Chapitre 3 : L'obscurité.
Point de vue Hermione Granger.
Blackbird singing in the dead of night
Take these broken wings and learn to fly
All your life
You were only waiting for this moment to arise
Merle qui chante dans le calme de la nuit
Prend ces ailes brisées et apprend à voler
Toute ta vie
Tu n'as fait qu'attendre que ce moment arrive
Black bird singing in the dead of night
Take these sunken eyes and learn to see
all your life
you were only waiting for this moment to be free
Merle qui chante dans le calme de la nuit
Prend ces yeux creux et apprend à voir
Toute ta vie
Tu n'as fait qu'attendre ce moment afin d'être libre
Blackbird fly, Blackbird fly
Into the light of the dark black night.
Vole merle, vole merle
Dans la lumière de la nuit noire et sombre
Blackbird fly, Blackbird fly
Into the light of the dark black night.
Vole merle, vole merle
Dans la lumière de la nuit noire et sombre
Blackbird / Beatles. ( watch?v=7epRPz0LGPE)
Mon père avait l'habitude de chantonner cette chanson quand il préparait le petit déjeuner les dimanches matins en été. Quand le soleil filtrait par les volets entrouverts et me réveillait, cette mélodie était la première chose que j'entendais. Mon père n'étais pas un grand chanteur, mais sa voix était douce et chaleureuse comme seule peut l'être la voix de quelqu'un qu'on aime profondément. Il y avait peu de chose que j'appréciais autant que le souvenir de cette chanson, elle me ramenait à tout ce que je connaissais, tout ce qui m'étais familier, tout ce que j'affectionnait sincèrement. Quand tout partait en vrille, quand Poudlard me paraissait plus une prison qu'un chateau, quand je me sentais seule, il y avait cette chanson, la voix de mon père et le bruit des tasses en arrière plan. C'est tout ce que j'avais besoin, l'essence même du réconfort.
Aujourd'hui, je suis allongée dans ce lit d'hôpital, prisonnière d'une douleur que même la morphine ne peut soulager. Je sens tous les os de mon corps se ressouder lentement, je sens celui qui est planté au milieu de mon coeur, appuyer de tout son poid. Je sens tout. Absolument tout, chaque cellule de mon corps est en réveil. Mais mon esprit, lui, a foutu le camp. Tout ce que je peux faire, c'est me chanter cette musique à longueur de journée. C'est la seule façon que j'ai trouvé pour rester un peu consciente, pour ne pas m'enfoncer dans les ténèbres qui m'appellent tous les jours de plus en plus fort.
Mes phases de pleine conscience alternent avec des moments de profonde divagation. Il peut s'écouler des jours entiers sans que j'ai conscience de mon état. Je reste dans un coin de mon esprit, embrouillé, un rideau de ténèbre m'entourrant, opaque et oppressant. Je me laisse porter par les flots de la douleur et de l'angoisse. Je ne sais plus qui je suis, comment je suis arrivée là, ni dans quel état je suis. Et parfois, quand cette chanson ne suffit plus à m'arracher du seuil de la mort, il y a son visage qui danse sur mes paupières.
Depuis que je suis dans cet état, je reconnais les gens à leur façon de me toucher. Ma mère, quand elle remonte la couverture sous mon menton, a les mains fébriles d'une mère inquiète. Mon père, quand il embrasse mon front, à les lèvres douces et tremblantes. Harry pose plutot sa main sur mon poignet, tout doucement, comme s'il avait peur de me briser les os une nouvelle fois. Ginny pose souvent sa tête sur mon avant bras et ses larmes mouillent bien vite ma peau. Mrs Weasley, elle, a les mains chaudes quand elle caresse mes joues. Les autres, même si je sens leur présence, ne me touchent pas, ils ont trop peur de me faire un bleu ou quelque chose du genre. Je suis une sorte de fille de papier pour eux, une fille qu'on ne peut pas toucher sans risquer de la froisser.
Et puis, il y a ce contact que j'attend, que j'attend sans arrêt et qui ne semble pas venir. J'ai longtemps imaginé sa main touchant ma peau, comment serait-elle ? Froide ? Chaude ? Tremblante ? Moite ou rassurante ? J'attend, j'attend de savoir, mais il ne vient pas. Et mon corps l'appelle, il s'hérisse, il s'étire, même si personne ne le voit, il se tend de toutes ses forces vers la porte pour le rejoindre. Mais je ne peux pas, je ne peux pas, c'est à lui de venir, pourquoi ne le fait-il pas ?
J'ai besoin de lui. J'ai besoin qu'il soit là, qu'il vienne, qu'il me touche, qu'il m'appelle, me ramène à la vie. Parce que là, malgré tous les gens qui m'entourent, je ne veux que lui. Je l'ai attendu tellement longtemps, je ne veux plus l'attendre plus longtemps. J'ai tellement besoin de lui...
Et quand j'ai trop mal, quand je ne peux plus penser à son absence, je me laisse glisser. Je ne me raccroche plus, je me laisse aller et je ne saurais dire comment je fais pour ne pas passer définitivement la porte de la mort. J'ai que des souvenirs, et bien vite viendra le moment où les souvenirs ne me suffiront plus. Que me restera-t-il ?
Oh bon sang, j'ai tellement besoin de lui...
