lui prit ses mains, malgré la réticence de la jeune femme. Ses yeux étaient brouillés par les larmes.
_Ce n'est qu'une supposition, comme tant d'autres.
_Qu'est-ce que je suis alors ? posa-t-elle comme question, la voix tremblante
_La soirée a été assez mouvementée comme ça, vous ne croyez pas ?
_Je me sens tellement fatiguée…
_Vous avez été agressée, en plus d'être droguée. Votre corps a subi de grands dommages cette nuit, vous avez besoin de repos. Je vais vous ramener chez vous.
Ian se releva, et prit Ely pour l'aider à se relever. Elle s'agrippa à son bras du mieux qu'elle pouvait, ses jambes la tenaient avec beaucoup de mal sur le sol. Ne voulant pas non paraître faible aux yeux d'Ian, elle lâcha l'appui qu'il lui proposait, retrouvant un semblant d'équilibre grâce aux objets qui l'entourait. Ian haussa des épaules, après tout, elle faisait ce qu'elle veut. Il se dirigea vers le lit, où gisait une veste en cuire. Il la prit, et la jeta sur ses épaules. D'une main, il attrapa aussi un trousseau de clé sur la table de nuit, tandis qu'Ely rentrait dans la pièce. Elle profita du fait qu'il lui tournait le dos, pour admirer la musculature de son dos. Il était vraiment bien bâti, juste avant qu'il ne mette sa veste, elle avait pu voir les muscles de son dos se dessiner à travers son t-shirt. Il se tourna vers elle, la surprenant sur le fait. Elle cacha son mal à l'aise en levant un sourcil. Ian esquissa un petit sourire imperceptible, et se rapprocha de la fenêtre. Un grincement désagréable emplit la pièce, suivi d'un petit courant d'air frais, ce qui fit rappeler la tenue que portait la jeune femme. Ian avait déjà une jambe sur le balcon en ferraille, où donnait la fenêtre, lorsqu'Ely l'interpella.
_Vous rêvez ou quoi ? Il est hors de question de passer par là !
_A moins que vous voulez traverser le manoir, c'est le chemin le plus rapide et sûr pour vous.
_Non, vous ne m'avez pas compris du tout. Je ne sors pas d'ici, c'est tout.
_Pourquoi ?
_Comme si vous ne l'avez pas remarqué, je porte uniquement une chemise d'hôpital !
_Et en quoi c'est mon problème ?
_Vous le faites exprès ou quoi ? s'emporta Ely en plantant ses points sur ses hanches, je n'ai pas envie que tout le monde est une vue imprenable sur mes fesses !
Un sourire espiègle traversa le visage d'Ian, tenta d'imaginer la situation. Il rentra de nouveau dans la chambre, et s'approcha d'Ely, de façon à ce qu'elle soit coincée entre le mur et lui. La jeune femme fut prise de court. Elle n'avait pas d'autre choix que de soutenir son regard, qui en disait long, bien trop pour elle. Il posa un bras au dessus d'elle, contre le chambranle de la porte.
_Ca vous gêne à ce point ? demanda-t-il en laissant darder son regarder sur les courbes de la jeune femme
_Oui, c'est une question de fierté.
Ian secoua la tête, ne la comprenant pas véritablement la jeune femme. Il se rapprocha un peu plus d'elle. Ely cessa de respirer en voyant la distance qui les séparait se réduire à vu d'œil, mais il passa à côté d'elle pour prendre un jean et une chemise qui trainait à côté.
_Je pense que ça fera l'affaire. Gwen ne laissa jamais d'affaires ici quand il le faut Dit-il en les lui tendant
La dernière phrase, il l'avait murmuré dans sa barbe, de sorte qu'Ely ne puisse l'entendre, mais ce fut raté.
_Mouai, c'est déjà mieux que ça. souffla Ely en prenant les vêtements, et tournez-vous le temps que je me change.
Il se retourna, en retenant un rire mesquin. Une fois qu'elle se fut assuré qu'il ne la regardait pas, Ely défit les nœuds qui tenaient sa chemise au niveau du cou, et au milieu du dos. Elle la laissa tomber par terre, et enfila le jean et la chemise. Ces vêtements étaient trois fois trop grands pour elle, mais elle devait faire avec. Elle roula les manches de la chemise au dessus de ses coudes. Elle parvint à coincer comme elle le pouvait le jean, pour qu'il ne lui tombe pas au niveau des genoux. L'absence de sous-vêtements la gênait énormément. A aucun moment la jeune femme ne s'était pas aperçue que son corps se reflétait dans la fenêtre, juste en face d'Ian. Il n'avait perdu aucune goutte du spectacle qui c'était offert à ses yeux. Elle lui tapa sur l'épaule pour le prévenir qu'elle avait fini. Il s'avança vers la lucarne, et passa de l'autre côté. Ely était encore fragile, il lui tendit la main pour l'aider à le rejoindre. Cependant, Ely s'arrêta au moment de passer la seconde jambe. Ian soupira d'impatience.
_Qu'est-ce qu'il y a encore ? réplica-t-il sèchement
_Mes affaires. Je ne peux pas partir sans !
_Je vous les ramènerai, si ça peut vous rassurer. On doit y aller, le soleil ne va pas tarder à se lever.
_Non ! accentua-t-elle
_Et vous savez peut-être où elles sont, hein ? Je commence vraiment à regretter de vous avoir sorti de là, vous êtes pire qu'un boulet !
_Premièrement, je vous interdis de me traiter comme ça ! Et deuxièmement, sans mes affaires, je ne peux pas rentrer chez moi. Donc, c'est à vous de voir, soit vous m'aidez à les récupérer, soit vous laissez à la rue ! A vous de choisir.
La mâchoire crispée, Ian bouscula Ely et s'engouffra une seconde fois dans la chambre. Il la poussa contre le mur, mais plus violement que tout à l'heure.
_Restez-là, j'en ai pour cinq minutes. Compris ?
_Vous rêvez ou quoi ? Je viens avec vous ! Je ne veux pas me retrouver avec les affaires d'un autre.
Ian frappa le mur de son poing, qui vibra. Ely sentit la peur l'envahir, il était bien plus fort qu'elle le croyait, mais elle continua à soutenir son regard pour avoir gain de cause. Il finit par céder, et l'attrapa par le bras. Il ouvrit la porte, et après avoir vérifié qu'il était vide, il s'avança dans le couloir. Ely ne disait rien, bien qu'elle ait l'impression qu'il allait lui arracher le bras à un moment donné, à force de le serrer comme ça. Ils marchaient vite, parcourant les couloirs au milles et une courbe. Elle ne se souvenait pas d'être passée par là, mais elle n'eut aucun mal à reconnaître la salle où elle avait été installée. Celle-ci était vide par chance. Ian lâcha Ely.
_On n'a que très peu de temps alors faites au plus vite ! lui ordonna-t-il en surveillant l'allée
Ely ne se fit pas prier, et fouilla la pièce, aussi vite que ses forces lui permettaient. Par chance, elle retrouva les lambeaux des vêtements qu'elle portait la veille. Il était impossible de réparer les dégâts. Son attitude était peu être ridicule, mais une larme coula du coin de son œil en voyant le carnage. Néanmoins, ses sous-vêtements étaient eux encore dans un bon état. Elle les fourra dans la poche du jean d'Ian. Peut-être qu'il la laissera les mettre avant de partir, ce qui serait étonnant. Elle continua à fouiller le même endroit, une intuition lui disait que le reste ne se trouvait pas loin. Bingo ! Son sac était là, comme la dernière fois où elle l'avait pu le tenir dans ses mains. Elle l'ouvrit en vitesse pour s'assurer qu'il ne manquait rien. Tout y était, les clés de son appartement, son porte-monnaie – complet –, son portable, son I-pod, et les accessoires indispensables à toute femme. Elle se tourna vers Ian pour lui annoncer la bonne nouvelle, mais il se trouvait déjà devant elle. Il se jeta sur Ely, et l'attira vers une pièce à côté qui communiquait avec la chambre. Ely n'avait pas remarqué l'existence de cette porte la dernière fois. Ian la plaqua contre lui, dos au mur. Une de ses mains bâillonnait la jeune femme, pour ne pas dévoiler leur présence. Heureusement, Ian avait eu le bon réflexe de fermer l'armoire où Ely avait retrouvé ses affaires, et d'éteindre la lumière. Rien ne pouvait trahir leur présence. Ely avait du mal à respirer à cause d'Ian, mais aussi car elle ne savait pas ce qui avait valu une telle précipitation. Elle entendit des bruits de pas dans la pièce d'à côté, ainsi que le cliquetis d'armes qu'on posait au sol. Un trait de lumière apparût sous leur porte. Ian s'en écarta d'un pas, et tenta de s'enfoncer un peu plus dans le mur.
_Je m'en doutais, elle est revenue ici. Ca m'étonnerait qu'elle ait été seule.
Ely se pétrifia, c'était la voix du vieil homme. Il ne cesserait donc pas de la laisser ? Les pas se rapprochèrent un peu plus. Ian était de plus en plus tendu, s'il se faisait prendre avec elle, il aurait à subir sa colère. La discrétion restait leur dernière arme… avec un peu de chance aussi. Il sentait le pou d'Ely s'accélérer sous mes doigts, une sensation étrange se répandit en lui à ce contact. Il voulait la rassurer, mais rien ne lui venait à l'esprit. Il était bien trop préoccupé par ce qui se passait à côté. Les conversations continuaient, dérivant sur un sujet dont Ian n'avait jamais entendu parler.
_Ses affaires personnelles ont disparu. Continua le vieil homme
_Vous me décevez.
_Elle est plus forte que nous le croyons. Nous ne répéterons pas la même erreur, je vous en fais la promesse.
_Mais en attendant, elle peut se trouver n'importe où. Comment allez-vous faire pour la retrouver ?
_Ce n'est pas le bon endroit pour en discuter. Retournons à mon bureau, il y a toujours des oreilles tendues par ici.
Le second homme ne répondit pas, mais le bruit des pas indiqua qu'ils quittaient la pièce tous les deux. Pendant de longues minutes, Ian et Ely restèrent dans cette position, bien que le trait de lumière sous la porte ait disparu. Ely s'était calmée, et se doutait d'avoir été le centre de la discussion qu'ils avaient pu entendre sans le vouloir. Pourquoi elle ? Sa vie avait basculé en seulement une nuit. Elle ne savait plus où elle en était, ni en quoi elle devait croire. Ian défit leur étreinte, et posa une main contre la porte en fermant les yeux. Ely ne posa aucune question face au comportement bizarre de son compagnon, mais préféra se masser les bras pour faire passer la douleur.
_La voie est libre. Dit-il
Voici la suite. Je vous la mets avant mes partiels.
Dites moi ce que vous en pensez, c'est important pour la suite de l'histoire pour que je puisse m'améliorer. J'espère qu'elle vous plaira.
Je vous souhaite à tous une bonne soirée et à bientôt ;D
