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Chapitre 4
Katerina avait l'impression de vivre un conte éveillé. Les semaines qui suivirent la punition, elle et Andreï étaient plus proches que jamais. Ils se donnaient rendez-vous dans une vieille bâtisse abandonnée où ils pouvaient laisser libre cours à leur amour débordant. Chaque séparation était une déchirure pour Katerina même si elle savait qu'elle le reverrait quelques jours plus tard. Andreï était au petit soin pour elle et avait ramené une crème médicinale fabriquée par sa mère pour aider à la cicatrisation des plaies. Elles étaient boursouflées et un hématome avait commencé à jaunir à l'endroit où le fouet l'avait blessé. Andreï voulait s'assurer qu'elle ne souffre d'aucune infection et c'est pourquoi il insistait pour être auprès d'elle le plus souvent possible. A la maison, tout n'était pas aussi rose qu'avec Andreï. Son père se montrait d'une humeur exécrable avec elle et elle héritait des corvées les plus ingrates. Malgré tout elle ne se plaignait pas, mais continuait à sentir son poul s'accélérer anormalement lorsque son père se tenait derrière elle. Elle se sentait si vulnérable face à lui.
Un après midi, alors qu'elle venait de finir de nourrir les vaches et de rentrer chez elle pour se débarbouiller, elle se retrouva nez à nez avec Viktor. Son sang ne fit qu'un tour devant la dureté des traits de son visage. Elle se demandait si en dessous de cet amas de muscles se trouvait un cœur. Son père se leva et un large sourire fendit son visage.
- Te voilà Katerina ! J'ai demandé à Viktor de venir afin que vous fassiez un peu plus ample connaissance.
Katerina ne répondit pas, comme figée par l'éboulement d'évènements qui lui déferlaient dessus. Elle saisit sa robe par les deux côté et fit une rapide révérence.
- Bonjour Mr Brava, ravie de faire votre connaissance.
Il s'avança et saisit la main qu'elle lui tendait pour y déposer un baiser.
- Ravi de faire votre connaissance, Melle Petrova.
- Et si tu allais chercher un peu de lait pour notre Invité Katerina ? Et profites-en pour te débarbouiller un peu.
- Bien père.
Elle sortit et se dirigea vers la grange. La température avait un peu augmenté ces derniers jours et l'eau ne gelait plus aussi vite. Elle trempa ses mains dans le seau et s'aspergea le visage. Elle défit ensuite le ruban dans ses cheveux et s'empressa de démêler un peu ses boucles pour être plus présentable. Dans sa tête c'était le chaos elle avait l'impression que son destin ne lui appartenait plus. Ses mains se mirent à trembler et elle pensa à Andreï : qu'allaient-ils faire ? Comment allait-elle lui annoncer ? Comment allait-il réagir ?
Une épaisse main se posa sur son épaule et elle sursauta, renversant le contenu du saut sur le sol. Elle se retourna et fit face à son père qui arborait un masque de neutralité, comme à chaque fois qu'une situation importante se présentait devant lui.
- Je te préviens Katerina, tu as intérêt à être parfaite aujourd'hui. Viktor est vraiment un très bon parti et c'est le genre d'homme qu'il te faut, spécialement pour toi. J'ai discuté avec ses parents et ils sont prêts à accepter le mariage sans une dot.
Elle blêmit et voulut esquisser un mouvement pour ne plus être aussi près de son géniteur qui l'effrayait. Il lui saisit violement le poignet, elle se débattit mais la gifle qu'il l'assena la dissuada de toute tentative de fuite. Elle perdit l'équilibre et se retrouva sur son séant, la joue en feu et des larmes jaillissant de ses yeux.
- Je pensais que la punition t'avais suffit, mais j'ai l'impression qu'il faudra répéter plusieurs fois l'opération pour que ça ait un effet sur toi.
- Non père, je… je me tiendrai bien. Je vous le promets.
Son père la regarda d'un air méprisant, et il ajouta :
- C'est ton unique chance de redorer la réputation de la famille. C'est également ta dernière chance avant que tu ne finisses dans la rue. Alors n'échoue pas.
- Oui Père, dit-elle en essuyant les larmes qui coulaient le long de ses joues.
- Je fais ca pour ton bien crois moi.
Il s'éloigna, et elle aperçut Viktor qui se trouvait à l'entrée de la maison. Son visage était toujours aussi inexpressif que les murs de la petite maison. Elle comprit très vite qu'il n'avait pas manqué une seule miette de la scène qui venait de se dérouler. Elle se remémora les paroles de son père : « c'est le genre d'homme qu'il te faut, spécialement pour toi ». Ainsi Viktor savait quelle genre de fille elle était et la réputation qui la précédait. Après avoir vu la façon dont son père la traitait, il ferait exactement pareil, parce qu'elle était « une fille récalcitrante et qu'elle avait constamment besoin d'être remise sur le bon chemin ». Elle pensa à Andreï et à tous les projets d'avenir qu'ils avaient conçus ensemble. Elle avait l'impression d'être prise dans une avalanche de sentiments contradictoires : la peine, la colère, l'incompréhension, le désespoir. Elle avait envie de s'enfuir, de partir très loin. Mais où pourrait-elle aller ?
Elle se releva, sentant une poisseuse honte s'insinuer en elle. Elle rassembla ses longs cheveux à l'aide du ruban et partit traire la vache. Elle ne chercha même pas à effacer la marque de main de son père. Elle avait été marquée au fer rouge publiquement et avait l'impression d'être un animal prêt pour l'abattoir. Elle repensa à la comparaison que son père avait faite, et elle savait qu'elle n'était pas un cheval, car elle avait perdu toute sa fierté. Elle respira profondément et entra dans l'unique pièce. Elle mit le lait à bouillir dans une petite marmite et sentit qu'on l'observait.
Elle se retourna et vit que Viktor la détaillait d'un regard intéressé. Un petit sourire amusé brisa son visage impassible et il lui lança un clin d'œil douteux. Katerina eut l'impression d'être plongé dans un bain d'eau glacé mais ne le montra pas. Elle apporta le lait chaud à son père et à Viktor, puis s'assit face à ce dernier. Son père prit la parole, visiblement enthousiaste :
- Dites moi en plus sur vous Viktor.
- Je suis en train de reprendre la forge de mon père. Il m'a apprit les ficelles du métier depuis tout jeune. Aujourd'hui, je suis prêt à prendre sa relève dès qu'il me donnera sa bénédiction.
- En voilà un jeune homme travailleur.
- Je vous remercie Mr Petrova, malheureusement il manque quelqu'un auprès de moi. Qu'est donc un homme sans une femme ?
Il lança un regard pénétrant à Katerina. La jeune fille fut intimidée par son arrogance à peine dissimulée.
- Je vous comprends Viktor, lorsque je me suis marié avec ma propre femme, ca a été un des plus beaux jours de ma vie, avec la naissance de mes enfants, ajouta le géniteur de Katerina en appuyant sur le mot naissance.
- Je rêve d'avoir de beaux garçons forts et grands comme moi, répondit Viktor avec aplomb, et avec la beauté de votre fille, ils seront... Irrésistibles !
Son père se mit à rire et donna une tape sur l'épaule de Viktor. Il fixa ensuite Katerina qui se trituraient les mains sous la table, très mal à l'aise.
- Qu'en penses- tu Katerina ?
- Je… je suppose qu…
Elle avait du mal à s'exprimer, et n'avait qu'une idée en tête : être dans les bras d'Andreï au plus vite.
- Elle est un peu timide, se justifia le géniteur.
- C'est normal, qui ne l'est pas ? Aussi je voudrais vous demander la permission de vous emprunter votre fille demain dans l'après midi, il nous sera plus aisé de faire connaissance.
- Bien sur Viktor, ce sera avec plaisir.
- Veuillez m'excuser mais je dois rentrer chez moi.
Il se leva, serra la main à Mr Petrova et se tourna vers Katerina.
- Mademoiselle Petrova, heureux d'avoir fait votre connaissance, fit il en lui baisant la main.
Il lui lança à nouveau un clin d'œil pervers et partit. Une fois la porte refermée, il se leva et attrapa sa fille par les cheveux.
- Soit plus convaincante que ça demain.
Il la lâcha et partit en claquant la porte. Katerina resta une bonne minute assise, une boule dans la gorge. Elle se leva et courut en direction de la mine. Le soleil commençait à décliner à l'horizon et la morsure du froid se faisait ressentir plus vive que jamais. Elle n'avait même pas prit la peine de se couvrir, mais peu lui importait. Il lui fallait Andreï à ses côtés. Elle l'aperçut et, ignorants les autres mineurs, hurla son nom, les larmes se cristallisant sur ses joues.
- Andreï !
Il la vit et lâcha le sac qu'il tenait pour la serrer tendrement dans ses bras. Les mineurs leur lançaient des regards désapprobateurs. Il caressa ses cheveux pour essayer de la calmer.
- Calme-toi, viens.
Il la saisit par la main et l'emmena dans les sous bois. Elle pleurait toujours autant et les soubresauts dans sa voix l'empêchait de parler correctement. Il s'assit dans l'herbe humide et la tira doucement pour la prendre dans ses bras. Il écarta les mèches de cheveux collés par les larmes et il aperçut la trace de main. Il ne put contrôler sa colère et éructa :
- Ton père t'a encore violenté ?
Voyant que la jeune fille prenait peur, il se calma et déboutonna les pans de sa veste, la serra contre lui pour la réchauffer, et la couvrit comme il put.
- Parle moi Katerina, n'ait pas peur.
Et c'est ce qu'elle fit, elle lui raconta la journée cauchemardesque qu'elle venait de vivre : son père, l'humiliation et les regards lubriques de Viktor. Lorsqu'elle eut fini, son poul était redevenu normal et elle avait l'impression que tout ce qui venait de se passer était issu d'un mauvais rêve. Andreï regarda son visage anxieux, ne sachant que dire : il savait qu'il ne pouvait lutter contre le père de Katerina. Il savait que tôt ou tard, elle serait obligée d'épouser Viktor et qu'il n'aurait d'autre choix que d'assister à cela, impuissant. Il refusait de l'avouer à la jeune fille, qui semblait s'être assoupie dans ses bras. Au loin, la cloche sonna 18h. Katerina se releva avec regret et pâlit :
- Je vais être punie, Père va savoir que je suis venue te voir.
Il sortit alors quelques légumes de son sac et les lui tendis :
- Tu n'auras qu'à dire que tu es allé acheter quelques légumes.
- Non Andreï, je…
- Tu préfères le fouet ? lui répondit-il du tac au tac.
Elle le regarda, interdite et prit les fruits. Il n'aimait pas la blesser ainsi, mais c'était la seule manière pour qu'elle accepte ce présent. A cet instant, il ne put s'empêcher de penser qu'elle n'était encore une enfant à qui on avait volé sa jeunesse. Elle était comme ces magnifiques edelweiss qui poussent dans la montagne : rare et fragile. Pourtant il la connaissait assez pour savoir qu'elle pouvait faire preuve d'un caractère bien trempé. Elle prononça alors ces mots qui le sortirent de ses pensées et ne firent que renforcer le feu qui le consumait:
- Je t'aime Andreï.
- Moi aussi Katerina.
Ils s'embrassèrent avec ardeur et Katerina couru jusqu'à chez elle. Elle échappa de peu à la punition grâce aux légumes qu'elle rapporta. Cependant, elle ne réussi pas à avaler une seule goutte du bouillon, se sentant barbouillée par cette affreuse journée. Katerina resta longuement éveillée cette nuit là, pleurant silencieusement ce futur qui s'échappait de ses mains comme du sable.
