IV. Glenview

Pdv Tris.

Une autre ville... Les veilleurs nous affirmèrent une chose parfaitement insensée. Ça n'était pas là hier soir, ni cette nuit. Comme tous les matins, à cinq heures tapantes, les gardiens de nuit sont descendus de la clôture, ont donné leur équipement aux suivants puis sont allés se coucher. Quand le second groupe est arrivé, ils l'ont vue. Une autre cité s'étendait devant nous, avec une autre enceinte. Ça me paraissait énorme, bien plus grand que notre ville alors que je n'étais jamais sortie pour voir l'étendue de notre citadelle. C'est aberrant. Il faut des années pour achever une ville ahurissante comme celle qui se tenait devant nous, des dizaines d'années ! C'est impossible, incroyable, de la sorcellerie.

Pdv Christina.

Ouah ! Juste ouah ! Ça doit vraiment relever du surnaturel vu la façon dont Four et les autres restent muets, la bouche entre ouverte, les yeux écarquillés. Une chose est sûre, leur enclos est bien plus haut que le nôtre mais deux épaisses tours de plus de trois cents mètres le dépassent. De la fumée s'échappe du fond de leur ville. Un incendie ?

Personne n'ose parler mais je semble la plus curieuse. Pourquoi devrait-on se laisser abattre par l'installation de ces personnes hormis le fait qu'ils se sont installés sur notre principale source d'eau, ce qui implique que nous devrons partager notre boisson avec une cité qui semble bien plus imposante que la nôtre ? Je suis quand même excitée par cette idée.

« - Il faut aller voir ce que c'est ! Et leur demander depuis quand ils sont là ! Et comment ils ont fait pour s'installer aussi rapidement ! Et...
- Tais toi ! Il me semble t'avoir déjà dit de ne pas parler sans prendre gare à ce que tu dis ! m'a hurlé Four.
- Très bien ! » ai-je répondu, agacée.

Pour l'instant, notre entraîneur ne m'a jamais réellement appréciée. Non pas qu'il soit là pour se faire bien voir de ses apprentis, mais il prend son rôle un peu trop au sérieux selon moi. Je crois aussi qu'il n'a pas particulièrement apprécié la remarque que j'ai faite en début d'année à son propos.

En ce moment même, il parle à Eric, sûrement pour décider de ce que l'on va faire. Eric nous toise du regard puis après de longs instants, Four se tourne vers nous avant de lancer :

« - Novices, suivez moi ! Tris, Molly, Al et... Christina, vous venez ! Les autres, restez avec Eric et attendez les ordres. »

Il part vite et nous nous regardons tous les quatre avec questionnement avant de courir après lui. Pourquoi allons-nous vers le débarras où nous avons un important stock d'armes diverses et derrière lequel se trouve le garage ? Tris brise le silence la première :

« - Attend ! Tu peux au moins nous dire ce que nous allons faire avant de tracer comme ça ! »

Il a stoppé net. Je m'attendais à ce qu'il lui balance son poing à la figure vu la froideur qu'il avait dans les yeux en fixant mon amie. À sa place, j'aurais volontiers voulu disparaître.

« Vous le saurez bien assez vite, répondit-il en entrant dans le cagibi. Enfilez ça ! »

Il nous a jeté quatre tenues de combat. Elles consistent dans un pantalon noir très serré en une matière très épaisse mais plutôt élastique pour faciliter le mouvement avec de petites poches pour placer nos balles sur les côtés extérieurs des cuisses. Nous avions chacun notre tee-shirt habituel noir au dessus duquel nous devions enfiler une veste noire elle aussi, munie d'un pare balle. Nous nous sommes rendus silencieusement au vestiaire pendant que Four préparait nos armes. Al se demande si nous nous rendons à cette mystérieuse ville alors que nous n'avons jamais quitté le chaste territoire de Chicago. Personnellement, je serais ravie de m'évader rien qu'un instant de cette prison. Nous vivons en paix ici, mais l'idée de l'enfermement, l'idée que l'on ne sait rien de l'extérieur me terrifie. Le sang qui coule dans mes veines se réchauffe rien qu'à l'idée de sortir.

Pdv Tris.

Je suis la première prête. Je décide donc de m'éclipser pendant qu'ils sont occupés à déblatérer sur ce que nous pourrions trouver là-bas. Je rejoins Four qui a le dos tourné. On voit à travers sa veste son imposante musculature et son tatouage qui remonte dans sa nuque bronzée. Je le regarde de haut en bas. Je ne peux m'empêcher de rire faiblement et de me mordre la lèvre inférieure en me disant qu'il est vraiment attirant dans cet attirail, ce qui l'alerte de ma présence.

« - Hey !
- Bonjour. »

Il s'est rapproché de moi et je vois bien que son visage s'est illuminé en me voyant . Je me demandais ce qu'il allait faire. Il a ouvert la bouche en me couvant des yeux mais l'a fermée en scrutant les autres arriver derrière moi.

« - Bien, a-t-il commencé, comme vous avez du le deviner, je vais vous emmener rendre une petite visite à nos nouveaux voisins. Je vous ai équipés de tenues pare balles juste au cas où. Je tiens à vous rappeler que nul ne sait à qui nous avons à faire, aussi, je vous demanderais d'exécuter chacun de mes ordres, de respecter les consignes de sécurité et de ne prendre aucune initiative avant de m'en avoir fait part. Vous devrez également user de toutes les techniques de combat apprises si nécessaire. Est-ce clair ? »

Nous avons acquiescé d'un hochement de tête général puis il a poursuivi :

« - Vous allez avoir sur vous, sous votre veste, des 357 magnum pour que nous puissions rester le plus discrets possible. Vous vous munirez au passage d'un maximum de balles blindées de 10,3 grammes que vous rangerez dans les poches prévues à cet effet. Espérons que nous n'ayons pas à nous en servir. »

Sur ces dernières belles paroles, nous l'avons suivi jusqu'au garage pour nous entasser dans un pick up noir tout éraflé et le moins armé que nous pouvions. À Chicago, tout le monde voyage à pied, ou en train, seuls les pick up audacieux sont utilisés, et c'est pour cela qu'ils sont blindés.

Nous n'avons pas mis beaucoup de temps pour arriver jusqu'à la clôture. Les gardiens avaient ouvert le passage en béton armé qui nous permettrait de découvrir les vastes étendues de champs fleuris, d'herbe et d'arbustes. Je compatissais pour Uriah qui n'avait pas eu la chance de pouvoir nous accompagner. Il nous regardait tristement nous éloigner dans l'inconnu, alors que déjà le mur se refermait derrière nous.

Nous avons parcouru des kilomètres interminables et ce monstre de briques se rapprochait de plus en plus. Je l'appelle comme ça uniquement car je pense être nerveuse à l'idée d'affronter l'inconnu. L'ombre des deux tours géantes que nous avions vu du haut de notre clôture s'abattit sur nous alors que nous étions encore à plusieurs certaines de mètres de l'enceinte. Four a décidé d'en faire le tour pour mesurer l'ampleur de la ville et trouver une entrée potentielle. Nous avons bien mis deux heures à faire le tour pendant que nous discutions de combat et avons effectivement trouvé une entrée. Elle m'intriguait, j'étais persuadée de l'avoir déjà vu quelque part. Mais tous mes efforts pour me rappeler où j'avais pu voir ceci étaient vains. Une gigantesque porte noire s'offrait à nous, ornée de gravures dorées représentant une vallée encaissée. Je devenais folle, je la connaissais. Mais impossible que je sois déjà venue, cette ville n'est là que depuis hier ! Ça n'a pas paru choquer mes compagnons mais il m'a semblé étrange que les habitants aient installé une aussi accueillante façade alors qu'il n'y avait aucune route pour accéder à... Glenview.