4 - Incertitude
La nouvelle de l'arrestation d'André se répandit comme une trainée de poudre. Même si certains ne lui faisaient guère confiance, parce qu'il était un peu trop proche du colonel, on avait malgré tout appris à le connaître et à l'apprécier.
Et pour couronner le tout, le colonel était absent ! En effet, le piège avait été tendu pendant une permission d'Oscar. Pour être sûr de l'éloigner, son père lui avait demandé de l'accompagner lors d'une vente d'armes. Le colonel ne revenait à la caserne que le lendemain en soirée.
Or, le lendemain, matin, des charpentiers vinrent installer une petite estrade au fond de la cour.
- Y vont tout d'même pas l'pendre !
- Mais non ! rétorqua Alain. Regarde, y a deux poteaux avec des chaînes.
- Ben alors...
- Alors quoi ! ( silence ) J'vais demander au lieutenant à quoi ça rime. Peut-être qu'il en saura un peu plus.
Alain partit à la recherche du lieutenant et discuta avec lui.
- Alors ! ( Il passa une main dans ses cheveux avec une moue dubitative. )
- Alors le lieutenant ne sait pas au juste ce qui se trame. Mais du beau monde est attendu et la Garde Royale va venir aussi. Et normalement, on va récupérer André.
- Hein ! Mais c'est quoi ce cirque !
- On verra bien.
Et ils virent. Ils virent arriver le carrosse de Monsieur de Broglie, avec des soldats pour assurer sa protection ( il prenait certaines précautions depuis l'attentat dont il avait été victime ). Son ordonnance énonça clairement la sentence frappant André :
- Suite à une négligence, le grenadier André Grandier a été trouvé en possession de pamphlets visant Sa Majesté la Reine...
"André... Négligence... Mais ça rime à quoi tout ça ! André, dans quel pétrin t'es-tu fourré ? Tu vois à quoi ça t'amène de servir les nobles comme tu le fais... Alala, André ! pensa Alain. Confusément, il sentait qu'il se passait quelque chose de pas clair, mais il n'arrivait pas à débrouiller l'écheveau. Peut-être que, lorsqu'il pourrait discuter avec son malheureux ami...
Les Gardes se regardaient les uns les autres. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ! André n'était pas un rebelle, loin de là. Ils n'écoutaient plus. Le lieutenant les rappela à l'ordre.
- ... Aussi pour exhorter les soldats à une obéissance sans faille et une vigilance de tous les instants, le grenadier Grandier est condamné à recevoir vingt coups de fouet !
Ils virent arriver un autre carrosse aux vitres grillagées, un André complètement anéanti en sortir. Un murmure circula parmi les Gardes Françaises. Le lieutenant réunit les hommes dans la cour, au garde-à-vous. La Garde Royale se disposa de manière à prévenir tout débordement.
Pendant ce temps, André était emmené, ses mains enchaînées bras en l'air, la chemise arrachée. Il regardait le mur sans le voir. "Tenir bon... Tenir bon, pour Oscar !
Le murmure devint grondement.
- Silence ! tonna de Broglie.
