Chapitre 3 : Et ce n'est qu'un début ...

Point de Vue de Naruto

Je sortais de mon dernier cours de la matinée - qui s'avérait être physique-chimie - complètement interloqué. Comme Sasuke l'avait dit, sa classe avait un niveau supérieure à celles non européennes. La plupart des élèves étaient des surdoués ! Et moi, au milieu de tout ça, j'étais littéralement perdu, évidemment. Nous venions de revoir les lois de Descartes, et je n'avais pas compris un mot et fus incapable d'appliquer sur les exos. Et pourtant, rempli de bonnes intentions envers Sasuke, j'avais pris la bonne résolution de bosser pour ne pas plomber sa moyenne. Tss... Tu parles ! Je l'entends me sermonner d'ici !

Je traversais à présent le hall du lycée, bondé en ce mercredi à 12h. Je me fondis dans la masse d'étudiants sous les regards appréciateurs de plusieurs filles. Je n'y prêtai aucune attention et fixais droit devant en moi.

Une fois sorti, je regardai un peu autour de moi. Pas de petite touffe blonde familière. Tant pis... Je voulais juste lui demander si notre rendez-vous de cette après-midi tenait toujours - Je ressenti à cette pensée une étrange chaleur au niveau du ventre - mais je n'en aurais pas l'occasion apparemment.

Je pris alors la direction du bus réservé aux étudiants qui attendait devant le lycée afin de gagner la demeure Uchiwa. J'y grimpai non sans difficultés car ce dernier était bondé. Je me tassai donc sur les autres lycéens déjà bien compactés, en leur administrant un regard d'excuse. Je m'adossai ensuite à la porte attendais que le bus démarre enfin.

Cependant, juste avant que les portes ne se referment, une jeune fille brune réussit à se faufiler dans le bus. Elle déposa son sac à ses pieds pour prendre un peu moins de place et jeta un coup d'œil autour d'elle. Elle s'attarda quelques secondes sur moi puis fixa ensuite droit devant elle. Je la détaillai attentivement. Elle avait une silhouette fine et était de taille moyenne. Ses cheveux détachés couleur châtains, lui arrivaient jusqu'au milieu du dos. Ses yeux bleus océans, joliment cerclés de noir, semblaient froids et durs. Elle avait un petit nez en trompette lui donnant un air légèrement enfantin et des lèvres pleines, bien roses. Je devais bien l'avouer, elle était belle et devait faire de nombreuses envieuses. Je ne pouvais détacher mon regard de cette jeune fille. Elle dégageait un charme impressionnant. Je n'étais d'ailleurs pas le seul à la regarder. La quasi-totalité des hommes présents dans le bus avait les yeux rivés sur la jeune fille. Elle me rappelait Sasuke dans sa façon d'hypnotiser les gens par un simple geste comme replacer une mèches de ses cheveux derrière son oreille.

Réussissant enfin à m'arracher à sa contemplation, je sortais une feuille toute chiffonnée de mon sac et la dépliait. Sur celle-ci figuraient toutes les explications que Sasuke avait hâtivement griffonnées hier après-midi pour que je puisse rentrer chez lui sans encombres. Je parcourusla feuille en soupirant. Me connaissant, j'allai me perdre, à tous les coups. Déjà qu'aujourd'hui est la première fois de ma vie que je prends le bus...

Je descendis du bus avec soulagement. Après 40 minutes, à être ballotté dans tous les sens, j'avais presque la nausée. Repérant un banc non loin de là, je m'en approchai et m'assis histoire que mon estomac se remette du choc. Je fermai paresseusement les yeux, laissant le soleil me caresser le visage pendant plusieurs minutes, lorsque quelque chose effleura ma joue droite. J'ouvris brusquement les yeux qui s'agrandirent lorsque je vis, se tenant devant moi, un sourire serein sur le visage, la jeune fille du bus. Ne sachant que dire, je me contentai de la regarder, ébahi.

- Sasuke ... chuchota-t-elle en caressant ma joue une nouvelle fois.

Elle s'assit à côté de moi et posa sa main sur la mienne. Je tournai la tête pour la dévisager, en état de choc. Elle connaissait donc Sasuke ? Elle posa ses yeux sur moi et murmura :

- Tu m'as manqué, tu sais.

Je la fixai, les yeux grands ouverts, ne sachant que répondre. Qui était cette fille qui se montrait si .affectueuse envers Sasuke, à la fin ? Mais au fond de moi, je ne pouvais m'empêcher de penser que cette fille ne pouvait être que sa copine. Rien qu'à cette pensée, je sentais une tristesse fulgurante m'envahir.

Voyant mon absence de réponse, elle sourit, dévoilant une rangée de dents blanches, parfaitement alignées. Cependant, je remarquai que malgré son sourire, ses prunelles restaient toujours aussi froides. Elle lâcha alors tout doucement :

- Toujours aussi bavard à ce que je vois. J'avoue qu'une réaction quelque peu plus enthousiaste pour nos retrouvailles m'aurait fait plaisir.

Conscient qu'il fallait bien que je dise quelque chose, je réussis tout juste à bafouiller :

- Je... Hum... 'Faut que j'y aille.

Je me levai alors du banc, et m'apprêtai à m'éloigner lorsqu'elle me saisit par le poignet. J'essayai vainement de me libérer, mais cette fille avait une poigne de fer ! Je renonçai donc et me retournai à contrecœur pour lui faire face. Elle affichait à présent un sourire malsain et une étrange lueur illuminait ses yeux. J'eus un mouvement de recul instinctif. Cette fille était décidément bizarre et je commençais à me sentir mal à l'aise. Elle ne manqua pas de remarquer mon air alarmé. Elle lâcha alors :

- Voyons Sasuke, je te fais peur, maintenant ?

Sans attendre ma réponse, elle se leva à son tour, s'approcha dangereusement de moi puis déposa un doux baiser sur mes lèvres avant de me passer à côté et de disparaître au coin de la rue. J'aurais juré avoir entendu : « Et ce n'est qu'un début... ».

Je restai encore immobile pendant quelques secondes, estomaqué. Je mis la sensation de malaise que j'éprouvais sur le compte de la surprise mais je savais bien qu'au fond de moi, c'était seulement parce que cette fille était sans aucun doute la copine de Sasuke. Et cette déduction me tuait.

Essayant tant bien que mal d'enfouir ces putains d'émotions au plus profond de moi, je m'essuyai la bouche d'un revers de manche puis sortis à nouveau la feuille où figuraient les indications de Sasuke et m'éloignai, la démarche incertaine et l'esprit embrouillé.

Je m'arrêtai en un dérapage devant l'entrée du parc Mokya, hors d'haleine. Et oui, j'étais en retard, une fois de plus. Pourtant, j'avais essayé de faire attention à l'heure, mais quand on a la poisse, impossible de s'en dépêtrer !

Je jetai des regards frénétiques autour de moi afin d'apercevoir cette petite touffe blonde si familière, mais aucune trace d'elle. Je décidais donc d'entrer dans le parc. Peut-être que Sasuke s'était impatienté et y avait pénétré ? Tss... ça ne m'étonnerait pas du tout de lui.

Je parcourus tranquillement les grandes allées bétonnées, humant un léger parfum de fleurs et écoutant le bourdonnement des premières abeilles annonçant l'imminence du printemps. Je jetai un coup d'œil au ciel plutôt dégagé, où le soleil brillait timidement. Je laissai un petit sourire glisser sur mon visage, cette journée promettait d'être plutôt pas mal si Sasuke daignait laisser sa mauvaise humeur de côté.

Je repris ma recherche et finis par trouver cette silhouette que je connaissais pas cœur, assise nonchalamment sur un banc, sa chevelure couleur paille s'emmêlant au gré de la brise, et le soleil éclairant ses deux grands yeux bleu électriqu . Je me rendis alors compte que quand je le voulais, je pouvais être pas trop mal...

Je m'approchai prudemment, et arrivé à hauteur du banc, je lâchai un petit :

- Salut !

Sasuke se contenta de hocher vaguement la tête sans croiser mon regard pour me faire comprendre qu'il avait bien remarqué ma présence.

- Hum... J'peux m'assoir ? demandai-je timidement.

- Hn.

Je pris donc place sur le banc, en prenant soin de laisser entre nous un assez grand espace, ne voulant pas déclencher un de ses accès de fureur impulsif.

Nous restâmes là plusieurs minutes sans prononcer un mot, immobiles, tandis que je me torturais l'esprit pour trouver de quoi engager la conversation. Enfin, je l'interrogeai :

- ça a été ce midi, avec ma mère ?

- Hn.

Je fronçai les sourcils, vexé de sa réaction. Je me tuais à trouver un sujet de conversation et lui m'envoyait chier par un simple « Hn » . Je lançai donc aigrement :

- Dis, on est là pour parler, non ? Alors si tu te continues de lâcher des « Hn » par-ci, par-là, et de hocher la tête, on est pas barrés !

- Et que veux-tu que je te dises ? Tu veux un compte rendu détaillé de mon repas avec ta mère ? Répondit-il avec mauvaise humeur.

- Et ben pourquoi pas ! Au moins, on aurait quelque chose à se dire !

Il laissa échapper un petit ricanement dédaigneux.

- Mais rigole pas, y'a rien de drôle ! On est dans une putain de merde et toi, tu refuses de m'aider pour qu'on retrouve une situation normale ! m'écriai-je.

Alors qu'il ouvrait la bouche pour répliquer, je plaquai une main sur ses lèvres et dis :

- Bon ! On est pas là pour s'engueuler, hein !

Il repoussa ma main brusquement, et grogna, les mâchoires serrées :

- Ne me touche pas.

Je laissai mon bras retomber mollement dans le vide, puis me postai à l'extrémité du banc et ramenai mes jambes contre mon torse avant d'y poser ma tête.

On y arriverait jamais. Avec un sale caractère comme ça, je suis voué à rester dans le corps de Sasuke pour le restant de mes jours. Non pas que ça soit si déplaisant, au contraire, mais mon petit mètre 55, mon regard enfantin et ma capacité à passer inaperçu me manquaient horriblement. L'époque où je me cachais dans les coins des couloirs pour admirer le beau et grand Sasuke Uchiwa sortir de sa salle de cours, me paraissait bien loin.

Je soupirai découragé, lorsque Sasuke lâcha d'un ton lasse en fixant droit devant lui :

- Ta mère a rendez-vous avec ton prof de maths demain soir.

- Quoi ? M'écriai-je.

- Tu ne devrais pas être étonné, tu ne fais strictement rien pendant les cours.

- Hey ! Viens pas m'faire la morale hein, c'est bon !

- Hn.

- Autant te prévenir, ma mère est cool pour les absences et tout, mais quand un prof prend rendez-vous, tu t'en prends plein la gueule.

- Et bien me voilà prévenu, répondit-il, indifférent.

- Nan mais genre, elle te prive d'ordi et tout, hein !

- Contrairement à toi, je ne suis pas accro à l'électronique, répliqua-t-il, fixant toujours droit devant lui, l'air absent.

- Erf... Si tu l'dis.

- Tout à fait.

Le silence retomba. Je cherchais une autre façon d'engager à nouveau la conversation et je me rappelai soudainement de la mystérieuse fille de ce midi avec un petit pincement au cœur. J'hésitais à en faire part à Sasuke, de peur qu'il ne me dise qu'elle soit sa petite-amie. Réaction stupide et égoïste, je sais. Mais qu'étais-je censé faire ?

Et enfin, après de longues minutes de réflexion, à peser le pour du contre, je décidai de lui en parler . Je murmurai alors, la voix tremblante et le cœur battant une chamade désordonnée :

- Hum... J-J'ai croisé une fille ce midi .

- Hn.

- Mais elle étais bizarre, tu sais.

- Qu'est-ce que ça peut bien me faire ? répliqua-til, agacé.

- Euh... En fait elle te connaissait. Elle m'a dit bonjour et tout...

Il ne répondit pas, ennuyé, de toute évidence.

- Mais... Enfin elle te connaissait vraiment, hein...

- Où-est-ce que tu veux en venir, à la fin ?

Je prenais alors une grande inspiration, la peur au ventre, puis lâchai :

- Elle m'a embrassé.

Sasuke écarquilla les yeux et me fixa, avant de s'écrier :

- Et tu t'es laissé faire ?

- Mais... Elle m'a pas laissé le temps, elle était plutôt sournoise, je dois dire.

La colère qui se reflétait dans ses yeux océans s'estompa et il devint songeur. Après quelques instants, il me demanda tout bas :

- Comment était cette fille ?

- Euh... Assez jolie, les cheveux bruns et longs avec des yeux bleus. Et elle hypnotisait presque tout le bus.

Il se mit alors à trembler. Ses yeux était tellement écarquillé que ses iris paraissaient toutes petites. Il marmonna quelque chose que je n'entendis pas et me demanda alors d'un ton pressant :

- Où l'as-tu vue ?

Je le regardai quelques instants, étonné de le voir si interloqué. Était-ce vraiment sa copine ?

- Tu la connais, alors ? demandai-je, en prenant un ton innocent.

- Répond-moi ! s'énerva-t-il

- Wow, no stress, hein ! Je l'ai vue à ton arrêt de bus, t'es content ? Et tu vas me dire qui c'est à la fin ?

Soudainement, sans prêter attention à ma question, il empoigna sa veste, sauta sur ses pieds et partit en courant.

Complètement atterré, je regardais mes cheveux couleurs soleil et ma chemise préférée disparaître au loin, sans avoir le temps de comprendre ce qui se passait.